HIST. DE LÉGLISE DE STRASBOURG. LIV. NEUVIÈME
cette diversité ne forme que de légers changements dans son vrai nom, qui est Hetzelon ». Il est aussi appelé Herrand 4, et Hereman s. Il prend lui-même cette dernière qualification dans un sceau original , qui nous reste de lui \ Hetzelon était issu d'une maison illustre et opulente. Quelques modernes 8 le font descendre de celle des comtes de Dagsbourg , mais aucun monument n'appuie cette conjecture6. D'autres7 le confondent avec Brunon, qui fut
* Il est nommé Hecelon par Lambert d'Asdiallenbourg, Hètilon par la chronique d'Ebersmùnsler, HeUel par le Fragment historique et le nécrologe de S. Arbogaste, Wew/par la notice d'Eschau et dan» la bulle d'Alexandre III de 1180 , Hesel dan» la charte de l'évèque Burcard de 1143, Heticlinon dans celle de l'évèque Henri de 1218. Hecil dans le diplôme de Henri IV de 1059 et He%il dans le nécrologe de la cathédrale, ainsi que dan» la chronique de Godefroid dEnsiuingen. Gundakar , evéque d'EichsteU, compusa un catalogue des prélats morts de son temps , apud Falckenstein, in anliquit. Nordgav. ecclesiœ Aureatensis , tom. I , cap. 19. pag- 116. On y lit : « Ha?c sunt nomina episcoporum semper in Christo sanctorum ac - felici» mémorise post nostram ordinationem defunctorum (ab anno sciliect 1057 ad
• 1075 : Stephanus papa, Xicolaus.papa, Luitpoldus Moguntinus, Chuno Spirensis,
• He*il Straiburgensis, Hue Yesuntmus, Linhart Spirensis , Bcrngeru» Basileensis ,
• Adalbero Met. nsis, Alexander papa, etc. . Le même catalogue nomme Burchardui BastUetuis daus le nombre de» Fratrum cononicorum qui ex congrégation Eyttetlensi effecti sunt episcopi.
' Herman-Contract, la chronique d'Augsbourg et celle de Mûri le nomment Herrand.
* Une charte originale de l'année 1061 l'appelle Hereman et le diplôme de Henri III de 104S Heriman.
' Le sceau de cire qui est attaché à la charte de Folmar , pour l abbaje de Honcourt de 1061 , représente un évéque san» mitre , tenant de la main gauche une crosse, et donnant la bénédiction de la droite, avec celte inscription : Heremannus Dei gratta episcoput.
' HerUog, Elsassischc Chronick, lib. 4, pag. 77; Bucelin Germaniœ sacra, part. 1, pag. 7 ; Merian Topographie* pag. 60 ; Kleinlawel Strauburgitche Chronick, pag, 21 et 22, etc.
* Guillimannus de epitc. Argentin, pag. 194.
1 Mersœu» cité par Mallinckrott in Catalogo Pontificum maximorum • Gtrmanu apud WencAer, in collectis archivi pag, 499 : HerUog lib. cit. pag. 77 et 78 ; Iselin Allgemeine hutorische Lexicon, tom. 2, pag. 4, etc.
ensuite pape sous le nom de Léon IX ; mais l'anachronisme est trop grossier pour mériter d'être relevé. Henri III qui avait obtenu le duché de Souabe et d'Alsace , en 1039 ,' du vivant de l'empereur Conrad, son père le conserva avec le royaume de Germanie jusqu'en 1045. Il s'en démit cette année, pendant le temps qu'il célébrait à Goslar les fêtes de Pâques , en faveur du comte Otton ». Celui-ci était Hls d Erenfrid ou Ezon , comte palatin du Rhin , et de Mathilde, sœur de l'empereur Otton III ». Lenouveau ducne jouit pas longtemps de ce bienfait. Il mourut dans son château de Conabs, le 7 septembre 1047, regretté de ses sujets a cause de ses vertus et de sa valeur Brunon qm était alors évéque de Toul, l'enterra avec beaucoup dè solenmté dans le monastère de Braunweiler, fondé par son pere. L empereur Henri qui se trouvait à Ulm , lorsqu'il apprit le décès d'Otton II , lui donna pour successeur dans le duché de Souabe et d'Alsace, un autre Otton, qui était hls de Henri, marquis de Schweinfurt ». Cet empereur ne tarda pas de donner à Heteelon , évêque de Strasbourg , des marques particulières des sentiments qu'il avait conçus pour lui. Il vint dans cette ville au mois de
