LIVRE NEUVIÈME
WER1NHAIRE ou WERNHER I<* DE HABSBOURG QOARANTB-CINQUIRME ÉYÈQUK-GOHTK DE STRASBOURG.
La nouvelle carrière , dans laquelle nous allons entrer, est épineuse pour l'historien, mais intéressante pour le lecteur. L'onzième siècle nous représente une vue plus vaste et plus attrayante. La puissance temporelle des évêques de Strasbourg et le rang qu'ils tiennent dans l'empire, presque au-dessus de tous les autres prélats, se retracent surtout dans le siècle que nous parcourons, et dans celui qui le suivit. Les livres précédents de cette histoire ont fait voir comment la grandeur des évêques de Strasbourg s'est formée peu à peu , et comment elle s'est établie insensiblement. On y aura remarqué le zèle avec lequel les rois d'Austrasie , ceux de la seconde race , les empereurs, qui ont pris leur place, se sont empressés d'enrichir et de décorer cette église. Nous la verrons dans le livre neuvième s'accroître de plus en plus, même au milieu
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des guerres du sacerdoce et de l'empire. Werinhaire surtout, dont nous allons décrire l'histoire, rendit son nom fameux dans les fastes de l'Europe. L'Allemagne et l'Italie, l'empire d'Occident et celui d'Orient, la France et la Bourgogne, l'Alsace et la Suisse, Rome et môme Constantinople retentissent des louanges et des hauts faits de ce grand homme qui fut, à différents titres, l'honneur de son siècle. Wippon, auteur contemporain, aumônier de l'empereur Conrad-le-Salique, dont il a écrit la vie , historien impartial , connu par son amour du vrai et par son exactitude, représente Werinhaire comme un prélat magnifique et généreux, comme un pontife zélé pour le service divin, et également habile dans les affaires ecclésiastiques et civiles L'auteur de la vie de Saint Meinwerc, évêque de Paderborn, également contemporain, fait aussi le plus grand éloge de la sagesse et de la science de Werinhaire2. M. l'abbé Fleuri 3 le compte dans le nombre des saints et célèbres personnages, qui remplirent alors les sièges d'Allemagne. 11 est nommé différemment par les historiens et dans les actes publics. Son vrai nom est Werinhaire 4 ou
• Wippo, in vitâ Conratli Salici, apud Pistorium , in Scriptor. rer. Germanie, tom. 3, pag. 423 : « Argentins? civitati Werinharius Episcopus prœfoil generosus , « et in divinis et in sœcularibus offlciis studiosus. .
*Yita S. Meinwerci, Episcopi Paderbornensis , cap. 13, ntttn. 87, apud Leibiutzium, in Scriptor. rer. Itrunswic, tom. 1, pag. 556, et num. 100, apud Papebrochium, in actis SS., tom. 1, Junii , pag. 545: « llliu» quoque temporis - Episcopi sapientiâ cl scicnlià pnediti subjectorum profoctibus continué erant dediti, . secundas imperii partes sancte et justè adjuvantes, sacerdotii vigorcm nullatenus rela- « xantes ; inter quos vita; merito eminebant .... Mogunticnsi* Ecclesiœ Willigisus « et Erchanbaldus , Aribo et Bardo, Werinharius Argentins? civitatis . . . et alit « quàm plures pontifîcii diguitate venerabiles, sanctitatc incomparabiles, quorum « ineritis adeo illo in temporc noruit Ecclesia, ut non sit hodiè aliqua, qus nobis • ejus lemporis non portendat suorum meritorum insignia. >
s Histoire ecclésiastique, tom. 12, liv. 59, g 1, pag. 453 et 454, édit. in-4».
* Le* diplômes originaux de l'empereur Henri U, de 1003, 1014 et 1023, el de
Wernher \ d'où, en passant sous la plume des copistes et entre des mains étrangères, il se trouve changé en celui de Wernhaire *, Werenher 3, Werengaire *, et même Wicernaire \ Wicelin «, Wezilin \ Witiiin 8 et Wicelius 9. Le môme nom prononcé par un Allemand, un Français, un Italien , et généralement par des hommes de diverses nations, est susceptible dune variété étonnante de sous, d'où naissent les différentes manières d'écrire les mêmes noms. Aussi, sans parler des altérations qui se sont glissées dans
l'empereur Conrad, de 1025, lui donnent le nom de Werinharius. Il signa de môme son nom dans la bulle du pape Jean XVII de 1007, et dans les livres, dont il fit présent à la bibliothèque de sa cathédrale. Wippon, Dilmar, l'auteur de la vie de Saint-Meinwerc , Herman Contract, le Nécrologe de Fulde, la Chronique Australe, etc., l'appellent aussi généralement Werinharius. Les actes du concile de Francfort, de 1006, et le Calendrier de la cathédrale de l'onzième siècle le nomment Werenhariu* par le changement assez commun de Yi en e.
' Il se nomme lui-même Wernheru* , dans la charte de fondation de l'abbaye de Mûri, de 1037, et dans les actes du concile de Francfort, de la même année. Wippon, Wolfher, Lambert d'Aschaflenbourg , le Nécrologe de Mûri, etc., lui donnent le même nom. Le diplôme de Henri, de 1019, l'appelle Werneru* : une pièce de monnaie de cet évêque porte W. ..nere.
* Le diplôme de Henri, de 1017, les actes de Mûri, la Chronique d'Ebersmunster, celle de Godefroi d'Ensmingen, etc., le nomment Wernharius et les actes du concile de Selingestadt , de 1022, Werhenarius. Meriàn, in Topographiâ Alsatiœ, pag. 60, l'appelle même Erenhariu».
1 11 prend lui-même le nom de Werenkerus dans une charte originale de 1004. 1) est appelé Werenherius dans un diplôme original de Henri, de 1017. L'annaliste Saxon et celui de Hildesheim le nomment Werinherus.
1 Gebwiller, Origin. Habsburg. lib. 2, cap. 17 ot 18.
5 Le diplôme de Conrad, de 1027, le nomme Wicernarùu.
* Il est nommé Wicelinus dans le diplôme de Henri, de 1014, et par Ditmar. L'auteur de la vie de Saint Meinwcrc l'appelle Witelinus.
1 Weiilinus dans les actes du concile de Rome, de 1027.
* Les évéques du concile de Lyon, de 1246, l'appellent Witilinm. Il est aussi nommé Witelinus dans une charte du roi Henri, donnée à Neubourg, en 1006, citée par dom Mabim.on, Annal. Bénédictin., tom. 4, lib. 52, nutn. 88, pag. 188.
' Baronivs, Annal. Ecclesiastic. tom. xi, num. 7, pag. 63, edit. Colon, an,
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les anciens manuscrits par la négligence et l'inadvertance des écrivains, nous y voyons quantité de noms propres presque défigurés par des retranchements , des additions et des changements de lettres. Si les mêmes noms ont éprouvé tant de variations dans les manuscrits, ils ont encore été sujets à de plus grands changements dans les diplômes. Les notaires, les écrivains, ou les clercs, qui les dressaient, avaient souvent peu d'érudition ; ils latinisaient presque toujours les mots selon la prononciation et l'idiome vulgaire de leur pays. On ne doit donc pas s'étonner des différents noms de l'évêqueWerinhaire, qui se trouvent dans les historiens et les diplômes du temps.
Werinhaire descendait dune maison qui avait déjà donné, au huitième siècle, deux évêques à l'église de Strasbourg, Heddon et Remi Elle tirait son origine d'Adalric, duc d'Alsace. Celui-ci eut, entr'autres enfants, Adelbert qui lui succéda, vers l'an 690, dans le même duché *. Adelbert , mort en 722 , laissa de Gerlinde , sa femme, deux fils \ dont le cadet, appelé Eberhard, comte du Sundgau, fut, en 728, le fondateur de l'abbaye de Mourbach 4 et dont l'aîné, nommé Luitfrid 1^, devint aussi duc d'Alsace, après le décès de son père \ La dignité
' Voyez, le tome premier de cette histoire, liv. 3, pag. 264 et 302. « Ibidem, liv. 4, pas. 3 il et 392.
1 Ibidem , liv. 4, pag. 309.
* Ibidem, liv. 3, pag. 252 et xttiv.
* Luitfrid, fils d' Adelbert, prend la qualité de duc dans la signature d'une charte de donation faite, en 722, à l'abbaye de Honau, conjointement avec le comte Eberhard , son frère. Tbierri IV, roi de France, lui donne aussi ce litre dans un brevet accordé, vers l'an 723, à ce monastère. Ce même prince adressa, en 724 , viro illustri Luthfrido le privilège de confirmation de l'abbaye de Maurmouticr. Il signa aussi comme duc xigtium Leodofredo Duce la charte de l'évêquc Widegerne pour Mourbach, de 728. Pièces justificatives de cette histoire , tom. 1, pag. i.v, lix, lyi et lxiii.
ducale s'éteignit dans sa personne. Il mourut vers le milieu du huitième siècle , laissant un fils , Luitfrid II , qui ne porta que le titre de comte Ce dernier, qui n'atteignit pas les commencements du neuvième, eut de Hiltrude, sa femme *, trois enfants, parmi lesquels Bftsille fut, en 845, abbessc de Saint-Etienne de Strasbourg \ et Leutard fut père du fameux Gérard de Roussillon , duc ou comte de Provence 1 et du vénérable Otbert, qui fut évêque de Stras-
' Schœpflini'S, Alsat. illustr., tom. 1, pag. 770 cl 778.
* Vignier , Preuve» de la généalogie des maisons d'Alsace , pag. 78.
3 Histoire de l'église de Strasbourg, tom. 8. Pièces justifcalives , pag. ccxxiv.
* Voyez sur Gérard de Roussillon dom Maiui.i.on, Annal. Iienedicl., tom. 3, lib. 36, pag. 143, et dom Plancher, Histoire de Bourgogne, tom. 1, liv. 3, pag. 136 et 137, et Duhod, Histoire du comté de Bourgogne, tom. 2, liv. 2, pag. 74 et 75. Il fonda conjointement avec Berthe, sa femme, au milieu du neuvième siècle, deux monastères, l'un d'hommes à Poutieres, dans le diocèse de Langres, et l'autre de filles à Vezelay, dans celui d'Autun. On voit encore leurs tombeaux flans l'église de Poutieres, mais sans aucune inscription. On y voit aussi l'épitaphc de leur fils unique, nommé Thicrri, qui mourut dans la seconde année de son âge. Dom de Montfaucoji, in Bibliotheià Bibliothecarum manuscriptorum, tom. 1, pag. 31, compte entre les manuscrits de la reine de Suède, qui se trouvent dans la bibliothèque du Vatican , l'Histoire de Gérard de Roussillon , comte et duc de Bourgogne. C'est un roman que Chorikr, Recherches des Antiquités de Vienne, liv. 5, vhap. 5, pag. i 3 1 et 435, fait remonter au-delà du douzième siècle. Selon M. de Paiîlmy, Mélanges tirés d'une grande bibliothèque, lettre tjtj , pag. 269, Gérard de noussiilon est le héros du roman de Gérard d'Euphrate , le dernier de chevalerie du temps de Charlesmagnc. Note de l'éditeur : La note qui suit est une feuille volante ; nous la reproduisons parce qu'elle fixe la date de la mort de Thierri. L'épitaphe de Thierri, fils de Gérard, mort au berceau, et qui se trouve dans l'abbaye de Poutieres (Pultariensis), est rapportée par Mabillos, loco suprà cilato. Elle prouve qu'il mourut le S octobre n'ayant pas encore un an.
