PREMIÈRE PARTIE
( Ici commence on autre manoscrit , tiré tnasl de la bfNlothèqne d*Am8 , et proTenu de rancien fondé d2 Saint- Vas!. H est coté #. 8. cl porté poat titre : Sistoirê de France pat George Le Preuve oa Hepreuvê, Voyez idr ce Hlw irt iiiirle préteado nom de 1$ Pr^wve oa Beprêtt^e , mes remarqnes préliminaires sur Georgo Chastellajn, dans le ▼•liime d« Panthéon «lui contient la Chronique de J, de La Lain, et ma notice placée cm tête de ce Tolame. )
PROESME.
Gommé jà longfcemént aye esté plongié on lacqne d'anoyeuse matière , et que souspîramment il m'a convenu fondre de ma plume mots ruyneux , en en sieuTant les ennoys dis fortune et la povreté des hommes : maintenant , comme esveillé d'ung somme , là où là vision m*adonne de traveil, nouvel suscité homme , me trenve à l'entrée de nouvel joye-, et moi qui perplexd'esperit me solloye d^yer de salut et invocquier le divin ponrveoyr sur les humaines difficultés que je sentoye et qui me causoient annuy de vivre , maintenant en exultation je reverdis en*]oenge, et les mains deslép,ées de peur, je rue au ciel par sacrifice , et che ad cause non pas de la mort de cestui glorieux roy defunct , le roy Charles septicsme (1) , mais que , par bon déÊDement ,
(4) Ce morceau a , comme on le Toît, été écrit par George Chasiellain après la mort de Charles VU et au commencement du régne de Loids XI , au moment où
le quel il a pieu à Dieu lui envoyer, suspection mjustement prlnse a esté terminée, ^t à esté ouverte la voye par où longue naturelle léaulté de cuer pourra estre foncièrement congnene , en magnification certes de la gloire de Ken , et de saincte foy , et en acroisse-*
il espérait <ioe les services rendus à ce prince par la maison de Bourgogne pendant sa fuite de France « avaient établi entre ces deux branches de la maison de France des liens d*amitié durable. La soecession de €haries-le<Téméraire à son père Philippe- le- Bon en 14d7, amena depuis d*auires combinaisons. Cette oo»- YeLle Chronique ne conlientque les évéoeroens des pre« mièrcs années de Louis AI , de 1461 à 1470 ^ et ainsi , tentre Ci: manuscrit et le premier, il y a une lacune de quarante ans qui embrasse tout le règne de Charles VIT. Deux manuscrits de la Bibliothèque du Bol m'aTaieui fourni les derniers chapitres de cette chronique , publiés iK)ur la première fois par moi en 182t. On retrouvera cette première publication à la suite de celle-ci , sous rindicalion de seconde j^artie ; et on aûltl ainsi un tout complet de 1461 à 1470.
IM
GEORGE CHASTELLilS.
«M»t de fidnt hoBÛt et jor vjut Tmsmn
* C«rU:f dont h canw: «t qi» c* primx . k dw; 4ft bwrgMkgwr . <;«î ta« a câê konUe €t crjHttjM «» T«rui , uni iéad et oiier csfos u sm BûrjB de TriDcbe . ai parrefli i ttUe bwn: est a k^ai b»<v . fM le cUef d'ir;dk trèB acibk ^ gkimwe mûm , k ror I>m. #:« et iera aieo HtiiiaiaBaBi de ses pays, b
^ a expertaMt congnene Ii Tnye ^v« bwié de ym DOomsKiimt . que son père, k ror Chauks , a'a oocqaes Toln coBgnoistre Be Y mettre fov. Immu il , kdict roT. a esté BioiiHr heureux et plus loings de salut , et k loot bombk et léad duc fondaiit en annor . quand aaltremeiit oe Ta toIq fortune. Dont « et coflune j*ai dkt [que temps dorant la tw dn roy jâ trespasset , ma présente matière niy- Dense longuement , et les quelles m*a conTenn traictier à regret , maintenant non merreille si je dich que je soye joyeux et qn*angoissement ne font à démener , quand la nouTelle regnation de ce nouvel roy parmet tant de transquillité et de paix , par la paix meisme et salut que ce duc de Boui^oingne , en toiuie ardeur de cuer a désiré à yeoir en ce réaime. Et maintenant cestui noureau roy est expert et asseur, si en feict Dieu haultement à gloriflyer ; et l'heure a esté beneoite des hommes quand ainsi en est advenu. Dont, et affin que je puisse justiffier mes escrips , et temps tant mieulx donner appreuvé à mes raisons , il vous doibt estre manifeste à tous lisans que, depuis dix neuf jusques à trente cbincq , qui font dix et sept ans , ces deux nobles princes ichy furent en gherre mortelle Tung contre Taultre , et des quels les fortunes et advennemens entre eulx, comment qu*il en soit escript , ont esté divers et ruineux , et pitéables en leur nature , telle fois pour Tunf;, telle fois pour Taultre, ainsi que fortune le rendoit. Dont Dieu , enfin , par miséricorde «iivern mn peuple , en Tan xxxv, remîtigua Jiîiirs deux coraiges; et leur faisant entendre leur prorliuin(;t('; <J« leur sang , ensemble la pcnlitiofi du fieufile clirestien , les rcduisy à ijuniiiiiie (:(Hii|KiHHiori Hiir tant de niaulx et à pHri(ir.utiori iionorable et méritoire en la ville d*ArraH , à haute et gruns niist^res sollcnnols
depâs, jnqMsft Tw j LTi, qae par smgtaùam de rauway^OH Tien de rhonine eonoonfe, il n^y ail es des miears pénUenws entre enlx; hmj r une , demain une anitre , plaines de malvni- Mé et d'espoealement , et touttes prochaines ft Ml irlnrf et à pbye, et de si felle et de si mahase coafition que ptas alloient ayant et ' citiîsoieai levs ans, el plus se félUsiokiit et aigrissoieBi les matières entre enlx, el an . diqiosoieni à myne ; donilayenne dn dadphin deyers ce dac, jà i présent nooyel roy , : fa matière da plas aygreeldu pinsperilkiir t bomlloa qai oncqnes s'y inNifa , el en demènement de qai , par loQ^ies tractations bien pesantes, finaUemem tonttesvoies tootles i questions el nunenrs sont cessées el finées^ I et sont marnées en paix et en union, par ; proyision diyme, el par mort natnreik de on roy, le quel, non ayant onoques yeu son coasin cestni duc, ne peult oncques entendre \ aussi , ne congnoistre , ne concepvoir sa léanlté , ne sa prend'homnûe , ne Tamour , ne la vraye naturelle hoimenr et révérence qu'il porloità sa mère maison, et à sa majesté royalle. Que grand pitié fut certes et gtund dommages pour tous deux ! car ne fiada à doubler que, se une fois seulement cestui roy Charles euist peu voir son dict cousin, et entredeviser eulx deux de parfont estomacq, jamais ne se feust peu defTyer après de sa personne , jamais diflSculter dé sa preud'hommie et Icaulté, ne jamais prendre imagination contraire de sa parfonde humilité naturelle , mais y euist adjousté foy et credence , arresl et ferme contenir , et eust mis pieds et fondement devant le remanant du monde sur la vive roche de sa vérité estable ;
(i) Je n'ai pu retrouver ce second volume qui démit comprendre l'époque de Charles VIL Je necounaif ,de George Cliastellain lur ce sujet, que des réflexions sur h paix d'Arras , don^ le manuscrit se troatc à ïounuiy.
CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE.— !'• PART. ifti
que je , bod flateor de sa personne ne pollisseur de sa gloire, sans cause ne présume à dire de moy meisme; car n*en vouidroye estre creu; mais par son propre fils, jà nouvel roy, de son humilité par loings ans nourry en sa maison , ce qui en est dict se preuve et se monstre manifeste ; quand ly mesmes, ayant congneu et expérimenté son oncle , Ta jugié et faict publyer de sa grâce estre Tbonneur desjprinces régnans , Tamas et le trésor de Tbonneur du siècle , et de la léaulté et preud'bommie de ce royaulme. Avecques ce que ly mesmes , est assavoir le duc , s'est mis en tous tels devoirs envers ly, comme nature et raisons et devoir Tobligent , et comme de loings temps il a esté d'estre, et volu et a désiré faire et monstrer à père , s*il Veust bien volu accepter. Car oncques plus humainement, ne plus cordiallement , ne de sy grand humilité , prince ne si petiC vassal, ne honnoura tant la majesté royalle, ne ne se paroCDry à servir léallement icelle j comme cestui , qui de cuer et d'âme et de corps et de chevauche s'y est offert et monstre , jusques à faire esmerveillier cueurs et pensement , que oncques n'avoyent veu partir coffre si à plaince que maintenant il en a tiré , certes à ki justification grande de ses paroUes maintes fois proférées et promises, et à la manifestation véritable aussi de sa léalle profnnde humilité et nature, à la quelle il^a donné voye quand il a veu temps et lieu.
