GOUVERNEMENT DE STRASBOURG
Rappelons- nous ce qu'étaient autrefois ces anciennes cités de la Germanie. Sous la constitution qui réglait Strasbourg, les sujets qui s'y trouvaient rassemblés, jouissaient de cette liberté qui caractérise le citoyen. Elle devait à l'Empereur, au Comle-Evèque auquel il l'avait accordé, au magistrat qui nommait ce dernier, obéissance, respect et secours: mais rien n'était moins arbitraire que l'administration qui faisait la sauve-garde de la liberté de ses citoyens; rien de moins despotique (pie le gouvernement auquel ils étaient soumis. Tout était délibéré devant le comte et ses magistrats, mais dans l'assemblée générale de ceux qui formaient la cité: là se rendaient les jugements, là se passaient les contrats, là on délibérait sur les impositions toujours réglées par des cadastres, dont la réformation appartenait au corps de la cité ; là le service militaire des hommes libres était même réglé à raison des terres , ou biens que chacun possédait ; là se faisaient les revues des troupes dont le comte avait le commandement. Le gouvernement, en un mot, était monarchique , car tout le monde reconnaissait un souverain , tout le monde était soumis au comte, qu'il avait revêtu de son autorité. Mais l'administration était populaire et les ordres mêmes du comte n'étaient exécutés qu'après avoir été déposés dans les archives de la municipalité. Mais quels étaient les membres de cette municipalité? C'étaient tous les libres habitants de la ville, le clergé, les bénéficiera ou les nobles, les simples possesseurs, qui ne devaient le service qu'à raison de leurs manoirs. A la tète du clergé était l'évêque ; à la tête du militaire ou de la noblesse était le comte. Le premier ayant réuni dans sa personne les droits du second, il est facile de se figurer l'influence que leur donnaient, dans le gouvernement municipal, non seulement la considération attachée à leur lilre et l'usage bienfaisant qu'ils faisaient de leur puissance pastorale, mais encore cette autorité publique, qui constituait alors celle du comte, représentant du Souverain. Lesévêques, devenus
Ce fut sous Erehambaud, ou quelques années avant lui, que le nombre des habitants de Strasbourg sVtant accru,
comtes , imaginèrent insensiblement «le s'attacher par la bienfaisance et l'humanité non seulement les propres citoyens de la ville, mais encore celle multitude de sujets de la campagne opprimés par leurs seigneurs particuliers. (Is voulurent , en bonifiant la condition des habitants de leur ville épiscopalc, inviter ceux des autres à se mellre sous leur protection. Ils cherchèrent donc a supprimer ces droits arbitraires, qui pesaient étrangement sur la liberté des citoyens, à ôter ces entraves, qui les gênaient. Les habitants «le Strasbourg ne lui durent point leur liberté, mais ils apprirent de lui l'usage qu'ils en devaient faire, et ils reconnurent que les règlements utiles qu'il porta et qui devaient la maintenir parmi eux , étaient un des bienfaits de ce prélat. Celui-ci corilia même à ces bourgeois l'exercice de sa propre jurisdiclion ; il rendit à ses habitants l'ancien droit qu'ils avaient d'administrer leurs propres affaires et de juger les causes de leurs concitoyens. Lorsque la jurisdiclion de l'avoué, du Schultheiss, etc., sera diminuée par celle de ces maîtres et de ces consuls, qui seront choisis par les bourgeois même, ceux-ci se placeront insensiblement dans les classes non d'oflieiers épiscopaux, mais de mandataires immédiats de la ville. En effel, ils regarderont la jurisdiclion et l'administration qui leur seront confiées, comme l'effet de la liberté et du pouvoir accordés au corps même des bourgeois, et le corps municipal de son côté se croira investi de la puissance politique par les mêmes règlements de l'évêquecomte , qui, en confirmant leur existence politique, lui auront permis le choix de ses administrateurs. Ceux-ci, devenus eux-mêmes magistrats, cesseront de dépendre de leur ancien comte, et ne se regarderont plus que comme dépositaires du pouvoir public au nom de l'Empire. C'est ainsi que la liberté civique, accordée par Olton aux bourgeois de Strasbourg, formera insensiblement rétablissement de cette célèbre République, que nous verrons fleurir dans les siècles suivants avec autant d'éclat que de force.
Les évèques qui y résidaient, en étaient pour ainsi dire les maîtres. Celte ville sut se délivrer peu à peu de leur domination et s'acquérir tantôt par achat, tantôt par faveur, des privilèges importants qui la conduisirent enfin à une indépendance absolue. La marche des événements relatifs à cette révolution a été presque la même dans toutes les villes considérables d'Allemagne. Elles durent , comme le remarque
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donna lieu à l'agrandissement de la ville. Nous avons vu ,
M. de Zurlauhen, Tableaux topotjraphiques de la Suisse, iom. 2, pag. 204, Mit. in-4'\ en majeure partie leur accroissement à la protection ou à la tranquililé que leur procuraient ou un siège épiscopal , ou quelque fondation d'abbayes et de chapitres. Les richesses de ces maisons attiraient les artisants dans une ville où ils trouvaient de la sûreté, du repos et de l'ordre, avantages précieux que la noblesse , dispersée dans les châteaux et la campagne, ne pouvait leur offrir. L'immunité ecclésiastique, étendue sur ceux qui dépendaient de quelqu'église, favorisait l'industrie troublée par l'anarchie générale et par les guerres privées qui désolèrent longtemps tous les grands étals de l'Europe. La petite noblesse ayant d'ailleurs trouvé dans les villes où elle se réunissait, un asile contre la tyrannie des comtes et de la haute noblesse, ces gentilshommes remplirent d'abord toutes les charges de la magistrature dans ces aristocraties naissantes. Les bourgeois, proprement dit, exerçaient les arts mécaniques et respectaient l'administration de ceux qu'ils reconnaissaient pour les défenseurs de la communauté. D'abord le conseil de Strasbourg fut composé des, etc., qui étaient les officiers de levèque. Otton permit aux bourgeois de, etc. ».
Avant ce temps, les empereurs s'étaient déjà fait un principe de politique d'étendre les privilèges des communautés. Le nombre des citoyens s'accrut avec leur aisance , et l'usage des armes les égala bientôt à la noblesse, tandis que celle-ci diminuait par les guerres, par la dissipation de ses biens et par l'extinction des familles; événement presque toujours inévitable dans les premiers ordres où diverses causes rendent nécessairement les mariages plus tardifs et moinsféconds.
La bourgeoisie de Strasbourg s'accoutuma de plus en plus à l'indépendance par les privilèges que les empereurs lui accordèrent , et par ses confédérations avec d'autres villes d'Alsace, au milieu de la confusion des interrègnes et durant les troubles des schismes.
1 Mute de l'éditeur. Coite dissertation, on l'aura déjà remarqué, est la première rédaction de l'auteur; elle occupe, dans le manuscrit, le milieu de l'un des cahiers traitant de l'épiscopat d'Krchambaud. Nous lui donnons la place <|iii nous a paru la [dus convenable. Les lacunes se complètent en consultant la dissertation sixième, lom. 2, jmij. Si et atiiv. Ainsi le conseil de Strasbourg fiH composé des quatre grands officiers, dans lesquels résidait le gouvernement de la \illc : le Schulleiss , le Burgrave, le Péager et le Directeur de la monnaie. Voir le diplôme et les lois municipales pour les droits laissé» aux bourgeois, pug. iO à i)o de la même dissertation sixième.
dans notre premier volume *, que Strasbourg avait eu son premier accroissement vers la tin du huitième siècle, lorsque l'abbaye de Saint-Etienne fut comprise dans ses murs. Au dixième, l'augmentation se porta de l'autre côté de la ville. L'église de Saint-Thomas fut alors renfermée dans son enceinte, et le mur avec son fossé fut prolongé le long de toute la grande rue jusqu'à la Brusche et jusqu'à l'église de Saint-Pierre-le-vieux inclusivement. Le plan que M. Silbermann 2 en a fait tirer, trace à nos yeux l'étendue
' Livre second, pag. 165.
* Local-Geschichtc der Sladt Strasburg, plan 7, pag. 47. M. Silbermann, ibid. cap: 8, suivant trop servilement Kœnigshowen, in chronico Alsatiœ, cap. S, \ 22, pag 272, rapporte cet agrandissement Je la ville au commencement du huitième siècle. Nous avons fait voir dans notre premier volume, liv. 2, pag. 165 et 164 , que ce sentiment ne pouvait s'accorder avec l'état des villes sous les rois français de la première et seconde race. Mais rien ne nous empêche de placer cet accroissement vers le milieu du dixième siècle, quelque temps avant l'épiscopat d'Erchambaud , puisqu'il est certain , par les statuts donnés par cet évèque , que sous lui la ville neuve surpassait en grandeur la ville vieille. M. Schukp»'LI\, au contraire, Alsal. illust., tom, 2, pag. 280, d'après Ai.ukrt de Strasbourg, apud Urslisium, pag. 165, prétend que cet accroissement n'eut lieu que vers l'an 1250. Mais on jugera que c'est le reculer à des temps trop éloignés. L'auteur de l'Esprit des journaux , août 1777, tom. 8, ptuj. 150, remarque, en rendant compte de notre premier volume, que quelques journalistes ont marqué leur surprise de ce qu'à la page 129, nous nous sommes écarté du sentiment de M. Silberinann , sur l'étendue de l'ancien Argentorat sous les Romains. Nous avons adopté en ce point l'opinion de M. Scbœpflin, qui nous a paru la mieux fondée, et qui l'a très-bien prouvée, A hal. illuit. , tom. 1 , pag. 210 et 682. Car, aprèstout, le plan de M. Silbermann, pag. 6 et 3V, n'est autre que celui de Kœnigsliowcn, Specklin et Merian, que M. Schœpfliu nomme: delineatio imuginaria prorsùs et ex ingenio confecta. Les vieux murs, que M. Silbermann a découverts et qu'il suppose être des monuments romains, peuvent être également les restes «le Strasbourg sous les Français, auxquels il était facile d'imiter la forme cl la solidité de l'architecture romaine qu'ils avaient sous les yeux. Apud Argentoratum nihil romanarum struclurarum prorsùs occurrit, disait Bcatus RHENAM's dès le commencement du seizième siècle, Uer. germon, lib. pag. 29/. yu'ou se rappelle ici cette judicieuse remarque de M. Schœpfliu , tom. /, pag. 186 : « Discimus hinc circa velerum cililiciorum rudera caute esse pronun- « tiandum. A inedii icvi archilectis structa; sunt lurres. . . . romanis s<cpe hanc
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de celte nouvelle augmentation. Elle forma la division de la ville, (jui fut partagée en cité vieille ou ville intérieure, et en cité neuve, ou ville extérieure. Telle fut rétendue de Strasbourg jusque vers l'an 1200. Tous les différents couvents, qu'on y vit s'élever dans la suite, n'existaient point encore, les églises étaient peu nombreuses et il n'y avait point de collèges. On ne connaissait alors que les écoles de la cathédrale et celle de Saint-Thomas , et elles ne servaient presque que pour ceux qu'on destinait à la cléricature. Les nobles vivaient sur leurs terres, plongés dans la mollesse et l'oisiveté. Ils se faisaient gloire de leur ignorance et la regardaient comme un état paisible !. On ignorait alors non-seulement ces arts d'agrément et d'élégance, qui servent au luxe et que le luxe soutient , mais encore plusieurs des arts utiles auxquels nous devons les douceurs et les commodités de la vie. On n'en connaissait d'autres que les métiers de première utilité, comme les cordonniers, gantiers, gobeletiers 2, tonneliers, cabaretiers,
« multum dissimilos, duralione et soliditatc fœrc squales, quas recenlior aotas < haud raro opus jact.it romanum. » La dureté et la solidité dos anciens monuments sont moins dues à la qualité des matières qu'à la façon de les employer. Eu recueillant et comparant tous les textes des anciens à ce sujet, on reconnaîtra qu'ils avaient une manière de préparer la chaux, qui est ignorée de nos jours, et qui difl'ère absolument de la nôtre.
