CHAPITRE ÎIX
CommeiKt Fassiete fat ordonnée des prinches k U tablo
de marbre.
Le roy ainsi descendu s'alla retraire en sa chambre. Pareillement firent le duc de Bour^ goin^ne et les aultres, surattendans le soupper qui se hastoit fort. La salle du palais esCoil mise en point richement et le plus qu'on pcH voit ; et estoit le soupper ordonné à feire sur la table de marbre qui estoit couverte à Tap»pertenir; en laquelle n'avoit esté tenue fette depuis le temps du roy Charles-le-Qtiint, qui , l'empereur et son fib le roy des Rom* mains , et le roy Charles au millieu d'euft , y disnèrent ensemble; et servirent le duc de Berry, le duc de Bourgoingne et le duc de Bourbon en habit royal , qui moult fut riche chère, et dont semblable n'a estéveuedeloingtemps par avant ne depuis, comme je me rap* porte ad ce que on en troevt par eseript. Touttesvoies , à ceste heure ef selong le cas , y avoit hauhe et grande magnificence mon»trée en ceste salle du palais. Et avoit ung riche chiel couvrant le dessus de la table an milieu, où debvoit seoir le roy, comme raison le donnoit. Et sans faire mention des aultres tables , y àvoit un moult riche dressoir faict à plusieurs degrés montans, dont les estoremens estoient beaulx et de merviH'eux pris. Macs estoient tous armoyés des armes du due de Bourgoingne. Et pense que ce fut vaisseUe que le duc avoit présenté et donné au roy à son sacre à Rains , hormis trois licornes , qui eslûîeat k mise que le due avok prestée et dont la moindre avoit chincq pieds de hault. Or vint rheure de soupper. Et y avoit lors ung grand conseil entre les héraulx et roys d'armes , pour ordonner de Tassiete des prinches et barons qui là debvoient soupper. Et sooT'» vint le roy pendant cest aviséement ; et fist cesser tout Testrif , car ne voloit mettre ordre qu'entre ceulx de son sang qui debvoient seoir à la table. Et luy soy assis , tout premier fist venir le duc d'Orliens à sa main senesire et le duc de Bourgoingne à sa main destre; le comte de Charolois prochain du duc d'Orliens , et le duc de Bourbon ; prochain le duc
GEORGE CHASTELLAIN
de Bourgoiogne ; le comte d'Estampes sieuvant le comte de Charolois et le comte d'Angoulesme sieuvant le duc de Bourbon; le comte d'£u emprès le comte d'Estampes , et le comte de Nevers emprès le comte d'Angoulesme ; le comte de Poiotevre emprès le comte d'Eu , et le comte de Monpensier emprès le comte de Nevers. C'estoit ichy Tordre de Tassiete des prinches emprès : le roy, bien prise, ce me sembleroit, et bien ordonnée. Dont les chiefs de la table estoient : le roy, le duc d'Orliens , et le duc de Bourgoingne , et le duc de Bourbon. Le comte de Laval servy le roy d'essanson-, Philippe de Savoye, frère de la royne , comme pannetier, et le comte de la Marche d'escuyer tranchiant. Le seigneur de Croy servy de grand maistre d'hostel du roy; et le menoit par les bras, en allant devant les mets, le comte de Dunois. Le mareschal de Bourgoingne , Tadmiral de France et le seigneur d' Aussy comme maistre des ar^ balestriers , allèrent devant la viande du roy conune principaulx du parement. Le duc de Clèves n'esloil point assis ad ce soupper avecques le roy, jà-soit ce qu'il y avoit esté ordonné , mais tint compaignie à un tas de dammes qui estoient du costé de la table du roy en une chambrette , là où elles regardoient les estas. Et estoit le duc de Clèves , honune du monde le plus propre pour les entretenir ; car estoit haut et beau langaigier, et belle personne entre mille , qui moult refaict un grand prinche,