Gérard de Roussillon commanda en qualité de comte, puis de duc, dans le comté de Bourgogne, il étendit et augmenta la ville de Poligny , dont il fil bâtir ou réédifier le château. Gollut, Mémoires de Bourg., liv. 2, chap. 38, et liv. 3, chap. 8, et Ciieyalier, Mémoires historiques sur la ville de Poligny, tom. 1, p. 55.
Selon Chevalier, pag. 56, Leutard, père de Gérard, épousa Grimilde, issue du sang royal de Bourgogne, qu'il soupçonne descendre de Pépin d'Héristel par Griraoald, son fils , et Thèodoald , son petit-fils.
Gérard, élevé à la cour de l'empereur Louis-le-Débonnaire , épousa Berthe, fille de Pépin I", roi d'Aquitaine, l'un des fils de cet empereur. Celui-ci le fit comte
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bourg depuis Tan 906 jusqu'en 913 *. Hugues Ié»\ fils aîné
de Paris et de Soissons, en considération de ce mariage. Il posséda aussi le comté de Ne vers, qui avait été donné autrefois, avec le comté d'Autun, à Pépin, son beau-père , par l'empereur Louis. D'un autre côté , Gérard reçut, du roi Charles-le- Cbauve, le gouvernemeg^ du Bon-y, sur lequel il avait des droits, la mère de Berthe étant de la ligne des comtes de Bourges. C'est probablement sur un titre semblable qu'il était comte de la Haute-Bourgogne , du cher de Grimilde, sa mère, descendue de ceux qui y avaient commandé ; de sorte qu'il Tut l'un des plus puissants seigneurs de son temps. Chevalier, pag. 57. Le surnom de Rossillon, qu'il portait, venait d'une ville ancienne, ou forteresse, ruinée par les Vandales, située sur le mont Lassois, près de Châtillon-sur-Seine , lieu qui parait avoir fait aussi partie de son domaine. Carreau, Description de Bourgogne, pag. 4SI.
En 845, l'empereur Luth aire confia au comte Gérard le gouvernement de la Provence, du Viennois et du Lyonnais. Chevalier, pag. 58.
Le comte Gérard fonda d'abord une abbaye de religieuses à Vézelay , diocèse d'Autun, puis, vers l'an 859, le monastère de Poutiercs dans l'Auxois, diocèse de LRngrea.
Gérard attaché par reconnaissance et justice aux empereurs , Louis et Lothaire , et à Lothaire, roi d'Austrasie, qu'il avait élevé, il leur demeura toujours fidèle, et fut presque toujours opposé i Charles-le-Chauve , roi inquiet et ambitieux , qui cherchait à dépouiller ses proches de ses états. Voyez Chevalier, pag. 59 et 60. U eut une fille , nommée Eve , et un fils , appelé Théodoric. Certains auteurs font descendre les comtes d'Autun de ce fils, tandis que d'autres pensent qu'il mourut sans postérité avant son père.
Gérard perdit, trois ans avant sa mort, la princesse Berthe. Ils sont inhumés l'un et l'autre dans l'église de l'abbaye de Poutieres, sans que l'on sache au juste ni le temps , ni le lieu de leur décès. Il paraît qu'on doit fixer le décès du comte Gérard , du commencement de 877 à la fin de 879 , et que c'est à Avalon, qui lui appartenait, qu'il termina sa carrière. Chevalier, pag. 6Î.
Le nom du comte Gérard a été célèbre, et sa mémoire est encore chère dans les deux Bourgognes. Henri de Bourgogne, ayant choisi, en 1343 , sa sépulture à Poutieres, près du tombeau de ce comte, le nomme très-illustre prince et comte de Bourgogne. Voyez Dunod, tom. 3, pag. 75. Illustre également par sa naissance et ses vertus , puissant par ses richesses et ses dignités, grand justicier, protecteur des veuves et des orphelins , libéral envers les pauvres , bienfaiteur des églises , fondateur de plusieurs monastères , fidèle et expérimenté capitaine , modeste dans la grandeur , maître de soi-même dans l'adversité , il joignit dans toutes les occasions de sa vie l'esprit de religion à la grandeur des sentiments.
Selon Chevalier, pag. 63, Eve, fille de Gérard, épousa Varin, ou Guerin, comte de Mâcon ; il eut aussi une sœur qui épousa un comte de Provence , et fut mère du comte Ardouin.
4 Histoire do l'église de Strasbourg, tom. 3, liv. 6, pag. 173 et 874. Suivant
de Luitfrid II , mourut en 836 1 , et fut avec le comte Leutard, son frère , un des bienfaiteurs du monastère d'Escheri *. Nous avons fait connaître autre part3 les enfants du comte Hugues 1er et de Bava , son épouse , parmi lesquels Luitfrid III eut la plus grande faveur auprès des deux Lothaires, l'un son beau - frère , l'autre son neveu 4. L'impératrice Ermengarde, épouse de l'empereur Lothaire, était sœur de Luitfrid. Ce dernier, mort en 864 \ marié, comme on le suppose"^ l'héritière de la seigneurie de Windisch, laissa deux fils, Hugues H et Luitfrid IV, qui lui succédèrent successivement dans le comté du Sundgau, ou de la Haute-Alsace, dont il avait été lui-même investi. Hugues, qui ne jouit pas du moindre crédit auprès de Lothaire, roi de Lorraine \ et de Charles-le-Chauve , roi de France8, mourut vers l'an 880, sans laisser de postérité 9. Luitfrid IV remplaça Hugues,
Huber , von der Landgraffschaft Elsass , pag. 77 et 8G, l'évèque Otbert Tut fils du comte Leutard et frère du comte Luitfrid.
* Voyez sur ce comte Hugues le tome premier de cette Histoire, liv. 4, pag. 362-366, et tome second , pag. 113 et 149.
* Tome second, liv. S, pag. 176, et Pièces justificatives, pag. ccxlvh. 1 Tome second, pag. 149.
* Annales Bertiniani, apud Bocquetum, lotn. 7, pag. 79. Il est qualifié « Luit- « fridus illuster Cornes, dominusque Monasterii Grandisvallis, quod est situm in • Ducatu Helisacensi , » dans le diplôme de l'empereur Lothaire , son beau-frère , de 849 , pour l'abbaye de Grandfels , cité dans les pièces justificatives , tom. 2, pag. ccxxxui.
* La Chronique de Saint-Gai , apud Ducbesne , tom. 3, pag. 469, place la mort de Luitfrid à l'an 864. Les Annales de Richenau, apud Hess, in Scriplor. rer. ■ Guelfic, paq. 272, la fixent à la même année, sous ces mots : « An. 864 Eber-
f hart, Erchanger, Liulfrid et alii quam plurimi istius regni Principes obierunt. »
* Dichesne, Histoire de Bourgogne, liv. 2, cap. 53, pag. 233.
1 11 est nommé > Hugo Cornes, illustris avunculi nostri Ludfridi tllius, » dans le diplôme de Lothaire, roi de Lorraine , pour l'abbaye de Grandfels, de l'an 866, rappelé dans les pièces justificatives, tom. 2, pag. cclii. •
* Voyez le tome second de cette histoire, liv. 5, pag. 192. » Scboepflinvs , AUat. iUwtr., tom. 1, pag. 782.
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son frère, non-seulement dans le comté du Sundgau, mais aussi dans l'advocatie des abbayes deGrandfels 1 et deSaint- Trutpert. Il décéda quelques années après la donation qu'il fit, en 903, à cette dernière abbaye2, conjointement avec ses trois fils, Hundfrid, Luitfrid V et Hugues qu'il avait eusd'Ermentrude. On ne connaît que les noms* du premier et du dernier. Luitfrid V se rendit célèbre, en 925, par la défaite des Hongrois qui ravageaient l'Alsace 4. Mais il périt dans une bataille qu'il leur livra près de Basle, en l'an 938*. On lui donne pour fils Gontram6 et Luitfrid VI 7. Le grand nombre de terres que Gontram possédait tant en Haute- Alsace que dans le Brisgau et leThurgau, lui fit donner le surnom de Riche. Mais il en perdit une grande partie, en 953, parce qu'il avait pris part à la révolte de Ludolphe, duc de Souabe et d'Alsace, contre le roi Othon, son père8. Ce dernier lui ôta ses comtés et le déclara sujet rebelle de l'empire9. Luitfrid VI remplaça, en 954, Gontram, son frère,
' Le comte Luitfrid obtint, en 884, de l'empereur Charles-le-Gros un privilège pour le monastère de Grandfels, dont il est parlé dans nos pièces justificatives, loin. 2, num. 151, pag. cclxxyii.
• La meilleure édition de la charte de cette donation est celle qu'ont fait imprimer dom Hercott, Geneal. Habib., tom. 2, pag. 174, M. Scbœpflin, AUat. diplom., tom. 1, pag. 101, et le P. Maman, Austria sacra, tom. 2, pag. 192. Elle avait déjà été publiée par Luzius, Guilliman , Bucelin , Mayer, Pez et Eccard, mais moins correctement.
• Elle porte la signature suivante : « Signum Luitfridi illustris Comitis et filiorum « ejus Huntfridi , Lutfridi , Hugonis , qui hanc cartam donationis fieri et firmare « rogaverunt. »
4 Voyez le tome second de cette Histoire, liv. 6, pag. 803.
• Goillimannus , Habsburg., lib. 4, pag. 151.
• Voyez M. Schcepfmn, AUat. illustrata, tom. 2, pag. 465 et 466.
1 Idem, Alsat. illustr., tom. i,pag. 788, cIGerbertus, Histoiïa Si/we Nigrœ, tom. 1, lib. 5, pag. 149.
• Comme le suppose M. Schœpflin, tom. 2, cit. pag. 466.
• L'empereur Othon I*' accorda, en 959, à l'abbaye d'Eosidlen des biens à Eschenz, daus leThurgau, «talcm proprietatem qualem Guodramnus Cornes in ipso
dans le comté du Sundgau, qu'il conserva jusqua sa mort, arrivée en 977 !. Luitfrid VII, fils et successeur de Luitfrid YI , est nommé pareillement comte du Sundgau dans deux diplômes de l'empereur Othon III, de 986 et997,pour le monastère de Payerne*. Il souscrivit en 999 le privilège du môme prince pour celui d'Altorff3. Il ne survécut pas longtemps à cette époque, étant mort vers l'an 1002, sans laisser de postérité 4.
