CHAPITRE V
Comment après que cenlx de Rains eurent présenté les clefs au roy h Sainct-Thiery, samblablement firent au duc comme au roy.
Mais il convient conter maintenant comment il avoit esté rechu. Ung jour ou deux devant ceste entrée , ceulx de Rains , venus avecques leur archevesque et les plus notables du collège et de la ville devers le roy à Sainct-Thieri , lui estoient venus faire la révérence et la conjoyssance de sa venue , et après leiu* proposition faicte, lui présenter les clefs de la cité comme son appertenir ; là on le roy leur merchlant de leur bonne amour envers ly, leur commanda par exprès que les dictes clefs ils portassent à son oncle le duc, et que àTheure de son entrée ils alaissent au devant de lui, lui flaire (outte^ telle honneur et révérence comme à lui propre , et que d*abondant ils ly présentaissent et baillassent les dictes clefs en sa main , pour en faire et disposer à son plaisir. Car leur contoit que son royalme il le tenoit de ly et de sa vertu , et que c'estoit son père et son salut , et le quel il ne povoit jamais récompenser assez par bien faire , ne par lui faire honneur , ne monstrer bon debvoir; par quoy maintenant, en ceste première entrée et en cestui premier abordement à la couronne, il le vouloit avoir ainsi faict. Si le conchut bien Tarchevesque ensemble et les aultres notables avecques lui ; et prommirent d'obéyr voulentiers au roy, et l'en loèrent moult. Par quoy eulx retournés à Rains ce joesdy, quand perchurent ce duc approchier, se mirent ensemble tout le collège de chanonnes, avecques leur chief Tarchevesque de Rains. Pareillement tous les notables bourgois et officiers de la cité , allèrent au devant de luy dehors les portes » là où tous eulx
ruans à genoulx devant ly le bienviegnèrent humblement. Et prist la parolle le dict archevesque disant: « Domine, in virtuietud lœtabitur rexu £t commencha à déduire la. sentence de cestui mot haultement et glorieusement à rhonneur de ly ; et engrosses substancieuses paroUes et de plain estomacque prisa et coliauda ses vertus , ses bontés , ses preud*hommies et léaultés par dessus tous régnans , et qu*en ly gisoit répostement et en conserve le salut de ce royauime , et que le trésor du royalme sur tout s'attendoit et vivoit en espoir, qui estoit sauvé par lui et gardé de [périr, lors que fortune longuement Tavoit mené et branlé pour le perdre. Dont avecques fin de paroUes et pour lui monstrer par faict ce que les bouches proféroient, lui baillèrent les clefs comme de sa proppre serve cité , et par voulunté exprès du roy. Lors respondy leduc : «Je vousmerchyhuinblement, vous, monseigneur de Rains, et les aultres, des honneurs que me faictes oultre mon appertenir, et en reinerchiray monseigneur de par vous. Et quant aux clefs, ils sont en bonnes mains ; gardez les à rhonneur et salut du roy et à Tutillité de la ville, comme avez apris, car vous ne pourrez mieulx. » Si estoit à celle heure Tévesque de Toumay près du duc ; car il y estoit appelé, pour cause que Ton sçavoit bien que Tarchevesque et les aultres le viendroient conjoyr, et qu'il y fauldroit aulcune responce. Si commencha le dict évesque de Toumay à dire par forme de remerchiement : « Hœo 99ê dies quam fecii Dominuê ; exultemua et lœtemur in éd.» Et déduisant ses paroUes-sur Tentendement de son theume adjousta : <t Le Sauveur du monde , Jesu-Grist, voyagant par terre voult descendre par son humilité en la maison à Zachée , ung petit corselet et de petit estât , jà-soit ce que il fust riche et puissant; et délaissa les aultres habitations des princes et des roys, là où sa descente eust esté très aggréable, s'il lui eust pleut. Pareillement le roy aujourd'huy, à l'heure de son voyagier et vaucrer soubs fortune , il lui a pieu descendre en la maison de son serviteur et parent monseigneur duc de Bourgoingne ; en quoy faisant il a tout honnoré et faict resplendir sa personne. Si lui a faict, et comme raison voelt, toutte
ISft
imOtGE CHASTÈLtAlN.
[ânii
faonnevr et service, tonttelimnbte et joyeuse administration, comme qm plos grand ne poToit recepvoTT, ce savoit bien, ne de personne à qui n Feust ptns tenn. Et partant , d'antant qtre le dict roy alors s^^st pins fanniiliè en devers son serviteur hrnnbte par hii monstrer cest honnenr , diantant a esté tenn mon très redonbté seîgnem* de Ini monstrer amiable , tout joyenlx et ïrambïe service , tant qu'A hii a plen d'y estre i quand en divers lieux par terre il eust bien trouvé de phis grands et pnrssans là oii on l*enst mierix redmpt et plus à* son appertenir. Hais mon dict très redoutable seigneur en a (aict à son povoir, non pas à son devoir et comme il fuist duisant à ta hanltesse de son estât. » Si fut ceste response imputée à grand los au profëratft , et recueillie comme fructueuse et plaine de saveur aux proposans et à tout le monde , et par espécial au duc , qui sentoit ceste response estre toutte semblable et de metsmes avecqnes son cner. Car pour ung prince de tel povoir comme il estoit et à qui Dieu avoit tant contribué de gloire et d*honneur en son temps , n avoit plus humble en la terre de ly , ne qui mieulx recongnoissoit son appertenir et ce que recongnoistre debvoit. Dont , et se il s'umilioit en telle bonneur à ly faicte , et par commandement du roy, n'est de merveilles quand Thonneur fut , et est de tel extrême poix que nul au monde ne povoit estre plus grand au lien où che se fist. Et n'est trouvé par escript ne oy oncques prince subjcci du royalme , tant fuist*grand ne couronné, ne aultre, né tant fiiist roy de France obligié à ly et favourable , qui recheut l'honneur ne la gloire que lessnbjets des villes et cités du roy , les prélats et les collèges venissent au devant de lui ly faire les honneurs et les révérences, et apporter les clefs connue du sien proppre et en ses proppres pays. Par quoy, comme le cas est pltis singulier et de mervilleux effect à Tcntendrc , tant plus requiert la gloire d'icellei estre captée par ung lmn>ble recongnoistre. Et que le dici duc s'acquitta bien , et ne s'en extolla oncques d'une seulic pensée vaine.