1 Dans ces siècles de barbarie , les personnes du plus haut rang et chargées des emplois les plus importants ne savaient ni lire, ni écrire. On pourrait produire sur cet objet des preuves sans nombre. Les auteurs du nouveau traité de diplomatique, loin. 2, puy. iii, font mention au neuvième siècle de Herbaud , comte du palais, qui, quoique juge en vertu de sa charge, ne savait pas écrire son nom et même dans un temps aussi voisin de nous que le quatorzième siècle. Du Guesclin, connétable de France, le plus grand humilie de l'Etat et l'un des plus grands personnages de son siècle, ne savait ni lire, ni écrire. Histoire de Pu Guesclin, ètlil. de Menuril, pua. 3i. Voyez les mémoires de M. de Sainte Palaye , sur l'ancienne chevalerie , insérés dans ceux de l'académie des belles-lettres de Paris , tout. 20, pay. G89 , 6'J6 , 834 et 8W.
* M. l'abbé Ameilhon, qui a donné un extrait des anciennes lois municipales de
meuniers, pécheurs, charpentiers, potiers d'étain et fruitiers, ou ceux que nécessitaient les guerres continuelles, comme les maréchaux, les selliers et fourbisseurs. Knfin à l'exception du droit d'asyle qu'Erchamhaud avait établi dans la ville 1 , et du commerce que faisaient quelques marchands et les pelletiers , rien ne pouvait engager les étrangers à venir à Strasbourg, l'homme industrieux à s'y établir et les gens riches et oisifs à y demeurer.
L'agrandissement de la ville et le nombre de ses habitants tirent sentir à Erchambaud la nécessité d'avoir des lois écrites, pour régler l'administration de la justice et constituer une forme positive de gouvernement. Il fit convoquer par Adelbert , son avoué, une assemblée des bourgeois les plus nobles, auxquels il deuma plusieurs règlements de police. Il assura en même temps les prérogatives de chacun des ofliciers, qui exerçaient, au nom de l'évéque, ses droits de souveraineté. Le génie prévoyant d'Erchambaud jugea que, pour rendre ses sujets heureux, il fallait éclairer leur raison, réprimer, par des châtiments, les passions que la raison ne pouvait diriger et rendre l'infraction des lois redoutable aux passions par l'autorité de la religion. Il fit donc concourir les lumières, les lois et la religion comme autant de puissances qui s'aident et se suppléent pour le bonheur de la société civile. Comme ces règlements sont curieux et intéressants, et qu'ils font connaître les usages, les maximes, la police et le gouvernement <l'une ville des moins barbares pour leur temps, nous les
Strasbourg dans sa Ca7etle d'agriculture, commerce, arts et finances, du 13 juin 1778 , remarque, en parlant du statut CXII, qui concerne 1rs faiseurs de gobelets, qu'il fallait que les allemands IWul alors une grande eoii>ommalion de vases à boire, musqué la seule fabrication des gobelets occupait un a-sez grand nombre d'ouvriers, pour qu'on pût en former un corps de métier à part. * Statuts 1 et 2, pag. ii et é3.
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avons fait imprimer, à la tête du second volume de cet ouvrage, avec la version allemande, qui en fut faite au treizième siècle i. Ces lois font, en général, beaucoup d'honneur à la mémoire d'Erchambaud. On y remarque un fond d'équité, de la pénétration d'esprit, des vues politiques, une grande prévoyance des moindres inconvénients. Les articles qui concernent les corps de métier a et les juges que l'évéque avait préposés au gouvernement de la ville, sont les plus importants. Tous ces différents tribunaux multipliés, que nous voyons aujourd'hui dans Strasbourg, n'existaient point encore. Les officiers de l'évéque écoutaient les parties et les jugeaient sommairement suivant les lois. Si la notoriété du fait ne présentait pas la preuve la plus claire et la plus directe, l'accusé se purgeait par serinent avec un certain nombre d'hommes libres, ses voisins, ou ses parents qui , pour donner plus de poids à son serment, juraient eux-mêmes qu'ils étaient persuadés que l'accusé disait vrai. Si le cas était trop embarrassant, on le décidait par le duel.
On ne doit pas s'étonner qu'un prélat aussi pieux et
' Voyez le tome second, dissertation sixième, pag. 54-108. Nous les avions déjà publiés séparément dans un mémoire, où nous avons développé l'état ancien do la ville do Strasbourg sous le gouvernement des évoques-comtes. Ce mémoire a obtenu l'approbation de l'Académie royale îles inscriptions et belles-lettres de Paris, à laquelle nous en avions fait hommage, le 19 avril 1778. La Gazette d'agriculture, du 13 juin 1778, le Journal encyclopédique, du 1" novembre, pag. 445- 4S î , la Bibliothèque du Nord , tome septième, pag. 7 Ï-92 etc. , en ont rendu un compte très-flatteur dans le temps.
* Ces articles ne disent pas que ces différents corps de métiers eussent chacun leurs statuts particuliers, ni qu'il fallût rien payer pour y être admis; sur quoi M. Rosset, fait la réflexion suivante, dans la Bibliothèque du Nord, tom. 7, pag. 81: « Il paraît que les droits pécuniaires, auxquels on a assujetti 1rs citoyens qui vou- « laient exercer quelque profession, ont été établis bien postérieurement à ces « temps-là, où, loin de gêner les arts et les métiers par ces entraves , il était delà « prudence des magistrats de les encourager par 1* liberté. >
aussi sage qu'Erchambaud ait autorise le duel par ses lois. C'était un abus auquel la plupart des législateurs de ces temps de barbarie étaient presque obligés de sacrifier !. La malheureuse coutume de se faire justice soi-même par la force, transmise pour ainsi dire avec le sang d âge en âge chez tous les peuples sortis de la Germaine, leur semblait aussi ancienne et aussi noble que leur origine 2. Il était difficile d'espérer qu'on les persuaderait de renoncer à un usage qu'ils regardaient, non-seulement comme une preuve de leur indépendance, mais comme le droit de tout homme libre, autorisé par la loi à défendre sa vie ou son honneur attaqué3. Il s'agissait, en 943, de savoir si la représentation devait avoir lieu en ligne directe, par exemple, si les petits-bis devaient succéder aux biens de leurs oncles et tantes, de la manière (pie leurs pères ou mères auraient succédé. Celte question exigeait toute l'habileté des jurisconsultes. L'empereur Othon I voulut que le duel décidât
• Gondebaud, roi des Bourguignons, ordonna, an sixième siècle, que quand le défendeur ou l'accusé aurait nié la deCte ou le crime avec serinent, il serait au pouvoir du demandeur ou de l'accusateur de rejeter le serment et de demander le duel. TU. Î5, leg. Intnjund. in codice legum mil., lom. 1, pag. 28 î. Agobard , archevêque de Lyon, s'employa au neuvième siècle pour faire supprimer cette loi et composa sur ce sujet un écrit qu'il adressa à Louis-le-Débonnaire. Inter (jus opéra etlil. Bai.i zii, lom. 1 , pag. 107-121. Employer le duel pour prouver son innocence était, selon Alton, cvèque de Yerceil , apud Achcri spirilegii , tom. 8, pag. 85, se justifier d'un crime par un aulre crime.
4 Voyez la dissertation d'Eberhard , Budnlph Uoth , de auliguissimo ilh more, //mo veleres innoventiam suum prr ditelln probare nitebantur , imprimée à l lm, en 1678. Corneille, van Alkemadc, liehandtling vaut Kamp-regf., pag. 126 et 127, edit. an. 1740. Yertot, mémoires de l'Académie des belles -lettres , lom. 2, pag. 659. Henri Brinau, Deutsche fleicltsliistoi ie , tum. 5, lit). /, pag. 57. Dom Calmet, dissertation sur les duels, Histoire de Lorraine, tvm. 5, edit. de 1751 , pag. 14-52. Demsa, révolutions d'Italie, traduites de l'italien, par l'abbé. Jardin, lom. 2, lie. 7 , chap. 8, pag. 268-277 , et le discours sur le duel, imprimé à Avignon , en 1777.
* Dom Cerdil, barnabite, aujourd'hui évèque de Dybonne. et cardinal, a publié à Turin, en 1761, un excellent traité des combats singuliers.
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ce point de droit. Deux braves se battirent en sa présence, l'un pour, l'autre contre la représentation. Le premier ayant été vainqueur, l'assemblée se déclara en faveur de la cause qu'il soutenait1. La représentation est depuis universellement reçue dans toute l'Europe *. Le combat judiciaire était d'un usage si fréquent que le clergé, malgré les prohibitions de l'église, se vit réduit non-seulement à 'le tolérer, mais même à l'autoriser. L'empereur Henri II, que nous honorons comme saint , dans les lois qu'il publia à Strasbourg en 1004, du consentement et de l'approbation de plusieurs prélats d'Allemagne et d'Italie, ordonna qu'on purgeât les meurtres par le combat 3. Erchambaud se conforma donc à ce préjugé sauvage qui dominait les esprits. Ce prélat, assez éclairé pour sentir l'absurdité et la barbarie de cette preuve judiciaire, où l'innocence pouvait succomber comme le crime , n'entreprit pas de l'abolir entièrement. Il eut échoué dans son projet; il tâcha seulement d'en diminuer sagement les funestes effets, en l'assujettissant à des formalités. Il ordonna que celui qui se croirait lésé par un autre, soit de parole, soit de fait, dans son honneur, ou dans ses biens, citerait son adversaire devant le juge, qui déciderait le fait : si les preuves étaient convaincantes, l'afTaire se terminait par l'amende. Au défaut de preuves on admettait le serment ou le duel 4. Il était assez naturel de regarder l'événement d'un combat, autorisé par la loi et consacré par des cérémonies religieuses, comme un juge-
' WiTicniNbiis, lib. Si, annalium aptul Meibnniutn in script, rer. Germanie, loin, i , pag. tiîi, et Amf.ricis, in chronivo, paij. 279.
* Voyez Tiraqi'EAu , <lr jure primiy. qnœst. ïo.
» Pièces justificatives ; cf. Wukdtwf.in, w>i\ siibs. ilipl. . tum. 6, pu y. 170. — VtinDTWEiN donne à cette pièce (ex Adelhuldo , in vila llemicii, la date de 1011 ; C.randidier, au contraire , a, de sa main, converti en 1 00 i la date de lOli, que portait la copie de sa rédaction. (Xote de l'éditeur).