Gontram, son oncle, dont nous venons de parler, eut un fils , nommé Kanzelin ou Lantold , comte d'Altenbourg , ou du Cleggau*, qui mourut le 25 mai 990 e. Ce comte fut le
« loco obtinuit, sibique ob perfidiam sui reatûs justo judicio publiée in jus regium « est dijudicata, » dit le diplôme de ce prince publié par le P. Hartman, Annalium Heremi Deiparœ , pag, 62. On trouve aussi, dans les archives de la ville de Berne, l'original d'un diplôme du même Othon et de la même année 959, par lequel il accorde « cuidam lideli Ruodulfo » des biens situés à Colmar et à Hiïttenheim, «et omnia quœ Guntramnus in Hillisazaas (Alsatiâ) proprietatis visus est « habere, excepte Pruomad, quœ nobis ideo in jus proprietatis sunt reducta, quiâ ■ ipse Guntramnus contra rem publicam nostrie région polestati rebellis extitit. » Voyez Schoepku.n, Alsalia diplom., tom. t, pag. 114. Ce Rodolphe, qui parait être le même Rodolphe que le duc Rodolphe, (Ils de la reine Berthe, accorda, quelque temps après, ces mômes biens à l'abbaye de Payerne, fondée par sa mère, comme le prouvent les lettres d'Othon II, de l'année 973, apud eumden Schœpfi.inum , Ahat. diplom., tom. 1, pag. 124. Il existe aussi un diplôme d'Othon I", du U août 953, par lequel il accorde à l'abbaye de Laurisheim tous les biens héréditaires que Gontram possédait à Brumat et dans d'autres endroits voisins, situés en Alsace , qui avaient été confisqués au profit du roi. Lamey, Codex diplomaficus Laureshamensis , tom. 1, pag. 120. Le Nccrologe d'Ensidlen place sa mort au 46 de mars.
1 Le comte Luitfrid VI est rappelé dans deux diplômes de l'empereur Othon II, l'un de 974 pour l'abbaye de Payerne, apud Hergott, Genealog. Habsburg., tom. 2, pag. 86, et l'autre de 977, pour celle de Mourbach, apud Eccardum, Orig. Habsburg. , pag. 122.
T Hergott, Genealog. Habsburg., tom. 2, pag. 89 et 93.
1 Pièces justificatives; conf. Wurdtwejn, nov. subs. dipl., tom. vi, pag. 139.
* Dès l'an 1003, Othon possédait le comté du Sundgau, comme le prouvent deux diplômes de l'empereur Henri 11 : l'un de la même année pour l'abbaye de Payerne, et l'autre de 1004, pour l'église de Basle. Hergott, opère cit. pag. 96 et 98.
* Voyez Schoepflin , Abat, illustr., tom. 2, pag. 466 et 467.
"Annales Ensidlenses, apud Mabillonem, in actis SS. ord. S. Uenedkti, tom. 7, pag. 820, et in Veleribus Analectit, pag. 368, secundœ edit. 27
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père de 1 evêque Wérinhaire *. Kanzelin ou Lantold* eut six enfants deLuitgarde, sa femme3. Wérinhaire, l'aîné de tous, obtint un canonicat dans la cathédrale de Strasbourg et eut son patrimoine dans le pays d'Ergau et le comté deRore, où est aujourd'hui située l'abbaye de Mûri. Radeboton , son frère, second fils de Kanzelin, qui succéda dans les principaux biens de son père, eut dans son partage la seigneurie de Windisch et le comté d'Altenbourg , qui est le même que celui du Cleggau4. fl épousa I ta, fille de Gérard, comte et marquis de Lorraine, sœur germaine de Gérard d'Alsace, duc de la Haute-Lorraine , et utérine de Gunon , comte de Rheinfelden*. Ce furent Radeboton et Ita, qui don-
1 C'est sans fondement, que Gerhard de Roo, Annalium Auxtriac, lib. 1, pag. i, ilunne à Gonlram un fils, nommé Gebizon , qui devint évéque de Strasbourg. GebwilW, Orig. Habsburg., lib. 2, cap. 17 et 18, et Crusius, Annal. Suevic, lorn. 1, part. 2, lib. 4, pag. 119, se trompent aussi , quand ils disent que l'évéque Wérinhaire était fils de Betzon ou Belzelin, prince de Habsbourg et comte d'Altenbourg. Dom Mahillon, Annal. Henedict., tom. 4, lib. 56, pag. 331, et les auteurs de la Gaule chrétienne, tom. 5, pag. 792 et 1036 , sont également dans Terreur, quand ils disent que Wérinhaire était fils et non frère de Radeboton.
* L'ancien Calendrier de Mûri, écrit au milieu de l'onzième siècle, apud Ger- BKitTi'M , in Monumentis reteris Litttrgiœ, part. 1, pag. 496, fixe la mort de Lan tuld au 25 do mai, «vin kalcn. Junii, Landeloh cornes obiit. •
5 Le comte Lantold eut pour femme Luitgardc, selon les traditions cl le Nécrologe d'Ensidlen, apud Hergott, tom. 3, pag. 833. Luitgarde, selon M. Schœpflix, Ahat. illustr. , tom. 2, pag. 468, devenue veuve de Kanzelin ou Lantold, se remaria en secondes noces à un comte de Rheinfelden, qui fut l'aycul de l'Anlioésar Rodolphe. Mais ce savant historien n'a appuyé sa conjecture d'aucun monument historique.
* Radeboton est nomme Cornes in Cleggowe dans un diplôme de l'empereur Henri II de l'an 1023, apud Hergott, «m/m. 166, pag. 106. Guilliman et ceux qui l'ont suivi, entr'autres Lei\ llelvetitches Lexicon , tom. 1, pag. 147, croyent que le château d'Altenbourg était voisin de Windisch , et près de celui qui porta ensuite le nom de Habsbourg. Mais une charte citée par Meus, de Jurœ Advocatiœ Rkinoviensis Mnnasterii , pag. 22 , prouve qu'Altenbourg n'était pas éloigné de l'abbaye de Rhinau , et que c'éLiit l'endroit où l'on tenait autrefois les plaids publics du comté de Cleggau.
* La généalogie qui se trouve à la téle des actes de Mûri , porte : « Theodricus
lièrent l'origine à l'illustre maison de Habsbourg-Autriche 1 .
- Dux Lolhariugorum et Chuono Cornes de Hinfelden fratres fuerunt. Horuin soror » fuit Ita Coinitissa de Habsburg. » Les actes môme do celte abbaye disent que Radeboton « aceepit de partibus Lothariugoruin uxorem, nomine Itam, sororem • Tbeodrici Ducis. » Ils nomment autre part « Comilem Chuono fratrem Ita? de « maire. » Différents systèmes ont été formés pour concilier celle généalogie. Vignier , Origine des maisons d'Alsace, pay. 108, dit qu'Ida était ûlle de Gérard d'Alsace, qui obtint, en 1048, le duché de Lorraine; ce qui n'est pas vraisemblable, puisqu'Ida élait déjà morte en ce lemps-la. Blondei. , Genealug. Franck, plenior assert io , prœfat. apolog. i.xx., suivi par Eccakd, pay. 75, et Schoepflm, Alsal. illustr., tnm. 2, pay. 468, croyent qu'elle eut pour père Frédéric, qui fut duc de Lorraine depuis 959 jusqu'en 984. Mais ce sentiment porle encore avec lui plusieurs difficultés , que dom Cerbert fait connaître dans sa Dissertation de Rudolpho Suevico, cap. 3, pay. 98 et 99. Il en propose un nouveau, qui nous paraît être le plus vraisemblable, d'autant plus qu'il est fondé sur les actes de l'abbaye de Mûri comparés avec le récit de la fondation de celle de Bouzonville, publiée par dom Calmet, Histoire de Lorraine, tom. 1, preuves, pay. 543, prima edit. Suivant le système généalogique, que le savant abbé-prince de Saint-Biaise y développe, pag. 89 et sey., Giselle, mère d'Ida, lut mariée deux fois, premièrement avec Cunon 1er de Rheinfclden , et secondement avec Gérard , comte et marquis de Lorraine. Le premier mourut en 1012, et le second en 1016. Du premier lit, elle eut Cunon II, comte de Rheinfelden , et du second, Gérard d'Alsace, duc de la Haute-Lorraine , Théodoric ou Thierri , mort dans sa jeunesse , que le généalogiste •le Mûri qualifie de duc, et Ida, mariée à Radeboton. Aussi la notice de Bouzonville fait mention du comte Théodoric , du duc Gérard et d'Ida , dans le nombre des enfants de Gisèle, épouse du comte Gérard. Ce système de l'abbé de Saint-Blaisc est cependant défectueux dans un point. Cunon de Rheinfelden , premier mari de Giselle, mourut en 1012. Elle ne put donc pas épouser avant l'an 1013 Gérard, comte et marquis de Lorraine. En supposant Ida le premier enfant de ce second mariage, ce qui cependant reste à prouver, elle n'a pu naître avant l'an 1014. Elle n'avait donc en 1027 , qui est la date du testament de l'évéque Werinhaire pour l'abbaye de Mûri, que treize ans. Or cet âge ne s'accorde point avec les actes de Mûri, qui dès-lors représentent Ida comme épouse de Radeboton, et même mariée avec lui depuis long-temps. D'ailleurs Radeboton , qui était déjà majeur en 990 , à la mort de Kanzelin, son père, ne peut pas être supposé s'élrc marié si tard avec Ida.
• L'auteur des actes de Mûri dit qu'Ida était sœur de l'évôque Werinhaire « sort rorem Wernharii Argtntinc civitatis Episcopi ; » ce qu'il faut entendre par bellesœur, comme l'expliquent Dominique Tschddi, abbé de Mûri, Orig. et Genealog. Comitum de Habsburg, pay. 31, Schœpflin, Msat. illustr., tom. 2, pag. 467, dom Gerbert, oper. cil., pay. 95 et 100 , etc., et comme le prouve fort au long dom Fridoliu Koi«h, in Vindiciis Avturum iluiensiitin , pag. 165 et sey.
HISTOIRE DE l'ÊGUSE
Rodolphe, troisième fils de kanzelin et de Luitgarde1, eut en partage une partie des biens que sa famille possédait en Alsace et dans le Sundgau. Il y fonda l'abbaye d'Othmarsheim*, qu'il soumit au Saint-Siège et dont il fit consacrer l'église, en 1049, par le pape Saint-Léon IX. Il mourut après l'an 1063, sans laisser d'enfants de Cunégonde, sa femme 5. Lancelin 4 et Gcbehard, tous deux frères de Rodolphe, eurent leurs possessions dans l'Ergau et le Brisgau. Comme Lancelin était encore jeune, il demeura presque toujours avec Werinhaire, évêque de Strasbourg, qui lui confia l'administration et la défense de ses revenus patrimoniaux 5.
1 « Fraler Radebotonis Ruodolfiis cellam Olhmarsheim conslnixit, » disent les m I(Vn de Mûri.
* Olhmarsheim, située en Haute-Alsace , dans le diocèse de Basle, a six lieues de Gebwiller, entre Honingue et Brisach, est aujourd'hui une abbaye de chanoinesses nobles. Le lieu d'Otmarsheim est rappelé, dés l'an 801 , dans une charte de Mourbach, npud ScnnKPFt.iNi'M , Ahat. diplom., tom. 1, pag. 60. Il a pris son nom de Saint-Otmar , abbé de Saint-Gai , selon Beatus Riiknam's , lier. Orw.. lib. 3, pag. 15», et Joachim Vamancs, de Collegiis Monasteriisque Germaniœ veteribux, lib. 2, npud Cni.iusTi!* , loin. 3, lier. Alemannic, pag. 59.
