‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 126 sur 494 · CHAPITRE YIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIL

Oennent | après rentrée en rogr, ledict etigiie» te dl9|>osa de sa conscience.

Finablement, après longhe termine dé temps et que jà il estoit sept heures de nuit , le roy à trompes et clarons et à multitude de torches entra à Rains , son cheval couvert de drap d'or, et Iuy vestu de satin rouge et blan , pareille à ses gens une amuchette de velours cramoysi en leste; et alloit couvert dessoubs ung palle que quattre hommes portoient, le grand escuyer devant ly atout Pespëe en escarpe , tout armé au blancq , réservé la liste, et prochainement après ly le duc de Bouigoinf^ne à tous ses pages et à grand multitude d'archiers allans à pieds à

GEORGE CHASTELLAIN

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deax lez de iy atout leurs gouges , là où le r eu point que merveilles seroient à dir« ; car

séant à cheval donnoit une présentation pour estre regardé , car si beau personnage n'avoit en la terre , ne de tel monstre, ne qui mieulx portast image de roy , ne de hauit empereur roeismes. Et les hommes , estrangiers et femmes, etFranchois meismes qui oncques ne Tavoient veu , ceulx meismes jugèrent de sa personne. Et par où le roy passoit, crioient communément et dirent tout hault que le roy meismes le povoit oyr, et en effect le oyoit et entendoit. Et en cest estât s'en vindrent jusques devant Nostre-Damme, là où le roy descendy et alla faire son oraison ; et puis ce faict , s alla retraire au palais joingnant là où il estoit logié , et chascun pareillement où il debvoit relraire, réservé que le duc de Bourgoingne eiisemble et les aultres princes demourèrent devers Iy longuement, et par espécial le duc, pour cause du jour en suivant, et comme celluy qui pour Theure d'alors en* coires estoit le tout et le fondement de son faict, et par qui ad vis et conseil il vivoit et ouvroit. La nuit étoit jà parfonde et venue avant. Si prindrent congié et les ungs et les aultres; et le roy demorant en son privé, à mynuit vuyda de sa chambre , et à privée maisnie vint en Téglise de Nostre-Damme ouyr matines, là où son oratoire luy estoit apprestée pour le jour telle qu'il y séoit ; et là faisant ses pryères et ses dévotions toute celle nuit y se confessa et se communia. Et fut belle chose à veoir, comme Ton dist, des signes extériores qu on véoit en Iy. Dont , venues les cinq heures du matin, se retrahy arière en sa chambre, pregnant un peu de repos jusques à huict heures. Et à celle heure. te vint arière rendre en aulcun petit nombre de gens dedens Téglise , là où presse avoit grande et dangier pour entrer. Le duc de Bourgoingne , pour celle fois, n'estoit pas avecques luy. N'en estoient le duc de Bourbon, le comte de Gharolois, le duc de Glèves , et pluiseurs aultres princes et pers ; mais estoient en leurs hoslels trestous , où ils s'abilloient et meltoient en point pour venir en leur deu au sainct sacre. Des quels tout premier y vint et party de son hostel le duc de Bourgoingne, et multitude de grands ^prinches et barons , tant richement

n'y avoit nul qui ne fuist pour regarder et pour y mectre admiration. Le duc de Clèves y fu , non comme per, mes comme duc , donnant parement à son oncle. Et à la sollennité du jour porta chapeau de duc en teste , à toute une longue robbe de drap d'or traiuant à terre. Pareillement messireAdolf de Qèves, le comte d'Estampes , le bastard de Bourgoingne , le seigneur de Croy , le mareschal < de Bourgoingne, messire Philippe de Homes , le seigneur de Berghes , le seigneur de Gnithuse , le comte de Bocquan, le seigneur de Waurin , le seigneur de Ghioiay, le seigneur de Lannoy , le seigneur de Roubaîs , messire Simon de Lalaing , le basUrd de SainctrPol , et pluiseurs aultres , tous en abîUemens de drap d'or, d'orfevrie ou de velours , non toutes voies à couvertes de chevaulx, mais enharnassiés de soye et de brodure, et d'orfevrie par différence et par envy Tung de Faultre , jusques à avoir les scelles ferrées d*or. Teb y en avoit leurs bouches de velours brodéeè, et en lieu de grosses resnes de leur brides , chaines d'or. Tant pour en foire loing compte , plus tourneroit ou porroit estre interpr^ à oultrage que autrement, veu que on est plus prest à mal dire que bien , et principallement sur ceste maison de Bourgoingne , là où cecy se faisoit. Dont tout le temps que j*ay vescu, et devant mon naistre , pour quelque oevre qui se fist bonne ne haulte ne honnorable , Franchois de Taultre costé non ont fsdct conte, ne mise, ne pris, ne los, ains le rebours. Dont par ce et par aultres choses maintes veues à l'oel, j'ay dict maintesfois à par moy que j'ay esté né en ung malvais éage et en ung temps plain de malvaises affaires, et pires que ne fut oncques du temps de nos pères ; dont les exemples viendront chy après plus à plain que ne seront cause d'en parler, non par reproche toutesvoies de nullui, mais par une manière de plainte faicte à Dieu , que aultrement il ne va et n'est peu aller de mon temps.