* Statut trente-cinquième, paye $6.
ment formel, par lequel Dieu faisait connaître la vérité ou la fausseté de l'accusation *. Les duels étaient rares tant qu'ils furent permis, parce qu'un homme, en se battant furtivement, se serait déshonoré, et aurait passé pour un assassin ; parce qu'en se plaignant et en demandant le combat, il satisfaisait à son honneur; parce (pie les juges, informés de la querelle par la plainte, tachaient de l'accommoder; parce qu'il n'était guère possible que celui qui avait tort, ne fut intimidé par les serments qu'il fallait faire , et parce qu'enfin il fallait vaincre ou mourir , et mourir déshonoré 2. Au reste ces duels, autorisés autre-
' Voyez l'excellente histoire «lu règne île l'empereur Charles-^uint , par le docteur Robf.rtsox, traduite par M. Si \nu de l'Académie française , loin. 1 , seet. /, page 96 et sait'. ; loin. 2 , note 22 , page IH7 et suie. ; et tom. i , pag. 166 et suit:
* Voyez Montesoliei- , esprit des lois, tom. .7, pag. 177, et les Essais historiques sur Paris , par M ur. Sainte-Foix , tom. 1 , pag. 478-19$.
Le duel, qui dès le temps de Tacite , germ. cap, 10 , servait à deviner l'événement des combats , tirait une ancienne origine des peuples de la Germanie. Il était autorisé par la loi des Allemands et par celle des Bavarois. On sait que sous l'an 942 , il décida une question de droit dans le différent d'une succession entre des oncles et des neveux.
« Nous voyons la force ou l'adresse d'un combattant l'emporter souvent sur la « légitime possession , ou sur la juste demande de son adversaire, » dit Saint-Avit, évèquc de Vienne, à Gombaut, roi des Bourguignons, apud Agohartlttm iih. adrersns legem Gundobaldi , cap. 1.J, operum , tom. 1, pag. 120. L'abus des duels subsistait encore en Allemagne au xv siècle, puisqu'on voit, en lioO , la chambre impériale de Itottweil ordonner ce combat pour la décision d'un.- cause pendante devant son tribunal. Goldast , lieichs sut*. , tom. I , pag. .7/6'.
Le duel doit son origine aux lois barbares des nations germaniques, qui se sont établies dans nos provinces. Ces peuples, plus belliqueux qu'éloquents, croyaient qu'il était plus glorieux et plus court de vider leur procès Cépée A la main , que de faire de longs plaidoyers au péril d'essuyer les lenteurs de la justice. Aussi leurs législateurs, s'aceomodant à leur génie guerrier , jugèrent à propos d'accorder aux particuliers le même droit qu'avaient les princes et les nations de terminer leurs querelles par les armes.
t Le combat, dans son origine, ne fut qu'un moyen imaginé par la politique « pour terminer, avec la moindre perte possible pour l'État, des contestations qui
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fois par les lois, étaient-ils plus funestes à l'État que ceux que produit aujourd'hui le vil préjuge du point-d'honneur, malgré les anathêmes de l'église et les édits des rois? M faut avouer que sur ce sujet nous sommes plus insensés, plus inconséquents et plus cruels que nos bons ancêtres.
L'empereur Othon 11, dont le règne fut si favorable à l'église de Strasbourg, ayant appris la descente des Grecs et des Sarrasins en Italie, et qu'ils s'étaient rendus maîtres de la Pouille et de la Calabre, assembla aussitôt toutes ses forces. Il vint se rendre à Rome à la téte d'une puissante armée, menant avec lui l'impératrice Théophanie, son épouse, et la plupart des grands de l'empire , du nombre desquels furent Othon, duc de Suabe et d'Alsace !, et Ercbambaud, évêque de Strasbourg. Ce prince fut reçu à Rome avec beaucoup de magnificence, et y passa les fêtes de Noël de l'année 081. Il entra l'année suivante dans la Pouille où il lit d'abord de grands progrès. Il s'avança jusqu'à Tarente, qu'il réduisit à son obéissance et entra ensuite en Calabre pour achever ses conquêtes *. Il défît, le 14 juillet 982, un grand nombre de Grecs et de Sarrasins. La mémoire de cette victoire, inconnue jusqu'à présent à tous les annalistes, nous a été conservée par Ercbambaud, évêque de Strasbourg, auteur témoin et contemporain, qui
« excitaient nécessairement des guerres domestiques. Il valait encore mieux que « deux hommes se battissent corps à corps, que de voir des familles entières se « détruire et l'État toujours troublé par leurs dissensions. » Moueac, discours sur l'histoire de France, loin. 4, pag. iôi. L'ordnnnanre de Philippe-le-bel , roi de France, de l'an 1306, porte que toutes les fois que la preuve ne sera pas complète en fait de crime, l'accusé, s'il est chevalier, doit se justifier par le duel. Cet édil se trouve tout entier dans l'ouvrage rare et curieux de Jean Savaron, intitulé : Traité de l'épèe française, imprimé en 1610,
1 Ditmarus, apud Leibnitiium, tom. 1 rer. Urunswic, pag. 5i6.
* STRi'vttts, in corpore historié gremanicœ, tom. 1, pag. 506.
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transcrivit ce fuit, de su propre muin, sur un des livres qu'il avait légués à la bibliothèque de son église *. Mais le lendemain de cette victoire, 15 du même mois, fut extrêmement fatal à l'armée impériale. Trahie par les Italiens, elle fut entièrement défaite. L'évèque d'Augsbourg, l'abbé de Fulde et les plus braves des seigneurs allemands périrent sur la place L'empereur lui-même ne dut son salut qu'à la fuite et à son déguisement 3. Le duc Othon ne fut pas tué dans cette bataille *. Il se sauva avec l'empereur 5. Mais il mourut quelque temps après, le 31 octobre, en Italie0; et la même année 082 7 Conrad, lils dTdon,
« WiMPHEMNCiE, de episcop. Argent., png. .7(7, rapporte ainsi les paroles d'Erchambaud : « Pridie julii , farta est maxima cœdes Grœcoruui et Sarracciiorum ab « imperatore inagno Olhoue secundo in Caiabrià devinrente. »
* Chronicon Monaclii Hereldensis, inter opéra historien veteris Germaniœ. pagt 705. — Chronicon mss Ensidlense. « An. 9S2. Otto imperator secundus Saracenos « expugnans, illisque maxima ex parte cesis, sui exercilus plurimos amisil. »
* Voyez le P. Barre, Histoire générale d'Allemagne, tom. 5, pag. 465 et suiv. et les auteurs, cités par Pfeffingf.r, in corpore juris publia , tom. /, pag. 305.
* Comme l'écrit Lambert, d'Aschaflcnhourg, apud Pistorium, tom. 1, pag. 515. Le diplôme de l'empereur Olhon II, en faveur de l'église de Spire donné à Salerne, le 18 aoAt 98a, un mois après la bataille, fut accordé à la prière dileeti fratrueli» nostri Ottonis stilicet Allamannorum et Bajoariorum dueis. Othon possédait en même temps le duché de Bavière , que l'empereur lui avait accordé, en 976. Le diplôme du même empereur Othon, en faveur de l'abbaye de Gorzes, dans lequel est rappelle dieu belli , quod fuit inter nos et Sarracenos, daté de Capouc, 20 septembre 982, fut également donné Consultu Ottonis fratruelis nostri , allemannorum Bajoarionimque ducis. Mabillon, de re diplomaties , pag. S75.
On lit dans le nfrrologe d F.nsidlen : 3 Kal. novernb. Otto du.t obiit.
Les diplômes d'Ottori 11, pour l'église d'Asehafloiibourg , de 980 et 981 , apud Gudenum coder diplomattcus Moguntimis , tom. 1 , num. 7 , pag. Il , ttnum. 1.Î2, pag. 562, fut donné ad petitionem et intenentiifft dileeti fratruelis nostri Ottonis videliret Alamannorum et Barariornm duvis.
■ Ditmarls, lib. 5, pag. .lit!.
* L'auteur de la vie de Saint-l'lrir, cap. /i, in urlisS. S., tom. 2, julii, p. 125, dît que le duc Othon mourut ad I.uggam et que ses gens transportèrent son corps au-delà des Alpes, jusqu'à Asehaflenbourg,
' Anualista Saxo, pag. S5S.
HISTOIRE DE l/ftGMSE
comte du Kheingau, neveu «lu duc Herman et frère du défunt l'thon, évoque de Strasbourg, lui succéda dans ce duché !. Conrad est le premier qui porta nommément le titre de duc d'Alsace et de Suabe *. L'empereur rassembla les débris de son armée, et tint à Véronne les états d'Italie et de Germanie, où Otbon son tils, âgé d'environ dix ans, fut déclaré empereur. De là il se rendit à Home, où il fit élire pape, Pierre, évoque de Pavie, son chancelier, qui prit le nom de Jean XIV. Il lomba peu après dans une langueur mortelle qui fut suivie d'une dissenterie, dont il mourut la nuit du 7 au 8 de décembre de l'an 3.
Othon III, son fils, lui succéda et les seigneurs d'Allemagne, assemblés à Weisscmstadt, en 1)8 i, le proclamèrent une seconde fois roi de Ccrmanie ; il vint ensuite célébrer les Mes de Pâques à Quedlimbourg, où plusieurs princes qui s'y étaient rendus, tirent les fonctions de grands officiers de l'empire. Conrad , duc de Suabe et 'd'Alsace , y lit celle de grand-chambellan *. Othon, pendant sa minorité, fut sous la tutelle de l'impératrice Théophanie, sa mère, qui choisit Willegise, archevêque de Mayencc , pour être
* H ekjiax.nl s Contractis, apud Canisium, tout. 5, pag. 261. Voyez Kremeh, orig Sassaivarum , tain. 1, g SI, pag. 175 et scq.
' 11 est nommé Canradus Maniannoniiti et Ahacianim dur ghriosut dans le diplôme origin;il d'Othun III, pour l'abbaye de M-uirbach , de 988, apud Mal ienne, m thesaura anecdot. , tom. 1, pag. Ino , Svlitrpflinum , Ahat. diplom. , tom. I, pag. 155, et Kremer , orig. Xastoiairuin , loin. 2, pag. fi7. Il est pareillement appelé Cuonrudus Ahunvrum cl Aleiuunuoruin dur atout. • nepns dans le diplôme du même prince pour l'abbaye de Sellz, du i juillet 993. l'iéces justificative* ; conf. Wurdtvvein , nav. subs. dip., hun. 5, pag. 556.
Othon lui donne le litre nepnx, parce «pie Conrad était OHisiii-peruiain d'Ida, lille du duc Herman, qui avait épousé Ludolphe, oncle de l'empereiir.
'DlTM vm s, ///). .5, pag. 5i7, et auclor vita- S. Mciuwerti , \ 5, apad l.eibnilùuni, tain. 1, pag. 519.
* Ditm,\ris, in citron ira, lib. i, apud l.eibnitiium in scriplor. rer. Urunswic, tom. 1, pag. 5i9.