1 « Rudnlflus vir illustris Mnnasterium Sanrte Marie in Otmersheim silum , de « proprio sumptu in proprio predio ediflravit et Sanctimonialibus deputavit, et per - Papam Leone m consocrari ferit, jurique sanrte Romane Ecclesie supposnit , » dit Henri IV, roi de Germanie, dans son diplôme original pour cette abbaye, daté de Worms 29 janvier 10fi3. ScHOKPFi.ixrs , Ahat. diplomal.. tom. 1, pag. 170. Le même diplôme fait voir que Rodolphe vivait encore en 1063 , et qu'il eut Cunégonde pour femme. Cette pièce authentique est préférable au témoignage incertain de Maxi.its . »;i Chronico Constnjttirnsi npud Pistorium , tom. 3, pag. 671 , de Gimm.iman , Habsburg., lib. I, cap. 3, pag. 130, élit. an. 1605 , et de Yir.MtR, pag. iï, qui placent la nmrl de Rodolphe à l'an 1013, et qui lui donnent pour épouse Adélaïde , fille d'Adalhéron , comte de Frobourg.
* Giii.MMAX . Habsburg., lib i, cap. 2, pag. 166, le nomme Landol. Vicnier, pag. ïî, place la mort de. Lancelin à l'an 1036, et nomme sa femme Anne, comtesse de la Roche en Bourgogne. Mais il n'en donne aucunes preuves.
'- >1. Schof.I'KI.in ne parle pas de ce Lancelin dans sa table généalogique de la maison de Habsbourg, Ahat. illustrât., tom. 2, pag. 165. Cependant l'évèque Werinhaire, dans son testament de 1027, fait mention « genn.ini fralris mei Lan- «celini, qui utpotè militiie cingulo pneditus, defensor palrimonii mei exliterat. »
Gebehard se retira auprès de son autre frère, Birchtilon 1 , ou Berthold, qui fut comte du Brisgau et de l'Ortenau2. Ce Berthold, également fils de Kanzelin, fondateur du monastère de Sulzberg, compta une nombreuse postérité. Il fut père d'un autre Berthold, comte du Brisgau et de l'Ortenau, et qui obtint, en 1060, le duché de Carinthie3, et dont descendent les anciens ducs de Zeringen et ceux de Teck, ainsi que la maison existante des Margraves de Bade 4.
Une naissance si illustre donnait, sans doute, à Werinhaire bien des titres pour prétendre aux honneurs de son siècle. Mais les qualités, dont la nature avait pris soin de l'orner, semblaient surtout l'élever aux dignités de l'Église. Celle de Strasbourg venait de perdre Àlawic , son évêque, qui mourut le 30 avril iOOl , comme nous l'avons vu dans Je livre septième de cette histoire5. Les empereurs étaient encore alors en droit de nommer aux évéchés vacants. Othon 111, qui occupait, depuis 983, le trône impérial, conféra aussitôt celui de Strasbourg à Werinhaire , qui était déjà chanoine de la cathédrale. Son nom et le crédit de son père n'eurent aucune part à sa nomination. 11 la dut surtout aux services particuliers qu'il avait rendus constamment
' Ce Birchtilon fit, en 1008, une donation au monastère de Sulzberg « cum • manu fratris mei Gebchardi. ■ C'est ainsi que porte l'original de la charte qui se trouve à Porentrui , dans les archives de l'évéquc-prince de Basle, publiée par M. ScHGEPFUN, Uisl. Zaringo-liadensis , tom. 5, pag. 15. Doin Hebcott, lom. 2, pag. 95 , lit fautivement • cum manu filii mei Ccbhardi. »
'■ Berthold est nommé « Cornes pagi Brisgowc » dans une charte de l'an i OOi, apud Hebcott, lom, 2, pag. 98. On lit « Berchtoldus Cornes pagi Mortinawe » dans deux diplômes des empereurs Henri II et Conrad II , de 1016 cl 1024 , pour l'abbaye de Schutteren. Pièces justif. ; cf. Wubdtwein, nov. suis, dipl., tom. 6, p. 173.
3 De là le comte Kanzelin ou Lantold est appelé « avus Bertholdi Comitis de « Zeringen » dans le Nécrologc d'Ensidlen, apud Hebcott, toi». 3, pag. 833.
* Voyez le premier volume de l'histoire de Zeringen-Badc , par M. Scaa&PrLiN , imprimé en 1763, pag. 25 el *<•</.
* Tom. 3, pag. 85,
HISTOIRE DE l/ÉGUSE
à Othon, et à la fidélité qu'il n'avait cessé de témoigner à ce prince !. Werinhaire fut ordonné évéque le A mai 1001 *. La conduite du nouveau prélat justifia le choix du prince. Doué d'un extérieur majestueux et séduisant, les grâces étaient en lui l'image de la plus belle i\ me : il réunissait , par un accord heureux, la gravité à l'aménité, la douceur à cette fierté noble qui prend sa source dans l'élévation des sentiments plutôt que dans la supériorité du rang. 11 sut joindre aux talents d'un grand capitaine, au génie d'un habile politique, toutes les vertus épiscopales, que ces qualités semblent exclure. Le clergé, la noblesse et le peuple se disputèrent l'honneur d'accompagner son entrée. Ces témoignages d'une joie universelle présagèrent dans tous les cœurs les merveilles de son épiscopat. La considération singulière , dont il jouit auprès de trois empereurs , éleva l'autorité de son église plus haut que ne l'avait portée aucun de ses prédécesseurs.
Elevé sur le siège de Strasbourg, Werinhaire ne fut que plus ardent pour témoigner sa reconnaissance à Othon III, son bienfaiteur. Mais il n'eut pas le bonheur de lui en donner
' C'est ce qu'atteste en termes exprès le diplôme original de Henri H, dès l'année 1003. Pièces justificatives ; conf. Wukdtwkin, nov. subs. dipl., tom. 6, pay. 150.
* L'ancien Calendrier de la cathédrale de Strasbourg, écrit au commencement de l'onzième siècle, marque au i de mai Ordmati» Werenharii Episcopi. Chaque diocèse faisait autrefois la fête de l'Ordination de son evèque. Saint-Augustin , Sertn. 52 de Verbis Domini , parle de celle d'Aureliusde Carthage. Possidius nomme un traité qu'il avait fait sur la sienne de Natali Episcopi Tructatus unus. On trouve dans le Sarramentaire de Celase Missa , i/uam pro se Episcopus die Oï dinatitmis suœ cantal , et dans le très-ancien Lectiomiaire Gallican Leijenda iti .Xatale Episcopi. L'LgIise fait encore mémoire au I i de juin de l'Ordination de Saint-Basile, évéque de Césarée. Saint-Charles Horroméc ordonna dans le troisième Concile de Milan , in Artis Ecrlesia Mediolanensis , tom. 1 , pn<j. 97, qu'on se conformerait an décret de Félix IV, qui obligeait tous les évêques de célébrer l'anniversaire de leur consécration. Le quatrième concile de Milan , ihid., pag. 153, porte «m'en ce jour, le peuple serait exhorté de prier spécialement pour son pasteur.
des marques particulières. Il n'y avait pas encore un an, qu'il était évéque, lorsque la petite vérole ou le poison emporta cet empereur à l'âge de vingt-deux ans. 11 mourut le 24 janvier i 002, à Paterno, petite ville d'Italie, dans la campagne de Rome2. Comme Othon ne laissait point d'enfants, n'ayant pas été marié, la couronne devint l'objet de l'ambition des plus puissants seigneurs de la Germanie. Cinq surtout y prétendaient : mais les principaux furent Henri, duc de Bavière, et Herman, duc de Souabe et d'Alsace. Celui-ci avait succède dans ce duché3 à Conrad, son oncle paternel, mort subitement le 19 août 997 4. Herman, fils d'Udon, duc de Franconie, était un seigneur riche et puissant , sage d'ailleurs , «mais d'un caractère dur et opiniâtre s. Henri paraissait avoir plus de droit par sa naissance: il était arrière-petit-fils de Henri, dit l'Oiseleur, et cousin-
' l'uslellis, dit Ditnar , pag. 358. Voyez Schmidt, Geschichte der Ueutschen , iom. 2, lib. 4, pag. 62. Chronicon mas*. Ensidlense : «An. 1001 obi it Otto III « Imperator x kal. Februarii , cui codem anno Heinrichus Dux Bavaric in regnum « successit. »
• Le cardinal Baronius , Annal, écries., tom.\\y adann. 1002, pag 14, observe à l'occasion de la mort de ce jeune empereur, que Dieu voulait venger sur lui les attentats des Othons contre le Saint-Siège ; mais , comme le remarque fort judicieusement M Gopbau dans son Histoire ecclésiastique, il y a plus de témérité que de sagesse, plus de zèle inconsidéré que de charité chrétienne dans les jugements qu'on fait sur les morts prématurées des princes bons ou méchants.
* Hennannus Coniractcs, apud Canisilm , pag. 262, cl Abbas l'rspcrgensis, pag. 163.
4 DiTMARl'S , lib. 4, pag. 360, et Nccrologium S. Galli, pag. 921.
5 C'est le portrait qu'Adclbold, évèquc dX'trccht , fait du duc Herman, mort en 1027. Ditmah , son parent, décédé en 1019, évéque de Mcrscbourg , dit au contraire , que c'était un homme humble et craintif, qui s'était fait aimer par sa douceur, lib. 5, apud Leibnitzicm , in Scriptor. rer. Ummwieenn., Iom. 1, pag. 365 : n Hennannus Alemannijc et Alsathc Dux timoratus et humilis homo à multis , quibus « lenitas ejusplacuit, seductus contra Hcnricum se armavit » l'n diplôme d'Othon III, de 99», Hisloriœ Zaringo-Badensis Coder diplomal., num. 7, pag. 11 , fut donné i Duce egregio Hermanno rogante. » Quant à Adelbold , voici comme il s'exprime : « Herimannus vero homo potens, et in cœteris prudens, in hoc lamen non sapiens, etc.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
issu de germain de l'empereur qu'on venait de perdre. Henri se mit, dès le commencement de juin 1002, à la tête d'une armée considérable, composée des troupes que les évêques et les seigneurs de Bavière ou de la Franconie lui avaient amenées. Il voulait passer le Rhin à Worms et de là se rendre à Mayence pour s'y faire couronner empereur. Willegise, archevêque de cette ville, et Werinhaire, évêque de Strasbourg, se déclarèrent hautement pour Henri, l'accompagnèrent dans son expédition et le secondèrent puissamment par leurs secours et leurs conseils1. Le duc Herman, informé de sa marche, rassembla les troupes qu'il put former en Souabe et en Alsace8, et s'avança avec elles pour disputer à son compétiteur le passage du Rhin. Henri ne voulut pas, de l'avis des prélats qui étaient dans son camp, risquer une action. Il feignit de s'en retourner en Bavière, comme s'il eût désespéré de pouvoir passer ce fleuve. Cette contre -marche trompa Herman qui se retira, tandis que Henri se rendit sans bruit à l'abbaye de Lorsch ou Laurisheim. Il passa de là sans difficulté à Mayence, où il fut proclamé roi de Germanie, le 8 de juillet. 11 fut sacré en cette qualité par l'archevêque Willégise , assisté de l'évêque de Strasbourg et des autres suflragans de la province de Mayence 3.
