‹ Œuvres historiques inédites. 1Chapitre 7 sur 47 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

seul, parce que Louis-le-Germanique et ses prédécesseurs l'avaient attache uniquement à son siège. Il alla trouver en Saxe l'empereur Othon, qui tenait alors sa cour à Quedlimbourg. Ce prince, de l'avis d'Adélaïde, sa mère, et de tout son conseil , et ayant surtout égard au mérite et aux vertus de l'évéque Erchambaud , auquel il donne les titres d'homme vénérable et d'amateur de la loi divine, écouta favorablement ses prières. Ce prélat en obtint, pour lui et ses successeurs, le droit entier et propre de la monnaie, avec le privilège exclusif et perpétuel de la faire dans toutes les terres de sa domination , et de placer sa cour dans l'endroit de l'évêché qu'il jugerait convenable. L'acte de concession fut expédié le 10 avril 074 par le chancelier Willegise Dès qu'Erchambaud eut obtenu ce privilège, il commença à en faire usage. On conserve encore des pièces de monnaie d'argent frappées par ordre de cet évéque. Ces pièces sont bractèates et par conséquent fort rares. C'étaient de simples feuilles de métal, qui avaient trop peu de solidité pour être durables. Toutes celles qui n'ont pas été renfermées dans des vases, se sont détruites parce qu'elles n'étaient point en état de se préserver par elles-mêmes d'un déchet prompt dans la matière et d'une altération plus prompte dans la forme 2. La plupart des monnaies bractèates sont frappées en creux, et par eonsé-

• Pièces justificatives ; cf. Wurdlwcin, nov. subs. dipl., loin. 3, p. ili.

* Les monnaies bractèates communes en Suède, en Daucmarck et en Allemagne, sont très-peu connues dans les autres |»ays de l'Europe. M. Schocpuïn, dans ses recherches sur ces monnaies, insérées dans les mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, loin. 2o , jkhj. 31 i et 318, prouve que la Suède a , la première, fabriqué des monnaies bractèates, dont l'usage v commença à la lin du huitième siècle ; que, de là, il se transmit en Daucinarek et, par la suite, aux différentes provinces de l'empire germanique. L'usage n'en devint cependant commun en Allemagne qu'au dixième siècle et s'est perpétué à Strasbourg jusqu'au seizième et subsiste encore aujourd'hui dans la ville de Bâle.

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quent sur un seul côté *. Celles de l'évéque Erchambaud sont singulières et presque uniques puisqu'elles sont bilatérales. Elles portent d'une côté l'empreinte, assez grossière, du buste de l'empereur Othon H, ayant sur la tête un diadème avec ce mot alentour : Otto. Le revers de la monnaie représente une église soutenue par des piliers et

sommée d'une croix *, ayant cette épigraphe : EHKA

DLE , qui n'est autre chose que le nom d'Erkanhald , les autres lettres étant ou effacées par le temps, ou n'ayant jamais été bien exprimées par la faute du coin ou du marteau 3. Il paraît que cette monnaie est de l'évéque Erchambaud, qui par reconnaissance pour Othon , dont il avait obtenu la confirmation de battre monnaie , lit empreindre l'image de ce monarque sur les espèces qui eurent cours dans son évéché.

L'empereur Othon aimait la province d'Alsace et y séjournait souvent. 11 vint en 975 à Erstein, pour y célc-

' George Christophe Kreysigs a donné un catalogue des auteurs qui oui écrit sur les monnaies braclêates dans ses Nachrichten von Vleemiinhen vcrsvhiedener Volcker, imprimé à Lcipsick, en 174», pag. 5-18.

1 De là vient qu'encore aujourd'hui les différents côtés des monnaies se nomment Croix et Pile.

* On trouve l'empreinte de cette monnaie gravée dans Schœpflin, Ahnt. illusl. , tom. 2, pag. 458, tabula ! numismatutn inter numinos episcop. Argent, num. 8. Le même historien rapporte encore deux autres pièces de monnaies brartèates d'argent, frappées sous des évoques de Strasbourg, mais dont les noms nous sont inconnus. La première, nu m. 4, est unilatérale et porte l'empreinte de la tète d'un évéque, sans barbe , couvert d'une mitre semblable à celle de nos prélats. La seconde , nutn. 9, est bilatérale; elle représente d'un coté le buste d'un évéque crossé, mitré donnant la bénédiction, et de l'iiutrc un ange tenant une croix. Toutes ces pièces se voyent dans le métlailler de feu M. Schœpflin, conservé à sa bibliothèque et dans le cabinet de M. Silbermann, de .Strasbourg, grand amateur des antiquités de sa patrie.

