LIVRE NEUVIEME
mépris pour. les grandeurs humaines, dont il sentait le néant au milieu de ses prospérités, conçut aussitôt le dessein de renoncer à sa couronne. Il voulut se retirer auprès des chanoines de la cathédrale de Strashourg, et il demanda a être reçu parmi eux comme leur confrère !. Les seigneurs de sa cour s'opposèrent à cette résolution : ils lui remontrèrent, qu'il était nécessaire pour la gloire de Dieu et pour le bien de l'empire, qu'il conservât son trône. Ces remontrances ne firent pas d'abord un grand effet sur l'esprit de Henri: il fallut que l'évêque Werinhaire interposât son autorité. Ce prélat, voyant l'obstination du prince , trouva un expédient pour contenter sa piété sans nuire aux intérêts de l'état. 11 le mena à l'autel , où il l'interrogea s'il persistait dans son dessein. Henri répondit qu'il était pleinement résolu de servir Dieu avec les chanoines de sa cathédrale. Voulez-vous, dit Werinhaire, suivant les canons des conciles et les statuts de cette église, rendre obéissance à l'évêque votre chef? Le roi dit que oui. Je vous reçois donc, lui répliqua-t-il avec fermeté, au nombre des chanoines de mon église, et dès maintenant vous m'êtes soumis. C'est pourquoi je veux que vous fassiez tout ce que je vous ordonnerai. Henri le promit , et Werinhaire continua : Je veux donc que vous conserviez l'empire que Dieu vous a confié, et que, par votre fermeté à rendre la justice , vous procuriez le salut de tout l'état. Le prince obéit quoique avec regret : il comprit qu'il devait se sanctifier dans son état, et que sa véritable vocation était de régner avec sagesse.
helle remarque : « 11 y a, je crois, peu île personnes qui , en assistant à la messe « dans un chœur bien ordonné, n'aient pas éprouvé de vifs sentiments, sinun dr • dévotion , au moins de respect. » Esxai sur les écrits et le génie de Pope , pag.
' KofcNlf.SHovEN , in Chronico matiuscripln hilino . rnp. 2, g 163 , pag. 136, el in editione Sçhilteri, pag. i\\ et 766.
HISTOIRE DE L'EGLISE
Une humilité, si rare dans un souverain , est digne , sans doute, de notre admiration; mais on ne peut refuser, d'un autre côté , les plus justes éloges à la sagesse de l'évéque Werinhaire qui, plus jaloux du bien public que de la gloire d'avoir un grand roi dans sa cathédrale au nombre de ses chanoines , ordonna à Henri de continuer à gouverner ses peuples.
Henri voulut, à cette occasion, honorer de ses dons l'église de Strasbourg. Les grands bienfaits, dont il la combla, ont fait dire aux historiens de sa vie, qu'il fut le restaurateur de l'évêché de Strasbourg *. 11 augmenta les revenus des canonicats de la cathédrale. Il y fonda aussi, pour éterniser sa dévotion, un canonicat doté d'une riche prébende, destiné pour celui qui y ferait en son nom un service divin*. Cette fondation existe encore aujourd'hui dans la cathédrale et devint, au commencement du treizième siècle, une prébende du grand-chœur. Le prébendier qui en jouit, y tient la première place , et occupait aussi la première à la table du réfectoire3. Il est appelé communément le roi
* Vita S. Heinrici Imperatoris apud Lidewig , in Scriplor. rer. Episcopatûs Bambergensis , tom. 1, pag. 270; apud Canisium, Lectionum antiq . , tom. 3, part. 2, pag. 27, et apud SoLi.Ehiim, in Actis 55., tom. 3 , Julii , pag. 755 : « Unctus « igilur in Regem.. . Ecclesias ditarc posscssiunibus cl immensis ornatibus au gère
« cœpit. Scdcm autetn Episcopalem Argcnlinam restauravit. * On lit la môme
chose dans la Chronique de Rcichcrsbcrg apud Ludewig, lib. cit., tom. 2, pag. 222. Celle de Saint-Gilles de Brunswick, publiée par Leibnitz , inScriptor. rer. Brunswic, tom. 3, pag. 582, dit de S'-Henri : « Henricus Argentinam quae barbaricâ « immanitatc dévasta la Tuerai restauravit. *
* Schad, pag. 11, dit que la prébende royale fut établie en 1019; mais romme cette fondation est antérieure au temps que le roi Henri reçut la couronne impériale, nous la datons de Tannée 1012, avec le P. Laoiille, Histoire d'Alsace, part. 1 , liv. 13, pag. 151 , edit. in-fol., et tom. 2, pag. 25i, «/if. in-8«, et la plupart des annalistes de la province.
* Les anciens Directoires de la cathédrale désignent ainsi sa place : « Praïben- «darius Régis, stans in choro Pra-positi <id est in parte dexterâ) stallo primo.
du chœur, Rex Chori 1 . La collation de ce bénéfice appartient au grand-prévôt, et cette collation est attachée à sa dignité depuis plusieurs siècles. On en trouve des preuves dès la fin du treizième9. Cependant les empereurs ont fort souvent soutenu que la nomination de cette prébende leur appartenait3. Sigismond et Frédéric IV y ont nommé pendant le cours du quinzième siècle4. Le roi Louis XIV lui-
« intitulatus ad nonum versum, habcns jus refeclorii sedcns in primà mcnsâ, in
* primo loco. » La première place tant au chœur qu'aux processions fut confirmée au possesseur de la prébende royale par arrêt du Conseil souverain d'Alsace, ^;n date du 1" juillet 1694. Notes d'arrêts, pag. 60.
