CHAPITRE XX
Comment on fit divers présens aux prinches ettans à
la table.
Je ne parle des mets ne des viandes, ne des aultres barons et seigneurs qui là estoient assis , car tout y estoit plain et tellement servy que de deflaulte n'y avoit point, ains touite plénitude cl habondance , comme raison donne bien à croire à tout bon entendement. Mais au milieu du soupper furent fais et présentés divers entremets au roy et auK prinches de sa table , qui moult estoient beaulx et somptueulx , et de belle invention composas. Au roy fut présenté ung cherf-vol-
lant, au duc d'Orliens ung blan chisne, au duc de Bourgoigne un lyon, au comte de Charolois ung pellican , au duc de Bouril>OQ ung paon, au comte d'Eu ung fenix, au comte d'Estampes une licorne, au comte de Yen-' dosme ung sanglier, et au duc de Clèves oog^ tigre ; et chascun entremets armoyé des armes à qui il servoit. Héraulx et roys d*aniie& y crièrent largesse haultement ; et leur fut faict don de deux cens francques.Et après les tables ostées, vindrent les dammes que le duc de Clèves menoit ; et vindrent faire les révérences au roy, qui bénignement les rcchupt. Et prestement après conuneâchèrent les danses , là où chascun s'acquita selon raffection qu'il avoit au mestier. Et se bouttèrent seigneurs et barons entre les dammes, qui démenèrent la feste jusque la minuyt et jusques à tant que le roy se retrahy pour aller coachier; lequel au landemain à sa messe fist délivrer et donner gràce à tous les prisonniers de la ville. Et disnant encoires cely jour au palais, le soir se retrahy en l'bostel de Tournelles , où il avoit choisv sa demeure. Et au partir ramentevoit encoires à son oncle le duc de Bourgoingne , qu'il s'en allast logier à Sainct-Poi , à Thostel des roys ses devanchiers ; mais oncques ledict de Boui^ngne ne s'y veult assentir ; et ne l'eust faict pour or ne. pour aultre richesse. Merveilles seroit à dire de la noblesse qui estoit en Paris à ceste fois et de la grand seignorie ; dont, en mémoire d'homme, ne chéoit lors d'avoir oncques veu ne ouy de telle parler. Car tout y estoit ce qu'il y avoit d'eslite et de bon en Franche , tant feust de loingtaing lieu , d'Auvergne , de Bourgoingne , du Daulphiné , de Languedock, de Chienne, de Fois, de Lymosin , de Berry, de Poittou , d'Angou , de Touraine, de Bretaigne, de Normandie, de Picardie et de Flandres, etbeaucop des lieux affins, comme de Loraine et d' Allemaigne, et de diverses contrées. Dont, posé ores que aulcuns des prinches de Franche se absentoient d'icy et ne véoient point l'heure proppre pour eulx , pour y eslre en personne, comme le roy de Cecille , le duc de Bretaigne , le comte du Maine, oncle du roy, et le comie de Fois , touttesvoies,touite la fleur, hostels et pays y estoient venus maintenant ; les ungs en cou-
CHRONIQUE DES Dl'CS DE BOTOGOGNE.— I» PART.
verl pour en véoir le iriuniphc , les auîlres coaime envoyés de leurs maistres pour apprendre et enquérir, et les Jiullres de leurs prcippres voloDlës meismes, comme pour despendre du leur et eulx trouver en l'asaemblée. Dont en la cause pour quoy ces nobles geus de tous licnx se irouvoieol maintenant ichy par une multitude et passant comme usage commun de tous temps , certes, il convient entendre que c'estoil pour pluiseurs diverses causes et raisons , dont l'une ù estoil :(iue cellui qui esioîl maintenant roy, d'honneur avoit esté lonjjuement eslongiet et perdu de leurs yeuU -, et posé que avoit esté indigne et non au gré de son père par loingtemps, dont les dispuiaiions sont diOiciles pour quoy, touttesvoies bien le tenoient pour leur vruy Itérîtier de la couronne. Dont, quand plus en avoil esté eslongié et en dangier de y parvenir en la bouche des parlans, tant plus en avoieiit admiration cculx qui eu avoient veu les dilGcuItés dangereuses. Entre le.squels en povoît avoir beaucop qui favourisoient à ly et qui s'altendoient de grand bien avoir par sa moniance. comme en touUes marches et provinces avoit gens esquis retenus à ly ; aultrcs qiû par admiration de son adventure vindrent venir voir le mistère que Dieu en ouvrît, que d'ung fils en telle contrariété aveucques son père , et que tous les sages et grans du monde n'y scafoient boutter fil pour mettre les deux en accord , et dont tant de parolles avoient esté dictées et prononcbiées en contraire de tout bien espérer du fils et des siens , que maintenant, contre toultes oppinions d'bommc et malgré tous ses traversans , il esiolt parvenu paisible, et parattainct à la poignie de la couronne , et^ en telle gloire et trioumphe songant sur sou lit qu'oncques ik paines , depuis Cluvis le premier chreslien, les rois ■es devancbiers, tous en vertu et laleur de , leur corps, en commenchemcnt ne en yssue, n'y ont point trouve telle fortune . ne si amy. Dont , et pour la nouvellelé du cas qui est désiré ù veoîr, les nobles gens aussi tant plus ont este en désir d'eulx trouver en ce lieu. Une aultre raison y avoit encoîr^ bien apparante e[ la plus-, ce fusi toii : que ce roy Louys, nouvel
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maintenant ù Rains, estoit meu et pmmen à la couronne par les mains du duc de Bourgogne , dont le nom avoit esté durement indigne du vivant de l'aullre. Si pensoientbien mainlenani, que le duc de Bourgongne dont la famé estoit si grande par toute lerre et qui tant avoit gloire et renommée de puissanche et de richesses , en menant le roy en Franche , là où de loing lemps n'avoit esté, il y viendroit !i magnificence et triomphe, comme cely qui avoil les gens et les bien» pour te faire. Parquoy, et eulx auss mille nobles hommes, qui oncques ne l'i voient veu ne congneu fors que par renoi méc,se sont advanchié d'y venir tanl plu^J tost , aflin de voir le personnage aveucquet|> les aultres manières de faire. Car comme plus sont de haulle renommée et de grand bruict les princes . tant plus en croissent les désirs envers eux à ceux qui en jechoipvent la famé et les recommandations.