' Voyez Hépidan. apud Goldastum in «/»r,n, a ,
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* Hermannus contractus aqud //f./,„„™ pag. «69. 7 VrHtmum , pag. 829 , et apud ^
juin 1048 et passa de là à Spire, où il fut accompagné par Hetzelon. Ce fut à ses prière qu'il confirma à l'évéché de Strasbourg tous les biens et revenus que lui avaient accordés les rois et les empereurs, ses prédécesseurs, avec tous les droits de patronage, de dîmes, de monnaie, de péage, de forêts et de chasse, dont son église était en possession. Le diplôme , qui fut expédié en conséquence , est daté de Spire 9 juillet 1048 *. Henri retourna à Strasbourg l'année suivante. Ce fut dans cette ville qu'il renouvella à Hugues , abbé de Cluni , les possessions du monastère de Payerne, qui avait été soumis à son abbaye, entr'autres les biens qu'il avait obtenus à Hûttenheim , en Alsace. La charte de confirmation fut donnée à Strasbourg, le 4 décembre 1049 \ L'empereur séjourna aussi dans cette ville au commencement du mois de mai de l'année 1052*
Libéral envers les églises et les monastères, Hetzelon s'appliqua , comme son prédécesseur, à la perfection du culte divin, et ne fut pas moins attaché que lui à remplir avec zèle les devoirs épiscopaux. Les abbayes d'Ebersmûnster et d'Eschau le comptent au nombre de leurs bienfaiteurs. Il donna à la première pour abbé , vers l'an 1051 ,
' • Ipsis imperator Diebus Argentoratum venit ; • dit Herman Contract ad annum 40Â8 apud Urttitium, pag. 330 et Canisium, pag. i70. Le diplôme de cet empereur en faveur de l'église de Basle, apud Hergoit, Genealog. Habtburg, tom. «, num. 179, pag. il9 , est daté de Strasbourg, in Argentina et du 1" juin
• Pièces justificatives, Hist. d'Als. tom. 1", lit. 403. pag. cet.
* Pièces justificatives, ibidem, Ht. 408, pag. cclvi.
4 Le diplôme de Henri ill par lequel il prend sous sa protection l'église de Mets, apud Meurisse, Histoire des èvêquet de Met% , pag. 858 et in Galliô Chrutiana , tom. 13, pag. 398, est daté de Strasbourg, Aclum Argentina, du 1» mai I05i.
un religieux-noble d'Amorbach, nommé Egélolphe |] accorda au monastère d'Eschau des biens considérables , situés à Fegersheim et à Geispoltzheim *. Hetzelon voulut aussi renouveller avec honneur le culte de S. Arbogaste , un de ses prédécesseurs. Ce saint évéque, qui est regardé avec juste titre comme le patron du diocèse3, avait fait bâtir aux environs de Strasbourg, près de la Brusche, une chapelle et une petite cellule, où il allait souvent vaquer à la prière \ Ce fut dans l'emplacement de cette chapelle sanctifiée par la retraite , les reliques et les miracles de cet illustre pontife, que Hetzelon fonda une église et un monastère en l'honneur de S. Arbogaste. Dès Tan «031 ou 10&3, quelques chanoines de S. Thomas*, ou comme d'autres l'écrivent -, des chanoines même de la cathédrale étaient venus s'établir aux environs de cette chapelle. Hetzelon, devenu évéque, la changea en église, y bâtit un couvent, et y mit des religieux pour célébrer l'office divin. Il leur donna pour leur entretien , du consentement de son chapitre, la neuvième partie de tous les revenus de son évêché Le clergé et le peuple de la ville applau-
1 Cbronicon Novientense, 8 25.
| Notice de l'abbaye d'Eschau, et bulle d'Alexandre III de 1180. ^ Voyez le tome premier de celte histoire, pag. 199 et suio.
Ibidem, livre second, pag. 216.