' Nous n'avons trouvé , avant le treizième siècle , aucun titre qui fasse mention de la prébende royale parce qu'elle était occupée, jusqu'à ce temps, par un chanoine. Le Nécrologe du grand-chapitre, écrit en 1239, parle pour la première fois du Prabendarius Régis, ainsi que de sa Cùria sua propè Judœos. Le directoire du chœur de l'année 1364 l'appelle tantôt Vicarius Imperatoris , tantôt même Imperator. Il est nommé, fol. 123, particulièrement Primus in Prœbenda scilicet Imperator. Le roi du chœur, en 1298, était Magister Cunradus diclus de Lingelvesheim.
* On peut citer entr'autres les lettres de Frédéric de Lichtcmberg, grand-prévôt de Strasbourg, qui atteste en 1298 : « Prebenda Régis in ecclesiâ Argentinensi, m cujus collacio ad nos portinet ratione nostre Prepositurc. »
* Jacques Regius écrivait ainsi à l'empereur Maximilien, vers l'an 1510 ou 1511, apud Goldastum, in Polilicis imperialibus , part. 23, de gravaminibus Imperii adversth Curiain Rutnanam, pag. 1042: «Felicis recordationis Prœde- '< cessor luus Henricus Pnebendam quandam , qua» ob id regia vocatur, in Argen-
■ tinensi Ecclesiâ fundavit, cujus omnes in Iinperio Romano successores jure « fundationis procul dubio collalores fuerunl , et adhuc esse deberent quomodo
• ab eo jure ergà Pnnbcndam 4rgcntinensem forte propter interregnum , Romanus . Rex ceciderit, et ad Pnepositum illic devolutum sit, prorsùs ignoro. Hoc Liraen « mullis persuasuni est, Cœsarcam tuam Majestatem jus illud patronatûs à Summo « Pontifice denuo in ulroquc mensc ex a?quilate facilè consequi posse, ut ammodo ■« ad Dei laudcm et Ecclcsiœ decus , vir quispiam scienlià et vit» honestate conspimcuus, tuœque Majestati cognitus, non inutile quoddam bestiœ aut coquin» « inancipium, sed neque leno, neque catamitus, liber et alienus à sriontiis et
■ pielate eidem praïficcretur. »
* SCHIMER a publié, à ce sujet, différentes pièces de ces deux prince», qu'il a insérées dans son édition de la Chronique de Kœnigshoven , Observai, xiv, pag. 767-782. Michel Hagen, roi du grand-ohœur, étant mort le 2 octobre 147V, Albert
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même exerça deux fois ce droit; mais le grand-prévôt l'a constamment défendu, et a constamment prévalu1.
C'est encore au règne de Henri qu'on place l'origine de ces deux corps différents de la cathédrale de Strasbourg , nommés aujourd'hui le grand-chapitre et le grand-chœur2. Pour comprendre cette distinction, dont on ne voit aucun exemple dans aucune autre église de la Chrétienté, il faut d'abord observer qu'outre les vingt -quatre grands -chanoines-prélats, qui composent seuls et constituent le grandchapitre3, il y a dans la cathédrale un autre corps de bénéficiers, dont le nombre, fixé à neuf dans son origine, s'accrut à celui de soixante-trois, et est réduit aujourd'hui à vingt. Ils sont appelés Pràbendiers du Grand-Chœur de l'église ds Strasbourg : leurs bénéfices sont canoniaux et
de Bavière, grand-prévôt de la cathédrale, nomma le 5 suivant Nicolas Khun, el l'empereur Frédéric conféra cette prébende, en 1475, à Sixte Scharflenecker. La contestation ayant été portée en cour de Rome , elle adjugea la jouissance du bénéfice à Nicolas Khun, par sentence provisionnelle du l«r février 1476, et le maintint dans la possession par jugement définitif du 22 décembre 1179. Khun eu jouit paisiblement jusqu'à sa mort arrivée en 1 491 .
'M. Butler, qui a écrit en anglais la Vie des Saints, tom. 6,pag.îS0, tombe dans un? triple erreur, lorsqu'il parle du dessein qu'avait Saint-Henri de se rendre chanoine de la cathédrale de Strasbourg. « Mai* comme il ne pouvait le faire par lui-même,
* il fonda un nouveau chapitre qui pût à perpétuité s'acquitter de ce devoir en *on « nom. C'est par une suite de celte dévotion, que les rois de France sont chanoine* « de Strasbourg, et ils ont en cela succédé aux empereurs d'Allemagne. »
' Su m m um Capitulum, ou Dom-Capilul : Summus Chorus, ou Huhen-Clior.