Comment le roy fut sacré et des mystères qui y furent

fais.

Le duc de Bourgoingne qui estoit en habit royal, tel qu'il j séoît, moult riche et moult bel, comme doyen des pairs, atout le chappeau d'or en teste, large plus d'une palme et le plus riche que onyitoncques, faict de grosses êtresplandissant pierres , descendy devant le portai deNosire Damme, là où le roy estoit dedens, et illecques sa noble baronnie , princes , dues comtes. Si se y contint par aulcuns temps tout en pied premier que peussent entrer , pour cause de la grand presse qui estoit tant dedens Téglise comme dehors. Si survint prestement le comte de Nevers, veslu de son habit fourré d'ermine comme par tout, et atout Je chappeau tel que lui duisoit, qui pareillement vint hastant après son oncle. Mais n'estoii venu assez à heure pour Taccompaigner. Or n estoit encoires apportée la sainte ampole, à l'heure que le duc se tenoit emprès devant l'église; mais prestement fut apportée à grande solennité et à son de trompettes, accompaigniée de pluiseurs prélats et nobles barons qui estoient 4ransmis de par le roy et le duc. Et apporta ladicte saincte ampoule le roy de Sainct Remy révéramment entre ses deux mains et dessoubsung palle, tout à cheval. Et descendant devant le portai où estoit le duc furent ouvers les huis du portai ; et entra dedens la saincte ampoule , ensemble le duc , et tous les siens. Or le roy sachant la samcte ampoule estre venue , mouvant du cuer où il estoit d'emprès le grand autel , vint à haste au devant d'elle , droictement à son entrée ; et làréveramment se rua à deulxgenouls en terre et l'aoura à mains joinctes; puisleprint Tévesque de Laon par la mam; et le leva sus, et passèrent oultre ceulx qui portoient la saincte ampoule jusquesau grand autel, là où la posèrent. El le roy sieuvant de près aveucques ses pers et approchant ledict grand autel ^ trois fois lors , se rua à genouls devant le sainct vaisselet. Dont la tierce fois Tévesque de Laon arrière^ le reprit par la main et le

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feyst lever, et luy bailla à batsier l'ampoule r-g A pjf -D £ yiii saincte. Dontle roy, arrière meu de dévotion,

longuement se contint à genouls faisant oraison dévote par semblant, et arestéement regardoit la dicte saincte ampoule. Mais près* tement s'approuchèrent de lui les prélats pers et princes pers; et Tadextroientlesungs de çà et les aultres en leur reng deu. Là où après l'avoir mené entre closes courtines, le duc de Bourgogne aveucques son nepveu le duc de Bourbon, le comte de Nevers, le comte d'Angoulesme , le comte de Dunois et aultres le despoullièrent tout nud jusques au dessoubs la chainture, et en cest estai le menèrent jusques au front de l'autel, là où se le- . noient les pers prélats , en reng et en ordre deu, avecque multitude d aultres estosffes de croces et de mittres et d'habillemens espirituelset moult riches. Et là venu, ledict roy tout nud serua à genouls très humblement devant l'autel , et l'archevesque de Rains la saincte ampoule la bailla à tenir à Tévesque de Laon, et* puis après en avoir tbiré ce quil besongnoit et mis sur une platine d'or en oigny le roy au front, sur les deux yeulx^ sur la bouche, sur la boudiné , sur le ploy de ses deux bras , sur les deux espaulles et sur les reins en croix. Et ce faict, la saincte ampoule fulre mise sur l'autel par les mains de Tarchevesquequi arrière soy tournant devers le roy, le leva avecque les aultres prinches et prélats ; et le revestirent de chemise blanche, de pourpoint de surcotte et de royal habit d'azur^ et luy ébauchèrent unes cauchessurlessiennestouttes propres au mistère, et lesquelles le duc de Bourgogne et le duc de Bourbon , et le comte d'Angoulesme lui montèrent et attachèrent à son pourpoint. Et le revestirent après les preslats et nobles prinches de tous ses vestemens et habits royauls semés de fleurs de lis d'or; et lesdicts prélats et princes le menèrent en cest estât par la main jusques à son royal chayère qui estoit de vingt sept degrés de hault; et là assis en gloire et en majesté se retirèrent ung peu arrière les dicts prélats et prinches, réservé seullement le duc de Bourgongne premier per. Lequel lui assist en teste son bonnet, et puisprint la couronne précieuse et ri* che , et la levant en haull à deux mains allin que tout chasçun la veist, la sou^tint ung peu

GEORGE CHASTELLllN.

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loagoc-iaeiK as deBsas la te^ie du roy; et puis ' :ipres die faict , luy abbit Uea d^ulcbemenl au £Uef,4;mot a kaulte voix : «\ ive le royl Moat- . jojreSaiaciDefiûl*' dool UMiil«aKNide,àreii- ; liairt de ioo cri , cria après lui meîsmes mois . k hkms ; et soQoèrent cloches , trompetles et etairoas par uog tel estooiiemeDt que oreilles eu esluient sourdes.

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