DE STRASR01RG. LIVRE SEPTIEME. 45
le surintendant de son éducation. Etant à Mavence, il accorda à Erebambaud, éveque de Strasbourg, qui l'y était venu trouver, la confirmation des anciens privilèges de son église, et entr'autres de celui des rois et des empereurs ses prédécesseurs, qui avaient exempté les sujets et les vassaux de son éveebé de tous les droits de péage et de domaine dans toute l'étendue de l'empire. L'acte en lut passé le 10 novembre 08i *. Ercbambaud obtint aussi d'Otbon III la confirmation du comté, ou de la comitive de la ville de Strasbourg, dont il fut investi parle sceptre royal, comme il paraît par le diplôme que le prince lui accorda à Constance, le 21 octobre 088, à la prière de Tbéopbanie, sa mère, et de Willcgise de .Mavence -. Otbon, conformément aux diplômes de l'empereur, son père, et des rois, ses prédécesseurs, permet a Ercbambaud et à ses successeurs dans l'église de Strasbourg de faire battre monnaie dans tel endroit de l'évéclié qu'il leur plairait, et défend, sous les peines les plus expresses, qu'aucun duc, comte , ou autre juge ne s'ingère d'exercer la jurisdiction civile ou criminelle dans Strasbourg, à l'exception du seul évéque de cette ville, ou de l'avoué que ledit éveque aurait eboisi. Ce diplôme est une nouvelle preuve de la souveraineté et supériorité épiscopale dans Strasbourg.
Krcbambaud ne survécut que trois ans à cette nouvelle marque de bienfaisance d'Otbon III. La mort l'enleva à son peuple la nuit du 10 au 11 d'octobre 001 3. Il n'était âgé
• Pièces justificatives ; cf. Wurdtweîn , moi*, subs. dipl., tout. 5, pag. 4SI.
* Ibidem, cf. Wïirdtwkin, nov subs. dipl., loin. S, pag. Ôil.
s Annalista Saxo, upud Evcardum m rorpme historico mœdii trvi, lom. 1, pag. J.V.). « An. 99t. Errkenhaldus Slrazbiutfcnsis episropus obiit. » Nccrologiiim Pul- «Irns.!, apud Loilmit/ium , iu scriptor. rer. Brunswic, loin. 5, pag. 7CS. «An. « <I<im. 991 , Erkambaldus episcopus vi id. ortobris. » Les courtes annales d'Ensidlen apud Mtibillnnem in veteribus analevlis S. S. ord. S. Dtnedkl., (uni. 7, sœcul.S,
HISTOIRE DE LÉGLISE
que de cinquante-quatre ans, et il en avait passé la moitié dans les fonctions de l'épiscopat. Son nom fut inscrit dans le nécrologe de la cathédrale , et les chanoines de Strasbourg célébrèrent le jour de son anniversaire par un service plein, comme aux jours de solennité, en mémoire des donations qu'il leur avait faites dans l'endroit dit Rintsdorff l. La mémoire d'Erchambaud fut également chère et vénérable aux habitants de Strasbourg. Le peuple l'honora comme un saint , et l'on prétend même qu'on exposa sa tête sur les autels*. Lorsqu'on bâtit, en 1580, près de la cathédrale , l'ancien magasin à sel :< sur l'emplacement qu'occupait autrefois la chapelle de Saint-Georges , on y trouva une tombe de pierre, dans laquelle était parfaitement conservé le corps d'un évoque en habits pontificaux, mais sans tête. On soupçonna que c'était celui d'Erchambaud, parce qu'on découvrit, à coté de cette tombe, un pot rempli de différentes monnaies à l'empreinte de ce prélat. La plupart de ceux qui ont écrit jusqu'ici les catalogues des évêques de Strasbourg, ont donné à Erchambaud pour successeur un nommé Bald ou Baldus*. Wimphelingue, qui
pag. 820 , placent la mort d'En hambaud à l'année 990. « Lamlol.lus coines obiit, « Mancgoldus cornes obiit, Erehanbaldus episcopus obiit. »
* Nccrologium Ecclesiu' Argcntinensis , fol. 12. « V idus oclobris, Erehanbaldus « episcopus obiit de Kinlsdorf, plénum servicium. «
* Specklin , in eollectuneis tuss., tom. î, pag. 136 , et Schilter, in tiolis ad chronicon Kœnigshowii, observai. 6, g S, puy. i99.
* Le Sattihauis, qui existait encore il y a quelques années.
* Entr'autres Gouf.kroi d'Emsingen, qui nomme ainsi les évoques de Strasbourg à la suite d'une chronique mss., écrite en 1292, laquelle se trouve dans la bibliothèque de l'abbaye princière de Saint-Biaise, dans la forêt noire, fui.- ullimo. . Hic irui-
n piunt omnia nomina episcoporum Argentinetisium Hadohlus. Regin-
« lia rd us. Waltrammus. Otberlus.Gozfridus. HiHiwinus.ltulliardus.lto.Erokimbardus. a Baldus. Vinderoldus. Altwicus. Wernharius. Wilhelmus. Ilezil. Wernherus. Thco- « baldus. Otto. Baldevinus. Cuno. Bruno. Gebcrhardus. Uurchardus. Ruodolfus. « Cuonradus. Beinricus. Conradus, etc. »
sans cesse se contredit dans les dates, ne donne au premier que trois ans de siège, et place sa mort à Tannée 968 L'inexactitude de cet historien se manifeste par son propre aveu, puisque passant de là à Bald , qu'il prétend avoir succédé à Erchambaud et qu'il fait gouverner l'église de Strasbourg pendant l'espace de trente ans , il parle de la défaite des Grecs et des Sarrasins, arrivée en 982. Il ajoute qu'Erehambaud avait consigné ce fait mémorable dans un de ses livres, quoiqu'il dise quelques lignes auparavant, que ce prélat était mort en 908. D'ailleurs il ne reste aucun monument qui nous instruise de l'existence et des actions de Bald. D'un autre côté, nous sommes certain que Widerold occupait déjà en 992 le siège de Strasbourg. Nous rayons donc, avec fondement, Bald du catalogue des évêques de cette église. Son nom est le même que celui d'Erehembald , auquel on a ôté les deux premières syllabes pour former son prétendu successeur des deux dernières 2.
Nous avons vu qu'Erehambaud signala sa vie par toutes les vertus épiscopales. Ses talents ne le rendirent pas moins célèbre. Us lui acquirent une gloire qui le distingua parmi les écrivains de son siècle, et qui l'éleva au-dessus de ses contemporains. 11 aima les lettres ; dès sa première jeunesse
WiNPUELiNGiE reconnut lui-même son erreur. Dans sa lettre, écrite le lrr novembre 15)2, à Jacques Spiegc), Sun neveu, qui se trouve dans son ejepugnatio contra delractores, imprimé-e ù Vienne, en Autriche, en 1519, il dit : « In Argen- « tinensium episcoporum catalogo Erckcnbaldum et Bald u m , cum unus sit , duos
• putavi, excmplarium mendis deccplus. »
' De episcopis Argciilinensibus, pag. .Ï6" et 37. Rucemn, Germa h iœ sacrœ, p. 7, dit que Bald mourut en 979, a pietalis et reliyionis studio commendatus.
- Les auteurs de la Gaule chrétienne, loin. S, fol. 790, ont consent- Bald dans leur catalogue des évéques de Strasbourg, malgré le soupçon qu'ils avaient qu'il pouvait être le même qu'Enhembald.
t Forsitan vero hic episcopus, disent-ils, ex dimidiato superiori nominc ubrasâ
• priori parte, constatus est. •
msroïKE de i.'egi.ise
il les avait cultivées; et si les vers qu'on lui attribue étaient réellement» comme on le suppose, une production de son enfance, ils mériteraient à leur auteur une place entre les enfants célèbres par leur savoir Les fragments qui nous restent des poésies d'Erchamhaud, nous font regretter ses autres productions. <<(7esl dommage, disent les auteurs de « l'histoire littéraire de France *, que ceux qui ont été à « portée de lire, ou qui ont même lu les écrits que cet « évéque de Strasbourg laissa à la postérité, se soient « bornés à ne nous en donner qu'une^ notice fort super- « ticielle. » (/est encore plus grand dommage qu'on ne les ait pas tous publiés. L'original des poésies d'Krcbambaud ne subsiste plus; il en avait déposé un exemplaire à la bibliothèque de sa cathédrale, avec les autres livres qu'il y amassait de toutes parts. Wimphelingue 3, qui écrivait au commencement du seizième siècle, assure qu'il y existait encore de son temps. Plusieurs de ses poésies se trouvent imprimées dans quelques recueils, mais tronquées et fort imparfaitement *. Nous les avons rétablies dans leur primitive intégrité, après les avoir confrontées avec divers anciens manuscrits. Si les vers d'Krcbambaud ne sont pas au-dessus de ceux des autres versificateurs de son siècle par leur feu, leur noblesse et leur élévation, sa poésie est du moins plus coulante, plus naturelle et plus énergique. La postérité éclairée est forcée d'assigner un rang obscur aux productions du savant prélat, auquel nous nous faisons
1 Adrien Bvil.l.KT a donné, en 1CG8, l'Histoire des enfants devenus célèbres pur leurs éludes et pur leurs écrits. Cet ouvrage fut fait pour l'éducation du fils de M. do L'imoijîinm , alors avocat-général , qui était conlSé aux soins de M. Baillet. .Iran Ki.efkker a aussi donné la bibliolheca erudiiorum precociutn.
' Tome. G, paye Ul'J.
3 De episeopis argentinensibus, pmj. 3'J.
* Nous ne connaissons que deux éditions, dans lesquelles on trouve en entier les
t)E STHASBOl'KG. LIVRE SEPTIÈME.
un devoir de rendre hommage. Envisagées cependant relativement au dixième siècle, elles ont peut-être des titres à notre admiration, et nous osons assurer qu'on a fait cet honneur à quantité d'autres monuments du moyen-âge, qui, à beaucoup près, ne le méritent pas autant.
Ceux qui s'adonnaient alors à la poésie se contentaient d'apprendre la mesure des vers latins et la quantité des syllabes. Le style, toujours plat et forcé, était.quelque fois plus froid que la prose la plus languissante. La contrainte des vers faisait chercher des expressions inusitées, employer des constructions bizarres, et ajouter ces horsd'œuvre , que nous appelons chevilles. Pour suppléer à la stérilité du langage, on adopta la rime léonine:
« La rime au boni de mois assemblés sans mesure , « Tenait lieu d'ornement, de nombre cl de césure
On se lit bientôt un précepte de cette innovation ridicule et barbare. Erchambaud suivit là-dessus le torrent de son
vers d'Lrchambaud. La première est la Chronique Allemande, de Jacques Twixcer, de ku'iiigshovcn, imprimée à Strasbourg, en 1698, avec les observations historiques et critiques de Jean Scmi.TElt. Ce savant jurisconsulte observe, eu les rapportant, Ehasxische Chronick , abserr. 6, patj. 490 , qu'ils ne se trouvaient pas dans la Chronique Allemande de kunigshoven , mais qu'il les a tirés de la Chronique latine, manuscrite du même auteur, écrite en 138G. Les poésies d'Erchambaud ont été aussi insérées dans une collection d'auteurs, qui ont écrit l'histoire d'Allemagne, depuis Charlcmagne jusqu'à Frédéric 111. Ce recueil , imprimé à Strasbourg , en lfi85, et reimprimé en 1702, fut fait par deux savants professeurs de cette ville, Jean-Henri Uqecler cl Jean ScillLTER. Ils y publièrent les vers de l'évèque de Strasbourg, copiés sur un manuscrit de la bibliothèque d'Augsbourg. Collevtio. script, ter. gennanir., pan. 1£0. IHric Oiireciit, dans son prodrome de l'Histoire il' Alsace, mis au jour en 1682, rapporte, pag. 178, une partie de vers qu'hrehambaud lit à l'honneur des éveques de Strasbourg, depuis Saint-Amand jusqu'à lleddou. Le principal manuscrit, dont nous avons fait usage, est la chronique d'Al.HEHT de Strasbourg, à la fin de laquelle Albert, ou son copiste, a iiis ré les vers d'Knhambaud. Ce manuscrit, qui date de la lin du quatorzième siècle, est en parchemin et conservé dans lu bibliothèque de l'université prolestante de Strasbourg ' Hoil.KAl , Art poétique, chant premier, vers llli.
