LIVRE SEPTIÈME
remplir. Ce fut lui qui érigea le siège archiépiscopal de Magdebourg, et qui plaça sur ce nouveau siège, en 968, le bienheureux Àdelhert, le même qu'il avait nommé, deux ans auparavant, à l'abbaye de Wissembourg en Alsace f. Othon tenta aussi de ramener les ducs et les comtes à leur primitive institution, en mettant un contre-poids à leur trop grande puissance. Une politique prévoyante, autant qu'une sage piété, lui fit entrevoir leur abaissement dans l'élévation des évoques et des abbés 2. Telle fut l'origine de la grandeur temporelle du clergé germanique, que l'ignorance ou la mauvaise foi de tant de déclamateurs nous ont représentée comme une usurpation factieuse de de la part de l'église. Cet empereur conféra, sous la mouvance de l'empire , à llrunon , son frère , archevêque de Cologne , la supériorité absolue sur cet archevêché et sur la Lorraine3. Il invita, par cet exemple, les évoques à solliciter la même grâce qui leur fut accordée *. Ce fut alors que les comtés des villes leur furent confiés 5. Ceux
1 f.hronographus saxo, apud Leibnilzittin in atressionibus historicis, pug. 17 i, 477, M, 191 et 19Ï.
Adelhert conserva l'abbaye de Wisscmbonrj» avec son archevêché jusqu'à sa mort, arrivée le 2») juin 981. Quelques modernes lui donnent le titre do saint : MAim.i.nx, in actis sanrlorum ord. S. Denedicli , loin. 7 . sreculi V , pug. S63 et après lui, Papeiiroch, in aclis sanetorum , loin, i, junii, png. ->0, mettent sa vie et son élojre au jour de sa mort. Mais Joseph Asskman.M, in ttilrnd. unirent, de origine svlurorum , loin. 1, cap. 5, png. 56" { etseg., pense qu'il faudrait avoir des preuves positives pour l'honorer d'un culle particulier. Adelhert avait prêché l'évangile en 961 aux Rugi nu IUmi, nation qui habitait une partie de la Poméraiiic et l'île de Riifjen dans la mer Baltique, peuple que Baronius, Papi, Manillon, rie., ptvnnrnt pour les Hussi , eu prétendant qu Adelhert fut l'apôtre des Russes cl des Moseo>iles.
* Makcouil s, in originibus juris puhlici intperit nnunno-gei nunnivi , png. i i el 39 , et Pfkffixgf.r, in cor pore juris puhlici, loin. 1 , pug. tlii.
3 Stiu vu s, in corpure historiœ Ce r inanité , loin, 1 , perh'do S . sert, 'i, pag. 197.
4 Idem, in syntagmote juris pubitvi , mp. Ht, \ xi.
• Vetustiesiraus liber florentinus de invcstilura episcopatuum regum Teutoni-
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
de Mersebourg, Minden, Brème, Worms et Spire passèrent, dans le môme temps, au pouvoir des évôques respectifs *. Burehard II , duc de Suabe et d'Alsace , mourut la même année qu'Othon 2 , le onze novembre 073 3. Il eut pour successeur dans ce duché Othon , petit-fils de l'empereur Othon Ier et fils du même Ludolphe , qui l'avait possédé avant Burchard *. Comme il n'avait encore que dix-neuf ans, Hadvige, veuve du feu duc, conserva, le reste de sa vie, la principale autorité dans la Suabe et dans l'Alsace 5. Othon II, lils d'Othon-le-Grand, fut proclamé empereur en 073, dans l'église de Magdebourg, et reconnu pour tel par les Etats de Germanie , dans la Dicte générale convoquée à Aix-la-Chapelle.
Le règne d'Othon 11 fut très-avantageux à l'église de Strasbourg. Il ne se contenta pas de renouveler, en faveur de l'évêque Erchambaud, les anciens privilèges de son évêché, par un diplôme du 10 avril 074°. Il y en ajouta encore de très-considérables, en lui confirmant les plus
cumin, qucm refert Theodoricus de Niem, in tractatu de privilegiis et juribus imperii , opud Sehardium , de juridict. imperiali , pag. 261.
1 Voyez Ditmar, la chronique do Mindcn , Adam de Brème , Schannat cl Lehman.
* Necrologium fuldensc, npud Leibnititum , in seriptor. ter. brunsvic, tom. 3, pag. 7 M.
s On lit dans une chronique mss. d'Knsidlen : «An. 973, Rurchardus dux « junior obiit. » Le même nécrologe mss. de la même abbaye porte : « III, id. « novembris, Hurghard dux obiit. »
1 IIkhmanni s Costractis, upud Catmium lecl. antig., tom. .T, pag. 261, et chronicoti australe, apud Fkeher, tain. 1, rer. gertnan., png. 51 î.
