CHAPITRE m
Comment le roy Loj-s ftsl le service dti roj Chaile dé-
f imct j son père.
Or advint le jour du service que le roy se
t!Mn CHRONIQUE DES NÎCS DE BOURGOGNE. — !'• PART. ISS
présenta en Veglise pour fiiire le daeil de son père. Si fiiC le troisiesme d'aoust. Le roy porta le manteau noir et le cfaapperon à Tosage accoustomë ; ift en Tenant à Teglise avoit emprës ly à sa main dextre le setgfnear de Montaban vestn de nohr fRins dueil , et à «a sënestre le seigneur de Cressol yestu pareillement; et avoit le seîgnenr de Lan, pour lors son mignon , qui lui souslevoit son manteatt , vestu de noir aussi comme les aultres. Après le roy vint le duc de Bourgoingne accompaignië du seigneur de Groy , comte de Porcten. El tost après sienvy le comte de Charolois accompaigûié du seigneur dlmbercourt ; puis le comte d*Estampes ; puis Philippe de Savoye firère à la royne ; puis deux frères au duc de Bourbon nepveux du duc , le père du comte d'Erminack Fung cft Taultre jensne. Ces fauict icy portèrent le dueil pour le roy mort. Et fist le service Varchevescfiie de Bourges qui là estoit venu coqjoyr le nouveau roy. La diappelle , où estoit desoubs la représentation du corps , portoit de cherges environ quatre ou chinq cens; et gisoit sur la dicte représentation ung très riche drap d*or cramoîsy dont le tissa estoit tout d'or ; et parmy Teglise , sans les dherges qui sont assis de coustume tout à Tentliour du cueur et de la nef, avoit cent torses enveloppées chascune de trois aulnes de drap noir et armoy ées des armes de France; et furent les portans tous vestus de nohr, et en y avoit cfaincqnante aultres aussi que aultres gens portoient, non vestus.de noir; mais furent sallariés d'argent. Dont après trois cens messes chantées pour celui Jour, fut donnet aux povres cent francs de monnoye en Mans doubles et distribués en anlmosnes.
ÇflAPITRE ly.
OoBunenC le voy Lo^ se |>arty d'Â^resnts fonr thjrer ifers Lan et de là à Sainct-Thieiy.
*' Leservîcefaict, doncqnesnevoultoncques plus yrrcsUîr le roy en Avesnes , mais frioit et ardoit de thirer avant. Or avoit le duc de Bourgongne rompu son armée à Tapely du roy, et retenu tant seullemenl pour venir avecques ly les nobles de son hostel qui montoient environ en nombre de quattre à
chinq cens lances , et dont une grand partie estoient grands et nobles barons , purssansde lui faire honneur et mener grand faict, conniio le cas le requéroit bien à celle heure. Si party le roy d* Avesnes et prist son cbeiim devers Lan ; et le duc après Tavoir convoya retourna arrière audict Avesnes;; et le lendemain au matin prist son chemin devers Sainct- Qoentin, là oh il séjourna par aulcnns jours, et jusques au point pi^oprement que le roy et luy avoient conclud de euU trouver ensemble.
Or estoit parti le roy des pays du duc sans avoir pris congîet ne dict adieu à lacomtessu de Charolois là od il estoit passé roingnant, et si avdt laissiet derrière la royne sa femme. Si n'avoit ladicte royne ne haqhenées ne apprestement pour aller par pays ne pour sieulvir son mary. Parqnoy le roy lui ordonna d'emprunter les haqhenées de la comtesse , pareillement et les chariots. Si le fist de grand cner ladicte comtesse, nonobstant que la chose loi sembloft assez estrange, que ung tel noUe roy et qui tant avoit rechupt d'honeur et de service en la maison et tant promis le recougncristre quand ITieure viendroit, se partit sans dire oncques mot.Toutesvoies, nonobstant tout et qu'elle estoit bien joyeuse du prest , si euslelle bien voln donner les haqhenées en don , se on les eust requises ; et de faict envoya les haqhenées à la royne par ung sien escuyer d'escuerie nommé Comille de la Bare , ensemble les chariots et les chartons. Et party la royne du pays , toiA ainsi que avoit faict son mary, sans dire motneàdncnei comtesse; cft alla à pied avec el|e tousjours ledict<k>rnille pour reconduire les haqhenées au rethour, lorsque la royne serott au lieu de son désir.