' Adelboldus in Vitâ S. Henrici, apud Ludewig jn Scriplor. rer. Bamberg., totn. 1, pag. 794, Leibnitiium in Scriplor. rer. Firunswic, lont. 1, num. 6 et 7, pag. 132, et apud Solleriom, in Actis SS., tom. 3, Julii, num. 10, pag. 746 : « Erant « au te- m cilm Duce llciiirico viri illustres et sapientissinii , Archiepiseopus Mogunti- «nus.... Episcopus Strasburgensis . . . ; cum his Dux, habito consilio etc.» L'annaliste Saxon dit la même chose, apud Eccardum, in corpore historico medii atvi , tom. i, pag. 383.
* « Adunatis AIcmannis et quibusdam Francis et Alsatiensibus , » dit Adelbold.
1 Ditmarus , oper. et lib. cit., pag. 367 : « Henricus Dux vin Idus Junii (Julii) « Magontia? corn tn uni devotionc in Rcgem electus, a Willigiso cjusdem sedis Archt- «episcopo, SufTraganeorumque suimet auxilio, accepta regali unctione , cunctis ■ praesentibus Deum collaudantibus , coronatur. »
La réputation de piété, de justice, de douceur et de modération, dont il jouissait, avait déterminé les prélats et les grands à le choisir pour chef du corps germanique. Il soutint la haute opinion qu'on avait conçue de lui , par la sagesse de son gouvernement, et par les vertus chrétiennes, jointes à toutes ses vertus royales et militaires. Henri rendit, peu après, un témoignage public du zèle avec lequel Wérinhaire avait soutenu son parti, et des services qu'il lui avait rendus pour acceler son élection1.
Mais ce zèle avait coûté cher à Wérinhaire , ainsi qu'à sa ville épiscopale. Le duc Herman, irrité que Strasbourg, capitale de l'Alsace , s'était d'abord , avec son évêque, déclaré contre ses intérêts, résolut de s'en venger. Il se mit à la tête de son armée, plusieurs mois avant le couronnement de son compétiteur. L'ayant jointe aux troupes que lui amenait Conrad, ou Cunon, duc de Carinthie, son gendre , il entra avec elle dans la province , dès le commencement d'Avril. Il mit aussitôt le siège devant Strasbourg. Cette ville qui ne s'était pas attendue à une si prompte attaque, ne put se soutenir longtemps contre les efforts des assiégeants. Herman la prit d'assaut par escalade, le 4 avril, jour du Samedi-saint, et la mit au pillage. Le soldat, abusant du droit de la victoire et avide de butin, ne respecta pas même les lieux saints. Les vases sacrés furent profanés, les ornements ecclésiastiques enlevés, les prêtres arrachés des autels. Les femmes et les filles , qui
• Le roi Henri s'exprime ainsi dans son diplôme de Tannée 1003 : a Post tanti ilaque « hnperatoris (Oltonis) ab liac vita discessum , vêtus inter nos a pueris propagata « familiarilas, et ca, quœ cum tali Cœsare nobis erat parenleliu el consanguinitatis • affinilas, prn?fato persuasit Anlistiti (Werinhario) cum cœteris, quorum infinitus « est numerus, nostra? inanus dare fidelitati, ut Dco pra>sidc , concors populorum et Principum nobis concederetur eleclio, et hereditaria in regnum sinè aliquâ divisione « successio. »
HISTOIRE DE L ÉGLISE
s'y étaient réfugiées, n'y trouvèrent pas un asile pour leur honneur et contre la brutalité licencieuse d une soldatesque effrénée1. Elle entra à l'insçu d'Herman, leur duc, dans l'église cathédrale dédiée à la Sainte-Vierge, en enleva le trésor, et portant sa fureur jusqu'à l'impitié, elle mit le feu à l'édifice le jour même de Pâques-. Le chœur bâti de pierres 3 résista à l'incendie : mais la nef , ce reste, de l'ouvrage de Charlesmagne, construit depuis plus de trois siècles, n'échappa pas aux flammes, et fut presque toute réduite en cendres. Un si triste spectacle et les désordres des soldats d'Herman, occupés au viol et au pillage, ranimèrent les troupes de l'évéque Werinhaire , qui n'avaient défendu la ville que faiblement. Celles-ci se rallièrent, et excitées par Reinhard, leur chef, elles se jetèrent avec tant de furie sur les soldats du duc, qui étaient épars dans la ville, que Herman Contract attribue leur défaite à la
1 Richerics, in Chronico Senoniensi, lib. 2, cap. 15 : . Hcrmannus, Sabbatho « sancto Paschae, inopinatè, civitalem Argentinam intravit, ettotam civilatem in die « Resurrectionis Domini igne succindit. Armati sui malronas quac ad ecclesias
• fugeranl, virgines cum cnHeris mulieribus vi violabant, et hoc intrà ecclesias » fiebat. Sacerdotes ab altaribus dejiciebant, et exutos vesti mentis, calices rapic- « banl, libros, pal las allarium, cruces, capsas cum reliquiis Sanctorum pcrspalium " pavimenli quasi qua?dani slercora expendebant. Quidam veroeorum considérantes
• Crucitixum magnum auro puro et gemmis redimitum. ad eum cucurrerunt ; cui, « ut decrustarent , manus injicientes subi là morte preventi ante ipsum Cruciflxum « diabolo reddentes animas ecciderunt. Omnis deindè ille exercitus pessimâ morte diversis modis cito totus interiit. >
* Adclboldus, iu VitA Heurici, apud Lcedwig , pag. 795 ; apud Leirnitzicn, num. 8, pag. 432, et apud Soi. i.erhj m , num. 13, pag. 716: <■ At Hermannus Dux « dura? mentis et proterva? cervicis iralus super episcopum Strasburgensem , eu quod " sapienter egerit, et partem meliorem elegerit, juucto sibi Cunonc genero sun, •> Argentinam adivit, et niililihus Episcopi non (idcliter resistentibus , murus civi- - tatis fregit, spolia non modica cepit , ccclcsiam violenter intravit et hnpiè vio-
• lavil. »
' Gerbertls, Vêtus Liturgia Alemannka , parte 1, disquis. 3, pag. 181.
vengeance divine En effet Ditmar, évêque de Mersebourg, historien contemporain, et cousin du duc Herman, qui nous fournit une partie de ce détail 2, rapporte que les troupes de levéque firent un horrible carnage de l'armée allemande : la défaite fut d'autant plus générale, que les soldats s'entretuaient eux-mêmes dans le désordre. Herman abattu par ce revers, auquel il ne s'attendait pas, se vit hors d'état de résister à la multitude de ses ennemis, qui s'augmentaient imperceptiblement. Il se retira promptement et sortit de la ville, ne remportant de son expédition que la honte de n'avoir pu soutenir son entreprise et les malédictions d'un peuple , qu'il avait réduit aux derniers malheurs5. Les généraux du roi Henri pressèrent ce prince
* Apud UasTisim, in Sniplor. rer. formante, paij. 318, et Canisiim, Leclion. anliq., loin. 3, puy. 262 : • Argentina à Herimatmo Duce Alemania' , régi rebelalante spoliata, et divinitùs in auctores sroleris graviter vindicatum est, etab ipso - Duce sacro loco satisfactum. » Collationné sur l'original de l'abbaye de Richenau du onzième siècle.
1 Ditmari's, oper. el lib. rit., paij. 367 : « Dux autetu llcrmanuus, ni audivit . sua à Rcge pra>data, mmdùm volons humiliari, sed, ptoh dolor ! contrà Domimim ■«et ilegem exaltaus se, capul Ducàlùs sui Argt'iitinam , qun? Strasburg dicitur,
• quia Episcopus ejusdem urbis Wicclinus sihi resiMcre pnr-sumsil, tum Conrado « suimet germano, (I. genero) milite petit armato , tiiurosque asecudens, nil victis •> ipse reliquil. Nam execrata Alcmaiinorum turba ad pwdandum promptissiina , « inscio Duce, inajorein ecclcsiam sauela> Domini (ienitricis iulrrpida intrans, om-
• nem thesaurum diripit, et quod maximum cral fâchais, igne ilomum Dei con- » sumsit. Si verc lelix fuisset, primi ingressus acerbilate deterritus, nunquàm . majora aggrodi pra sumserat. Nam Antislitis militibus, ltciuliardo auctorc , viri- « liler rcpugnanlihus , maxima hostium caterva irruens, proprio perfossa hastili . corruil, vitamque hanc divina ultimie miserabiliter finit. hVc Hermannus inso-
• labili qua'stus imrrore discessit , inulliimque, quià défendit numorus , reliquit. » On lit à peu près la même chose dans l'annaliste Saxon, pwj. 383 et 38*.
1 Tout ce que nous venons de rapporter prouve que le pillage de Strasbourg et l'incendie de sa cathédrale, arrivèrent sous l'évèqw Werinhaire. C'est donc une erreur dans M. S«;h(JKI'KUN , Alsnl. illustr., loin. 2, / 3;n>, Si.iiaii , in Siiinmo Argenlor. templo , patj. 10, et dans Crusiis, Annal. Suei'ic, loin. 1, lih.6,png. 173, lorsqu'ils placent ces faits sous Altwie ou Alcwic, prédécesseur de Werinhaire,
128 HISTOIRE DE i/ÉGLISE
de tourner ses armes du coté de Constance et de Coire, et de les mettre au pillage en représailles de l'incendie de Strasbourg, pour punir les évéques de ces deux villes, qui avaient fourni des troupes au duc Herman. Le roi leur répondit : <t Dieu , en me mettant la couronne sur la tête, « ma choisi non pour piller les églises , mais pour punir « ceux qui ont osé commettre un tel sacrilège. En ruinant « ainsi Constance et Coire , je ne ferai qu'augmenter les « pertes de l'empire, déjà assez grandes par celles qui sont « arrivées à Strasbourg. »
L'autorité de Henri n'était pas encore bien établie en Alsace et les partisans de ce prince ne s'y soutenaient qu'avec peine contre le duc Herman. Gérard, comte de ce pays, qui était aussi comte de Metz, fils d'Eberbard IV, comte du Nordgau, qui avait épousé Eve, sœur de la reine Cunégonde, et fille de Sigefroi, comte.de Luxembourg, avait obtenu du roi Henri un certain comté qui avait été confisqué sur Herman S'étant campé près d'une ville appartenant à ce duc, les habitants, sous prétexte de venir capituler avec Gérard, mais dans le fond pour observer la situation de son camp, demandèrent la permission de lui envoyer des députés. Ln d'eux s'approcha de la tente du comte et lui enleva l'étendard que le roi lui avait mis en main, en lui donnant l'investiture du fief dont le duc Herman avait été dépouillé. Cet événement releva le courage des habitants, et exposa à leurs insultes le comte Gérard, qui se vit obligé de se retirer avec confusion, avec la perte de son comté et de son étendard-. Les évéques de Strasbourg et de Basle eurent un sort encore moins heureux.
