LIVRE DIXIÈME
magne s'y rendirent et formèrent une armée considérable. L'empereur se mit à leur tète, et passa le mont Cenis, au mois de septembre, et entra en Lombardie pour la cinquième fois. 11 mit le siège devant la ville d'Alexandriela -Paille, ce qui l'occupa pendant tout l'hiver; mais il fut obligé de le lever le 13 d'avril H 75. L'année suivante, la guerre continua avec plus de violence. Frédéric livra bataille , le 4 juin 11 76 , aux Milanais et aux Lombards , près de Lignano, sur le Pô. Son armée fut entièrement défaite, et il courut plusieurs fois risque de perdre la vie. îl eut un cheval tué sous lui, et il ne se sauva qu'à la faveur de la nuit1. Rodolphe de Strasbourg, qui avait suivi l'empereur en Italie , y apprit la nouvelle de l'incendie qui brûla , en 1 1 76 , pour la quatrième fois, son église cathédrale ».
La défaite de Frédéric à Lignano fut fatale à l'Empire : elle assura la liberté des villes de Lombardie, et ruina en Italie la puissance des empereurs allemands. Frédéric fut d'autant plus frappé de ce coup , qu'étant accoutumé de vaincre et de régner au milieu des lauriers , il était contraint de céder à l'ascendant qu'une politique ferme, constante , et couverte du voile sacré de la religion , donnait aux souverains pontifes sur un prince, qui mettait toute sa confiance dans ses armes et son courage. Les Lombards, aguerris et puissants par leurs alliances, commençaient à prendre le dessus. Plusieurs princes d'Allemagne menacèrent l'empereur de l'abandonner, s'il ne faisait enfin la paix avec l'Eglise. Le schisme durait depuis plus de seize ans , et ce temps n'avait servi à Alexandre
1 Voyez le P. Barre, tom. 5, pag. 236-2 i5.
* Frajçmentum hisloricum . pag. 85: « Anno Domini 1176, eombuslura est mo- • nastcrium Argentinense quarto, » et Schadée, patj. 20.
qu'à l'affermir davantage sur le trône pontifical. I^a France, l'Angleterre , l'Espagne lui étaient attachées, de sorte que l'empereur, se voyant presque seul contre tous , résolut à ne plus persévérer dans son attachement pour Calixte, et à se réconcilier sincèrement avec le pape !. Il envoya à Alexandre les archevêques de Magdebourg et de Mayence, Conrad , évoque de Worms , et Weremond , protonotaire de son royaume. Le pape , qui était alors à Anagni , les reçut avec honneur le 21 octobre 1176. Les conférences durèrent plus de quinze jours , au bout desquels on convint de tous les articles préliminaires pour établir une paix générale entre l'Eglise et l'Empire 8. On y discuta , entre autres, l'ordination des évêques de Strasbourg et de Basle, . qui avait été faite par l'antipape Pascal. La difficulté fui remise au jugement de dix ou huit évéques , qui promettraient, sous serment, de l'examiner avec justice, et d'en donner leur avis au pape et à l'empereur 3. Rodolphe de Strasbourg était alors dans le camp de Frédéric , et il l'accompagna, l'année suivante, dans le territoire de Venise.
' Godefridi Coloniensis Annales, apud Struvium, tom. t, pag. 343.
'■ Voyez Fleuri, //»«/. tcclèùu&Uqut, lot». 15, pag. 421 el suit ., et Barre, Hitl. d'Allemagne, tom. 5, pag. 246 el suiv. Plusieurs auteurs , cités dans les pièces justificatives, ont rapport»- les articles de celte paix prélimi-
naire ; mais aucun n'en a donné une édition plus vraie et plus correcte que M. Schœpflin, inter Commentationes hittoricas et erilicas , Iiasileean. 1741, edita$, pag. 523 et seq. Il l a publiée d'après un manuscrit du douzième siècle , qu'il avait trouvé dans l'abbaye de Klostcr-Neubourjr située en la Basse-Autriche.
' Ibidem pag. 53Ï, edit. Schiepfliniana: : . De Argenlinensi -;t llasiliensi diciis
• episcopis , qui ordinnti fuerunt a Guidone Cremensi in eodem reguo a pra-dicli*
• Mediatoribus commiltetur x vel vin episcopis , qiios ipsi ele^erint , qui pra'slilo
• juramento lîrmabunt, quod illud ronsilium de ipsis ltomano pontilici el Domino - imperalori dabunt , .|uod viderint canonice se posse dare absque periculo anima-
• domini papa? el domini iniperatoris el su* ; el dominus papa acquiesce! eorum
• concilia. «
A signa le diplôme de ce prince en faveur de l'église patriarcale d'Aquilée , daté du monastère de la Sainte- Trinité, 20 juillet iill f. Alexandre arriva à Venise le 9 mai de la môme année , et Frédéric s'y rendit le 23 de juillet, pour y solenniser avec éctat sa réconciliation avec le souverain -pontife. Leur entrevue se fit le lendemain dans l'église de Saint-Marc. L'empereur fut absous de son excommunication et réuni à l'Eglise catholique. S'étant prosterné devant le pape, Alexandre le releva sur le champ et l'embrassa en présence des princes d'Allemagne et d'Italie*. Cette réconciliation ne fut point accompagnée de ces airs fastueux et de ces outrageantes insultes , dont on a chargé la mémoire d'Alexandre. La fable qu'on a imaginée , suivant laquelle ce pape mit le pied sur la tête de Frédéric, est tellement contredite, par le témoignage des auteurs contemporains et par la déduction des faits, qu'elle n'est pas susceptible de la plus légère vraisemblance 3.
La paix fut jurée solennellement le 1» daoust i 177- Après l'absolution de l'empereur, les évêques et les seigneurs , qui avaient suivi le schisme , vinrent en foule l'abjurer, et se faire absoudre 4. Christien de Mayence,...5. de Besançon et Rodolphe de Strasbourg furent de ce nombre •„ « Ils rejetèrent , dit l'auteur de la vie du pape
1 Pièces justificatives, num. 64
1 Ubbeus, Concil., tom. 10, pag, 1481 ; Harduinus, tom. «, pari. I, p. t653, et Mansi, tom. ii, pag. 173.
•Vojei la dissertation du P. Barre, qui discute ce fait fort au long : elle se trouve à la On de son cinquième volume de l'Histoire générale d'Allemagne , pag.