HISTOIRE DE l/ÉGLISE î
siècle, et les vers léonins , qu'on a bannis aujourd'hui de la poésie latine, où on les regarde comme un défaut, paraissent dans presque tous les vers de ce prélat, ce qui servit beaucoup à affaiblir ses pensées. On n'est pas d'accord sur l'origine du mot Irouin donné à ces sortes de vers, qui riment à chaque hémistiche , le milieu des vers s'accordant toujours par le son avec la (in. Quelques-uns prétendent. 1 , que nos bons aïeux , dans leur simplicité, les nommèrent léonins du mot /<»/>, lion , s'imaginant que comme cet animal passe les autres en courage et en force, les vers hérissés de rimes avaient aussi quelque chose de plus mâle et de plus nerveux que les autres 4. L'opinion d'Eberhard de Bethune, grammairien du treizième siècle, qui les dérive d'un certain Léon qui les mit le plus en vogue 3, nous paraît la plus probable et la plus naturelle. Nous ne déciderons pas si les vers léonins doivent leur nom ou au poète Léon qui fleurissait au cinquième siècle *, ou au pape Léon IV , qui vivait au neuvième 5. La plupart 0 le font venir d'un chanoine de Paris, nommé Léonius,
* Entr'aulres Mains , in commenlano de versibus leoninis , apud Gebauer , disserl. Antlwl., pag. 519 et Scaliger poetic. lib. 2, cap. 29.
* Pabouier , pmj. 686 , dit à ce sujet : « Car de dire qu'ils ayent emprunté ce « titre du lyon , je ne le puis, ni ne le veux croire. » M. Huet remarque dans les huetiana, pag. 192 , que Jules Scaliger, ignorant l'origine de ce nom, en propose une très-impertinente , pour avoir le plaisir de la réfuter.
* m labyrintho « sunt inventons de nominc
« dicta leonis carmina , etc. »
* Sidoine AfOLiSAiRE , episl. 15, lib. 9, inler Sirmandi opéra varia, edit. an. 1696, tom. 1 , pag. 1110, fait mention d'un certain Léon lie* Custalii chori. Voyez Hfumass in ptitniliis acadeinicis , pag. 264.
1 Voyez le mémo Helmasn in vid ad hislor. UUerar., cap. .5, pag. 222, édil. 1775, et le marquis de Pailmy, Mélanges tirés d'une grande bibliolhèaue , lettre T, pag. 69.
" Pasoiikr, Recherches de la France, lie. 7, chap. 2, pag 685, édil. de 1725, et Mokiiof , lib. de ling. germ. pari. 5, cap. 9.
qui fut selon eux un des plus déterminés rimeurs du douzième siècle K Mais les vers d'Erchambaud font voir que dès le dixième la rime léonine était très connue. Cette espèce de poésie fut fort admirée dans les siècles de barbarie *, et elle ne s'éclipsa qu'avec elle, au lever de celte lumière, dont le crépuscule parut dans le quinzième siècle. Wimphelingue, dans le commencement du seizième n, désapprouvait souverainement les rimes dans les vers latins, et il serait à soubaiter que le goût moderne les proscrivit entièrement dans quelques écoles d'Allemagne, où elles se sont retranchées.
C'est donc relativement à ses contemporains, que les écrits d'Erchambaud sont dignes de nos éloges, et qu'ils ont des titres à l'indulgence de la postérité. Coînparés aux productions des temps plus heureux , ils n'excitent guère que de tristes regrets. Si, comme M. de Fontenelle l'a observé, les ignorants même d'un siècle savant s 3 sentent un peu de la science de leur siècle, on peut dire aussi que les savants d'un siècle ignorant se sentent beaucoup de l'ignorance du leur. Dans les beaux règnes de la littérature, Erchambaud eut sans doute mérité le titre d'excellent poète ; mais la barbarie, cet obstacle invincible au génie, resserra celui de notre évéque dans les bornes qu'elle avait prescrites au dixième siècle. Erchambaud ne devint qu'un poète médiocre, faute de connaître ce secret, dont l'ignorance constitue la barbarie des arts, ces grâces
1 M. l'abbé Leboklf prouve dans ses dissertations sur l'histoire ecclésiastique et mile de Paris, loin, â, pajr. 267-284, que Leonius était chanoine de Notre-Dame et non chanoine régulier de Saint-Victor, comme c'était la tradition commune. Il dit autre part, pag. 66, que Léonins composa dos vers léonins moins qu'aucun autre poète de son temps.
• Voyez les Miscella tilleraria de M. Oberun, imprimes & Strasbourg, en 1770, pag. 58 et seq.
* De episenp. Aryen! . , pag. 51.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
touchantes, qui caractérisent les bons poèmes de l'ancienne Rome, cette magie enchanteresse qui seule eut suffi pour placer Racine, Fénélon et Voltaire à côté de Corneille, Bossuet et Roileau, et ce charme suprême, qui assure l'immortalité aux ouvrages marqués de son empreinte, « présent « délicieux et rare , dit l'abbé Longchamp 1 , que le ciel « refuse à la multitude des âges , et qui ne fut le partage « invariable que d'un petit nombre de règnes faits pour « servir d'époques dans l'histoire de l'esprit humain. » Mais Erchambaud devait naître , vivre et mourir sous l'empire de la barbarie. Le plus grand talent ne put lui tenir lieu de ce bon goût, sans lequel on n'obtient qu'une célébrité momentanée. La faveur de son siècle ne peut justifier les titres flatteurs qu'on lui a prodigués, et on entreprendrait vainement de tirer de l'oubli , malgré la supériorité manifeste de ses poésies comparées aux autres de son temps. Les productions, dont on va recueillir les titres, attestent également et l'impuissance et la réalité des efforts qu'Erchambaud tenta en faveur de l'esprit humain.
On a d'abord de ce pieux et savant prélat un poème à la louange des évêques de Strasbourg, qui contient les éloges historiques de ses prédécesseurs. C'est un monument précieux et respectable pour la partie de l'histoire et pour les antiquités, puisqu'il nous fait connaître ceux qui, avant Erchambaud, ont gouverné l'église de Strasbourg, dont plusieurs même ne doivent la preuve de leur existence qu'à ce poème. Nous avons réfuté, dans notre premier volume2, le sentiment injurieux de ceux qui prétentent que le catalogue d'Erchambaud est imaginaire , et que les noms des éveques qu'il rapporte, sont de son invention poétique.
1 Tableau historique des gens de leltros, lom. 4, ;»«</. 119. * Livre premier , puy. 169.
l'ne grande preuve contre cette étrange opinion est que ces mémos noms se trouvent dans tous les anciens catalogues, et que la plupart même sont rappelés dans d'autres documents, dont on n'oserait contester l'authenticité, sans tomber dans le Hardouinisme. On a trouvé les vers, qui composent ce poème, chacun à la place de l'évêque qu'ils concernent. Ils sont la plupart durs et barbares ; quelquesuns même pèchent par le défaut de clareté, tous manquent de pompe et d'harmonie. Mais aussi faut-il avouer que des vers techniques en sont peu susceptibles , et que ce sont de ces sujets qui se prêtent diflicilement aux efïbrts d'une imagination vraiment poétique. Erchambaud se donna la licence d'introduire dans ses vers des mots purement grecs. Les poètes latins avaient, selon Quintilien, inventé l'usage des termes grecs pour donner à leurs vers plus de douceur et d'harmonie *. Mais cet usage, qu'Hincmar de Kheims reprochait avec raison à Hincmar de Laon , son neveu *, donnait à la poésie du dixième siècle un ton bizarre et inintelligible, et la rendait semblable en ce point aux poésies du poète Ilonsard 3, tlnnt la muse en français parlait grec et latin l.
Erchambaud finit son catalogue des évêques par deux distiques, dans lesquels jl prie le Seigneur de vouloir bien le recevoir au nombre des élus. Il se recommande lui-
• « Tanto o>t «n nin ;?recus latino ju< tunlinr , ut nosliï \»t lv .jtmlics , luire carn men esse voliiorimt , illorum i»l noininilms exoi nenl. »
* HlNCMAIM P.HMKNSiS Oper. , tum. 2, J tllJ . 5'}7.
3 IIONS.MiD lit celle i'|tilaj»lie singulière pour Marguerite «le France cl pour François lrr.
« Ah ! <|uc je suis mary o,uc la musc française , . Ne peut dire ces mets, comme fait la grégeoise. « Ocyinore, dyspome, nligoi lironieii ;
Certes, je les dirais du sang Valesicn. »
4 Art poétique tic lioilrmt.
IIISTOIIIE DE LÉOLISE
même aux mérites de ses prédécesseurs, dont il transmet le nom à la postérité et dont il ne peut que chérir la mémoire 4.
Postremus vivi , qui pntrum uomina scripsi , Et quox dileri, honante oados posui.
Omnes lu Domino , rogo , sanctifkenluv ab uno, lltonunqtie sacris suxlinear meritix.
Etant encore jeune, et nouvellement promu à la prêtrise, Krchambaud avait composé des vers, dans lesquels on trouve du génie et même de la facilité et de l'harmonie. C'est la production d'une veine poétique animée d'une piété tendre et solide. C'est une espèce d'épi taphe faite par l'auteur même, qui s'y reconnaît pécheur et y exhorte ses lecteurs à se souvenir qu'ils n'étaient que poudre et qu'ils retourneraient, un jour dans la terre qui les a produits. Altrich, c'était le nom qu'il portait alors, montra cette pièce à celui qui dirigeait ses études et qui l'approuva *. On remarque dans ces vers plus d'esprit que de naturel : ce qui a fait conjecturer à quelques écrivains qu'Erchambaud composa ces vers dans sa jeunesse. Cette conjecture est injuste et injurieuse, comme si les actions et le style des jeunes gens devaient toujours porter l'empreinte de l'aflec-
• Waniuu!KRT, moine de Pnmt, apud Avherium spiciltg., (om. o, pag. .î'/.î, linil de même son martyrologe par une prière à J.-C., dans laquelle il le conjure •le lui accorder la rémission tic ses pochés par l'intercession des Saints, dont il vient de célébrer les combats et les victoires.