M. l'abbé Wiirdtwein, officiai de la cour métropolitaine de Mayencc et membre de l'Académie île Mannheim , nous a fait part d'une ancienne monnaie bractéate

hrer les fêtes de Noël !. Erchambaud y sacra , en sa présence, Ganimolphe qui venait d'être nommé évêque de Constance *. 11 appuya , conjointement avec l'impératrice Théophanie et Willegise de Mayence , la demande de Folkerne, abbé d'Offenvilliers , ou de Schutteren qui sollicitait la confirmation des droits et des chartes de son abbaye. Le diplôme, qu'ils obtinrent, est daté d'Erstein, le 30 décembre 975 3. Ce fut aussi au même endroit que cet empereur, renouvela, le 28 décembre de la même année , les privilèges d'Ensidlen *, et le 8 janvier suivant ceux de l'église de Coire 5. Ce fut également aux prières et aux sollicitations d'Ercbambaud que ce prince accorda à son église cathédrale, pour l'entretien du luminaire et à l'usage des frères de Sainte-Marie, qui y servaient Dieu, les biens, les dîmes et toutes les appartenances de Milcei, ou Mitters-

d'argent tic l'évèché de Strasbourg , très-bien conservée ; on y voit d'un côté un évoque, tenant de la droite une crosse et de l'autre un livre avec cette inscription : episcopus. Le revers représente un dôme ou une église avec cette autre inscription : Argentina. Olhon I, dit le Grand , avait une cour de monnaie dans Strasbourg. On peut en juger par la pièce de monnaie que M. Scbœpflin a pareillement conservée, ibid., num. 7. Elle représente d'un côte la tète d'Othon avec ces mois à l'entour : Otto rtx pacifiais , ce qui démontre que cette pièce fut frappée avant l'an 968 , que ce prince prit le titre d'empereur , et qu'elle ne peut être attribuée à Othon II, son fils, qui parvint à l'empire avant la mort de son père. Le revers représente un temple ou un édifice surmonté d'une croix , peut-être l'église cathédrale de Strasbourg, avec celle épigraphe : Argentina civit. 1 Voyex ci-dessus, pag. 7, note

* Chronographus saxo, apud Leibnitiium in accession. liistoricis, pag. 189, « An. dom. 976 , imperalor natale Domini in Herestein celebravit. • C'est l'an 975, l'année commençant à Noël.

* Pièces justificatives; cf. Wurdtweix, nui: subs. dipl., tom. .7, p. 417.

* Pièces justificatives; cr. WiiRDTWKlN , «or. subs. dipl., tom. 3, p. \46. Olhon revint en Alsace en 979 , comme il parait par son diplôme pour l'abbaye

d'Ensidlen, expédié à Hcrenstein, le 15 janvier de la dite année, et par celui pour le monastère de Tegernsee, daté du 10 juin 979. Actum Bruomadœ.

» Pièces justificatives ; cf. Wurdtwein , nov. subs. dipl., tom. 3, p. 419.

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heim 1 qui faisaient partie du fisc royal. L'acte de cette donation lut dressé à Ingelheim, le 8juin976*.Erchambaud accompagna Berehgcr , abbé de Mourbacb , à la cour de l'empereur et lui procura par son crédit la confirmation des privilèges de son abbaye : Othon en fait mention dans son diplôme, daté du 27 avril de la même année 976 3. Ce fut également aux instances d'Erchambaud 4 que Gérard, évéque de Toul , fut redevable du don des abbayes de Saint-Dié et de Moyenmoutier, que ce prince lui fit à Spire, en 979 5.

Ercbambaud jouissait des lors de la comitive à laquelle était attaché le gouvernement de la ville de Strasbourg. Plusieurs droits régaliens et utiles faisaient partie de la dignité de comte, et il y avait quinze villages qui dépendaient de ce comté, situés la plupart aux environs de Strasbourg, et qui subsistent encore aujourd'hui presque tous dans le baillage du Kochersperg appartenant à levéché. Berthold, éveque de Strasbourg, en a conservé

' C'est le village moderne de Miltersheim ou Mitlcrs, qu'on prononce aussi Miderche, situé en Lorraine, dans le diocèse de Metz, à quatre lieues de Dieuze et à deux de Fcnélrangc , du baillage duquel il dé|K?nd. Eberhard , comte de Deux- Ponts, tenait ce village en fief de l'ëvecho «le Strasbourg sur la fin du treizième siècle, lorsqu'il le résigna entre les mains de l'èvéque Conrad , qui en investit au même litre, en 1298, Frédéric, duc de Lorraine. On lit dans le registre féodal de l'évcehé de 1345, que le seigneur de Fcnélrangc était alors investi en fief de radvocatie de Miloey.

