CHAPITRE XCYIII
Des baultes solempnitès qai feorent en Londres de ce roy desfunct, et de ses haulx et glorieux faicts.
Après ces choses faictes , partirent de Paris les princes anglois , menant le corps de leur roy vers Rouan, là où, quand ils furent arrivés, mirent le corps arrière en la grand église de Nostre-Dame, en toute haulte magnificence de service. Lequel faict, et que laroyne vefve y esloit venue aussi , mirent le Corps de luy sur ung chariot que quatre chevaulx blancs menoient ; et la fiction de son imaige firent foire de cuir boully , vestue réallement et paincte au vif, couronne d'or en teste , sceptre en une main et une pomme d*or en Taultre. Et en celuy estât, le visaige vers le ciel , couchoit sur ung lit dont la couverture estoit de vermeil battu en or ; et au dessus de luy portoit-on ung poêle comme à la feste Dieu , par champs et par ville , foisant partout vigilles et oracions comme enTéglise. Partant doncques de Rouan , vindrent à Abbeviile iairc pareilles magnificences. D^Abbeville à Hesdin ; de là à Calais et jusques à Londres ; auquel lieu furent mi^ aux quatre che- \aulx de son chariot quatre nouveaux colliers
CHRONIQUE bu DUC PHILIPPE.
paincts de diverses armes. Le premier si estoit painct des anchiennes armes d'Angleterre , le second des armes de France et d'Angleterre esquartelées, le tiers de plaines armes de France , et le quart du noble et puissant roy Artus, dont Tescu estoit d^azur à trois couronnes d'or. Si seroit chose longue à dire des pompes et beubans qui furent foicts audict lieu de Londres pour ce corps sans ame. Et meismes à Tenterrement à Wasemoustier n'avoient esté veus deux cens ans auparavant semblable ne de telle cérymonie , ce que encoires continuent quand y ^escfiiet mort de roy.
De ce roy d'Angleterre nomm£ Henry se peuvent faire haulx et ]g[lorieux comptes , et les quels , nonobstant que ennemy fut des François, se ne doit celer entr'eux, quand ses vertus le recommandent longuement mémorable. Et tout premier il estoit prince de justice tant envers soy même , par exemple, comme envers aultruy par équité droiturière ; ne supportôit personne par foveur, ne torfois ne laissoit impugnis par affinité de sang ; estoit sobre de bouche, véritable en paroUe , hault et élevé en couraige , et à vues choses et basses se déciinoit envis; n'avoil riens d'huiseuse , nulles labeurs sans fruict , et de diligence portoit le gonphanon de ses besoingnes; tous ses affaires il manipit lui-meismes , tous les conduisoit et dressoit, tous les pesoit et abalanchoit au doigt , premier que emprendre ; faisoit crémeur et révérence reluire en sa foce, et .dominacion redoutable en son ymaige ; craingnoit plus Dieu qu'il ne se fiast en fortune , et des vertueux et censtans en cuer avoit la sorte ; avoit une fin derrenière résolue en bien , et pour icelle accomplir s'associa au jeusne duc de Bourgoingne, parce que en luy véoit matière semblable à là sienne : c'estoit du voyage en la saincte terre par chreslien effort , que ambedeux en firent promesse l'ung à l'autre devant Melun , jà soit ce que Dieu ne le souffrit point en tost morant; et lequel toutesvoies s'en mist en grand devoir, car en fit visiter tous les ports de Levant pour y prendre adresse. Jl descendy en France en temps de division , dont peut estre que , pour corriger les peschiéç des François, Dieu lui sou"*
GEORGE CHASTELLAIM.
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frtl plus obtenir gloire que salut. Il humilia ks Fraoçois et les desconfy à Azincourt , qui , eraiotif de propre infortune, offroit à vuydier le royaulme non osant combattre , là où son humble doubler luy redonda en gloire, vaincner, et aux présumans en leur force eft povoir tourna confusion contraire , comme non celle fois seule leur estoit advemi , mais, à Kresy et à Pottîers semblable meschief , |Mur tel mérirde vice. Dontrexemple par trois fois eschen, et qui est trop, doit bien estre perpétue! miroir aux François de fuyr oakre- CttydftDce et de congnoîstre que Dieu , les hommes et fortune espiont et agueltent les orgu^ieu'x pour les infélîciter, et tes humbles avigoHreiit et exaulcent, contraire à paine de leiir espoir et pardiiBcile , comme icy, là où lïnmçois avoient trois et quatre hommes contre vùg , et te roy anglois doubtant de malavent«ré demeura vaincuer, après requeste de pas^ftige. Il estoit entré en France en temps de division, et en division fit estemir les divisés soubs son glaive. Dont, se Tunion y eust esté naturelle , comme devoit , son vertueux et faardy emprendre n'enst en lien snr lenr ancienne glonre. Par quoy il appert, que le gouvernement des hommes et les qualités de leum meors sont cause de leur double for* nme , prospère et adverse, et n*ont les royanlmes aultre félicité que celle qui gist en concorde et union des chiels, lesquels, si en paix se conforment , ils en tirent la promission subséquente; et si haines et envies se attisent en leurs couraiges, Dieu par leur propre venin meismes les pugnist et corrige.