* Voici comme s'explique une information que le grand-chapitre de Strasbourg envoya, en 1 417 ou 1418 , à Rome, à l'occasion du fief de Wilgolheim qui fut uni, en 1407, au grand-chœur: «In Ecclesiâ Argcntinensi viginti quatuor sunt Pra*- « bendaî canon icales , et juxta hune niodum suut ctiain in eàdcm Kcclesià viginti « quatuor Canonici pra-bendati , omnes nobilcs, ingenui, vcl illustres, de per se
• Capitulum facientes et repraîscntanlcs. » Les revenus du fief de Wilgotheim appartenaient par moitié indivise aux présences du grand-chapitre et du grandchœur. Celui-ci jouit aujourd'hui de la totalité de ce fief, par l'acquisition qu'il fit, en 1532, do la moitié du fief réservée au grand-chapitre pour la somme de 2VUÙ florins du Rhin.
désignés sous le nom de prébendes perpétuelles1. Ils sont immédiatement soumis au grand-doyen, qui est leur juge ordinaire, ainsi que celui des chanoines du grand-chapitre 4 . Cependant les prébendiers ne sont pas les chapelains , ou les vicaires des chanoines-comtes, comme on pourrait le croire et comme on le lit dans quelques actes particuliers "'. Ils sont de véritables1 bénéficiées3 qui portent les mômes
1 Information du grand-chapitre do l'année 1417 : «Hein in eàdem Ecclesià Argentinensi, inter alia quamplurima bénéficia, sunt etiam sexaginta et tria
■ bénéficia canonica.... Prœbendte Argentinenses nuncupatœ. »
* Ibidem : « Perpetui Pnebendarii Ecclesià? Argentinensis immédiate subjerti « Recano et Capitulo dicta- Ecclesiœ sicut membra sno capiti subordinantur. »»
1 Les vicaires des chanoines-comtes sont les quatre prêtres chapelains de la cathédrale, qui furent fondés, le 28 août 1 726 , par Jean- Ernest, comte de l.œwenstein , évoque de Tournai et grand-doyen de Strasbourg. Ce sont eux, qui forment le bas-chœur avec les chantres et les enfants de chœur.
' Tous les anciens litres les nomment simplement Praibendarii. Ce n'est que depuis le seizième siècle, que le grand-chapitre a commencé à leur donner quelquefois le titre de Virarii , ou de Vicurii prabendati. Les prébendiers, dispersés parles troubles de la religion, sans biens et sans appui, ne purent alors réclamer contre cette innovation. Ce ne fut qu'au commencement de ce siècle , que le grand chœur, se fondant sur ses anciens droits , s'opppsa à une qualification qui no leur convenait pas. La difficulté lut assoupie par une espèce de transaction provisoire du 12 mai 1721 , par laquelle les seigneurs du grand-chapitre, reconnaissant et avouant que la qualité de vicaire avait été uniquement donnée aux membres du grand-chœur, par leur procureur au Conseil souverain d'Alsace, déclarent et trouvent bon qu'à l'uvenir, dans tous les actes, ils soient qualifiés de Pr<sbendarii , ou de Prébendiers, et leurs bénéfices de Prœbendu uu de Prébende. M" du grand-
■ Itœur sacrifièrent cependant quelquefois à ce sujet les intérêts du corps à leurs intérêts particuliers, notamment dans le procès d'Edmond Evrard, prébendier de la cathédrale et aumônier de M. le cardinal de Rohan. Us lui refusèrent, en 171 i, les distributions manuelles et quotidiennes. Le Sieur Evrard se pourvut au Conseil d'Alsace. Le cardinal de Rohan intervint en faveur de son aumônier, et soutint qu'en sa qualité d'évèquo, il avait le droit de prendre a sa suite deux chanoines, tel qu'il jugerait à propos de les choisir. Le grand -chœur, méconnaissant ses anciens droits, répondit pour éloigner cet argument que les prébendier.; n'étaient que des vicaires destinés à remplir le vtiide des chanoines-comtes et à porter le poids du jour. Voyez Arrêts notables du Conseil-souverain d'Alsace, pag. ilO et H 5. C'est ainsi que la passion fait quelquefois agir contre soi-même.
« Perpetui bénéficiât! Prœbendarii Chori nuit. -upati , >• dit le pape Bonifin-.' I\.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
aumusses , et ont les mêmes droits et privilèges que les chanoines des autres collégiales du diocèse. Leurs biens et leurs revenus sont séparés et entièrement différents de ceux du grand-chapitre. Ils en ont l'administration libre et indépendante1. Ils perçoivent, tant en Alsace qu'au-delà du Rhin, un grand nombre de dîmes et de rentes seigneuriales. Ils sont, conjointement avec le Landvogt d'Alsace, seigneurs du village de Kûttolsheim. « (a) Le grand-chœur avait autrefois , conjointement avec le grand-chapitre , la juridiction seigneuriale sur les villages de Gambsheim, Wantzenau, Honau, Abretzheim, Killfrett, Bettenhoffen, Reichstett, Sauvelweyersheim. Nous en trouvons une preuve dans les lettres des sept députés du grand-chœur, par lesquelles ils nomment et constituent, au nom du grand-chapitre et du grand-chœur, en 1488, le noble Zeyholf d'Adeltzheim pour leur bailli dans lesdits endroits « zu irem Amptmann und « Vogt gesetzet ûber ire Gerechte, Dôrffer und Lute, nem-
dans sa bulle d'union de la cure de Saint-Laurent à la masse des présenc es , datée du 7 octobre 1401 .