Or viens h rapprochement de Bains. Le roy léndoit fort à y estre pour estre sacré ; ^ s'alla logîer k Sainct-Thieri-lez-Rains en survendant son oncle qui vistement s'approcha ; et venu devers ly luy ordonna faire son entrée en Rains ung jour devant, aflîn de luy, préparer !a voye et d'en veoir la disposition. Si te fit ainsi le duc; et y entra par ung joedy après disner Ireiziesme d'aonst. Dont , pource que Theure d'allors requéroit plus magnificence et plus de singularilé que les auliresfois , pour ce en convient-il narrer ung peu
GEORGE CHASTELLAIN
les manières qui estoient riches et belles. Premièrement les sommiers qui estoient devant, estoient en nombre quarante-deux, tous couvers de velours figuré pendant près de terre et armoyé des armes du duc , assis de brodures avecques multitude de campanettes d'argent qui moult donnoient du bruict et de retentissement par où ils passoient et au peuple grand soUas au cueur. Les quels sommiers passés , sieuvyrent après cent et quarante chariots chargiés de diverses besongnes et nécessités , portant tous bannerolles des armes du duc , et pluiseurs couvers tout du loing et du lez de samis ; entre lesquels en y avoit vingt-quatre chargiés de vins de Beaune et de Germolles , et auhre, de vaisselle d'or et d'argent grand nombre , comme assez fut congneu depuis , et aultres de baghes et de richesses et d'or monnoyé , comme il faisoit bien besoing au lieu où ils alloient. Et sieuvoient lesdicts chariots, quatre cens moutons gras et vingtquatre grosses bestes à corne pour la cuisine de Testât.
Ces choses passées et pour venir à rentrée des seigneurs , vint pour le premier entrant le bastard de Bourgongne, acompaignié de haulx et de nobles hommes, pluiseurs armés gentement et richement couvers de divers draps de soye et d'aultres richesses, dont la compaignie fut estimée à cinq cens chevaulx ou environ. Après le bastard , avecques une petite pose entre deux, entra le riche duc de Bourgongne à trois cens archiers bien abiUiés et garnis de ce que à eulx appertenoit. Et n'avoit ledict duc riens que les nobles de son hostel, sans nul varlet ne baggaige, réservé tant seullement les trois cens archiers ; et estoit Testime de ces nobles
avecques leur duc (i) ou
environ, qui tous chevauchoient armés et housses , et couverts de velours et de drap d'or et d'argent et d'orfévries, diversement, à leurs appétits chascun et à leurs plaisirs, et le duc en estât semblable selon son appertonemeni, et qui n empiroit point la compaijrn-* d«s aal.res; ains estoit merveille do vsoa c>lat. Et i 'ios«» non oncqiies vcue
' 1 1 L^tciinc dans le manuscrit.
pareille , avoit quinze pages derrière ly ; des quels il faict ymaginer assez , si les aultres barons et vassaulx estoient en riche point avecques leurs pages, que ceulxicy le debvoient bien estre plus et de plus grand réputation. Et certes, par ce que on m*en rapporta et que j'en vis par escript , c'estoil une chose admirable et non veue ghaire paireiUe en ceroyaulme. ;
Après le duc , vint et entra le comte de Gharolois son fils, qui pareillement avecques sa noble compaignie, chevaliers et escuyers, thira les cueurs et les yeulx en admiration de son riche arroy, là où drap d'or et d*orfévrie, velours et brodures se monstroienc espandus. Et avoit ycelui comte dix pages et six vingt archiers habilliéset en point à Tadvenant de Toeuvre et du cas ; et estimoit-on ceste compaignie trois cens chevaulx.
Après ly entra le comte de Nevers, à tout sa noble compaignie aussi, qui autant fist selon son possible que les aultres et en telle qualité et manière. Pareillement fist son frère le comte d'Estampes qui avoit grand foison de noblesse avecques lui , et gens de grand bruict ; et dont les grandesses et puissances là monstrées requirent autant de gloire et de tiltre comme les aultres, en Tadvenaat chascun ; et avoient ces deux frères en leur compaignie cinq cens chevaulx ou là entour. Et darrenièrement, pour faire queue , entrèrent messire Adolfe Clèves, lui et son estât; et fut moult trichement abillié , et tout selon la condition et manière des aultres , réservé la singularité de chascun. Et après lui sienvirent multitude de grands barons riches et puissans, et dont la pompe n'estoit riens maindre que les aultres , ains toute thirant au plus près de Textréme et de faire admirer gens, car estoient riches et puissans gens et de grand nom ; comme messire Jehan de Croy , le seigneur de Grequi , messire Philippe de Croy grand bailli de Haynnau , le seigneur de Haubourdin , cely qui se nommoit le bastard de Sainct-Pol, et pluiseurs aultres, qui tous ensemble povoient avoii' quatre cens chevaulx. Et à tant se p:i:^s:i l'entrée de ce jour , jusques à lendemain {[m fut la veille de >'ostre-Dame , que arrière il convenoit faire de plus belle, avec^
ques rentrée da roy, là où tout cbascun alla au devant dudict roy pour le mener en Rains , et renonvella - de couvreture et de nouvel abillement , plus riche encoreT|ue le jour devant , mais n'y alla que le duc tant seullement avecques ses nobles ^ sans pagres et sans rien.