Et jà soit ce que aulcuns pourroient mettre avant des argumens beaucop , par les quels ils vouldroient contredire à mes escrips , et reboutter la vérité de mon témoignage , allégans pluiseurs roidesses et fiertés maintenues par cestui duc allencontre de la royalle majesté , ce diroient , et réduisans à touttes maintes dures et rumoreuses questions non appertenantes à estre portées à ycellui allencontre de son roy, si nonpar puissance rebelle, enquoy il sembleroit que porter debveroit charge de rébellion et de desnaturement , et non pas famé juste et mérite d'avoir esté léal et si humble franchois , et si enthier et soi-
(1) Ctiarles VII mourut en 1461 , et Philippe , duc de Bourgogne , ne mourut qu^en 14S7. C'est pendant cet intervalte de six ans entre la mort de Tun et de Fautre que George Ghattellain a écrit cette partie de sa chronique.
gneux envers Fexaltation de la couronne comme il le prononche; certes se tant ro*est permis de grâce que d*estre ouy enientivement, et que, par solution véritable, je puisse vaincre oppinion non bien fondée , je satisferay aux arguans, et, par approbation clère et de vif effect , je justiOieray mes escrips dignes de perpétuel aveu. Et ne feray ce tant à cause de lui donner gloire ne los en ses mérites, comme je le fais pour le nettoyer et deflardeler de touttes charges envieuses, enquoy sa noble et clère renommée poiroit estre obscurcie sans cause. Car après que )*ay labouré et escript par loings ans , et que de leurs hauls règnes il me sont sourvenues diverses matières et difficultés à traiclier, maintenant quand il a pieu à Dieu faire son plaisir de Tung , et de laultre laissier encoire voyageur ichy bas , apriemes me semble-il heure en ce présent lieu de traictier de ceste matière et de donner à congnoistre quel le vivant a esté et a volu estre envers le mort; affin que le vif succédant à la couronne avecques tous aultres prendent pied ferme en Texemple de sa bonne volunté anchienne. Dont , et se d*aulcunes choses temporelles il loist fiiire regret et avoir aulcunement dueil en leur deflaillance , durement doncques , et entre aultres choses, je plains que Dieu n*a souffert ainsi que le noble et vray humble cueur de ce prince n^a esté congneu du père mort, comme envers le fils il a monstre que il vouloit estre envers le père estant en vie , et que le père , mort peut estre en regret de cestes ruifteurs non vuydées d'entre eulx» n*a eu le fruict et jocundité de Thonneur et service qui ont esté fois par ly et monstre au fils , non par fainte et simulation , mais de vive rachine de réal coraige. Et certes s'ainsy estoit, et que les fortunes ainsi le voulsissent» la vie du sourvivant se fuit réputée heureuse de son [surplus , et Tame afflicte du morant plus contente et mieulx assoufiedeDieu, par laissier après ly ung serviteur si preud'homme. Et ne me seroit besoing ores de justifier si fermement par escript, ce que vivement avoit esté veu et congneu par opération et effect. 0 ! et que à Dieu pleust que non le fils eust eu ceste première gloire d'ung si humble serviteur par expérience i mais que le père,
GEORGE CHASTELLAIN
bien AiÊposé à vérité entendre eust, eu mcisme Tentamement de «on cuer voé à ly et à perpétuelle léaulté voluntaire ! Certes , et leurs personnes en eussent esté plus bîen-eurées touttes deux, et les affiiires de la crestienneté en eussent pris plus clère et plus saine termination que n'ont ores, dont au sourplus Dieu mette provision par sa miséricorde. Aux argumens doncqnes que polroient mettre avant gens taaynenx , ou anltresnon informés dn vray, tendans à condempner cestui prince en antennes de ses manières de feire, par jngier icelles non estre loables , mais obscures, comme longuement enlx, les deux princes, ils sembloient avoir esté discordans ensemble et non parfaictement uni en paix , certes , sauve la grâce des arguans, et jà soit ce qu'il y ait eu rumeurs et discords entre eulx pour diverses causes , doncques touttesvoies de la part de ce duc n*y a eu descongnoissance ne rébellion, n'y a eu contradiction ne fierté allencontre de la couronne , mais observation pienîère d'bonneur et de révérence envers le royal majesté et haultesse souveraine. Dont si lesdiscrepances et débats sont sourds parfois entre eulx bien aigres, sy n'est ce à imputer à blâme à cestui, ne à charge d'orgueil à rencontre de son souverain , mais est à imputer à fortune et à malvats hommes qui envers ung homme juste et prend'homme ont quis et machiné querelles en quelles il s'est bien osé deffendre tousjours, touttesvoies mettant Dieu devers ly, et le debvoir humble en quoy il estoit tenu envers son souverain par obligation do nature ; car oncques ne maintint questioft si juste ne si grande , qu'en sousienant ycelle roidement allencontre des machinans il ne se soit premier monstre humble défendeur de son droit plus constrainct que voluntaire. Et comme il eschiet souvent que entre deux fipères il y ait débats et rumeurs, semblablement entre père et fils maintefois, là où toutesvoies la haynne ne puell estrc radicale ne fonsière , comme naghairc a esté veu et ouy entre le roy défunct et son fils Loys i n'est du merveille doncques se, entre deux princes volans de liaultes èles^parens ensemble, marcissans ensemble, commuiiicquans en divei*ses 'ères et affaires ensemble, qui oncques îsvoies ne se entrevirent; et pevent avoir
eu gens partiaux et sédicieux et Tolnntaires alenthour de leurs personnes , il y chiet des questions et des différons , quand la multitode des seignories et des terres que ont les princes pevent causer aulcune multitude d'accidensV aval l'an, périlleux , et les quelles toottesvoies il convient maintenir en roidenr, par oporta* nité pubticque.Dont , comme le fils peut garder sa conscience non lésée en maintenant sa querelle d'alencontre du père , pareillement peuk bien le subgect et parent deffendre sa cause en roideur sans trespasser ordre de droictiiré. Exemple de Loys, roy maintenant et fils an roy Charles jà esvanouy, le quel par l'espasse bien de neuf ans a esté absent de son père , sans oncques estre venu vers ly, et sans que oncques il y ait eu cause de rumeur anltre en eulx fors que iceste. Hais qui est-il qui favoorisant au père allencontre dn fils osasf jugier pourtant le fils estre blessié eta &on« neur, ne chargié de criminelle offense, quand tout absent et eslongiet de corps il ne s^esl oncques esters ne fortraict en cuer de la voyd de noble fiable nature ; et se contracUction y à eue et refus de venir vers lui pour certaine cause , n'y a point eu refus touttesvoies , ne désestimance de l'amer filialèment et servir en toute humilité et amour deue. Si en ont eu touttesvoies pluiseurs alenthour de son père de jugemens en son contraire bien gros , qui peu touttesvoies sentoient de son cuer peut estre que il estoit en dedens. Et par ainsi les hommes font leurs jugemens par les apparences extcriores ; mais Dieu seul enfonce les pensées , et congnoil les bonnes inclinations secrètes. Si n'est pas chose certaine jugier selon l'oeil, car souvent l'intention de Thomme est fructueuse et rendant salut , là ci ce qui appert par dehors semble estre corosif et de malvaise entreprinse. Doncques au propos de ce bon duc de Bourgoingne , depuis la paix faicte entre eulx oncques ne s'est trouvé rébellion en lui ne fierté, oncques desvoyement ne descongnoissanche , mais avecques querelles grandes divei*ses et très dures , humilités et regrets les plus parfons de la terre ; ei tellement qu'en multitude de questions saus nombre ruyneuscs et plaines de péril, luy seul par tollerance , par sa vertu et gravité de sens , par son humilité et amour vive »