1 L'administration libre et indépendante de tous les biens du grand-chœur , Ait confirmée aux prébendiers par les privilèges des empereurs Ferdinand , du 25 août 1561, Maximilien, du 22 octobre 1571, Rodolphe, du 14 mai et 15 juin 1599, Mathias, du 16 octobre 1613 , Léopold , du 27 mai 1677, etc. ; avouée par les cardinaux Stanislas et Madrure, nonces du Saint-Siège, en Allemagne, par leurs lettres du 23 juillet 1561 et du 2 septembre 1613; reconnue par plusieurs évêques de Strasbourg , qui ont contracté avec ce corps en cette qualité , et enlr'autres par l'évèque Erasme, qui la lit assurer, le 20 août 1552, par une décision de l'université de Fribourg; parle grand-chapitre qui l'affirma particulièrement dans un traité passé le 6 août 1667 , et dans une requête présentée au roi le 15 janvier 1687; enfin autorisée par le traité solennel de Haguenau de 1604, où Jérémie Rapp et Jean Wagner, en leur qualité de senior et députes, ont signé et attaché le sceau ordinaire du grand-clurur, ainsi que toutes les autres parties intéressées.
(a) Note de l'éditeur. — Quatre feuilles volantes, rédigées en forme de note», nous ont paru devoir être incorporées dans le texte f es feuilles comprennent les passages que nous avons enfermés entre guillemets.
« lich etc. » On trouve des lettres semblables par lesquelles les députés du grand-chœur constituent pour bailli desdits endroits, en 1504, Barthélemi Barpfenning et en 1507, Jean Louis de Rotweil. On trouve aussi plusieurs actes de serment prêté aux députés du grand-chœur, par les prévôts et Schulteiss desdits villages, au commencement du seizième siècle. Ils possédaient ces villages par engagement. Le grand -chœur jouissait aussi, conjointement avec le grand-chapitre, de la seigneurie de Lampertheim comme il parait par un acte des députés du 18 février 1520. Le grand-chœur posséda, par engagement, depuis 1550 jusqu'en 1631, la seigneurie du village de Hochfelden, et depuis 1628 jusqu'en 1659, celle du village de Fessenheim. En 1409 l'évêque Guillaume engagea, pour la somme de 800 florins d'or, au grand- chapitre et au grand-chœur la seigneurie des villages de Honau, VVantzenau et Abertzen. En 1 429 , le jour de Saint-Thomas, le noble Bertold de Wickersheim prête serment de fidélité au grand-doyen, au grand-chapitre et au grand-chœur en sa qualité de bailli, ou Amptmann de Honau, Wantzenau et Abretzheim. Liber actorum S. Pétri scn. fol. 68. En 1435, jour de Saint- Martin, le noble Jean Maur de Husenburg prête "* serment de fidélité deren ivitrdigen edlen HerrenDechan,und Capitel, und deren Vicarien des Hohcn Stifftz za Strasbourg , meinen gnedigen IJerren, en sa qualité à' Amptmann und Vogt des villages de Reichstett, Sauvelweycrsheim , Gambsheim, Killstett, Bettenhoften, Honau, Wantzenau et Abretzheim. Lib. Aet. fol. 60. En 1442, Hugues de Bcrstett fut nommé par le grand-chapitre et le grand-chœur, bailli des villages de Reichstett, Sauvelweycrsheim, Gambsheim, Killstett, Bettenhoffen, Honau, Wantzenau et Abertzheim. Les députés y sont nommés den sybenen des Chors. Lib. Ad. fol.
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70. Le grand-chapitre et le grand-chœur étaient encore en 1491 en possession de ces huit villages. Ce ne fut qu'en 1536 que l'évéque Guillaume racheta cette seigneurie de la maki du grand-chapitre et du grand-chœur. » Les prébendiers forment aussi un corps capitulaire, puisqu'ils ont le droit de s'assembler collégialement en ehambre, de délibérer, de conclure, de choisir leurs propres officiers. Ils élisent parmi les membres qui composent le grand-chœur, le Senior1, qui préside aux assemblées, et les députés qui sont spécialement commis à la régie des biens. Ils confèrent huit cures, et surtout celles de la cathédrale, la première du diocèse, dont ils sont curés primitifs*. Us ont
' Le Senior et les députés sont élus tous les ans la veille de la Saint-Jean ex gremio dans le nombre des prébendiers, en vertu des anciens statuts de l'an 14*7, confirmés par un décret du grand-chapitre, du 13 septembre 1672, et par un arrêt du Conseil-souverain de Bri*ach du 20 septembre 1697. Voyez les notes d'arrêt du Conseil-souverain d'Alsace, pag. 138-141. Ils se présentent au grand-doyen de la cathédrale, qui les confirme, et entre les mains duquel ils prêtent serment, sedente Capitulo. Les députés sont aujourd'hui, et depuis l'an 1671, au nombre de quatre, en y comprenant le Senior. Ils étaient dans leur origine au nombre de sept. Ils furent établis vers l'an 1263, pour administrer les revenus du grandchœur, à l'exemple des sept premiers diacres établis par les apétres pour administrer le temporel de l'église naissante. Les députés du grand-chœur sont nommés, dans un acte de 1409 , Prabendarii Chori Ecclesiœ majoris Argenlinensis ad quevit ipsius Chori et ejus Prebendariorum pertractanda negotia specialiter deputati. Us furent eux-mêmes charges de l'administration de tous les biens du grandchapitre, par décret capitulaire du 31 janvier 1437; ce qu'ils conservèrent jusqu'aux trouble» du Luthéranisme; et c'est à leurs soins et à leur sage économie que le grand-chapitre est redevable de la conservation d'une grande partie de ses revenus. Le mot de Senior, pour désigner le premier des députés, est un terme assez ancien dans le grand-ehœur. Le Senior deputatus colligens vota aingulorum se trouve rappelé dans un règloment du grand-chœur de l'année 1494.