1 Dit MARI' s , pag. 369 : - Gerhanlus Cornes Alsatiw accepto à Rrgc quo<lam Coniitatu pra>fati Ducis, etc.»
1 DlTMARUs , toc. cit.
Le siège de Strasbourg avait été fait au commencement d'Avril 1002. Les chaleurs du mois d'A uguste ne ralentirent pas la vengeance du duc Herman. Il rassembla de nouveau son armée et alla mettre le siège devant Brisach , où il s'était conservé beaucoup d'amis. Werinhaire de Strasbourg s'y était retiré avec Adalbéron deBasle, pour défendre cette forteresse, en cas que Herman entreprît de l'assiéger. Le duc prit cette ville par une ruse de guerre. Chaque jour un détachement des troupes des deux évêques sortait de la place, pour aller au fourrage et procurer des vivres et des rafraîchissements à la garnison. Les partisans d'Herman profitèrent du temps, où les fourrageurs s'étaient éloignés de la ville ; ils se travestirent comme eux, cachèrent leurs armes dans le foin et vinrent, en chantant sur leurs chevaux et leurs charrettes, chargées de butin, se présenter aux portes de Brisach . 11 y entrèrent sans être reconnus, répandirent l'alarme dans tous les quartiers, et laissèrent à peine aux deux évéques le temps de s'échapper1.
Ce stratagème rendit le duc Herman maître de Brisach : mais ce seigneur ne put en tirer un grand avantage. 11 lui fallait des troupes pour garder la place, et à peine en avait-il assez pour se défendre dans la Souabe contre les généraux de Henri. Se voyant donc hors d'état de soutenir ses prétentions à la couronne, il prit le parti de se soumettre, et d'avoir recours à la clémence du nouveau roi*. D'abord il
1 Ditmarus, pag. 370 , et Annalisla Saxo, pag. 387 : • Kuere in ali;\ civitate « munitissimà Brixach dicta Episcopi duo Argentinensis cl Itasileensis, ad praesidium, « quorum milites quotidiè ob acquirenda equorum pabula armali exirc solebant. « Quod amici Ducis cautè considérantes, eo tempore, quo bi paululùm prmeesse- « rant, simili babitu, sareinatisque equis ad urbem caillantes per^unt et pro sociis « à cuslodibus intromitluntur. Project is illico oncribus, maprnà voce se bostes ma- « nifesUnt, Episcopisque vix elapsis, omnia diripiunt. »
* Ditmarus , pag. 869 : « Hermannus de vindicte Dei.qiiam in Argentinâ prome-
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
lui demanda grâce par l'entremise de quelques amis communs: il vint ensuite à Bruchsal , petite ville où les évêques de Spire font aujourd'hui leur séjour le plus ordinaire. Herman fut admis, le 1er octobre, à l'audience du roi, lui demanda à genoux pardon de sa résistance , et consentit de ne tenir que de sa grâce et sous sa dépendance les biens dont il le laisserait jouir1. Henri le reçut avec bonté, et lui accorda tout ce qu'il désirait, à condition qu'il réparerait les torts qu'il avait causés à l'évéque et à la ville de Strasbourg, et qu'il ferait reconstruire son église cathédrale que ses soldats avaient brûlée. Herman , trop hereux de conserver, à ce prix, son duché de Souabe et d'Alsace, se soumit volontiers à ce qu'on exigeait de lui, et sur-le-champ, par ordre et du consentement du roi Henri , il céda à l'église de Strasbourg l'abbaye de Saint-Etienne de cette ville, en compensation des dommages qu'elle avait soufferts2. Cette cession , faite à Bruchsal , au mois d'octobre \ 002, fut confirmée à l'évôque Werinhaire et à ses successeurs, par Henri, roi de Germanie. Le diplôme original de ce prince, qui rappelle les principaux faits que nous venons de décrire, est daté de Thionville du i5 janvier 1003 5. La donation
«ruit, mullùni timidus, populumque propter se laborantcin non anipliùs suslinens. « per intercessores lïdos, sibi suisque fautoribus gratiam Régis postulat. »
* Idem, pag. 370 : • Hermannus Dux, matris inea? avunculi lîlius Kalendis
c Oclobris Bruselae Régi humilitcr pnesentatur. Miserioordiler ejus gralium impe- - (ravit, et in beneficio et in omnibus justi desiderii satisfaotionem pcrsolvens, « exoepto Argentina» dam no , quod idem jussu et consilio Régis de suâ propriètate «et Abbaliam in eàdem urbe sitam reparavil, miles et amicus ejus eflïcilur. »
1 Adclboldus in Vitâ Henrici, apud Udewig . pag. 798 , Lkibnitzium, num. 13, pag. 434, et Soli.erium , num. 21, pag. 748 : « Hermannus eo tenorc in gratiam « (Régis) recipitur, ut Argentinensis Ecclesiie ad pristinum statum ex dclrimentis «suis per illum reformetur. Quod ille non renuit, sed jussu et cousultu Régis « dictai Kcclesia? Abbaliam sancti Stepbani in rccompensationein tletrimenli a se < illati tradidit. Hac conditionc lirmatâ per manus et sacramenla Kegis eflïcilur. «
* Pièces juslilkalives; conf. WiiRDTWElN, nov. subs. dipl., htm. G, pag. 150.
de l'abbaye de Saint-Etienne à l'église de Strasbourg fut ratifiée, peu après, par Willégise, archevêque de Mayence, par Bérenger, avoué de cette abbaye, par Herman, fils du duc Herman , et par Ernest , gendre du même duc. Herman mourut le 4 mai* 1004*, et laissa un fils encore dans son bas âge. Ce fils fut Herman Hl , auquel le roi Henri conserva le duché de Souabe et d'Alsace \ en faveur de sa mère Gerberge, qui était sa cousine et fille de Conrad, roi d'Arles et duc de Bourgogne 4.
Henri, roi de Germanie, avait convoqué une diète générale, au commencement de l'année 1003, à Thionville, où il eut une conférence avec les seigneurs lorrains touchant l'état des affaires de la Lorraine-Mosellane5. Comme un grand nombre de prélats se trouvait à cette diète , le roi en profita pour assembler un concile à Thionville. L'évêque de Strasbourg tint un des premiers et des principaux rangs
1 Necrologium Fuldense apud Leibnitzium , in Scriptoribu* rer. Brunswic, lom. :», pag. 766.
1 Hepidannus apud (Ioldastum , in Scriplor. rer. Alemannicar., tom. impart. 1, el apud Dl'CHE.sw, in Scriplor. rer. Franvic, lom. 3, pag. 477 : « Otto Imperator « Romœ siné hœredc defunctus est , cui successit Heinricus de Regio génère , Dux « quoque Bajoariorum tertius eo noininc : cum quo et Hermannus Dux Alcmannio: « et Alaatiœ regnum sorte dividere et parti aspirare lemptabat : sed , infecto nego- « tio, ultionem conatus est in eos , qui in Strazpurch cum Rcge senserant adversùs «se, irrupit in mitaient et in direptionem dédit, pessimo quoque exemplo sacra « profanavit , mox à Rege subjugatus diem anni non implevit. Parvulus filius ejus, - consobrinus Régis Dux populi ordinatus est. » Le moine Richf.r , dans sa Chronique de Senones. lib. 2, cap. 15, pousse la crédulité jusqu'à dire du duc Herman qu'il fut étranglé par le diable. «Hermannus, cum quadam nocte in cubili « suo se sanum collocasset ab illo, cui servierat , diabolo suflbeatus somno mortem n sociavit , et ilA Dux in fer ni claustra possedit. ■
* Ditmarus, pag. 378, et Hermannus Contkactis , pag. 263.
4 Voyez Scbcepi UN , Alsnt. illuslr., tom. 2, pag. 5i i , et Krf.mf.r , Originum \a*xoicarwn , lom. I, pag. 203 el seq.
• Ditmarus, pag. 37t.
432 HISTOIRE DE L'ÉGLISE
dans ce synode1. Tandis qu'on y agitait différentes questions, Henri y témoigna la surprise où il était, que les évêques négligeassent de réformer les abus qui se glissaient dans leur diocèse. Comme personne ne lui répondait, il ajouta qu'il voyait avec douleur des personnes qui se mariaient, quoique parents au troisième degré, malgré les lois ecclésiastiques et civiles, qui défendaient ces alliances jusqu'au septième8. Ce reproche tombait sur Conrad, duc de Carinthie, qui était présent à l'assemblée, et qui avait épousé sa cousine Mathilde, fille de Herman, duc de Souabe et d'Alsace. Adalbéron , évêque de Metz , soutint vivement le sentiment du prince. Mais le duc Conrad et ses partisans firent tant de bruit , que , malgré l'autorité royale et le respect dû au caractère épiscopal , le concile se sépara sans décider sur le mariage de Conrad qui garda sa femme3. Henri s'étant fait couronner roi de Lombardie, le 15 mai 4004, après la réduction de Pavie, revint aussitôt en Allemagne. Etant arrivé à Zurich, il y fit quelques règlements pour rétablir la paix et la tranquillité entre les peuples de la Souabe et de l'Alsace4. 11 passa ensuite à Strasbourg, où il séjourna pendant le mois de juin R. Il
' Constantini's , m Vitd Adalberonis Metemia Episcopi , apud Labbeum , in Hibliothecâ nova mannscriptorum librorum , tom. 1 pag. 6 75 : « Aderant in hac i venerabili Synodo priini et prœcipui Sacerdotes Willigisus Moguntinus Prsesul.... « Argentincnsis. »
* Voyez Hartzreim, Conc Germ., fîifk. 3, pag. 30.
1 Voyez domCALMET, Histoire de Lorraine, tom. 1, pag. 1002 et 1003 , qui date ce concile de l'an 1002 et de la ville de Mayence. Les auteurs de l'histoire générale de Metz, tom. i, pag. 103, le placent à Dormund , en Westphalic. Ils donnent aussi fautivement, ainsi que dom Calmot, à Conrad le titre de duc d'Austrasie. Le père Barre, Histoire d'Allemagne, tom. 3, pag. 556, le nomme duc d'Austrie , sans désigner l'endroit où Tut convoqué ce concile, qu'il suppose avoir été tenu en 1005.
4 Adelroi.dus , apud Leibxitzium , pag. 440 , et apud Som.erium, pag. 753.
• Le diplôme de Henri pour le monastère de Sultzberg , apud Hercott , Orig.
DE STRASBOURG. LIVRE NEUVIÈME. i33
revint en Alsace dans les deux années suivantes, et ce fut à Erstein qu'il confirma, en 1005, les privilèges de l'église de Coire1, et, le 10 juin 1006, les biens de celle de Liège*.
Ce fut pendant le séjour que cet empereur fit à Strasbourg, en l'an 1004, qu'il y convoqua, le 23 juin, les plus considérables de la province d'Alsace, pour leur prescrire les moyens d'observer entr'eux la justice et les lois3. Un accident funeste y fit presque perdre la vie à ce prince. La maison où il tenait son assemblée, s'écroula tout-à-coup ; mais tous ceux qui s'y trouvaient avec Henri, n'essuyèrent aucun danger. Personne ne fut tué qu'un prêtre , qui entretenait un mauvais commerce avec une femme excommuniée. Le prêtre concubinaire eut les deux jambes cassées et* mourut de sa blessure4. Cet événement parut étre|l'effet miraculeux de la Providence, qui veillait particulièrement'sur une vie si nécessaire à l'église et à l'em-
Habêburg, lom. 2, pag. 98, est daté de Strasbourg, « actum Argentin»} • et du SSjuiniOOV.
* Comme le disent Tschuoi , Galliœ Comatœ, pag. 318, et Spreciier, Palladis Rketica, lib. 3, pag. 111.
* « Actum Erstein , • connue l'énoncent les lettres de ce prince portant celte date et publiées par Lunig , SpicUegii ecclcsiastici , parte 2, pag. 490.