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les ft vakfCttes M dénoées^ tes a mollies et menées à fin, ec les a Aiicc fondre et tonrnef à néant soubs toutte hamiUté endurante. Qml exemple en est-il de LuxemboDiigf? Quel patrM ansÉi en ates vons ven de k férèplion devers kd de Leys jà rey présMt? QveUé apptreftce de araintes vielles et nonveHes inatièrel mynenses et aigremeM èslevéèe) lesquelles H a maniées non par Veupéiii, mais par bnmble remonstranoe , nott par nialvaisetév mais par dévote pryère, nett par er{foeut ne puissance » mais par tout hmtiMe endurement , peur (aire sacrefice de sa «anse; et lequel, tout ce que t>ncques il fit et pensas depuis là ^réduction à la paix » il a fiici , pensé et mis sus à Fadvantage , à la gtoire et à la tx)teervation 4e ce royaime , doutant que en Iny gisoit porcion ou povoîr de le faire , Combien que de romptnres hiy ont esté données msântes, él traverses , par lesquelles a Iny a eonvem estre retardé de maimes bonnes afiîBctions ^ et dont meismes les eiapeiciiansoHi esté mailienrent tet mauldis^ et hii justiffié , connue j*eepdre ^ devant Bien ^ de sa bonté délibérée^ sine quiermais d*en faire longue récitation. Mais qai légîèi^ méat ne se vonldra arrescêr à Texellente des filtres que je Iny donne> regarde doncqnes amplement à la multitude de ses vertus et bonnes œuvres., dont livres sont pfanns \ et lors après il juge de ses mérites , toenges et service. L*on dict que les pardles font congaoistre f homme ; mais souverainement ses œuvres le démonstrent et jngent estre quel il est, tel ou tel. Se doncques paroUes bonnes doibvent donner grâce et gMre au proférant ^ plus encoire doibvent donner bonnes osuvres loenges et exaltation à celuy qui est coustnmier de les faire. Aussi que Tarfare florissant n*est digne de (rimn los s'il ne rend fruiot^ aussi rbomme, pour bonne parolle tant sonltement, ne s'acquiert le tiltre de bonté sans y adjoiii«» dre vertueuse œuvre. Tousjonrs Toenvre démonstre quel rbomme est en rachine ^ mais non pas toujours les parolles correspondent et concordent avecques les intentions; car souvent y pndt avoir fainte et simulation de ce que non est; parquoy abus y chiet et déception. Se doncques Tarbre qui rend fruict est ù amer et à tenir chier , parce qu'en luy a
existence de bien, et non pas tant seullemenC apparence ; comme plus doncques est d'aymer et de prisier Thomme non double ne foinct , mais ung en parolle et en foict , qni rend au monde le fruict de vérité, et de pren* d'homme tendant au salut de l'univers pen^ pie de Dieu , et par procurer paix luyHneism s'entretient en dedens soy paisible et trans^ quille. Et est^il bomme en terre, voyam arbre porter bon fruict qui le osast jugier malvais? et hmnme faire bonnes œuvres et sainctes « tout jeusne et tout vid , le condempner reboutable ? Ne sçay se possible est à raison bien résolue de le faire. Mais nne chose bien sçay : que impossible est que ce qui est bon , par malvais jugement s'empire. SI ne dis point cecy en vayn , mais au pourpos de ce duc de qui je sçay bien que pluiseurf en temps advenir poulront parler diversement , pour cause des différons et questions maiiitmi qm ont esté entre le roy Chartes et ly meismes, Jusqnes au trespas d'icelluy roy qui esl nMrt en ceste rachine ; dont aulcuns ponr^ roieut penser que ce fuist à la charge de ce duc, et à sa coulpe, quand il ne feist retourner son fils par devers luy, amsî que par plulseurs fois il l'avoit mandé et commandé à Tung et à Taultre. Et pour ceste mesveillance en dévers luy, sembleroit estre fondée eti raison à pluiseurs et par conséquent debveroit porter charge de malice et de restiveté à la couronne. Pour yceulx assouffir et redarguer par la vérité contraire , j'ay produis mes exem-ples et raisons dessus toudiées, et maintiengs, que Comme le bon arbre se congnoit par le bon firuict qu'il hkx ^ ainsy l'homme se congnoist et se pneit jugier par ses œuvres et par ses vertus ^ lesquelles il monstre par parolles et par effect. Et ne puetent argnmens fondés en eppinion incertaine noirdiil* la Pè^ nommée d'ung bon homme , lorsque ses f«s et opérations affieiment et appreuvent réaUement quelle chose il est en sa nature. Envis certes qui oncques jeusne ne commist faulte, et quand venu est à son dernier éage , tout plain de jours, la vonldroit commettre, vietlart. Donc se préserver de faire faulte , est splendeur à bomme de hault pris. Gomme digne de los et de records sont doncan*^' les faaukes et excellentes œuvres atetv
GEORGE CHASTELLAIN
ment monstrées'en ce'royalme, et dont le siècle en a vérifié la mémoire ! Ne se faigne nul , si n*est par envie , de luy donner hveur à celuy qae les estranges nations longtaines recommandent par famé et que les papes et les princes forains et toutte Téglise universelle de Dieu jusques aijyourd'huy a soustenu et porté , a eu en grâce et en recommandation singulière devant tous regnans. Dont , comme de malvaise vie et obscure ne poelt sortir bonne renommée , faict à croire que ceste haulte recommandation d'honneur et faveur ne sont données ne de Dieu ne d'hommes à fortune , ou seroient abus et erreurs en ce monde yci-bas , à la cause de luy ieul contraire , de nature et de cours infallible } ce qui n*est pas. 0 vous humains cuers de^ Franchois , qui , par successives généra- ^ons de père en fils , en temps advenir trouverez mes escrips , lorsque la main pourrie en terre reposera soubs divine merchy^ se foim vous poelt prendre de visiter mes œuvres » et que loisir trayez à Tadvertence d'icelles, ne voelliez doncques notter le son des parolles, mais les causes et rachines qui m'ont jneu à les former telles. Car en vérité , qui devant Dieu me présente, en cause nécessaire etfructueusemesuis fondé, trop plus que ne^sen intention de trop hault loer personne papiittribution de vaine gloire ; mais considérant les ans très loings et les sauvaiges fortuoses diverses qui avoient eu cours entre ces deux, et à cause de quoy, chascun à son los avoit porté des ymaginacions beaucop et de:murmures , et les quelles avoient excitées leurs passions et corraiges comme hommes-, «noy , certes , ayans veu le définiment de ceUui par qui tout povoit thirer à mal ou à bonne.yssue, et que la charge du discord povoit demorer sur le dos du vivant, et sembleroit par ce en estre cause, moy, congnoissant souffysamment leurs personnes, les causes aussi de leurs questions , les qualités et conditions des circonstances et des hommes de cellui temps emprès eulx, ay jugié loable et méritoire de justifier celuy qui n'avoit coulpe ne desserte en rancune nulle que le deffunct a peu prendre encontre luy, ne en quoy il est mort , •aulf touttesvoies et bien entendu que , pour juttiffier, Fung 9 je n'entends, à condempner
l'autre en riens, ains le prottonche le t>Iii8 saige et le plus glorieux roy tout compris, et le plus clère et plain de haulx fais qui ghaires ayent esté depuis Ghariemaine. Mais en tant qu'il touche passions humaines, el que s'engendrent couroux et froidures em cuers des princes, ad cause des variables et diverses aventures que fortune forge et en* voye , dont l'ung maintiengnent av(nr droit et l'aultre ne se voeit attribuer le tort d'icelles passions et rancunes; certes, de si faictes rumeurs et différons dont les vérités tousjours ne sont attaintes ne sceues là où il besongne, j'ay contendu, et a esté mon intention, de faire apparoir par ycellni qu'il n'y a coulpe iet par condoléance et clameur aivers le ciel, SQUspiranment plaindre et plorer l'adventure que sa bonté n'a esté congneue de sa part du trespassé , par quoy son cuer en fiiist mort plus que à son aise. En quoy touttesvoies nm l'ung ne l'aukre n'ont eu coulpe , mais UoÊt seuUement fortune ennemie à tous deux, avecques les malvais hommes qui y ont mis dissidence. Si est mort l'ung à regret, et l'aultr» relenqui en souspirs, pour cause de la suspi* ration non juste. Car jà soit ce qu'en luy fiiiat bien de recueillir le fils du roy et le noutor humblement de ses biens, n'estoit pas en luy pourtant de le renvoyer et de le faire retourner vers son père, comme se chasser le voulsist et bouter hors de sa maison. Et luy seuUement le fils, non enfant lors, maisqui homme percreu estoit, l'arbitre avoit de ce faire et de s'en retourner; qui oncques toutesvoyes ne Ta volu, pour presse ne pryère. Dont , et se la longue demeure par devers son bel oncle a esté cui* santé au roy son père, oncques touttesvoies, seloncq que les choses sont advenues depuis, ne advint chose plus salutaire en ce royauhne que ce qu'il est retraict et persévéré , quand par vertu de ceste maison, son humble servitresse , laquelle il a incorporée en toute difection et confidence , il est parvenu paisible à la couronne à laquelle à l'adventure , se ailleurs eust esté , et seloncq les dispositions diverses , il ne fuist par-attainct jamais sans estrif ; dont ce noble royaulme fuist arrière encheu en sa pestilence anchienne.