* Erlewinus Civitati* Presbyter, c'est-à-dire Erlewin, curé de la ville, est rappelé avec les chanoines de la cathédrale, dans une charte de l'évéque Burchard de 1143. Le curé de Saint-Laurent est nommé dans les anciens titres Archipresbyter et Plebanus S. Laurentu. 11 existe à la fin de l'ancien livre des Anniversaires de la Paroisse de Saint-Laurent c modus regiminis Plebanatus Parochie S. Laurent»
DE STRASBOURG. LIVRE NEUVIÈME. 45i
leur sceau , leurs archives , leurs protocoles , leur masse commune, leur syndic , leurs receveurs et leur lieu particulier d assemblée 1 : ils ont le droit d'assister par leurs
•» Ecclesie Argenlinensis ex coinmissione singulari dominorum Deputatorum chori « Ecclesie Argenlinensis predicte, editus anno Domini 1449. » La cure de Saïnt- • Laurenl fui unie au grand -chœur par bulle du pape Boniface IX , du 7 octobre 1401 ; ce qui fui confirmé en 1402 par le même pape, et en 1405 par Innocent VII. On lit aussi dans d autres tilrcs que « Plebanus Parochie sancti Laurentii existit » Beverendissimi in Christo Patris et Domini Episcopi Argenlinensis in pœnitenlia- « libus Vicariusgeneralis.» Lorsqu'cn vertu du concile de Latran, tenu sous Innocent III, on établit dans les diocèses et les églises cathédrales la place de Grand-Pénilencier, cette place fut accordée et unie à la cure de Saint-Laurent de Strasbourg. Quant aux autres cures, dont la nomination appartient au grand-chœur, ce sont en Alsace, outre la cure de Saint-Laurent dans la cathédrale, celles de Schaeffolsheim , de HohengœfTt, Wilgotheim , Neugartheim et Stotzenheim, et dans la souveraineté de l'évêché au-delà du Rhin, celles de Renchcn rt d'UIm. Bertold, évêque de Strasbourg, unit à la prébende de Sainte-Catherine du grand-chœur, en 1351 , la cure de Schœffblsheim , et en 1353 celle de Hohengœlît. Le patronage de Wilgotheim et Neugartheim, sa filiale, parvint au grand-chœur en 1407. Neugartheim fut érigé en cure en 1698. Il est collateur de Stotzenheim, en vertu d'un échange passé, en 1701, avec l'abbaye d'Ettcnheimmùnster au sujet de Kippenheim. Le grandchœur acquit, en 1486, de l'abbaye de Seckingcn le droit de patronage de Renchen et d'Ulm. L'évèque Robert unit aussi, en 1468, au grand-chœur la cure et les revenus de" Saint-Martin de Strasbourg. Celle-ci est aujourd'hui détruite, et ses biens sont retenus par le magistrat de cette ville. Le grand-chœur conférait aussi autrefois les cures de Dundelingen et de Haussgereuth , de l'autre côté du Rhin. La première lui avait été unie en 1357, par l'évèque Jean. Les revenus de l'une et de l'autre sont entre les mains du prince de Hessc-Darmstadt.
' Ce lieu particulier de l'assemblée est l'hôtel du Gùrtkrhoff, dans la rue des prêtres, où les prébendiers ont leurs archives, leurs greniers, leurs caves , etc., et où les censiers sont obligés de venir remettre leurs rentes. Il est nommé dans les anciens titres Aula ou Curia cingularis , parce qu'on y régit et qu'on y rassemble les revenus du grand-chœur. Les assemblées de la chambre s'y tiennent régulièrement tous les samedis. Le Giïrtlerhof] est fort ancien. Koenk.shoven , in Chronico, pag. 294, en fait déjà mention sous l'an 1349, en le nommant Gùrtiïer* hof.
Il tire son nom de la famille noble des Cùiiler, auquel il appartenait dans l'origine. Il parvint sans doute au grand-chœur par la donation de Conrad Gurteler, qui fonda dans la cathédrale, en 1328, la prébende première de l'autel de Tous les Saints.