* Pièces justificatives; cf. WuRirrwF.lx, nov. subs. dipl. loin. 3, /». f*2.

* Pièces justificatives; Wi'HibTWElN , uni. subs. dipl., tom. 3, }>. iSi. Ce diplôme est daté actum lieremntii , ce qui nous parait être Itnnnat, en Alsace. Ce qui est certain, c'est que l'empereur Olhon revint dans celle province, en 979. Le diplôme qu'il accorda au monaslérc de Tegernsee, et qui a été pulilié |»ar Gewoi.p, a<l Ilundii metropolim Snlisbury, loin. .?,/>. 273 et Sche n>, wujinum Guelfirarum, loin. 1 , puij. 78, esl dalé de lînimat, actum Ilntomatlœ et du 10 juin 979.

* Per interrentum Krchcbaldi Strasbuiyensis rpisropi.

» Hugo, sacrœ anliquitatis monumenla , tom. 1, pag. 193 et 194.

les noms dans ses lettres de l'année 12i3 *. C'étaient C.riesheim, Dingsheim, Pfulgriesheim 2, Psettisheim, Berstett 3, Kleinfranckenheim , Olvisheim *, Truehtersheim, Diirningen 5, Utelnheim 6, Oflenheim, Avenheim, Himmelhotzheim 7, Dossenhcim et Belheim 8. Tous ces villages qui formaient primitivement le comté, ou Gravcschaft, furent partagés au treizième siècle entre l'empire et l'évôché de Strasbourg 9 , qui en possédèrent chacun la moitié l0. La plupart de ces endroits, à l'exception de quatre ou cinq,

' Wkncker, de Ussburyeris , pag. 6. Quindecim villœ ad comitiam pertinentes, scilicet : Criechesheini , Tungunsheim , Yuloriecheshehn , Psctenshcim, Berslele, Franekenhoim, Onolvesheim , Truehtersheim, Diirningen, Uddelnheim, Oflenheim, Avenhcim, Himelotsheim . Dossenheim et Bclhcn.

* Pfulgrieshehn aj>|);»rtcn.»it encore au quatorzième siècle à l'évéché de Strasbourg. Il devint ensuite un village allodial, possédé au siècle passé par MM. de Truchsess et de Birckwald , d'où il passa à M. de Wangen, qui le vendit au comte de Ilenning et ce dernier au sieur Jacout , de Strasbourg.

* Bcrstelt appartient aujourd'hui à MM. de Berslelt, de Gaill et de Kircheim. Cit endroit, ainsi qu'Olvishcim , est à moitié allodial et à moitié Ouf de l'évéché.

* MM. de Bcrstett et d'Ettlingcn sont seigneurs d'Olvisbeim.

B L'évéque de Strasbourg est seigneur de Diirningen pour la moitié, et le prince de Bcsse-d'Arnistadt pour l'autre.

" M. de Turckheini et le sieur Brossius sont aujourd'hui seigneurs d'Utelnheim pour la moitié épiscopalc qui a été donnée en emphitéose au sieur Schillinger, eu 1693. Le premier jouit, au même titre, de l'autre moitié relevant de la ville de Strasbourg.

' Cet endroit n'existe plus: il n'en reste que la chapelle de Sainte-Marguerite, située dans le milieu des champs à un quart de lieue et dans le district de la paroisse de Fessenheim qui appartient au grand-chapitre.

* Belheim fut vendu, en 1727, par M. de Wangen aux dames de Saint-Etienne de Strasbourg , qui eu possèdent aujourd'hui la seigneurie.

* Ce partage se lit eu 1236, en veitu de la transaction passée entre l'empereur Fi .'•dé rie et Pévèquc Iterlhold , dans laquelle on lit: « Hem prorenlus tillarum n eomivie equaliler dividenlur. » Cette transaction fut renouvelée en 127* et en 1293, entre les empereurs Rodolphe et Adolphe d'un côté, et l'évéque Conrad, de l'autre, qui s'accordèrent par leurs diplômes, uiintes ville ad tomiciam spécialités r« et episcopus possidebutit cummuniler pro indiviso, jura, ulilitates et omnes piûvenliis, qui ab ipsa romicia provaùre pulerunt , boita fide equaliler dividenles.