Car il est tout notoire que dès le commenchement , quand il parti de son père , il s'en
CHRONIQUE DES DUCS DE BOUROOeNE.— î" PART. IM
parti par indignation à rencontre d'aulcnns, et les quels depuis, comme courut la voix, se sont , fortiSyés avecques le père en son contraire ; et tellemait par-obstinés que & paines Font mis tout en oubly et en non cballoir, eulx oonfians sur la longue vie du roy en ung endroit, et en raultre,*sur ce que avoient devers eulx Charles le fils joUvenchiaux , par le quel à l'estraindre ils feroient résistence et maulvaiseté à Faultre. Et jà soit ce que ce roy Loys fust contraire et non bien volu de pluiseurs, Iny demorant encores au Danlphiné , et que au roy son père cùisoit moult son refus de venir vers luy, sooveraiaement touttesvoies quand on a veu son adjoinction devers son oncle , non aymé de Taultre part, là alors s*est engrossy le venb ; là s'est aguisée et enfelUe la cuisance. Et qui solloient présumer d'en estre maistres enfin , et de ravoir vers eulx par force, maintenant se sont tous effrontés et espoventés de peur, non pas que le duc y regardast ce que les aultres y nettoient ; mais ce que les aultres doubtoient pouvoir advenir, quand advenu est, il s'en est réputé eureux et Ta pris en son advantage. Aussi , certes , et se à Dieu peult plaire que je me boutte en ses œuvres mistérieuses, et que je craintifvement présumer ose à filtre enfoncement en ses providences, ceste retraicte doncques icy m'a semblé estre ung hault et vray jugement de Dieu, et une chose sur touttes aultres causes en dif ine équité quand ce jeusne prince le daulphin , que aulcuns contraires et hayneux de ce duc quéroient à faire instrument de guerre contre ly par soubtilles voyes, Dieu prévoyant leurs intentions, ensemble la preud'bomie , de maulvaistié l'a envoyé entre ses bras estre instrument de son salut , certes , en confusion des proposans. Car feict entendre que beaucop et par loing temps premier que oncques il délibérast à venir par devers son oncle, ceux d'emprès son père quérurent et proposèrent de l'envoyer sur les marches de Pikardie , afiin de demander ouvrcture aux ville» engagies sur Somme , et de les retourner eu sa main , par envie et dueil que avoient que ce duc tenoit gagié le roy d'ung des beaux membres 4^ sa couronne ^ et lequel ne véoieçt à po-
voir recouvrer sainement, pour cause du iraio* tié de la paix , si non par ceste soubtille coih« verte voye de le faire demander au fils béri-* tier, comme non consentant au transporter. Dont, et que cecy vray soit appert, quand par deux ou trois fois le roy s'est assayé de les ravoir par demande, et a envoyé ses ambassateurs à ceste cause par devers le possessant , affin qu'il les veulsist rendre, sans encoires luy oifrir les deniers sur quoy s'estoient obligiés , mais faisant dire que autant et plus que les deniers momoienC il en avoit levé et rechupt. Dont , et quand par celle voye il ne povoit venir à ses at-> tainctes, et que les tcsponses du duc pos-^ sessant se trouvoient très graves et bien fondées , par une aultre fois après ren-^ voya pour celle meisme cause ; et voyant que ses terres ne pourroit ravoir, des deniers; contendi à faire payement, par vielles debtes trouvées en la chambre des comptes à Paris , en quoy on voloit dire que ceste maison de- Bourgoingne , dès le temps du bon duc Phelippe, seroit obligie , ad cause du voyage de Flandres que le roy fist en sa foveur pour sa: bataille de Rosebecq. Auxquels anri[>aBsateurSi propposans cecy fut souffisamment responAn;' aussi à la matière; et tellement que pen^ y proffittèrent , et bien perchuprent que jamais ne seroient eslochies lesdictes terres, saarnes. titution réaile des deniers qui y estoieni mis sus ; lesquels rendus et ofiers à rendre, le due n'enfey oncques contradiction, ne l'eust Vola faire. Et par ainsi doncques , quand tous ceti moyens quis faillirent, ce que le roy avoit ^ son royaulme tout enthier doé à luy , ex*ceptées lesdictes terres de SonHne , dont l'envie se sourdy grande en cuers de pluiseurs , imaginèrent de le recouvrer par maulvaisetié de cestuy futur roy, qui faiuderoit non vouloir consentir au compact de son père ; qui estoit et enst esté chose damp<nable et honteuse et directement contre la paix, et toute équité divine et humaine. Par quoy,. tout cecy considéré , je dis que voirement ce a esté ung hault mistérieux jugement de Dieu quand de celiy que Franchois pour lors quéroient à faire instrument de division et de ruynne par envie. Dieu , au rebours de leurs
proposemens > ei\ a faict infirumeql de ^Int-
et do paix , lequel envoya là amy et protec^ teur là où ils le quéroient envoyer ennenny dévorant. L'on dist aussi que mal n'e^ doal bien ne viengne. Dont se vray est cestui diot vulgaire par aultre eschéance d'aultre temps, n'est pas menteur icy quand de malyaises el venimeuses conspirations sont venus fins et e6eG($ salutaires , contre la volunté encore et Tentendement des conspirans ; car ont pro^ c^ré paix à celluy à qui on cuidoit mour> voir estrif $ Von a donné glpire et renforçhement à qui on proposoit inférer ruyne \ pi^a faict d'ung duc débouté loingeœent du royal trosne , le bracb féable de sa couronne exalté par préémiiience ) et finalement d ung royal héritier avieuty, condempné, mesvolu et exuU , on en a feict roy glorieux et paisible, et par cellui encore par le quel ses bayneux le jugeoient non digne d'y paraitaindre , comme ayant pris la fuytie devers çellui du monde que mains leur estoit en grâce et que plus réputoient contraire de la majesté. Et par ainsi, toutes ces choses proposées et trainnées en ung moment do heure et contre toute ymagination d'homme, sont tournées et chan* géea en aultre fin. Justement je puis dire ^t mi^ntenir , qn'en cecy n'a riens que merveilleuse œuvre de Dieu, hault et mistérieux jqgement , espoventable- quand les malvaises et iniques cogitations il paye du meisme de leur quérir, et les justes et sonifrantes pensées il saoule de ses provisions débonnaires. Bien appert quand de plus hay et mesvolu de ce royaulme sans cause et sans coulpe veellant monstrer aux hayans leur malice , l'a faict le plus sollennel prince du siècle, devant leurs yéulx meismes , et au milieu de leur puissance; et en a feict le nouvel roy ung nouvel Mardocheus ; le quel Ta faict seoir sur son meilleur cheval de Gipres ; quand lui a haillié en sa disposition son royaulme et sa dignité , l'a décoré de ses meilleurs vestemens royaulx , quand en tous lieux et à touttes personnes, il a proféré ses loenges et la qualité de ses vertus , et Ta faict mener par lès rues et quarfours de la cité , criant : «Venez voir celui qui est digne de royal honneur! venez le voir, le veschy ! » Ainsi est honnoré cellui que le roy voelt bonnororr
Certes, car lui joiiignant à ^cm les dextre^ lui a faict envoyer et présenter les çleCi^ d«K ses çitéi) et bonnes villes ) Hiy s^ feiei venir «u devaM les nouble4 geqs d'Oise. M beurgois, faire leurs proppsitioiis févér«fta tes et bien viengnans , comme 4 Iw imn pre; et leur eommandsmii par expr^ le faire comme au plus djgpe de sa fffOfMe, aiqsi que cy après sera réeité ptas au km§ en son lieu. Quoy doncques ffiMfrm dii^ ycby i^ N'est œ pas tfardochéus , esle^ pw miracle et par divine exaltatk», à ctauio de sa longue humilité et toU^panoePSAJia sont peint Aman yceulx qui maismes embrassier cuidoient ceste ghMft et à eiils adepter , qui en sont déohens el en sont pendus à la |forche de leur proppre honteuse confusion pourchassée. O jugement de Dieu ! A ineffoble prudence droîeUirière 1 Comme icy appert et se manifesta ton équité! comme icy reluist ta bonté et là glorieuse provision qui ne det^Biult anx haoh mes ; qui les yeulx et le coffre de sa bénignité defferme envers toutes oréatores, selon rexir> genoe de leur salut l O benoite soit ta gloire et ta majesté excelse , benoite la misértoonia et ta justice irrépréhensible, et benoît ^n naq et ton règne , qui touttes choses ftis à pois el à mesure. Et benoit qui te bénit et qui te erainct et honneur. Qui a eapînes à cueillir, ei d'icelles pour fin auloune il convient fairo bayes et clôture , mal les pnelt manyer sans dangier, et mains encore asseoir nnlle pari sans que aultrui ne s'en duelle. Dont, et comme les labourans en espin^ ont matières odieuses et poignant, ceulx par contraire qui accdlent les rosiers, et empoingnent les roses odorantes , ont délectation en leup labeur qui les console, j'ay labouré en espines loing temps, et ay eu œuvre à tissir dangereuse , en laquelle si bien l'ouvrant que le regardant a pris des plaisirs. Sy n^ay sçeu comment asseoyr mes bayes ne tant les estraindre, de près , que par les graffifians rpnches qui y sont tressées dedensje me foche; et fèray mesdire de Touvrage et de l'ouvrier ; et ne seray point si heureux , hélas ! que j'ay oncques converti mes mains en l'espiusance des roses délectables nulluy offensières,
parce que fortune ne les a offertes à moy,
moy y appelle; abis m'd présenté landes pleines de joncs marins et de cardons, dont rien que venin et lésion ne se povoit traire, jnsques à présent que , non pour complaisement de msL povre personne , mais pour le bîûD lUMTersel du monde , elle m'a changié mon eor et m'a fait , de vaucrage en longhe ananyeuae bruyère poingnant, entrer en ^UtUn plain d'arbres et fleurs soliaciçuses , qimit percteH me suis que terminé est le chief Ot le causeur des espi^efii du ipioode , et est feiurae la plante qui produira les roses, se Dieu plaitf , à la jecuôdité et salut de tout homme.