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députés aux assemblées générales du clergé 1 : ils peuvent librement résigner et permuter leurs prébendes a. Les membres du grand-chœur ne portent pas à la vérité le titre de chanoines de la cathédrale parce que ce titre convient seul, depuis plusieurs siècles, aux princes et comtes qui composent le grand-chapitre. L'honneur d'être attaché à cet illustre corps 3, celui d'avoir été avec lui le clergé primitif de la ville et de l'évôché , anoblit en quelque sorte le titre de prébendier, et donne à ceux du grand-chœur un rang supérieur sur les chanoines des autres collégiales du diocèse 4. Aussi n'est-il pas rare de voir les chanoines des
Le grand-chœur possédait encore à Strasbourg, après le milieu du dix-septième siècle, vingt-deux maisons, dont la plupart ont été aliénées par la suite, ou occupées par le magistrat.
4 Ils furent maintenus dans la possession de ce droit par arrêt du Conseil-souverain d'Alsace du 13 mars 1719.
* Ce droit de résignation et permutation leur fut également confirmé par un autre arrêt, en date du 31 janvier 1720. Arrêts notables du Conseil-souverain d'Alsace, pag. 181 et suiv.
* On lit dans le concordat passé, en 1533, par l'évêque Guillaume entre le grand-chapitre et le grand-chœur: «Debent Decanus, Capitulum et Chorus, ut m nostra membre, unum corpus esse. »
* L'acte de confédération du clergé de la ville de Strasbourg contre Guillaume, son évéque, daté du 17 d'Auguste 1419, forme une preuve ancienne de la préséance des prébcndiers du grand-chœur sur les autres chanoines. Les sept députés du grand-chœur « Prirbcndarii principales ad camcram Chori Ecclesiœ Argentincnsis pro diversis ipsius Chori agendis negoliis deputati » y sont nommés immédiatement après le grand-chapitre , et avant les doyens et députés des collégiales de Saint-Thomas, de Saint-Pierre-le-Jeune et de Saint-Pierre-le Vieux. Le traité conclu , il fut arrêté qu'on en expédierait trois exemplaires , l'un pour le grandchapitre, l'autre pour le grand-chœur, et le troisième pour être déposé dans les archives de Saint-Thomas, et servir aux autres chapitres. Les « Senior et Deputati « Summi Chori Cathedralis Argentincnsis » signèrent, avant les doyens des deux chapitres de Saint-Pierre , les actes de l'assemblée du clergé de la ville , tenue le 9 juin
divers chapitres de l'Alsace passer aux prébendes de la cathédrale. Le grand-chœur a donné aux seizième et dixseptième siècles, quatre sufîragants à l'église de Strasbourg; il possède encore aujourd'hui deux évêques dans son sein !. Les prébendiers de Notre-Dame, recommandables par leurs vertus et leur science, sont devenus le modèle du diocèse, par la majesté et la décence de l'office divin, qu'ils célèbrent dans la cathédrale *, et par la parfaite union qui règne entre tous ses membres.
Le grand-chapitre et le grand-chœur ne faisaient, dit-on, autrefois qu'un seul corps dans l'église cathédrale de Strasbourg 3. Nous ne porterons aucun jugement sur cette question : elle offre de part et d'autre des difficultés qu'on
Il faut aussi remarquer que dans les rôles de répartition de la chambre ecclésiastique du diocèse de Strasbourg , pour le don gratuit , où chaque corps est placé a son rang, le grand-chœur est immédiatement porté après le grand-chapitre, avant les autres collégiales.
1 M. l'évèque d'Arath, suflragant de Strasbourg, et M. l'évèque d'Ascalon, suffragant de Trêves. On compte encore dans le nombre des prébendiers du grandchœur, Jean Delphius, mort en 1582, Adam Petz, mort en 1626, Paul baron d'Aldringen, mort en 1646, et Gabriel Haug, mort en 1691, tous quatre évèques de Tripoli et suffragants de Strasbourg.
* C'est ce qu'ont reconnu de tout temps les évôques de Strasbourg . et c'est ce qu'on remarque dans un ancien règlement, donné au commencement du quinzième siècle , au sujet de la correction des livres de chœur : m Si quis in omnibus Eccleîiis « Collegiatis, vel inter Archipresbytcros universos habet aliqua dubia in regulis « librorum matutinalium , qui continent horas canonicas nocturnas, sivè diurnas, « habeat recursum ad chorum Ecclesiœ majoris super dcclaralione earumdem. » On lit dans un règlement, donné en 1318 par Jean I", éveque de Strasbourg, et qui fut renouvelé en 1345, dans les statuts synodaux de Bcrtold, son successeur : « A « Choro Ecclesiœ Majoris, quoad divinum ofîkiuni , ali«? civitatis et Diocesis Àrgen* « tinensis Ecclesie regulantur. » Le Bréviaire du diocèse de Strasbourg , imprimé en 1478, par les ordres de l 'évôques Robert, fut « impressus , ordinatus et emen- 'c ilalus secundum Brcviarium et Ordinarium Chori Ecclesie Argentinensis pro " communis Cleri et honore et utilitale. »
' Arrêts notables du Conseil-souverain d'Alsace, pa<j. 190.