'° Ou trouve dans le registre mss. des Hefs et revenus de l'évôché , composé au

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qui devinrent des biens allodiaux des nobles , . revinrent dans la suite en entier aux évêques par différents traités de vente, d'échange et d'engagement, dont nous parlerons en son lieu.

Mais le plus beau des droits attachés à la dignité et au pouvoir du comte, était la souveraineté épiscopale sur la ville de Strasbourg. Nous n'entendons pas, sous le nom de souveraineté, celle qui ne reconnaissait aucun supérieur, et qui n'appartenait qu'aux rois ; mais ce pouvoir légitime, quoique très-étendu, qui était fondé sur les lois de l'empire, dont il tirait sa force, et cette supériorité qui , quoiqu'indépendante, trouvait un chef dans l'empereur , dont elle avait sa mouvance ; telle enfin que la possédaient en Allemagne les évêques , en leur qualité de comtes , sur leurs villes épiscopales. Celle de Strasbourg prétend avoir été de tout temps un état libre et immédiat, ne dépendant que de l'empire, et jamais de son évêque *. Cette prétention peut être fondée si l'on considère la ville de Strasbourg au treizième siècle, où elle commença à s'ériger en république, et même au douzième, où l'on remarque déjà les efforts impuissants qu'elle faisait pour secouer le pouvoir épiscopal. Mais en remontant à des siècles antérieurs, on la trouvera d'autant plus chimérique que la plupart des publicistes allemands conviennent que l'empereur Frédéric Barberousse fut le premier qui jeta les fondements de la liberté des villes. D'ailleurs, les archives mêmes de celle

quatorzième siècle , les paroles suivantes: « Villa comilalus, quœ vulyariler di- « aintur Graveschaft , in quibus imperium et episcopatus omnia liaient com- ■ munia. »

* Voyez la dissertation de Jean-Philippe Hecss, de Strasbourg, de civitatum dixpari nexu cum S. R. imperio, imprimée à Halle, en 1710, cap. S, pa<j. 26-29, et celle de M. Camus, de orlu et progressif juris stntutarii aryenlinensis , imprimée en 177C, pag. 8 et 9.

de Strasbourg fournissent des preuves certaines de sa dépendance temporelle de 1 evéque. Sans rappeler différents faits déjà épars dans cet ouvrage, et surtout dans la dissertation sixième du second volume, il nous suffira d'extraire la charte que l'empereur Othon II accorda , à Salerne, en Italie, le 9 janvier 982 !, à Erchambaud, évêque, qui l'y avait accompagné : on verra que ce prince n'a fait que confirmer, par cette charte, les anciens privilèges accordés au siège de Strasbourg par les empereurs et les rois de France, ses prédécesseurs. Ce qui démontre encore que la souveraineté de 1 évêque sur la ville, dans le sens que nous avons donné çi-dessus à ce mot , est beaucoup antérieure au règne des Othons.

L'empereur, après les préambules ordinaires , dit, dans sa charte, qu'Erchambaud, évêque de la ville de Strasbourg, était venu le trouver pour le prier de vouloir bien confirmer et renouveler ce que ses prédécesseurs, les empereurs et les rois de France, avaient accordé à son église; que lui, Othon, ayant égard à la justice de la demande d'Erchambaud, avait fait dresser un acte solennel de son autorité, par lequel il voulait et ordonnait expressément que, conformément à ce que ses prédécesseurs avaient déjà prescrit, aucun duc, comte, vicaire ou quelque juge que ce soit n'osât exercer aucune jurisdiction , à la réserve de celui que l'évêque de ladite ville aura choisi pour juge et avoué, menaçant de sa colère impériale et de la justice divine tous ceux qui, au mépris de ladite loi, voudraient attenter à ce qu'elle prescrit. Othon ajoute qu'il veut encore que l'évêque de Strasbourg, ses successeurs, ainsi que les sujets de l'évéché, soient sous la protection immédiate et la

' Elle se trouve imprimée au commencement du second volume, dissertation sixième, pag. 40-42.

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défense perpétuelle des empereurs et de l'empire, sans que personne, sous quelque prétexte que ee soit , puisse s'y opposer !.

* La ville de Strasbourg a fait elle-même imprimer en entier le diplôme d'Othon de 982, dans le Summarischer liericht von ellichen der Stadt Slrasburg sum heiligen Heich gebrachten Freiheiten, imprimée en 1662, pag. 46, et dans le libertas urgentoratennium stylo Ryswicenci non expuncta, imprimé en 1707 , pag. 40.

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