' Schcepninus, AUatia Mmtrata, tom. 2, pag 299
rerum ^slanœ-Monasl^rclesiasUcarum, tom. 3, pan. lia
On trouve I, détail de ceUe fondation dans la charle de Bnrcard évéou, de Strasbourg, de IWe lia . Sanct* menori» «es*. Episcopus • parvo temporein episcopatu pressent instin •
„ bMl(1 Arhn„, , ' r*cesscral ' «nstinctu rfivino suc.ensus. quin cl ipso
„ suiis ,,ftnAri .. , mum' ,n 1uo n»nc ecclesia memorali sancli l'rœ-
ueiegisse.... touvocato ergo seniorum consilio Um
dirent à la pieuse fondation de Hetzelon. Mail il n'eut pas le bonheur d'en voir la lin : car l'église de S. Arbogaste ne fut achevée que quatre ans après s;i mort , et elle fut consacrée, en 1009, par Werinhaire, son successeur1. Les religieux de S. Arbogaste ne conservèrent pas longtemps la vie commune : ils se sécularisèrent bientôt , et dès le commencement du douzième siècle le monastère était une collégiale desservie par huit chanoines séculiers. Charles, doyen de la cathédrale de Strasbourg, devint, vers l'an H37 a prévôt de St. Arbogaste. Celui-ci, de concert avec levéque Burchard, et aidé par Kberhard, écolatre de la cathédrale5, rétablit, en 1H3, la vie commune dans l'église de S. Arbogaste , et fit embrasser à ses religieux la règle canonique de S. Augustin et les constitutions particulières qu'on observait dans le monastère des
» clericorum quam laïcumm.... Pra?*ul venfrandus locuni cuni primoribus adiit , « ecclesitf* parietes ampliavil et prudcn'i usus consiiio nonaui parlem omtiinm red-
• dituum episropalus tntius eidem crclesi»' rnancipari perpetuo decrevit. Accersitis ■ ilaque relipiosis personis die noctuque divinis laudibus in eadein ecclcsia vacare
• intendentihus, magnum civibus gnudium , mulloque majus apud omnipotentem « Heurn sibimet providit hujus modi studio pnemium. ■ Lévèquc Henri, qui renouvela en 1218 la donation de l'évéque Hetzelon, faite au monastère de Sainl-Arbojraste , en parle aussi dans ses lettres : • Quondam predecessor noster nomine
• Uetzelino felicis memoria?, divina inspiratione simul et commonieione commo-
• nilus, nonain parlent fructum de curtibus noslre diocesis laude et consensu « capituli nostri , concessit ecclcsie sancti Arbogasti , quam perpetuo possidendam
• rondidil. 0
' Wimphelingius, de Episcop. Argentin, pag, 41.
* Charles, doyen de la cathédrale, vivait au milieu du douzième siècle, et non en 1031, comme le dit Schad in surntno Argenlor. tetnplo , pag. 12, ou en 1041 comme le supposent Schiller /oc. cf., et H. l'abbé Louis. Abrégé de. la vie de saint Florent, pan. 33, ou en lt)G3, connue l'avancent les auteurs île la Gaule chrétienne, pag. 827, ou en 1069 comme nous l'avons cru nous-iuèmc avec erreur, Hitt. de l'éijlise de Strasbourg, loin. 1. pag. 21 G.
' Comme l'écrivent Spe. klc, in Chrumm m«». . /y/ ti, et Schiller m notii ad Chronicon Kctnigihovii , pag. 54».
30 HISTOIRE DE i'ÉGLISE
chanoines-réguliers de Marbach «. Charles renonça luimême au monde et à son doyenné pour vivre en solitaire dans le monastère dont il peut être regardé comme le second fondateur. Il fut le premier prévôt régulier de S. Arbogaste , et il mourut le 19 avril H 52*. On connaît les noms des prévôts , ses successeurs , jusques au commencement du seizième siècle. Les chanoines-réguliers de S. Augustin restèrent dans le monastère de S. Arbogaste jusqu'au temps du luthéranisme. George Eibel, dernier prévôt, étant mort le 16 décembre 1530, les trois chanoines-réguliers, qui y restaient, furent obligés de remettre leur couvent entre les mains du magistrat de Strasbourg s. Celui-ci le fit démolir le 19 suivant du même mois *, et s'en appropria les revenus , dont la ville jouit encore aujourd'hui. Il ne reste plus d'autres vestiges du monastère de S. Arbogaste que quelques maisons , qui ont conservé son nom , et un cabaret qu'on appelle la montagne verte.
Hetzelon donna aussi tous ses soins pour perfectionner la fondation de la collégiale de S. Pierre-le-Jeune de Strasbourg. Il y ajouta, vers l'an 1049, six canonicats aux huit que Guillaume, son prédécesseur, y avait déjà etabhs ». Il obtint aussi de l'empereur Henri , en faveur de cette église, plusieurs biens situés à Rosheim et à Imbsneim, que ce prince accorda aux prières d'Agnès, son
' Peirui, lib. cil. pag. us et H t
ini x„ Z ln Tl :l fUndal°r hUjUS ,0ci' ' Nécro,oge de Marbach d«
i. xiii cal. Man Karolus Prepositus S. Arbogasti. . . ^ n,COn man">criptuin Seb. Bûhler, tom., i, fol 74
Joye, la note f qui w trouve à la page *16 du premier volume de cette hU-
•wirophe,infius,deepi.,c Argtntin pag AS
toire.
DE STRASBOURG