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ne pourra jamais résoudre. Nous nous contenterons donc de présenter ici le récit de Schad*. « Dagobert, dit-il, « fonda dans la cathédrale trente canonicats. Ce nombre « augmenté par Pépin et Charlemagne, qui y en ajoutèrent t trente- six autres, s'accrut ainsi jusqu'à celui de soixantea six. Ces prébendes , dont les guerres avaient beaucoup c diminué les revenus, furent remises par Werinhaire dans « leur ancienne splendeur et sur le pied de leur première « fondation. Ce prélat, qui était dune illustre naissance, « attira dans son chapitre, par son exemple et ses vertus, « plusieurs personnes de la première qualité. Il obtint même, € en 1019, une ordonnance de l'empereur Henri, par la- « quelle il fut établi que, pour donner plus de lustre et de t protection à cette église , pour ainsi dire renaissante , il « y aurait dans le nombre des soixante-six prébendes ou « canonicats, qui composaient alors le chapitre, vingt-quatre « places qui seraient dorénavant possédées par des « personnes sorties des plus nobles et des plus illustres « familles de l'empire ; et que les quarante-deux restantes « seraient occupées indifféremment par toutes sortes d'ec- « clésiastiques vertueux et savants, sans avoir égard à leur c maison ou à leur naissance. Cette ordonnance, ajoute-t-on, « donna lieu à la séparation des deux corps, et ce partage n occasionna dans la suite le corps composé des chanoines- « prélats, princes et comtes, nommé le grand-chapitre, et « celui formé des chanoines prébendiers non nobles, appelé « le grand-chœur. » Tel est le système de Schad : mais son témoignage est trop récent pour porter autorité. Il se trompe d'ailleurs sur le nombre des canonicats et prébendes , et sur le temps où s'est faite cette séparation.
' In Summo Argenloratensium Templo, pu<j. 9 et 11.
Les anciennes chartes de la cathédrale, tant celles du grand-chapitre que du grand-chœur, ayant été brûlées, perdues ou égarées, il est bien difficile de constater de pareilles origines. La voracité du temps, les fréquents incendies , les troubles de la guerre , les révolutions produites par les changements de religion , la négligence , la mauvaise foi ont fait périr les titres et les monuments d'où Ton pourrait tirer quelques lumières. Ce n'est qu'à l'aide de quelques faits combinés par les chartes et par l'analogie, que les uns ont avec les autres, qu'on peut parvenir à une vérité conjecturale. Ainsi tout ce que nous pourrons assurer de certain, c'est que le chapitre de la cathédrale de Strasbourg est très-ancien , et qu'il date au moins du huitième siècle 1 ; que dès l'an 774 , la science ou la naissance formait, avec la vertu, une des qualités requises pour y être admis1; que les nobles, qui étaient reçus dans le nombre de ses membres, n'excluaient pas encore les roturiers ; qu'enfin les uns et les autres portaient indifféremment, dans les chartes des onzième et douzième siècles, les titres de chanoines de la grande église ou de frères du monastère de Sainte-Marie5. Le nombre même des chanoines n'a jamais été fixé à celui de vinglquatre que depuis les troubles de religion. Les anciens Catalogues, celui même de 1506, en comptent toujours trente-six. L'origine des prébendiers est également posté-
• Voyez le tome premier, liv. second, pag. 185 et suiv.
* Pièces justificatives , nunt. 65 , pag. ex.
' « Canonici Majoris Ecclesiœ Argentinensis, » ou « Praires argentinenses Majora ris Monasterii . ou a Fratres Sancte Marie Argentinensis in Majori Ecclesift, - ou «Fratres Béate Marie in principali Monasterio servientes, » ou « Fratres Domino « famulantes in Bâsilica Sancte Marie, » ou autres formules à-peu-près semblables. Mais le nom de Frères se trouve dans des chartes plus fréquemment que celui de chanoines.
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rieure au temps de l'évêque Werinhaire. Le néerologe de la cathédrale, écrit en 1181, n'en fait aucune mention. Les coutumes de cette église, rédigées vers l'an H 35, ne parlent que des chanoines et des enfants de chœur1. Le premier titre, dans lequel le nom de prébendier de la grande église de Strasbourg est rappelé, ne date que de l'année 1231 a. La séparation des deux corps, qui n'en formaient qu'un seul, ne peut avoir été faite que sur la fin du douzième siècle, et probablement sous le règne de l'empereur Henri VI 3. Le chapitre de l'église de Strasbourg était alors rempli de trente -six chanoines. Comme le nombre des nobles l'emportait sur celui des chanoines qui ne l'étaient pas, les premiers attirèrent à eux les dignités, les offices et fiefs claustraux, les seigneuries et la meilleure partie des revenus4. 11 fut alors statué qu'il y aurait entre les trentesix canonicats, vingt-sept prébendes pour vingt-sept chanoines nobles, issus de hautes familles de l'empire, et neuf ' pour des ecclésiastiques non nobles, comme on le voit encore aujourd'hui à Cologne et dans la plupart des grandschapitres de l'Allemagne.
1 On lit dans un acte du grand-chœur de 1384 : « Scolares chori Ecclesie A rgen- « tinensis , in ipso choro , Matutinum ac Missas et Horas Canonicas cantantes et « legentes. »
* On y lit : « Sifridus Prebendarius Majoris Ecclesie A rgen tinensis. »
* Vers l'an 1196. Aussi Wimpfelikgce remarque, de Epùe., pag. 56, que depuis Conrad de Hunnebourg, qui vivait alors, jusqu'à son siècle, on ne vit plus sur le siège de Strasbourg aucun évèquc roturier, a l'exception de Jean I«r qui y fut placé par l'autorité du pape.
