‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 113 sur 494 · CHAPITRE XCY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCY

Voyage du duc de Bourgoingne pour aUer présenter te

combat au daulphin.

Or estoit le duc sur son partement de son

pays de Bourgomgne , car avoit de grands affaires autres en ses Pays-Bas, comme en Flandres el Ai lois, que jà bonne pièce n*avoit veus. Par quoy quand les nouvelles luy vîndrent de ceste bataille , lui convint changer propos , et soy disposer à la nécessité du cas. Si envoya promptement par toutes ses terres et seignouries pour amasser gens et pour luy venir au secours ; et non soy présumant en propre puissance, envoya devers le roy d'Angleterre aussy , affin d'avoir son ayde en aucun nombre de gens , le quel respondy aux envoyés pour ceste matière : « Certes , je n'y envoycrai point à beau-frère les gens que il me requiert; mais moy-meismes en personne , à Taide de Dieu , iray avec mes gens en son secours. » Et lors sans tarder fit appresier chacun pour aller à ladicte journée, disant que en personne y vouloit estre , nonobstant que malade f ust très durement , et de celuy meismes mal dont temprement après il morut, combien que point ne le cuidoit ; mais ainsi plaisoit-Ll au créateur des choses , celuy qui fait vivre et morir, faire estre près de sa fin, iccluy qui, par convoitise de régner en la gloire du monde, ne resoignoit à inférer persécucion au chrestien peuple, lequel, par crimmelles batailles et tyranniques oppressions maintes, il avoit humilié en France sous le glaive, et encoires présentement cherçoit à faire du meismes, jà soit ce que ce fust plus en faveur de son allyé le duc de Bourgoingne , à qui de la querelle estoit de pitié , plus que pour la sienne propre. Et pourtant dient bien vray ceulx qui vulgairement dient que rhomme propose , mais Dieu dispose : car cestuy fier roy et puissant, qui jà le préau ventral et le thronne de France avoit saisy et appliqué à luy, et le remanant poursieuvoit à y adjoindre par puissance , à Teure quand plus se fioit en sa fortune , le vint touchier la main de Dieu , et soy offrant à la bataille à rencontre de l'héritier de la couronne, vint cheoir en sa finalle terminaison de son règne, par hnpourveuc maladie non garissable. 0 roy du ciel , qui es roy éternel par nature , lorsque le règne que les hommes quièrent çà bas n est que la durée d'une fleur ! 0 qui tout gouvernes par providence , tout disposes et r à fin convenable , en gardant en ton

GEORGE CHASTELLAIN

fis»)

secret les causes des efiects i venir, bons à mauvais, seuffres aux choses humaines avoir mulacion diversement , dont finablement ta bonté fait la raddresse ! 0 Dieumiséricors ! et quelle gloire te dévoient icy rendre les François , les quels, après iofiaintes calamitâ pbirtéesdessonbs ceste main, et, ehleurôppra^rè et confusion grièves , Tavoir veu saisiir leur thronne , porter couronne en Paris , soy former leur héritier injure , soy grandir sur les royaulx subjects, soy égaliser à un roy enoinct par divine parmission ^ tendant potsesser et demourer fils par violeiice, pour tenir la gloire de l'héritier et de son peuplé ; 6 vray créateur ! maintenant tu reconsoles , tu ramaines et retires à espoir, à ceulx qui peutestre, par aveuglement, leur avoîs envoyé ce baston et fléau , revenus à congnoissance de leur démérir, las! rompu par leur sopportance.

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