Oom se par les espines que i'ay maniées Vmgnement et lesquelles il oi'a coAvenu labourer et asseoir en oeuvre, je pourray çstre tenu et renommé ouvrier, poiognaot plus peult estre à ung lez que à l'autre , comoie souvent les jettons par nature tournent plus cbà que là, maintenant, quand fortune m'a dovné auUre CBOvre à tissir, et m'a présenté l'ombrage de dilûoes et solas, de la maûi meismes qui a fait hs CBuvres graffinans , je feray les pioches de délectations ei d'aggréaUe , sans toultesrviiesqua je soie réputé offenseur en l'ung ne OB Tudlre ae flateur v^dontaire non fondé en eause ; £ar parcialité vuydée dehors , je a'ay amrar à région cfurestîetne que à celle de Bribc^; me à aahre maison, tant soitexakée , jaae porte honaeur ai comparisoa d'icesteaur tautte s^iffyée ; x^ar c'est ycelle qui seulle aachiepnemettt rehiist et resplend , et que les pèries des végnaas aujounl'bây ont faict fiamer et esbruire par la rondease da siècle. Dont, se aakones diverses gens comme le temps et les éages sont divers, par passions et fmgUlités on auitrement se sont esters du ti*ain anchien et ne se sont maintenus en la voye de vertus seloncq leur estât, ne s'en sieult pas pourtant, se iceulx«ont rais et nottés par escript, selon laufs qualjlés , qoe r^escrtpvant soit notté de baynne encontre eulx ne de pareil corraige , quand tout oe qu'M en a faict , il l'a faict par eoadoléance du mescbief , et pour l'utillité po- Micque qui grandement gist en deffiendre la cause de Tinnocentet du preud'homroe , pour donner exemple et désir de tirer cellui chemin.
Doncques qui Anglois ne suis, mais Franchois , qui Espagnol ne Ytalîen ne suis, mats Franchois ; de dewt lïaacboiS; l'ung roy ,
BOURGOGNE, — I« PART. |fl7
TauUre duc , j'ai escript leurs dôuvres et contentions, et les grâces et les gloires que Dieu leur a envoyé en leur temps. Dont, qui mieulx les a employées , c'est cellui qui en attend le plus grant fruict ; et qui plus les avéra converties à vanité et mésus, qui plus en thirera reproches, par considération que : toutte rien terrien iault que termine une fois ; roii^^ nuient > regnations s'esvanoyssent ; mais seulle vertu et méritoire œuvre sieult Thomme en sa bière, et lui baille gloire éternelle. Vechy mon ymagination de tous temps. O vousFVan^ chois , vechy la cause et la fin prétendue en mes labeurs. Et qui de main de Bourgoingne ^y prise ma nourison et essourse en bi clarté des Francboîs , n'ay oacques jette ma famille , sinon par condoléance des fortunes oblicques entre particulières personnes. Dont je prie merchy aux Usans de ce que mal y sonne sur le temps passé, et du remanant leur plaise avoir contenanoe , qui sera tel qu'il plaira à fortune.
CY COIQCENCBE L'HISTOI&C.
Loys, non daulphin maintenant, mais roy non conronné, presteme^ change beu et partant de Genappes , a tout Charroy et ce que avoit de bagghes, vint logier an pays de Haynnaru, toujours dreschant son chemin vers Franche. Et le duc son oncle prestement aussi se desloga de Hesdin, et se vint rendre à Lille par chincq ou six jours. Et lui estant Hlecq fist feire mandement à tout le monde de s'armer et de mettre sus , car il entendoit de mener le roy à son conronnement, si pui^ssant et si fort que le ramannant du royalme n^ eust sceu contre estre quand on s'en fnist nus en paine. Et de ce fait il se prépara une armée terrible et merveilleusement grande, sans encoire faire ban ne arrière-ban ; mais tous les nobles de ses pays et divers lieux, dont il avoit beaucop , par ennort l'ung de Taultre , et par amour que avoient de loi faire honneur et plaisir en cestui cas, se mirent sus de bonne voeille; dont les frais estoient si grans, et les mises de si grand pris ^ qu'il ne
seroit i dire et seroit dur i croire.
ISS
tJÈOËGË CHÀSTELLAIN.
En ceste ville de 14110 se'^tint ce" duc par environ huit jours, et vidtta ses cofireset les trésors qui estoieut au chastiel , conune qu il véoit le temps estre venu, là où ilconviendroit frayer et boutter avant. Touttesvoies, conune cellui qui avoit son regard en plus d'une chose , pensa fort sur ses dis coffres. Dont , se multitude y avoît de chevance , ne délibéra point d'en thirer largesse pourtant que à mesure. Car moult estoit curieux sur ycellui , et sembloit le voUoir garder à quelque très haulte et très oportune fin , seullement congneue de Dieu et de lui. Or avoit ik envoyé le seigneur de Croy devers le nouvel roy, affin de Tentretenir gracieusement en surséance , jusques à sa venue, lui faisant faire sesexcnss^ons aussi sur les causes de son tarder. Lequel de Croy, bien au gré et à la main du roy, ooaune preud'honune et chevalier qu'il estoif, bien le sçavoit faire ; et s'en tint le roy bien à content. Mais entre aultres choses moult se donnoit merveilles , che disoient , pourquoy beaux oncles vouloit mener tant de gens avecques lui, et mettre sus une telle armée , dont il ne faisoit besoing ; disant en oultre : « Beaux oncles ne se doibt doubter de nuUuy, puisqu'il est avecques moy et moy avecques lui ; comment ! et ne suis-je roy? de qui doit-il avoir peur ?» Et alors le seigneur de Croy, qui beaucop pensoit le feictde son maistre, respondy : « Sire , mon seigneur ne le fait pas tant pour la doubte qu'il ayt de nulluy, conune il le fait pour vous servir meisme et honnorer, et pour deffendre et avanchier vostre querelle, se besoing est. » — «De ce, dist le roy, lors de ce ne nous sera mestier j^ay espoir ; car desjà centaines approchent de dechà, et se viennent, rendre à moy une grand part. Et où que je soye et qui que soit alentour de moy , beaux micles est sceur avecques moy \ et se poura aussi bien fier de moy et d'estre entre mes mains, comme je me suis fiet de moy estre rendu entre les siennes. »Atant se clianga le pourpos entre eulx , et cheurent en aultres devises.