* QuUt situ : pecrulor : vente viutnr.
l'ulris rermicosus I mine futur us.
Allrttlt, dum ftttrant , uotueit ftahebitm.
Jussus srolares romere moi es
Presbgler hautl mérita nom i ne soin.
Sumptus de ferra , mi ut modo tenu ,
Eut ttnslrœ (ulis ijloria tamis.
Chare meù fUitum carne fugaluut
Commenda Domino, sirque reditn.
tation, et comme si Ton ignorait qu'étant plus capables du travail que les personnes d'un âge plus avancé , ils n'en montrent que plus de feu et de vivacité dans leurs ouvrages: « Les livres qui demandent beaucoup de soin sont ordi- < nairement, comme le remarquent les auteurs du diction- « naire encyclopédique mieux faits par des jeunes gens t que par des personnes avancées en âge. Les forces « s'énervent avec lui , les embarras d'esprit augmentent. « Quand on a déjà vécu un certain temps, on se confie trop « à son jugement , on néglige de faire les recherches « nécessaires. »
On met au nombre des vertus d'Erchambaud cette modestie , qui presque toujours est l'apanage des vrais talents, que le bel esprit dédaigne quelquefois, mais qui dans tous les temps fut un des traits caractéristiques du génie8. Quelque versé que fut ce prélat dans presque toutes les sortes de connaissances, et quoiqu'il se vit consulté de toutes parts comme l'oracle de son siècle, il était bien éloigné de cet esprit de hauteur, de dédain et de présomption trop ordinaire à ceux qui croient en savoir beaucoup. Il n'en avait conçu au contraire que plus d'humilité et de modestie. Ces dispositions lui étaient si familières, qu'elles passèrent dans ses écrits, qui sont empreints des traits de cette précieuse vertu. Telle est sa prière adressée à Dieu , dans laquelle il tâche d'imiter celle que
• Toro. 9, pag. 610, edit. de Neufchâtel de 4765.
• « Divine modestie , vous mérités tout notre amour : vous faites seule la gloir* « du sage, vous faites aussi la décence du saint état des ministres de l'autel. Vous « n'êtes point un sentiment acquis par le commerce des hommes : vous êtes un don « du ciel , une grâce qu'il accorde en secret à quelques ûmes privilégiées pour « rendre la vertu plus aimable. » Discourt de M. le comte de BorroN à M. de Ccetlosqet, lors de sa réception à l'Académie française, histoire naturelle, supplément, tom. 7, 1778, pag. SX.
niSTOIRE DE L'EGLISE
J.-G. fait à son père en faveur de ses disciples après le sermon de la dernière Cène. Erchambaud y atteste qu'il avait aime ses frères : il réclame le secours de Dieu en leur faveur, et le supplie de les sanctifier et de les prendre sous sa divine protection. On retrouve dans ses vers des traits de son humilité, en ce qu'il y déclare, qu'il n'était évêque que de nom , sans l'être en effet , et qu'il ne devait l'épîscopat qu'à la bonté de Dieu, sans que sa science, son mérite et sa noblesse eussent contribué à l'y élever. Cette pièce manque en général d'harmonie, et les tours en sont trop prosaïques. La piété l'inspira ; il eut été à souhaiter que le génie l'eut exécutée
La prière qu'Erchambaud avait coutume d'adresser à Dieu toutes les fois qu'il entendait chanter à l'église les hommages du Très- Haut est en prose2. C'est l'effusion d'un cœur chrétien pénétré de son néant et de sa corruption, vivement frappé de la majesté suprême de Dieu, de sa toute-puissance et de la grandeur de ses miséricordes.
' Elle est conçue en ces termes :
Ercftcnhaldus ego Davidis carmina promo ;
In 1) tnino perpes lucc mca ail requies. Son me nobililus, meritmn, nec arnica sophia
In numéro procerum fecit habere lucum.
A ijrcnc serejilo nwrti lenœque subacto
Est largita milti hune pietas Domini.
In me le cernais casus perpendc fuluros;
Pro me funde preces, qui leijis lias apir.es. Pontifias nornen, sed opus r>tm non habuissem,
Fralres dilexi, pnsl quibits indvjui ; Ad quos confiKji relui oh perral i pulronos
Sitreessor feneas id libi consilii.
Tu qui le Palri suppler in morte dedisti.
Do libi quos drdrras ; nos, pic Christe, legas. Qui post me manias intit ules adde. Unlcnda ,
Prosa, mclriqw pedes lunr milii sunt eonsimilrt. * Pièces justificatives ; cf Wùrdtwein , Au-, subs, diplom., lom. 3, pag. 52.Ï.
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C'est un cœur pénétré qui y parle, un cœur qui, accablé sous le poids de ses maux, en gémit et ne voit de remède que dans les secours célestes, dans lesquels il cherche sa consolation. Les expressions tirées de nos livres sacrés y sont si familières, qu'elles semblent partir du propre fond d'Erchambaud. Aussi ce prélat avait intitulé cette prière soliloque , ou soupirs. Il en avait pris le modèle sur les fréquentes élévations du cœur à Dieu , qu'on lit dans les confessions de Saint-Augustin, dont il a emprunté quelques pensées, et la manière concise de les exprimer. Cet opuscule a peut-être toute l'élégance de notre siècle. Ses sentiments et ses expressions respirent l'onction affectueuse de la vertu, que l'auteur fait aimer pour elle-même, et de cette piété tendre et zélée, dont il était lui-même pénétré. C'est le cœur qui y fait parler l'esprit , et il le fait parler au cœur.
Erchambaud laissa encore des méditations sur la manière de louer Dieu, sur la vraie vie, sur la défaite entière de la mort, etc. Ces écrits ne subsistent plus aujourd'hui. On les voyait encore, suivant Wimphelinguc *, au seizième siècle entre les manuscrits de la cathédrale de Strasbourg. Il nous reste enfin de ce savant prélat diverses petites poésies, des monostiques, des distiques, des quatrains, qu'il avait coutume d'écrire lui-même pour la plupart sur les livres qu'il faisait copier. Tel est ce distique qu'il fit placer à la suite de ses poésies sur les évêques, ses prédécesseurs :
Idem fiontificum deseripserat hoc monument uni Ipse menwr procerum , sintque sut proccres.
Tel est encore le monostique suivant , qu'on lisait à la fin du traité des hommes illustres de Saint-Jérôme et qui
' Schadei's, Summum argenloratensium templum , pag. 77. cl Ceillieb , Misfoire générale des auteurs sacres et ecclésiastiques, lom. 19, pag. 697. ' De episcopis Argentin., pag. 32.
HISTOIRE DE L'EGLISE
était au nombre des manuscrits qu'il avait légués à son église 1 :
Erckcnbaldhvmilis prœsul me scribere jussit. On trouve de lui quelques vers sententieux , auxquels il ne manquerait qu'un vernis moderne pour être retenus et pour passer en proverbe. On peut en citer pour exemple le distique qu'il fit à la suite du monostique précédent. Il est si bien tourné qu'un poète du siècle d'Auguste ne l'aurait pas méconnu.
A nobis ondus juste Hbrr iste rocotus, Segnibus ne pighs plurima dausa videt.
Le quatrain qui suit est aussi de la composition d'Erchambaud. Il lui était fort familier. On observe qu'il le répétait souvent pour s'affermir, d'une part, dans l'horreur du mensonge, et pour inspirer, de l'autre, de l'amour pour a vérité.
Verax vir gaude virlutum stemma tuarufa.
Tu securus eris , quia recto culte tïabis.
At qui mentiris, cilo post factum capieris.
Fallens Fallaci Fis Fando Famine Fallax. Le mauvais goût avait alors épuisé toutes ses ressources pour gâter la poésie latine. Il avait inventé ces vers leltrisés, ou Autogrammes , qui n'admettaient que des mots commençant par la même lettre*, niaiserie difficile par où
• Ce manuscrit est peut-£tre le môme que celui qu'on conserve à la bibliothèque de Berne, num. 226, et qui, suivant la remarque «le M. Si N. s er, in calalogo codic. mss. bibliothecœ Bernensis, tom. 1, pag. 91, est du dixième siècle.
* Les auteurs grecs et latins les ont aussi nommés xx nuct : de w*fa Xêfui r» c'est-à-dire auprès et itmblable*. Les Français les nommaient autrefois Rime •ene>, comme ce vers :
Ardent Amour, Adorable Angélique.
Ou comme cette pose :
Alexandre A Appris Aux Ambitieux A Attaquer Avec Audace. Nicolas Mameran , qui passa la plus grande partie de sa vie à la cour de l'empereur Charles-Quint, composa, vert le milieu du seizième siècle , un poème
HE STKASBOIHO. UVItE SEPTIEME.
l'on peut juger du goût des amateurs et de l'esprit des poètes de ce temps- là *. On ne pensait guère qu'une difliculté vaincue est une perte de temps, lorsqu'il n'en résulte aucune beauté, ni aucun avantage réel. Combien d'écrivains auraient été plus recommandables , s'ils avaient suivi leur propre génie, plutôt que les caprices de la mode. .Mais comme le goût ne se forme que lentement, et comme on est porté à croire que ce qui coûte doit être admiré, il fut facile dans ces siècles de prendre le bel esprit pour l'esprit. On ne peut cependant pas disconvenir quErebambaud ne fut un des moines indignes du titre de grand poète. « La barbarie, dit M. de Longebamps 2, était alors arrivée à sa dernière période » et l'évéque de Strasbourg mérita la palme qu'il remporta sur la foule des poètes, ses contemporains.
héroïque sur la chasse, donl tous les vers commencent aussi par un C, à l imitation «le ce premier :
Cum atperam certas circum car» cornua étiras. ' MrcfULl) ou t'UALD, moine île l'abbaye d'EInones onde Saint- Aman»! , mm il mourut en 'J30, auteur de divers ouvrages, et surtout de plusieurs vies des Saints, composa, quelques aimées avant 877, un poème héroïque à la louange des chauve*, formant I:t6 vers, dans lequel le poète a affecte de n'y faire entrer que des mots qui commencent par un C. Voici le premier vers :
Carmin» Clarisanœ Caliis Cantate Cametur. Cette affectation coûta à Huebald un travail, dont on est encore à reconnaître l'utilité. Il l'entreprit en faveur de Charles-le-Chauve. Il s'en trouve un am ien exemplaire parmi les mss. de l'abbaye île Kgernsée. Il s'est fait deux éditions de <c poème à liàlo, en Suisse, l'une on 151G, l'autre en I3K>. Caspar Haut il l'inséra, en 162-1 , dans ses Ailvcrsnr. Cummentar , paij. it~5 et seq. Celte singularité n'a pas été sans exemple, l'n allemand, nommé Chrétien PiEitirs, a fait un |M>èinc sacré, intitulé: Christiis nncifixns, d'environ mille vers, qui commencent U.us par un 6'. lu autre allemand , nommé Publius Ponr.n s , ou Pierre Pi.vokx- Tlls, a publié un petit poème latin, dans lequel il décrit pmjnam ponarinn en 330 vers , dont tous les mots coinmem ont par un P. Ce poème commence ainsi :
l'iaudile porrclli , porcomm pitjra pro/Hivo. '■ Tableau historique des gens de lettres, tom f , pmj. Hit).