* Adelboi.uis , apnd Iadewic. pag. 810 , Leibmtzilm, num. 42, pag. 440, et apud Sollericm, num. 54, pag. 753: a Kex , tolâ Alamannià sub pacis quiete « statula, in Alsatiatn veuit , et in Argent in à civitatc , dum in Yigilia S. Joannis « colloqnium cura Alsatiensibus haberet , domus , io quà ad legem et justitiam • faciendam sedeba/, repente corruit, unique Presbylero , qui cum dominA unà « anatheinatizatà matière solitus erat, cruris ossa conftvgit. 1 1 le solus obiit : Hcn- . ricus et alii niliil , pneter timorem , passi sunt. »
4Ditkarvs, lib. 6, apwl Leih.mtziiii , tom.l, pag. 378: « Inde in Alsatià « positam potens Argentinam vencrabileni ChrUli Pn-ecursoris ibi excolit Nativita-
« tem. In cujus Vigilia domus in quà Rcx populo legis justitiam dabat, subito
« cccidil, ubi duntaxàt Presbylero nocuit cum domina excommunicatâ sedulo com- < moranti. Illc prac ejeteris in boc crimine culpabilis morte *ua, priùs eonfractis f t ruribus , luit paenam commis»! facinoris. •
HISTOIRE DE LÉGMSE
pire , et qui punissait l'incontinence d'un ministre de la religion. Henri tin! aussi à Strasbourg, au mois de juin de la même année 1004, une assemblée des seigneurs tant ecclésiastiques que laïques de la Germanie et de l'Italie: un y vit entr autres les archevêques de Trêves et de Milan, et huit évêques, entre lesquels celui de Strasbourg est nommé le premier1. L'empereur y publia trois lois concernant la police de l'empire. Il déclara par la première, que le mari succéderait aux biens de sa femme, si celle-ci vient a mourir sans enfants. La seconde est contre ceux qui font tuer, ou tuent leur père, leur mère, leurs frères, sœurs, neveux, ou quelqu'un de leurs proches parents pour avoir leur héritage. Elle ordonne que la succession du défunt passera à ses autres légitimes héritiers : celui du meurtrier sera confisqué au profit du trésor royal, et il fera, par ordre de l'évêque, pénitence publique. S'il nie le crime, il prouvera son innocence par le duel. Il sera obligé de se battre lui-même, sans qu'il lui soit permis de prendre un champion pour suppléer à sa place, à moins que sa jeunesse, son Age avancé, ou quelqu'autre infirmité ne l'en empêchent. La troisième loi porte que celui qui , dans un temps de trêve, aura tué un homme et nie de l'avoir fait, soutiendra ce qu'il affirme, en se battant également en personne: s'il est convaincu , il perdra la main qui aura commis l'homicide.
L'évêque Werinhaire se trouvait alors possesseur de l'abbaye de Saint-Etienne de Strasbourg. Mais ne changeant rien dans la forme de son gouvernement, il voulut qu'elle fût, comme auparavant, gouvernée par une abbesse*. Il se contenta de diminuer, pour un temps, les prébendes
' Pièce* justificatives , iiuin. il.
• Voyez le |<>me premier de cette Histoire , Ur. i, /««/. 39i et suit'.
des chanoinesses , qui n'étaient pas d'une égale valeur, pour employer leurs revenus au rétablissement de sa cathédrale et de la demeure de ses chanoines , qui avaient été brûlées dans la dernière guerre. Il fit aussi transporter, de l'église de Saint-Etienne dans celle de Notre-Dame , deux croix, l'une d'or et l'autre d'argent, avec quelques châsses de reliques, pour marquer la dépendance de cette abbaye et la supériorité que l'évcché acquérait sur elle. Du reste, il ne toucha pas à ses biens. Il confirma môme ses titres de donations et ses anciens privilèges, par une charte datée de l'année 1004 M. le savant prêteur Obrecht a examiné cette pièce , et il la croit supposée : mais nous avons fait voir dans la Dissertation septième , qui est à la tête de ce volume2, la faiblesse de ses arguments, qui ne donnent que plus de poids à l'authenticité de cette charte. Werinhaire y remarque entr'autres choses que Henri lui avait cédé cette abbaye avec tous ses revenus , pour prix de sa fidélité et des grands travaux , qu'il avait soutenus pour son église et pour son roi. Cette charte fut donnée en présense de Lintsinde , abbesse de Sainte-Etienne , de
1 Pièces'justificatives , nutn. 25.
* Pages — Mole dt l'éditeur. Nous n'avons pas trouvé , dans les manuscrits que possède la ville de Strasbourg , la dissertation à laquelle Grandidier renvoie ; ce qui nous fait supposer qu'elle n'était pas rédigée quand l'auteur écrivit cette partie du récit. Dans Wurdtwein, Grandidier accompagne la charte qu'Obrecht croit supposée , d'annotations qui peuvent , à quelques égards , servir de base à la dissertation septième. Cette charte a été éditée par plusieurs auteurs , entr'autres par Guillîmann , Schiller, Schapllin et Laguille ; mais aucun ne l'a publiée correctement. Cette édition parait n'avoir été faite que sur une copie vidimée de 1360, qui existait aux archives de l'abbaye de Saint-Etienne. Schœpflin pense même que l'original n'existait plus. Or, Grandidier l'a trouvé aux archives de l'évèché , cl c'est d'après l'original que la charte est publiée dans Wiirdtwcin. G es diverse* considérations et notamment l'absence de la dissertation septième nous ont paru être une raison déterminante pour imprimer celte charte, avec le* notes de Grandidier, dans nos pièce* justificatives, sous le n° io.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
Brunon, prévôt de la cathédrale de Strasbourg, Erlon, doyen, Werenher, chantre et custos, Hezelon, écolàtre, et de plusieurs autres chanoines, dont les noms ne sont pas marqués.
Depuis quelque temps le roi Henri désirait ériger un évêché à Bamberg, en Franconie. Il affectionnait dès l'enfance celte ville, qui était son patrimoine, et à son avènement à la couronne, il avait commencé d'y faire bâtir un temple auguste et superbement décoré. Comme Bamberg était du diocèse de Wûrtzbourg , et que son évêque avait des droits temporels sur son comté, Henri le pria de lui céder cette ville avec son territoire, en lui offrant d'autres terres en échange. L'évêque de Wûrtzbourg y consentit à condition qu'il deviendrait Archevêque, et que le nouvel évêché de Bamberg dépendrait de sa métropole. Henri ayant déclaré son dessein dans une assemblée, qu'il tint à Mayence le 25 de mai 1007, envoya à Rome deux de ses chapelains pour en obtenir la confirmation du Saint-Siège. Le pape Jean XVIII assembla aussitôt, au mois de juin, un concile, dans lequel l'érection du nouvel évêché de Bamberg fut accordée, mais il le déclara soumis à l'archevêque de Mayence Les députés de Henri étant revenus en Germanie, ce prince assembla, le 28 octobre de la même année, un grand concile à Francfort-sur-le-Mein. Il s'y trouva trente-cinq évêques, entre lesquels Werinhaire de Strasbourg tint la neuvième place8. L'évêque de Wûrtzbourg y fut appelé; mais comme il avait appris qu'il n'aurait pas le titre d'archevêque, il refusa d'y venir, et s'opposa à l'érection de levêché de Bamberg comme à un démembre-
' Pièces justificatives , num. . . . Voy. Mansi. Edil. Y «'net., tom. xi. 1 Ibidem, num. . . . Voy. IUrtzheiv, Conc. germ., tom. i ir . « Consentienle et ■ ^erspiciente Venerabili Pâtre Werenhario Strasburgensi. »
ment du sien. Lorsque Henri entra dans le concile, il commença par se prosterner devant les évêques : il fut relevé à l'instant parWillégise deMayence. Le roi expliqua ensuite son intention touchant l'érection du nouvel évêché , et fit part à l'assemblée de la bulle du pape qui l'autorisait. Les prélats s'étant mis à délibérer, souscrivirent unanimement les lettres de confirmation données par Jean XVIII \ et accordèrent à Henri tout ce qu'il souhaitait avec tant d'ardeur. Le roi nomma, au nouvel évêché de Bamberg, Eberhard, son chancelier, qui fut sacré, le môme jour, par l'archevêque de Mayence *. Il dota cette église naissante des revenus du comté de Bamberg , et attacha à ce siège un grand nombre de privilèges. Il lui accorda, entr'autres bienfaits, deux abbaves situées dans le diocèse de Strasbourg, celles de Gengenbach et de Schutteren , dont le domaine direct fut uni à la manse épiscopale de Bamberg3, et qui sont encore aujord'hui deux fiefs de cette église. La donation de l'abbaye de Gengenbach fut faite à Francfort , le I er novembre 1007 \ et celle de Schutteren fut accomplie sur la fin de la même année. Le roi Conrad II, successeur de Saint-Henri, confirma ces deux unions à Eberhard, évêque de Bamberg, par son diplôme daté de Corbie 19 décembre 1024 8.
Werinhaire de Strasbourg retiré dans son diocèse, dont il avait été absent pendant quelque temps pour des affaires
' La souscription de Werinhaire est ainsi conçue : « Werinharius Àrgentinensis « Episcopus interfui et subscripsi. »
" Voyez Fleuri, Histoire ccrlésiastiquc , iom. 12, livre 58, pag. 378-380 , et le P. Barre, Histoire générale d'Allemagne, Iom. 3, pag. 562-56i.
* Hokfman , Annal. Bamberg. Episcop. , lib. 1 , apud Ludewig , in Scriptor. rer. Iiambergens., Iom. 1, pag. 49, et Mabillon , Annal. lienedirl., tom. A, lib. 52, pag. 191. Voyez ci-dessus les pages 176 et 11*.
* Pièces justificatives; cf. WiiRDTWElX, nov. subs. dipl., Iom. G, pag. 16V. * Pièces justificatives ; ibid., tom. 6, pag. 185.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
importantes de la religion et de letat, s'appliqua à y rétablir la discipline ecclésiastique. Les guerres civiles et la licence des temps l'avaient beaucoup altérée sous le gouvernement des deux évêques ses prédécesseurs. Le scandale et les vices régnaient dans son clergé. Persuadé que la corruption des mœurs et le relâchement de la discipline étaient une suite de l'ignorance, et que l'incontinence et la simonie ne peuvent que faire très -peu de progrès dans un diocèse, dont l'oisiveté est bannie, Werinhaire établit dans celui de Strasbourg des écoles, où les sciences ecclésiastiques et profanes seraient enseignées conjointement, et où l'étude des belles-lettres ne serait pas séparée de celle de la théologie. L'école de Strasbourg devint sous lui une des plus célèbres et des plus distinguées de l'Allemagne. Les évéques, qui gouvernèrent cette église pendant le dixième siècle, joignaient presque tous à de grandes lumières un zèle infatigable pour le maintien de la discipline et le progrès des bonnes études 1 ; mais plusieurs obstacles balançaient souvent les travaux de ces pieux et doctes prélats, l'thon eut trop à cœur l'instruction de son clergé pour ne pas encourager les lettres2. Erchambaud, qui lui succéda, les favorisa encore plus ouvertement, et les soutint avec le même zèle 5. Werinhaire marcha, en ce point, sur les traces de ses prédécesseurs. Comme eux, il aima les lettres et ceux qui les cultivaient : comme eux , il fournit d'un grand nombre de volumes la bibliothèque de son église. 11 légua la plupart des livres qu'il rassembla avec soin et avec des dépenses considérables, à l'école fondée dans sa cathédrale.