Pendant le temps que le nouvel roy Loys se tint à Avesnes, attendant le duc son bel oncle, s'estoit meu du pays de Normendie cellui qu'on appelloit le grand seneschal , messire
deux lieues près du'royTet luy estant là ne veult aller plus avant sans envoyer deren lui , pour sçavoir se son plaisir seroit qa*il vienst devers luy et quand. Sy y envojfa k bailli de Birry ung qui avoit nom le Petit Meny , et annoncha au roy la venue dadit cbevalier« Lequel quand oyt sa venue, durement se indigna; et donna assez à congnoistre que s'il fuist venu jusques de plain bout, che lui eust cousté chier,car lui eust faict perdre la tète, entendu que c'estoit celli seul da monde , avecques le comte de Dampmartin , Anthoine de Thavannes, que plus héoit et que plus réputoit son emiemy. Laquelle chose touttes voyes à moy fait dur à croire ; veu qu'en ly avoit sens grand et vertu, et ayant faict des services à son père , de haulte recommendation , plus que nul de son temps , porta renommée d'estre ung des vaiUans chevaliers du monde, et de plus grand entremise. Touttesvoyes , f ust bon f ust aultre , le roy ne le veult oncques ne veoir ne ouyr. Et si estoit-il venu là touttesvoyes de par les estas du pays de Normandie. Mais honnestement le roy l'envoya arrester au lieu de Bavay, et ly commander que sy hardy ne fuist de bougier de là sans son ordonnance. Et ce fist-il faire non pas par ung de ses gens, pour cause que c'estoit au pays de son oncle, mais le fist faire par messire Jan de Poitiers, sei-' gneur d'Arsy, qui fut chambelhin audict doc et son anchien serviteur. Sy faict. jà penser que ycellui arrest estoit assez cause d'espoventement ad ce chevalier, entendu encores que jà très loings temps avoit qu'il ne se sentoit pas bien en grâce. Touttesvoyes eust peur ou non , en semblant ne s'en meut oncques ; et respondi froidement que voiremenLne partiroit jà sans le bon gré du roy; mais il estoit venu ambassateur par devers ly, en quelle charge et durant ce temps, selon termes d'honneur, il ne debvroit ne mal avoir ne mal souffrir; et au fort, quand il plairoit au roy de le traictier en justice et non par voiuDtaire righeur , il se réconfortoit assez en tous périls , car ne se sentoit en riens mesfuici vers ly, si non par avoir bien et léallement servi son père. Si demoura arresté par l'espace de sept ou huit jours , que le
PiGPPc de Bf^zé ; et vint jusques à Bavay, à | roy fist encore renforchier le guet sur lui ,
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de peur qn^îl ne s*en fuist d'emblée ; car ] de vos mains, ne trouver lieu qui lui baille
aulcuns loy atoient rapporté qu'il se debvoit emblerparnuyt et s'en aller, par peur que il avoit ooiicheile. Or avoit ce chevalier beaucop de hayneux alenthour de ce roy et de moult loing-temps; lesquels touttesvoyes n'estoient point gens de si grand poix que on pourroit bien dire. Mais sachant leur maistre avoir cuer fei envers ly, boulèrent de leur venin avecques le sien , et boutèrent à lacharette le plu3 que peulrent pour renverser. Si en fut son faict en plus grand branle ; mais à l'aultre lez, comme tousjours l'on troeuve de nobles et vaillants couraiges honestes les ungs plus que les aultres, se trouvèrent icy sur les entrefeictes le seigneur de Croy, que le duc y avoit envoyé, et messire Jehan de Croy, son frère, qui y estôit venu de ly meisme. Et eulx voyans ce notable chevalier estre cheu en ce dan- *^er et en tele maulvaistié, labourèrent devers le roy pour son délivrement, en lui disant : « Sire , c'est ung gentil et noble chevalier qui très hautement a servi le roy vostre père. Et posé ores que f eussiez malcontent de lui, si en debveriez encoires différer , pour les grans services qu'il a faict au roi deffunct , qui encoires gist demy chault en sa bierre. Sire , il vous loist mieulx entrer enrégnaiion par clémence que par righeur ; et donrez espoir et affection à tout le monde envers vous par débonnaireté , tandis que vous rebouterez les icuers d'en arrière de vous par condition austère. Ce noble chevalier ychy il est venu devers vous ambassateur, et en la confidence de vostre humanité , et saine raison ; et av^z plus grand cause de le souffrir en son francq aller et venir, que lui causer de craindre l'accès devers vous en vostre fureur; et pour dire vray il vous faict honneur grand, quand luy, soy sentant indigue de vous, se ose bien présenter à vostre face^ sur l'espoir puelt estre de son innocence et netteté. Aussi il faict à croire , que s'il sentoit cas en ly, parlequel justement le deussiez pugnir, au sens qu'il a , ce que maintesfois il a monstre , il n'eust été si follement hardi jamais , que de soy venir mettre voluntairement en cestui dangier.
Sire , vostre honneur seroit de le délivrer, et puis après , se vostre plaisir y est de le vouloir recouvrer, amis poulra-il escapper
garant contre vous ; car il est nuement vostre homme et vostre subjecr. » Telles estoient les paroUes de ces deux chevaliers , qui moult servirent le chevalier arresté, et souverainement de messire Jehan de Croy , maintes faveurs et honneurs que avoit trouvé en ly par delà, durant la vie de l'aultre, et que certainement cely seroit grand faulte , se il le traictoit aultrementquebien, au mains àTheure de présent; car à paines le blasme en tourneroi t à demy sur le duc leur maistre, pour honneur de qui tant de fois s'estoit offert et présenté à eulx , et en^ effect mis en peine de lui faire toutte honneur et amour; souvent aussi en desplaisir grand d'aultrui non de ce voulloir ; et partant prioit au roy qu'il le voulsist délivrer et le souffrir en aller pour celle fois. Lequel le fist ainsi , mais non pas sans diu*, pour cause des aultres qui labouroient en contraire et qui voulentiers euissent veu la confusion de leur hay. Si luy manda le roy qu'il s'en retournast en sa maison et que devers ly ne revenist jusques il le manderoit et oyst nouvelle de ly. Si le feist ainsi ; et party de Bavay, prengnant en gré son aventure qui n'estoit pas empirée par les deux frères de Croy ; et lui venu en sa maison , se contint là une espace, pourvoyant sur son cas. Dont la manière de son afaire depuis sera contée chy après en lieu convgnable. S. Or siet icy à faire ung compte de ce nouvel roy non encoires couronné , le quel , en son venir vers Avesnes, vint devisant avecques le seigneur de Montaban et messire Jehan de Croy , de plusieurs choses. Dont entre les aultres luy eschey à tourner sa raison par exprès à la personne dudict chevalier, messire Jehan de Croy, en disant :» Seigneur de Chimay, qu'est-ce de ce monde , et des adventures que Dieu envoyé aux hommes diversement , huy d'une , demain d'une aultre ? et telle fois que à l'heure quand on cuide estre le plus malheureux de la terre , on est près de son bien, et quand ou cuide estre le plus estable en sa fortune, soubitemcnt se reverse la roe. Gechy dis-je pour moy meisme , qui hier encore me tenoys pour le plus povre fils de roy qui oncques lijst , et qui depuis l'éage de mon enfance jusque ad ce
GEORGE CHASTELUÎN.