WIDEIIOL»
WlMSTt-TMBliïE KÏKIjl K-COVTE H STII.ISBOIIKG.
Widcrold ', que d'autres nomment Wilderold, \\ iderolf, Wilderald ou Yinderold, succéda, sur la fin de Tannée 091, à Erehambaud dans l'évéché de Strasbourg. Son mérite, sa science et sa naissance , car quelques-uns prétendent qu'il était issu de la famille impériale * , relevèrent sur ce siège. L'empereur, Othon III , l'investit des droits régaliens attachés à son église, et lui confia en même temps le soin de l'abbaye d'Ebersmùnster 3, (pie le roi Àrnoul avait mise, en 889 , sous la protection des éveques de Strasbourg 4. L'abbé d'Ebersmùnster étant mort, Widerold lit élire à sa place Rauderius 5. Cet éveque fut un des insignes bien-
1 C'est le nom que lui donne le pipe Sylvestre II, dans sa bulle «le 5)99. Il est nommé Widerold , dans une pièce de monnaie qui non» reste de t el évèque.
* /•) ilucihu* Sn.i oniœ orhutdus , Ail Ui t.ki.in, Germa n ire sna tr , port, f, pao- 7. 3 Chronieon Novknlcnse , i! il. « Alt oddone, ( -uni Widerolfus episcopus inves-
« lilnram regalium locoruin impétrant , Novicnlensi* etiam monasterii rnram • snscepit. •
' Pièces justificative*, niini. 159, p;i{r. 272. (Tom. II).
* t'.hionicon Novicntense, $ 19, (iouli^il, ut defuncto abbalc Novienlense, ;ivc Ebersbeimensc , Widerolfus episcopus ex parle imperatoris Baudcrium a fratribus elcctiun abbatem constituerel et ordinaiet.
faiteurs de cette abbaye. Il fit assembler en sa faveur un synode composé des abbés, des prévôts, des chanoines et des pr<Hres et d'un grand nombre de séculiers de son diocèse. On y confirma les donations d'Adalric, duc d'Alsace et de Berswinde, son épouse, fondateurs de cette abbaye , et celles de Widegerne et de Bajdram , évéques de Strasbourg, qui avaient été les principaux dotateurs au huitième et neuvième siècles. Widerold y décida, par son décret synodal , que les trois quarts de toutes les dîmes des églises paroissiales, situées dans son évêché, et faisant partie de la primitive donation, appartiendraient à l'abbaye, et que l'autre quart serait pour les prêtres ou pour les curés, qui auraient l'administration desdites églises. 11 statua aussi, que toutes les dîmes des francs-alleus, ou des terres saliques de l'abbaye , reviendraient en entier à l'abbé Bauderius et à ses successeurs, pour être employées à la réception des hôtes ou des étrangers et à l'entretien des pauvres f. Le roi Othon, étant venu à Strasbourg peu de temps après, confirma le décret synodal de Widerold, en présence des Grands de l'empire, qu'il avait convoqués dans cette ville, et aux instances de l'impératrice Adélaïde, de Willegise, archevêque de Mayence et de Bernevard, évêque de Wurtzbourg. Le diplôme, donné en conséquence, est daté de Strasbourg, 13 janvier 994 *. Othon resta dans cette ville pendant plus de quatre mois , comme il paraît par le diplôme que ce prince y accorda , le 23 mai de la même année, à l'abbaye de Wissembourg 3.
Othon s'était rendu en Alsace, pour assister à la dédicace de l'église abbatiale de Seltz, que l'impératrice Ade-
1 PiiVos justificatives; cf. Wurdtwein , «or. suis, ilipl., loin. S, pay. 552. * Ibidem ; cf. Wurdtwkin, uov. subs. dipl., tam. 5, pay. 554. ■"' SciKKfFMM s, alml. diplom., Utm. /, pay. 457.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
laide avait fondée vers Pan 087, et richement dotée. Cette cérémonie se fît le dix-huit novembre île l'année 992, par Widerold, évèque de Strasbourg, qui consacra la nouvelle église à l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul , en présence des personnes les plus qualifiées de l'empire ,. Le roi y assista avec Adélaïde, son aïeule, Malhilde, abesse de Quedlimbourg, sa saute, Willegise, archevêque de Mayence, Hildebald de Worms, Notguer de Liège et un grand nombre d'éveques et de seigneurs, que la fondatrice y avait invités.
Othon III revint en Alsace sur la tin des années 994 et 995. 11 célébra les fêles de Noël de la première à Sasbaeh2, et celles de la seconde à Krstein3. 11 se prépara alors au voyage d'Italie, qu'il avait fait décider par la diète de Magdebourg. Il partit au commencement de l'année suivante. Il prit la ville de Milan et s'y lit couronner roi
'Odh-o, abbas Cliiniacensis in vitd S. Adelaïdis imperalrit is . num. 7 , upud Leibniliiiim , in script, rer. IJrunswir , lum. 1, puy. 265.
* In ipso oui m loeo Sulsa monaslerium a tumlamcntis miro opère condidit, cl ail n honorent Dei et Apostolorum prin.ipis, tertio imporante Otlioue vidcliccl nepote «suo, in presentiam secum astante, quarta décima kalendas decembris augustisit sime et dcvotissiine a Wideraltlo Argentiiue civitatis episcopo consacrasse jussit ; « et ut majori auctoiïtate per succedentiurn temporiun cunïciila essel ille sacer « locus subnixus, eum |»ra l'.ito C;isaie est eliam episcoporum conventus a svpc « dicta et sjrpe dicenda Adcllieida augusta ipsius aesaris avia convocalus. »
* Le diplôme, par lequel Othon III confirme les privilèges du monastère de Waldtkirch , et celui, par lequel il accorde au moine monastère la terre de Nusbacli, sont tous deux datés de Sasbach et du 22 décembre 99 i. Cf. WiiRbTW eix , nov. subs. dipl. , lom. S, paij. 569 cl 570. C'est Sasbach, situé aujourd'hui dans la souveraineté et le diocèse de Stnii-bourg , si connu par la mort du grand maréchal de Turcnne.
1 Le diplôme que ce prince accorda, le 26 décembre 99;i, A l'abbaye de Seltz, WiinimvKiN, nui: subs. dipl., loin. !i, pntj. 572, est daté aclnm Erenstein. Celui qu'il donna le 29 suivant, en faveur du monastère de Waldkiich, est également daté urlum Eresleltim. M. SciluKlFUN a publié o- dernier diplôme , Uislnrui Zm imjo-badensis , lom. .'i , num. 6, puy. i).
de Lombardie. Ayant appris près de Ravennc la mort du pape Jean XV, Othon fit élever sur le Saint-Siège l'irunon, son eousin , qui était (ils d'Ollion , duc de Kranconie et de (iarinthic, et frère de Guillaume, que nous verrons élevé en 1028 sur le siège de Strasbourg Brunon fut ordonné le 17 mai ÎKW> et prit le nom de (irégoire V. L'empereur vint ensuite à Home, où le nouveau pape lit, le 31 du même mois, la cérémonie de son couronnement. Ce prince, avant que de passer en Italie, avait donné à Widerold, évéque de Strasbourg, le gouvernement de la province d'Alsace, avec le soin des monastères et des églises qui dépendaient du fief impérial i. Ce prélat profita de l'autorité que lui avait conliée Otbon, pour rétablir l'abbaye des chanoinesses d'Eseliau , que Heini , un de ses prédécesseurs, avait fondé en 777 ', et qui avait été détruite en !)2<î par les Hongrois*. Il rétablit entièrement le monastère et le dota d'un grand nombre de biens , que nous détaillerons autre part \
Le clergé de Germanie était alors dans une haute répu-
« Annales Hilrlcshcimcnses apud Leibmtzh m, loin. 1 , pay. 721, et WlPPO in ritd Cunradi salai, apud Pisionii'M , pn,j. US. Amins i>k Futri , in epistold ad Leonem . apud Mamllosem , in appendice , loin, i , annal, ord. S. Denedicli, p. 692. dit au sujet du pape (irégoire V : * Nuper audivi nuuliiim crecttim esse apostoli- « cum decus per quemdam iinperiali sanguinis virum , toturn virtute et sapientia « couipositum. »
* Chronicon ÏSovienlensc, g I U , « itnpcralor itaque (Iddo) expeditionc contra
« eos (mediolanenscs) ordinata pagum alsaccnst'in cum monasteriis et
■ ecolesiis fisci Widerolfo argentinensi cpiscopONCommeiidavit. »
* Voyez le tome premier de cette histoire, liv. i, ptig. i5o.
* Voyez le tome second de celte même histoire, liv. G, pa<j. .105 et .~>0i.
» Bulla Alexandri III, papa-, au. 1Î80, pro abbatia Aschowiensi. « Pust longum «vero intervalluin temporis, predicto monasterio per tyrannidem Ingarormn des- « tructo, boue memorie argentinensis episoopus Windcroldus Domine divina reve- « latione ammonilus ejusdetn monaslerii rcstauralor extitit, alque laudabile faclum « predecessoris sui rorroboravit, eorroboraiulo ne esset inopia limentibus Dcum, etc.»
IHST01HE DE L'ÉGLISE
tation de doctrine et de sainteté !. On peut juger de l'idée que l'on en avait en France, par ce qu'en dit le plus éclairé et le plus éloquent prélat de l'église gallicane, Arnoul, évêque d'Orléans, dans le concile de Khcims, de l'année 991 *. Cet évéque , aussi vénérable par son âge que par son savoir, après avoir fait un tableau touchant des malheurs du Saint-Siège et déploré l'indignité de quelques souverains pontifes, ajoute : « Plusieurs, dans cette sainte « assemblée, sont témoins que, dans les provinces Bel- « giques et Germaniques si proches de nous , on trouve a des évcques qui font honneur à la religion : c'est poura quoi, si la division entre l'empereur et le roi de France « ne nous en empêchait, ce serait là qu'il faudrait chercher « le jugement des évéques, plutôt qu'à Rome où tout est « vénal, et où les décisions se vendent au poids de l'or 3. » Widerold , évéque de Strasbourg , fut du nombre de ces grands prélats, que produisit la Germanie sur la fin du dixième siècle. La faveur particulière, dont Othon III ne cessa de l'honorer, et la liaison étroite qu'il avait formée avec le fameux Gerbert, justifie cette qualification. Gerbert, né dans la petite ville d'Aurillac, en Auvergne, d'une
• Felicia Olhommi lempora, dit Sigereiit de GF.MDl.orns dans la vie do Tliierri I, évoque de Metz, cap. 7, apud Leibiiituum , in script, rer. llrunscic, pntj. i'J7, • ubi claris piiosulibus et sapienlibiis viris rcspiiblica oral nTorniala , pax école- « siaruin rcstaurala, Imneslas rclipionis rcdiutegraln. Erat videro cl rcipsa probare « veruiii esse illud pliilosopbi , lorlnn ttam esse rempiiblicain , si vol ro$,'os sape- « rent, vel regnarciit sapientes. »
* Apud Dur.HESNK, tout. 4 , scriptor. hist. franrorum, paij. 101 et seq. et in uclis Concilii remeimis. Apud Mansi , in sucrurutn nord conciliorum t tdlvnhme , tutu. 10 , patj. 432.