' Voyez le tomp semn<l , tir. fi, pag. 2»JS et suir.
' Ibidem , pag. 333 et suir.
' Voyez ci-dessus, pag. M et suir.
DE STRASBOURG
LIVKE NEUVIÈME.
Wimphelingue1 nous a conservé les titres des livres, dont l'évéque Werinhaire avait fait présent à son église. La crainte de fatiguer les lecteurs d'une ennuyeuse énumeration nous engage de dire ici en général, que la collection de cet évéque renfermait des manuscrits bien précieux. On y trouvait, outre des exemplaires de l'Eeriture-Sainte, les livres de Saint-Jérôme, de Saint-Augustin, de Saint-Ambroise, de Saint-Isidore et de Saint- Grégoire de Tours, ceux d'Origène, d'Orose et de Béda; plusieurs vies des saints, des commentaires sur Aristote, une traduction d'Euclide par Boëce, des ouvrages sur l'astronomie, l'histoire naturelle, la géométrie, l'éloquence et la musique *. Ces anciens manuscrits étaient presque tous transcrits par les clercs de l'école de Strasbourg, que Werinhaire exerçait à copier, pour les former dans l'art d'écrire et dans la connaissance des ouvrages théologiques et philosophiques. La plupart de ces livres se trouvait encore au commencement du seizième siècle dans la bibliothèque de la cathédrale. Quelques-uns de ceux de l'évéque Werinhaire sont conservés dans la bibliothèque publique de la ville de Berne, où nous les avons vus signés de sa propre main 3. Ce savant prélat, pour en assurer la conservation et
' De Episcopis Argentin., fol. 27 prima edii. et pag. 39 secundn edil.
'Pièces justificatives, num. 26. Entre les mss. de la bibliothèque publique de l'université protestante rte Slra>bourg , qui portent en tétc : Werinharius Episeopus dédit S. Maria' , nous avons trouvé : 1. Hedœ Calendarium , 2. Anilii Manilii Seve rini Commenlaria , 3. Oriijenes in Pentaletichum , 4. Isidori Etymologicum , etc.; mais le plus beau de ces mss., qui porte la même inscription, est une collection des livres de l'ancien Testament eu cinq volumes. Le premier porte en tète la même inscription. On lit à la fin du dernier : « lste liber concessus est Fratribus ininori- « bus , et est Domiuorum de summo Templo. »
1 Ces manuscrits portent la plupart en téle de la première Feuille celte inscription : « Werinharius Epis< opus dirtit Sandre Maria?. » Tels sont cutr'autres deux exemplaires de l'histoire générale rte Paul Orosk, dont l'un est divisé en sept livres, et l'autre partagé en 417 chapitres; num. 128 et 169. La traduction latine de la Géométrie d'Euclide, faite par le célèbre Boece, num. 87, etc., etc. On y trouve
440 HISTOIRE DE l'ÉGUSE
l'intégrité, y fit même mettre des imprécations et desanathèmes contre ceux qui oseraient les enlever1. C'est par de pareils bienfaits que Werinhaire signa les premières années de son épiscopat. Les mœurs et les talents devinrent, dans son diocèse, un titre à la considération. Ceux même qui n'avaient ni vertus, ni lumières, apprirent à rougir de n'en point avoir. En vain l'avantage des lettres est contesté par des esprits assez simples et assez bornés pour les regarder comme contraires à la piété, et pour leur préférer une ignorance grossière, qu'ils regardent comme plus propre à la pratique de la vertu. La paresse, l'oisiveté, l'inaction, la crapule, le libertinage même, ne sont souvent que des vices inévitables de ce malheureux principe. Ni les écrits du célèbre abbé deRancé2, dont la piété scrupuleuse rejetait les études monastiques, ni l'éloquence du philosophe de Genève \ qui a plaidé la cause de l'ignorance, ne peuvent
aussi le Commentaire de deux Schoiiastcs sur la Pharsale de Lucain, num. 370 ; les poésies de Prudence, num. 264, et les dix premiers chapitres du livre premier de l'Histoire ecclésiastique d'Euscbe, traduite par Rufin, num. 128, etc. Tous ces manuscrits proviennent également de la bibliothèque de la cathédrale de Strasbourg. Le dernier portait aussi en titre : « Werinharius Episcopus dédit Sanctœ Mariœ. •
' Nous citerons en exemple le manuscrit de la traduction d'Euclide par Boëce, écrit en 1004, num. S7, dont l'inscription est ainsi terminée: •< Sit ergo utenti «gratia, scriptori venia , fraudatori anathema. » Un manuscrit de Saint-Ambroise, qui parvint de l'abbaye de Fleuri, ou Saint-Benoit-sur-Loire, à la bibliothèque de la cathédrale de Strasbourg, num. 277, porte aussi en tète: «Si quis cum abstu- « leril, nnalhema sit. »
Cotte défense d'emporter les livres d'une bibliothèque sous peine d'excommunication, se lit encore aujourd'hui à la tête du catalogue de la bibliothèque des capucins du Marais a Paris, rédigé en 1716. « Monel hujus rotivenlus Superior
- nemini prorsùs licere ullum auferre librurn riisi lalaui ab Alcxandro VII
' Papa cxcommunicationcm incurrere vnlueril. »
• Voyez la Réponse de cet abbé de la Trappe au Traite de dont Mabillon , imprimée à Paris en 1692.
* J. J. Rousseau, dans le discours qui a remporté le prix de l'académie de Dijon.
enlever aux lettres l'avantage glorieux de contribuer aux vertus et au bonheur du genre humain1. « La science et la
* piété sont connexes, disent les auteurs de l'Histoire t littéraire de la France*, et l'une ne peut se soutenir long- « temps sans l'autre. Maxime importante qu'on ne saurait « trop inculquer ; et plût à Dieu , ajoutent ces savants et « pieux Bénédictins , qu'à force de la répéter, nous puis-
* sions la graver dans le cœur des moines de nos jours ! 3 » La bibliothèque de la cathédrale de Strasbourg, enrichie des bienfaits de ses évêques, devint un dépôt des plus rares et plus anciens manuscrits *. L'invention de l'imprimerie la remplit d'ouvrages nouveaux , fournis la plupart par deux prébendiers de la cathédrale, Jean Geiler5 et
1 Voyez l'excellent Traité des (Huiles monastique* de dom Mabili.on , imprimé en 1691 , ouvrage dont on ne saurait assez recommander la lecture aux moines etaux ecclésiastique*.
• Tome VII , pag. 9.
1 Gilbert, abbé de Sunsclin en Angleterre , disciple de Saint-Bernard , dont il a continué les Sermons sur le cantique des cantiques, parle ainsi : ïermone 16, nutn. 14, de certains abbés qui, non contenu de demeurer dans l'ignorance, blâmaient encore ceux qui se livraient aux sciences etaux lettres : « Proprià non contenti inscitià, « contemnunt alionim scientiam, et invidi eestimatorcs sapientitr studia stolidilalem
* înterpretanlur, sobriam subtilitatem insanité, vel jactantia* dénigrant notâ. »
* SCBADiCi S, Miïnstfr-Buchlein , cap. 13, pag. 77. Tels sont la plupart des manuscrits, qu'on voit aujourd'hui dans la bibliothèque de Berne. Tel est le célèbre Psautier que l'abbé Trithème trouva en H98, et dont il parle dans sa Polygraphie, lib. 5. Ce Psautier distingué par des colonnes d'or, était écrit en notes lyronniennes. Il passait pour un manuscrit arménien : mais Trithème l'ayant vu, le déchiffra , ou plutôt donna la signification d'une trentaine de notes que Grutcr a publiées avec les siennes.
1 Jean Geiler naquit le 16 mars llio à Schaf hausen , on Suisse. Il fut prébendier et prédicateur de la cathédrale pendant trente-quatre ans II mourut à Strasbourg le 10 mars 1510. Son épilaphe se trouve dans la cathédrale, au gros pilier sur la droite du chœur, vis-à-vis de la chapelle Sainte-Catherine. Sa vie a été écrite par Beatus Rhenanus, qui la fit imprimer en 1510, et par Jacques Wimphelingue , dont il parut deux éditions, en 1510 et 1518. Cette dernière a été publiée de nouveau en 1775, par M. Rikgger dans les Amœnitatex litlerarite Friburgcntts, tom. 1, pag. 100-126.
HISTOIRE DE LÉGIJSE
Euchaire Trosch 1 ; par Martin de Wùrtzbourg, curé de Saint - Laurent 2 ; par Jean Simler, chanoine de Saint- Pierre-le-Jeune 3 ; et par Pierre Schott , Ammeister de la ville4. Cette bibliothèque existait encore sur la fin du seizième siècle. Nous avons dit autre part comment elle fut distraite en grande partie8.
La vie commune continuait d'être en vigueur dans l'église de Strasbourg6 : l'évêque Werinhaire, si zélé pour la discipline et la régularité de son diocèse, la maintint et la conserva surtout parmi les chanoines de sa cathédrale. Le roi Henri, qui revint à Strasbourg en 1012, en fut particulièrement édifié. La prière, et surtout la prière publique, faisait les plus chères délices de ce prince 7. S'étant un jour rendu à la cathédrale avec toute sa cour , il ne put s'empécher d'y admirer la modestie avec laquelle les chanoines célébraient l'office divin, le bel ordre qu'on y observait, et la majesté qui régnait dans le sanctuaire 8. Henri, plein de
' SCHAD/Eis, lib. vit., pay. 79. On lisait autrefois son épilaphe dans le cloître delà cathédrale: • 1480 , hic agilur mcmoria pro Eucharii animà; membrum ■ hujus Ecctesia-, sis pro co Jhcsu Christe. »
* « Martinus de Herbipoli , Plebanus Ecclesia Argentinensis » dit WiMPHF.UKGCE, de Epi se. Argentin. , pag. 40.
1 Jean Simler, chanoine de Saiut-Pierre-le Jeune , et célèbre jurisconsulte , légua par son testament de 1487 , renouvelle en 1490, tous ses livres manuscrits et imprimés à la bibliothèque itifrn ambition Argenlinensi* Erclesiv. Il mourut le S août 1493. On lui éleva l'inscription suivante dans le cloître de la cathédrale : « Mementote Joannis Simler Argentinensis, Jurisconsulti doctissimi, qui consitio « suo mullis profuit, noslramquc bibliothecam optimis voluminibus locuplelavit. « Obiil anno Chrisli 1 493 , Nonis Augusli. »
4 ScHAD„f:us, cap. 13, paij. 79. L'Ammeislcr Pierre Schott entra, pour la première fois, en régmee en 1470. Il vivait encore fn 1488. Hertzog , Elsassische Chronick, fol. 81, 82, 86 et 88.
1 Voyez le tome premier, livre troisième, pag, 315.
" Voyez à ce sujet le tome premier, livre second, pag. 178 et suit-.
1 Vies des Saints, traduites de l'anglais, tom. 6, pag. Ï80.
" Warthon, auteur anglais et protestant, qui avait voyagé en France, fait cette
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