jour préseni ii'ay eu que souffrance et tribulacion , povreté et angoisse eu dtselte , et qui plus est expulsion d'hiretaige et d'amour de père, jusques à estre constrainct de vivre en emprunt et en mendicité , ma femme et moy sans pieds de terre , sans waison pour nous respondre , ne pour ung denier vaillant , s'il ne venait de gr&ce •t de charké de beaulx oncle > qui m*a en^ tretenu ainsi par Fespasse de cinq ans; et BMÙntenant , tout souldainemeat > oemme se je partoye d'iing songe , Bien m*a emvayé BOHvel eur ; et en lieu de ma povreté passée, su'a faîet 1q plus riche et plus puissant rey des chrestiens , et d'abondant plus eieores beaucop que le roy mon père , la quel on réputoit puissant par merveilles et que tottttes nations le redoubtoîent. Mais nMny aujottrd'btty sui^ plus redoutable et plus puissant par tout; ear j'ay par devers moy beaulx oncle , le quel oncques il n'a congneut ne gaigeié par amour ainsi que moy. Et par ainsi et par le renforchemeat que je m'atribue , venant de ly, je ine répute le plus puis- •ani et le plus redoubtable roy éa monde présent, et qui joingt avecques moy le dict beaulx oncle , ne doye craindre le sonrplus de la terre. »
A ces paroHes escouta ententivement le seigneur de Montaban , et prist la response devers lui , ad cause de ce qu'il lui semblent que le respondre lui séoit mieulxsur ce point que à l'aultre, messire Jehan de Groy , et dist : « Sire , advisea bien et mectez paine à bien Tentretenir et de l'avoir à vosire amour tousjours , ce bon noble prrnce que vous congnoissez sy hault et puissant, et que vous eonfessez meismes que vostre force et redoubtance en sont accreues. Yoirement vous y estes beaucop tenu , tant pour nécessité de vostre honneur comme de vostre bien. G*est le trésor de la terre ; c'est le miroir des princes crestiens et la précietise pierre de TOStre réaime , que nous tous desoubs vous et avecques vous devrions honnourer et tenir à cher. Et pourtant conduisez vous y et voiis y portez tellement que Thonneur demeure vers vous, et le bien aussi que vous y alleghez. » — « Seigneur de Montaban , che dict le roy alors, jamais ne sueffre Dieu que je
soye sacré ne que je porte couronne six jours, se je ne l'ayme et complaise tout mon vivant , se je ne le tiengs au bras dartre de mon corps , et se jamais je vuyde ou m'estorde hors de son plaisir et bon agréement , car je le congnois à bon et léal. J[e m'y réputte à tenu et d honneur et de droictiire; et m'a dict ce qu'oncques ne dict ne dira à set propre seul enfant; par q^y je le'y doye biejd fier. »
Mais jà^^t ce que ces peroUes i9iwwi iMfUes , et qu'elles ppvo&eei bien partir p»er l'heure d'alôfs de hô« esUM^açbi teeUesyoyee a'eetresievirent-eUes pavrement et doneiôreiu depuis peu de fruict. Que je pleins^ que cii^ de ray après avoir ceo^ieiit ett o^isaie confessé son cas, sa povreté , sa pi^re fortune , te toutte humble aoûoistratiou curieuee»
la réception léale qu'on lui aveU faicte > s'est volu ou distraire , ou estordreet esLoegier de sa paroUe , de sa propre congnoias^mobe, et condescendre en froideur, en oubly et ingratitude , non jamais répacabie ne à ueKoyer, H de titre et nom de roy indigne, si jamais povoit escbeoir en cas semblable k pnnoe de tel estât. Pevent et poiroul cy après estre abhominés et tenua et mespris par ung tel mescongnoistre. Et de quoy donc ce me poise leuttesvoyes qu'ainsy en va , vou9 orre^i et percheverez les manières lorsque tenipe sera et ordre de les dire.
Yuydant doncques de telles dtvises et ▼aines parolles , convient retourner à Avesnes ; là où le roy attendoit son oncle le duc ; et hiy tardoit beaucop là son séjour , combien que constraint fuist d'y surattencke , pour cause des estoremens appertenans au service du roy mort, lesquels on faisoit à toutte force en Vallenchiennes, tant de brodures comme de peinture et d*armoieries. Si vindreut gens de toutte pars à Avesnes , prinches et barons,' pluiseivs évesques et prélats, gens de citée et de bonnes villes, commis de par ceulx du parlement et de l'université , dont l'evesque de Pari$ , maistre Guillaume , Charretier fut l'ung ; et proppose devant le roy. Si firent ceulx du parlement et aultres pluiseurs des princes de Franche. Et y vindrent le duc de fiourbon , le seigneur
de Beaujeu 9M frère , Philippe fils au duc
COOMMBI It rOT CMBOMOcha à
ville (TAvcsQcs.
les «UUenU
tl4M] CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE. — !'• PART. 131
de Savoye» le iirére da comte d'Erminack,
avecqnesplweiinaiilu^&bareiiftqiiiYeiioîeiu CHAPITRE PREMIER
tous les jours de tous les pour le cot^ovr, eo-
senblepour £ure leur fàci bon; Tung par
pear de soq esut, et Taiiltre pour estre ad-
vaBcitté. Dont entre les aultres y viot des premiers JoacUn Reanlt , uog bien gentil escuyer poitevia; le quel pour sou premier ab-
border espia rheore que le roy montoii à cheval sans soy esire monstre à lui. Et lors le roy metlantpîeds en Testrier vinl, disant toot hauit : « Tost ! Êiictes moy place el me laissiez foire mon oflfee. » Et en disant le mot, bouu arrière ung aultre escuyer qui ne se donnoit f,arde de ly, el prisi Testrier à deux mains et ayda à monter le roy , qui se rioit de la manière de son afl^ûre et le bienviegnott joyeusemenL Et de hki le fist son premier escuyer d'escuerie , car de tout temps lui avoit promis qu'il le seroit. Se le fust , mais ghaire ionguemeot ; car il devint marescal de France dedens deux mois après, par le trespas de messire Poitou de Saincte-TreiUes, marescal, qui de haults et grands fais est largement escript en pluiseurs de mes livres. Si est-il de ce Joacbin ; car il avoit esté tout son temps ung très net et très gentil escuyer, plain de noblesse et d'honneur nottaUes. Avecques les meîHeun de son temps vint aussi en cesie ville d*Avesnes des premiers ung nommé Painoi , auquel prestement avecques son arivée le roy donna commission de raller battant devers son parain , le doc d*Âlenchon , son prisonnier au chastiel de Loches , et de délivrer de prison ycellui , et de le mettre hors. Lequel Painoc en prist la eh«-ge comme joyeulx et la mist à eflect. Dont jà estoit pariy et commenchoit à thirer pays. Le roy lui envoya hastivement dire que sur toottes choses il se donnas! garde ententivement snr les manières et termes que tiendroit le dict d'Alenchon à Theure quand il orroit et verroît sa délivrance , et que de ses manières et parolles il leur en sceust à faire compte , car moult il avoit le désir pour les scavoir. El Taultre dist que si feroit-U très bien et ainsi le fist aussy.
Enceste ville d*Avesnes, commencha le roy à muer les estats de France , et à donner et rosier les offices dont nuls ghaire des servi-leurs du roy deflunct en possessasi de leur estai, il esta la mareschalchée à ung très noble et très gentil chevalier, messire Andrieu de Laval , seigneur de Loheac , frère an comte de Laval. El y constitua celly qui se nommoil Bastarl d*Erminack, Jehan de Le^un. le seigneur de Moniaban fist ammiral de France en lieu du seigneur de Bueil , clievalier de grand los. Aussi le seigneur de Croy il constitua grand maistre d'hoslel de Franche en déposant celly de Gaucourt , le quel touttes voyes le roy promis! de le pourveojT honnorablemenl , pour Tamour de son grand éage; mais il vouloit honnorer celuy de Croy en cela et en plus grand chose , car il s'y sentoil tenu , ce disl-il. El si fisi-il, car il ly fistde haults et plus grands dons depuis. Le seigneur d'Aussy, il le constîtnagrand-maisire des arbalestriers en déposant le seigneur de Torcy. Le seigneur de Lille-Adam, sénescbal de par le duc en sa nourriuure d*eo£mce, il le fist prévosi de Paris, el en desvesti messire Robert d'Estouieville, frère an seigneur de Torcy. Jehan Toustain, le preoiuler de la chambre du duc et son plus privé , il le fil capitaine du bois de Vincennes. El ung nommé Alériadec , Breton , escuyer de bcm los , dont ay faici d*aultre pan mention assez , celly estably-il bailly de Tonmay, mais à dur et à regret ; et en déposa Jehan de Proisy , viel homme el jà cassé. Si ly en fist mal. Les quels offices donnés, oncques puis homme de la maison de Bourgongne , tant fuist homme de bien ne de grand los, ne tant eust advocat ne pryere de grands maistres , ne tant eus! eu promesse ne privante avecques le roy estant daulphin, ne tant lui eust faict senice ne grand honneur, n obtint ni ne pot obi^nîr- ne don, ne gratuite , ne office , ne ^ant fui
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GEORGE CHASTELLAIN
Bnige , Lacois , qui vint audict Bruge , povre compaignon chanire , et se fist ricbe de deux ceos raille florins , par livrer draps de soye en la maison du duc et par tenir le tonnelieu de Gravelines. Cestoi fit-il général de France. Et ung aultre , non bien en la grâce du duc , estant eniprèsle comte de Charolois, nommé Guilbnroe Bische, cestui fist -il bailly de Sainct-Pierre le Moustier et gouvrenenr de Soissonnois. Et depuis le prist en telle grûce soubdainement que nul plus privé de ly ne si aflinen beaucopde qualités, et moult grand, dont péril lui estoit plus notté finablement que grandeur. Le marescal de Bourgoingne , qui aultres fois en sa conduicte Tavoit mené , mais non pas sans péril , depuis les fins de la haulte Bourgoingne, jusques en pays du duc i ses grands frais et missions, festoyé en ses places honnorablement, et pris d'aultres tra- Taolx et paines beaucop pour ly, cellui ne fut oncques rémunéré de lui , tant fuist peu. Ains fist semblant de Tignorer du tout ; et le paya de vaines parolles. Dont lui, fier homme et aussi puissant seigneur, le mercbia an congié prendre, à Tadvenant du cas, en lui donnant assez à entendre qu*il n estoit son homme ne son subject, et que de lui il s'estoit bien passé avant Tavoir veu et s*en passeroit bien encoires.