1 « Cerle in Belgica et (îerniania , qme virime nobis sunl , sumnios saoeidoles ' Dei, in reli^iono adinoiltuii pnostantes invoiiiri, in hoc s a cru coiivonln tesles «quidam sont. Proiudé si requin ilissidoulitiiii animosilas moi proliiborot , indè « niapis episcoporinn jtidicium petcndtini forte videretur , quam ab ea urbe, qti;e, « mille emploribns venait* , oxposita ad nuiiiiiiuriiiii qnantilatom judicia Irulinal. »
famille pauvre et obscure, étonna son siècle par ses progrès dans les sciences et surtout dans les mathématiques. L'universalité de ses connaissances avait tellement frappé ses contemporains, qu'ils imaginèrent qu'une intelligence surnaturelle présidait aux opérations de ce puissant génie, lis lui firent un crime de la supériorité de son esprit, et les secrets qu'il avait puisés dans les études astronomiques se peignirent à leurs yeux comme un art magique et comme le résultat d'un commerce familier avec les démons 1 . Ses talents le firent connaître de l'empereur Othon II, qui lui donna l'abbaye de Bobio, et qui lui confia pendant quelque temps l'éducation du jeune prince , son fils * ; ce qui lit que Gerbert demeura toujours fort attaché à la famille impériale. De retour en France, il fut accueilli par Adalberon, archevêque de Rheims, dont il devint le secrétaire, et qui le mit à la tête des écoles de sa cathédrale. Après la mort d'Adalberon, Arnoul, fils naturel de Lothaire, se
* Voyez sur ce sujet Noël Alexandre , Historiœ eccletiastivaz sœcul. 9 et 10, part. /, cap. /, art. 26 , pay. 138 . et l'histoire littéraire de la France, tom. G, pay. 607 et suiv. HtcuES de Fi.avii.ny, in vhroniro apud Labbeum, tom. i , biblioth. novœ mss., pay. 158. Guillaume dé Malmersbury, lib. 2 de yestis Anylot um, in script, rer. Anylic , \>ay. 63 , et l'auteur d'un poème du Mil* siècle , publié par dom Gerbert , in itinere Alemanico , pay. 257 , d'après un mss. de l'abbaye de Salem , tiennent pour certain le pacte de Gerbert avec le Diable , et assurent que ce grand homme parvint, par art magique, aux premières dignités de l'Eglise et à la Papauté. Les Gcnturiateurs de Magdebourg, rentur. fO, cap. 10 , pay. 5i7 et 548, edit. basil. an. 1567 , n'ont pas manqué de faire valoir celte fable ridicule. I n protestant alsacien , nommé Jean Wolk , se plut à la répéter en 1600 , lectionum memorubilium et recondilarum , tom. /, pay. 55!) et 620. Il n'est pas étonnant que Gerbert, qui faisait une grande étude des mathémathiques , ait été mal famé. Anciennement on mettait pour l'ordinaire les mathématiciens et les magiciens sur la même ligne. L'ignorance, qui accueillit avidement tous les faux prodiges, dont ou repaissait la crédulité, attribuait à l'intervention des puissances infernales tout ce qui l'étonnait. Voyez Nai hÉ, Apt>loyie pour les grands personnages faussement soupçonnes de. magie.
* Mahillon. Annal, onl. S. Ifened., Itb. i6 , hum. 87 , pay. 571.
HISTOIRE DE l/ ÉGLISE
mit sur les rangs. Le crédit de ce prince écarta les obstacles, qu'auraient du mettre à son épiscopat sa trop grande jeunesse et son incapacité, (ierbert resta auprès du nouvel archevêque, et le servit aussi en qualité de secrétaire jusqu'à la révolution, qui le plaça lui-même sur le siège, dont Arnoul lut bientôt chassé, (le jeune prélat, oubliant le serment de fidélité qu'il avait fait à Hugues Capot, livra secrètement la ville de Hheims à Charles, frère du roi Lothaire. Huges convoqua un concile de Jtf évéques dans l'abbaye de Saint-Hasle, proche de Hheims, pour le 17 juin de l'an 091. La cause d'Arnoul y fut discutée juridiquement ; il y fut déposé et déclaré indigne de l'épiscopat. Cerbert fut élu à sa place et installé sur le siège archiépiscopal de Hheims, avec le consentement et les éloges des éveques de la province L'élection de Cerbert fut généralement applaudie et surtout par \\ iderold, son ancien ami, qui l'avait connu à la cour des empereurs, et qui fut élevé peu après sur le siège de Strasbourg. Mais
' Voyez Dupin, bibliothèque des auteurs ecclésiastiques , toi». 8, pag. 59- fi. Fleuri, Histoire ecclésiastique , tom. 12, pay. 262-219 et Lonli evai, , Histoire de l'éylise Gallicane, lom. 7, lie. 19, pag. 4H-5'i. Les actes du fameux concile •le Saint-Basle onl clé imprimés ;\ Francfort, en 1000, par les soins «le Bon-jars. On lit dans le Perroniana , ou les bons mots attribués au cardinal Dr Perron , pag. 326 , èdit. de 489 î. « Le concile de Rheiius ne vaut rien : c'est un livre « passionné, et il ne faut pas s étonner s'il abbaisse tant la puissance des papes, « car il fut fait par un rvôque i|ui appella du Pape. ■ Le P. Longievai., lom. 7, pag. 51 , prétend que les règles de la bonne critique doivent rendre ces actes un peu suspects, puisque c'est Herbert lui-même qui les a composés. Le cardinal Baronils, Annal, erclesiastic , tant. 10, puy. S9 2-908 , edit. Odoniens., auni 462i, l'accuse même trés-vivement de les avoir falsifiés. Il est vrai que Gerbert , en sa qualité de secrétaire du concile, en rédigea le style. Mais il n'est guère vraisemblable qu'il eût osé se permettre l'infidélité qu'on lui reproche sans fondement. Il est même impossible, comme le remarque M. Moreai*, Discours sur l'histoire de France, lom. 15, pag. 111 , que Gerbert ait défiguré les faits et falsifié les pièces tramcrilcs dans un ouvrage qui parut de son temps et exposé à la critique la plus libre, lorsque lui-même fut chasse du siège de Hheims.
(ierbert nVuf pas lieu de se féliciter longtemps de sa nouvelle dignité. A peine fut-il en place, qu'on lui suscita différentes traverses. Les malheurs d'Arnoul, qui depuis sa déposition était détenu prisonnier par le roi Hugues, excitaient la compassion en sa faveur, tandis que l'élévation de (ierbert faisait naître contre lui l'envie et la jalousie. Plusieurs évoques agirent de concert auprès du pape Jean XV, pour faire rétablir Arnoul. Le pontife déclara sa déposition illégale : non content d'annuler l'ordination de (ierbert, il interdit tous les évoques qui l'avaient favorisée. Huges Capot, qui avait eu le plus de part à son élection, vint au secours de l'archevêque de Kheims, et sa médiation suspendit quelque temps les effets de ce jugement passionné, (ierbert écrivit alors de tous cotés pour sa justification, et il ne manqua pas de l'adresser à Widcrold, évoque de Strasbourg, son intime ami. La lettre qu'il lui écrivit à ce sujet, vers l'an 9Î)3, est la plus intéressante de celles de (ierbert. Comme elle est fort peu comme , et (pie le P. Longueval n'en a pas même parlé dans son histoire de l'Eglise Gallicane, le lecteur ne sera pas fâché d'en trouver ici un petit extrait *.
• Dur.HESNE, in script, htst. franc, tom. i , pag. //f , publia le commencement de la lettre de Herbert à Widcrold, ùvêque de Strasbourg, et dont Maki.ot l'a fait réimprimer d'après loi in htst or ut melropolis Renne n sis , tom. 2, putj. SI. I»om Mnrtenne l'ayant trouvée plus ample parmi les papiers de dom Mabillon , qui l'avait copiée sur un mss. de la bibliothèque de la reine de Suède, l'inséra dans sa collection d'anciens monuments, Veter. monum., tum. I, pag. Jô'7. Marlennc croyait la donner entière; mais il y manque près des trois quarts. Ce qu'il un a publié de plus que les deux autres, ne contient presque que la fin de la lettre. Encore y manque-t-il les deux ou trois dernières lignes. On ne trouve cette rare pièce en entier qu'à la suite des actes du concile de Saint-Bash , imprimés à Francfort, en 1(500, pag. / /.>-/ iS , et dans la nouvelle collection des conciles de Jean- Dominique Mansi, archevêque de Lucques, imprimée à Venise en 177 1, litin. 19, pnp. /5.7 et sen. Une partie de cette lettre se lit aussi dans le recueil des his-
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
Gerbert commence sa lettre à l'évôque de Strasbourg, par détailler les avantages et les douceurs de l'amitié. Ce commencement fait également honneur aux sentiments de Gerbert et à ceux de Widerold, qui ne l'abandonna pas dans l'infortune et qui mérita par cette conduite les justes éloges de l'archevêque de Rheims l. Celui-ci dépose dans le cœur de son ami l'histoire de ses malheurs : il en forme deux points, l'un de fait ou historique, l'autre de droit ou dogmatique. Après avoir rapporté fort au long ce qui précéda et suivit l'ordination d'Arnoul, son concurrent*, il entreprend de répondre à ceux qui prétendaient qu'on avait fait injure au pape, en déposant ce prélat sans l'autorité du Saint-Siège. Gerbert parle ici en habile canoniste; il y pose les grands principes des libertés de l'église gallicane et en tire des conséquences qui ne s'accordent pas avec les opinions ultramontaines. On y lit avec plaisir cette maxime incontestable, que le pape est le chef de l'église, mais n'en est point le souverain; qu'il ne peut arbitrairement abroger ou changer les lois ; que les constitutions qu'il donne ne deviennent lois générales que par le consentement et l'acquiescement de l'Eglise ; enlin, que le silence du souverain Pontife ne peut jamais empêcher les évêques d'exercer, conformément aux anciens canons,
tarions de France de dom Jcan-B«|>tiste Haudiqier et dom Charles Haidioler , tom. 10, pag. Ali, cl parmi les pièces justificatives de ce volume, num. 2.
* Ko prœxtanti of/irio , dit Gerbert à Widerold , patam fecisti citi et qttanlo Helvetia purent sace.rdoti. Ces paroles justifient le sentiment d'Encas SïLVirs , lib. de Europâ , cap. i2 , operum ejus , pay. 439, et de WiMPHELlNGl'E , Çcrmaniœ, fol. /, tom. 3, 30 et il , qui croyent qu'on donnait aussi autrefois à l'Alsace le nom de Helvetia. Des livres imprimés ù Strasbourg, chez Jean (irunninger, en 1496 et 1501, portent: in iusiyni Elvetiorttm Aryentina, in inclitissima hclrcciorum urbe Aryentina.
'Voyez Fleuri, loin. 12, lir. 37, pay. 283 et 286.
DE STRASBOURG