* Les maisons nobles, qui occupaient, sur la tin du douzième siècle, les canonicats de la cathédrale de Strasbourg, étaient les llascnbourg, les Schwarlzcnberg, les Tengen, les Jungingen, les Stuhlingen, les Fribourg, les Veringen, les Gcroldseck, les Scnecgenborg , les Enlringcn, les Erenberg, les Lupflcn , les Teck , les Ochsen- 1 slein , les Lichtenberg, etc., etc.
Ce partage sépara, peu après, les chanoines nobles des chanoines roturiers. Ils restèrent cependant encore unis pendant les premières années du treizième siècle : les uns et les autres signaient indifféremment les chartes, comme faisant tous partie du grand-chapitre , à la différence que les chanoines nobles prenaient le titre de chanoines-prélats *, et ajoutaient ordinairement à leurs noms de baptême ceux de leur famille, au lieu que les chanoines non nobles faisaient précéder leurs noms de la qualité de Maître ou Magistcr. Mais dès l'an 1229, les nobles s'arrogèrent exclusivement le titre de chanoines. S'appuyant sur un ancien usage de la cathédrale , qui y avait de tout temps rendu dominant le nombre des chanoines nobles , ils commencèrent à former seuls le grand-chapitre , et soutinrent ce droit par l'autorité et le crédit que leur donnait la naissance9. Ils abandonnèrent peu à peu la vie commune : celle-ci persista encore plus longtemps parmi les chanoines non nobles. Ces derniers prirent alors le nom de prébendiers , parce que n'étant plus inscrits dans le canon , ou la liste des capitulaires, ils tirèrent leur titre de la prébende qu'ils percevaient. Ils furent appelés du grand-chœur, parce que les chanoines nobles étant très-souvent ou absents, ou non promus aux ordres sacrés , ils faisaient presque tous les offices ecclésiastiques du chœur. Cette séparation fut
* Ils sont nommés dans une charte de 1208 « Majoris Ecclesiœ Canonici ac i Prclati. »
* Mademoiselle d'Eon de Beaumont diffère peu de notre sentiment, lorsqu'elle remarque dans ses Loisirs, tom. 1, pag. 182 : «que les plus grands princes « recherchèrent avec empressement les bénéfices de la cathédrale de Strasbourg , ■ et que, fondés sur un usage qu'ils disaient être aussi ancien que leur institution , « ils exclurent les roturiers dès le treizième siècle , et ensuite les simples gen- « tilshommes, malgré les oppositions des papes. »
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approuvée par les évêques de Strasbourg, qui furent toujours tirés des plus hautes maisons, et par les empereurs, qui étaient bien aises de placer les grandes familles dans les principales cathédrales de l'empire. Les papes ne virent pas ce changement du môme œil. Un canonicat de la cathédrale de Strasbourg vint à vaquer en 1230. Le grandchapitre ayant tardé à nommer, il fut dévolu au Saint-Siège. Le cardinal Conrad d'i rach , évêque de Porto , qui était alors légat apostolique en Allemagne, disposa de ce canonicat en faveur d'un clerc, nommé Jean1. Le grand-chapitre refusa de recevoir celui que le légat avait nommé , et fit remontrer au pape Grégoire IX, par son procureur en cour de Rome , que , par une ancienne coutume , il n'admettait dans son corps que des personnes nobles d'une condition libre et illustre du côté du père et de la mère a. Le pape n'eut aucun égard à ces remontrances : il déclara que de pareils statuts étaient abusifs, parce que Dieu n'avait point d'égard à la noblesse du sang, et que la seule vertu avec les autres talents nécessaires rendait un chanoine agréable devant lui, et digne de la place qu'il occupait7.
' Gregorius Episcopus, Servus Servorum Dei , Venerabili Fratri Argentinensi « Episcopo Salutem et apostolicam benedictionem. Venerabilis Frater noster Por-
• tuensis Episcopus supplicavil nobis, ut cùm quandam Prebcndam , que in Argen- « tinensi Ecclesià tandiù vacaverat , quod donatio ejus erat ad Sedem apostolicam i devoluta, J. Clerico conlulerit , dùm in illis parlibus Légat ionis ofïîcio fungeretur, « suara collationem bcnigno prosequeremur aflectu. »
* « Verùm Procurator Arfrentini Capituli proposuit ex adverso, quod idem Capi- « tulum, hoc audito , consuctudincm allegaus antiquam inviolabiliter observatam, « juxta quam nullum nisi nobilem et libcrum , et ab utroque parente illustrera , i honesta? convcrsalionis ac cmincntis scienlia? in suum consortium admiseranl : •< ne contrà hoc iieret , ad Sedem apostolicam appellavit. »
* « Nos igitur atlcndentes , quod non generis , sed virlutum nobilitas , vitœque
• honestas gratum Deo faciunt et idoneum servitorem , ad cujus regimen non mul-
DE STRASBOURG