5 KcKAitntis junior, de emibus S. Gulli , apud Goldushtm , pag. if! et i7. Voyez la dissertation de Jean Rœhm de lladvigc suevorum duce ricarin imperii , imprimée a Leipsiek en 1 75 i et insérée dans le thésaurus suevirus , de Wegelin, tom. 2 , pag. 107 et seg.
n Ce diplôme, date de Quedl imbourg et du 10 avril 97A , confirme les privilèges des rois et des empereurs précédent*, qui avaient exempté le* sujets de l'évèché de Strasbourg de tout droit de péage et de domaine dans toute l'étendue de l'empire. Pièces justificatives; cf. Wurdlwcin , nov. subs. dipl., tom. 3, p. 410.
beaux droits régaliens, et en lui conférant la comitive ou le comté de la ville de Strasbourg, que les évêques , ses prédécesseurs, possédaient, depuis quelque temps, sous la protection des empereurs et sous l'autorité de l'empire. Les évêques de Strasbourg jouissaient, depuis longtemps, et même sous les rois Carlovingiens, d'une grande autorité dans leur ville épiscopale *, mais leur droit de jurisdietion ne devint proprement stable, uniforme et légitime que sous Erchambaud. Lorsqu'ils succédèrent à la puissance des comtes et aux droits que ceux-ci exerçaient dans la ville , il n'en coûta pas beaucoup aux habitants pour leur obéir. Jusque vers le milieu du treizième siècle , la puissance souveraine , sous la mouvance de l'empire , résida toujours entre les mains de l'évoque, qui seul avait inspection sur la ville, qui seul nommait les principaux juges dans le civil et le criminel , qui seul donnait des lois et des statuts. Si les empereurs accordèrent quelques privilèges à la ville de Strasbourg, ce fut toujours sans déroger au pouvoir des évêques, et ce n'est qu'à la condescendance de ces derniers, que la ville dut son indépendance. Le schisme et les divisions entre le sacerdoce et l'empire , le changement trop fréquent des évêques, qui se contestaient les uns aux autres le siège épiscopal, l'usurpation des biens ecclésiastiques, l'amour de l'indépendance, rétablissement des communes, causèrent l'affaiblissement de l'autorité des prélats et donnèrent lieu aux habitants de leur ville épiscopale de s'affranchir de leur domination, pour former elle-même un état immédiat sous le titre de République. Nous développerons dans la suite plus au long les causes et les suites de cette révolution, qui ne fut pas l'effet d'un moment, mais qui ne s'opéra qu'insensiblement. La puis-
* Voyez le tome premier de cette histoire, livre second, pag. 466-168.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
sanee des évéques de Strasbourg s'anéantit peu à peu par leur peu de fermeté à résister aux prétentions de la ville, et lorsqu'en 1200 Gauthier de Geroldseck voulut faire valoir ses droits légitimes, il le lit avec trop de hauteur, et il n'en était plus temps. La bonté ou la négligence de ses prédécesseurs servait contre lui de titre aux habitants de Strasbourg. Ce titre, dont ceux-ci ne devaient pas se prévaloir, fut cependant le bouclier de leur liberté. Les évéques furent privés ainsi de toute leur autorité dans Strasbourg, et furent forcés de se restreindre à quelques droits honorifiques et utiles, qu'ils perdirent encore par le traité de Hagucnau deKHH. Il reste aujourd'hui des traces bien vénérables de l'autorité dont jouissaient les évéques dans le titre qu'ils prennent d'Eviïjurs-Priiwfis (h Strasbourg, C'est à la vérité une faible compensation, et qui ne fait que rappeler la perte de leurs anciens droits.
Celui de faire battre monnaie, d'en déterminer la valeur numérique, d'en fixer le titre et l'aloi, et de lui donner le cours, a été de tout temps considéré comme une prérogative affectée à la souveraineté et essentiellement liée avec elle l. Nous avons vu dans le second volume 8 que Louis-Ie-Germanique avait déjà accordé ce droit , en 873, à Ratald , évoque de Strasbourg. Les évéques jouirent de ce privilège des le moment qu'il leur fut accordé, et il n'y a pas lieu de douter qu'il ne l'aient exercé sans interruption, quoiqu'ils en aient fait part à leur ville, pendant quelque temps, pour l'utilité et la commodité de ses habitants. Erehambaud revendiqua un si beau droit pour lui
1 Voyoz I.OYsE.vr, des seigneuries, cliap. num. 5. I)on,\t, droit publie, liv. 4, lit. 2, sert. 2, hum. il , et Ik-niï «le IJi nan, in rnmtuentnl. de jure rirea rem nionetai iuni in Germauiri , pmj. 42 et scy.
» Livre cinquième, pag. 4M et 4<J!>.
DE STRASBOURG