Pareillement messire Jehan de Groy , gentil chevalier et puissant d^avoir et de sens , et qui par quattre ou chincq fois avoit esté par devers le roy son père à grand paine et traveille , et à grand soing et perplexité , souvent pour procurer son bien envers son père ; celui aussi ne peult oncques obtenir ne don, ne gratuite aulcune de ly, non plus que se oncques ne Teust veu.
Pareillement ne fist messire Symon de Lalaing, qui aultre4ant en avoit prins de painc comme Taultre ; combien que tons cevlx icy et pluiseurs auUres se passoient bien de ses dons et oflices, car bon mnistre avoient, et des biens beaucop ; mais 'son descongnoislre et son changement si souldain leur donnoit cuisance. El voiremcnt ce ne m'est merveilles , car tout chascun s'estoii efforcliié à lui faire service, honneur cl amour le plus que pooii , meismo autant ou plus comme aultre seigneur, leur maistrc le duc. ^i leur cuisoit de che,
quand se virent oubliés si tost, après tant de haultes prommesses movantes de ly meisiDe à rheure de sa nécessité. Meismes et an comte d'Estampes , vaillant et puissant chevalier , prince de tel los et de si grands fais» an quel de movement de proppre coraige avoit dict et promis par loing temps qoil en feroit son connestable , et de iaict meismes Tappella le plos de temps : « Beau covsin connestable , venez cha ; » quand ce Tînt qne sa fortune changea, et son tiltre de éaoAphin se mua en tiltre de roy , prestement se mua aussi son coraige envers ly; et de sa volenté proposée et prommise, sans aultrui requeste , déclina tout et entièrement comme se oncques ne Teust pensé. Non pas toutesvoies que se vaillant prince se ramenteust ne oncques s? feist ramentevoir; car n'eust daignié ; mais escontoit tousjonrs froidement quelle chose le roy en feroit , ne comment il se porteroit envers ly. Kéantmoins se percepvoit bien et se doubtoit de son ingratitude, car il en avoit veu beaucop de beaulx exemples, et fit encore depuis en plus grand nombre, là où honneur, debvoir et congnoissance et toute noble condition furent rompues et cassées et mises en oubly ; et dont je garde le recorder jusques à son lieu et point. Mais pnisqu'entre en ces fins et termes et que la vérité me constrainct de les proférer, tels que les œuvres et les effects se simt trouvés es personnes , et aussi que d'une matière si grande et de qui tant sont dépendentés*, il en convient parier à Touvert, soit en bien, soit en mal, pour les grans in* terests que pluiseurs y ont , souverainement le duc et ceulx de sa maison et pays. Il convient doncques narrer aussi les causes et raisons par les quelles ce prince , nouveau roy , povoit estre si variable et si eslongié de ses prommesses. Car parce que principallement il semble qu'à cely doibvent estre imputées les faultes, si y puelt-il avoir des causes aussi qui aulcunemenl Texcusent et par les quelles il en doibt porter mains de charge ; dont , entre toutes les aultres l'une est souveraine : c'est que ceulx d'entour de lui, aulcnns et beaucop , pour bien que onccjnes recbusscnt en Thostel de Bourgongne no pour amour ne pour gratuite qu'on leur
sceusCfaire , ne fut oncques que le cuer ne leur demorast fainct et froit cou vertement et à remors envers leurs bienfaicteurs. £t avecques ce estoient g[ens, aulcuns en y avoit, non de tel pois et los comme il séoit d'avoir einprès ly à ung fils de roy. Et avoit esté ce point meismes vuydé de dures difficultés et argus que le roy son père avoit pris allenconlre de ly. Parquoy, quand gens non de grand nourechon et loyalle se troeuvent en haulte auctorité emprès ung prince, n'est de merveilles se le prince aussi qui les croit et auctorise, ensieult et se ployé à leurs meurs, jà-soit ce que à ung roy ne siet de ployer à meurs corrumpues, qui meismes doibt estre voye et adresse d'aullruî perfection. Et par ainsi le mouvement, comme je croy bien, soit bon ou malvais, meult de la rachine du prince. Mais Tung et Taultre se peult entre-corrumpre, et est tourné en ployé contraire par vertu ou vice de la famille.
Or n'estoit encoire venu le duc de Bourgoingne devers le roy, qui de Jour en jour et Pung après Taultre le hastoit , et ne desiroit riens aultre que Tavoir emprès ly affin de s'abregier par decha et de s'en aller vers Rains , car par grand désir se monstra chault pour estre sacré et porter couronne. Sy y vint et arriva le duc par ung mardy matin ; et descendu à piet, le va saluer humblement et faire deux contraires personnages , Tung de ia.condoléance du trespas di| roy son père , dont nature lui de voit causer aulcun regret, Taultre de conjoyssement de la très haulte et très glorieuse fortune qui estoit resplendie en ly par luy contribuer sceptre et couronne. Si le rechut le roy et bienviegna familièrement en sa manière accoustumée ; et sur les deux poins alléghés couUa assez légèrement la responce de Tung; car ne fut oncques si joyeuk que de la mort. Dont , de Taultre il faict bon à penser que très et très il se délictoit en sa riche adveuture , car il avoit ce que tout son vivant avoit convoité , et pour quoy il nvoit prié Dieu par intevcessions et manières eslranges.Touiesvoies, et nonobsiaiit que le roy défunct avoit donné des vexations et de haultaineté beaucop à ce duc de Bourgoingne , et s'estoit monstre froit et lent en amour envers ly , tant par conseil esironge
que par povreié de condicion, toutesvoies luy, ce noble duc, voyant soy estre parti de la royalle maison en degret prochain , et soy avoir pris tiiire et splendeur de la couronne et estre obligié par nature et par loy d'honneur de condoloir son sang, son seigneur, son chief , Tung prince et l'aultre humain en toutes ses œuvres , et nonobstant injures ou manasses passées , beaucop condolut sa mort et plaingnit son déchès; et n'estoit yssu que de germain à ly; et en fistdoleur plus véritable que le fils qui toutesvoies y estoit peu tenu. Mais nature en ly se conseilloit à raison , et raison humaine le conduisy à compunction droicturière. Si arriva le duc devers le roy vestu de deuil, et toutes ses gens semblablement, entre les quels nul sy hardy que aultrement se feust monstre , ne en vestures ne en parement de chevaulx, fust armé ou non, jà-soit ce que ceulx de l'aultre costé ne faisoientpas ainsi, ne le roy meismes, jusques au jour du service, là où les estas et les cerrimonies se gardoient à l'appertenir, voir aa plaisir du roy au moins qui en pooit faire à son décret. Le duc apporta de l'argent beaucop en ceste ville d'Âvesnes , et en fist offre au roy par cent milliers, voir jusques à trois ou quattre cent mille, se besoing ly faisoit, disant que de riens ne se donnast seing , car il avoit assez pour lui; non pas que ce il le deist par arrogance ne par vantise à ung roy de France , mais par une ardant amour véritable qui de sa povrefcé et petit avoir, en estime envers le sien , voloit conforter sa haultesse. Du prendre toutesvoies ou du non prendre, je ne fus informé à plein ; et pourtant je ne sçay que escripre, sinon quej'entendy que finances venoient aulcuncs devers ly, mais non pas en tel nombre qu'on polroit penser; par quoy est apparent plus du secours pris que du laissiet; car jà en avoit pris beaucop et longuement. Dont maintenant, quand la chose estoit venue à sa fin prétendue et que nécessité réquéroit aydde , ne se debvoit aussi faindre ne que les aultresfois; car n'avoit riens le duc qui prest ne ly feust ouvert comme à ly propre.
GEORGE CHASTELLAIN
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