‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 139 sur 494 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

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Le roy doncques loga à Tournelles, et \h tint son estât , mais non ghaire grand ; car 'dès son partement d'Avesnes, avoit-il <fiet que de la première année de son règne il ne croisteroit ne changeroit son estât auhre que tel que l'avoit tenu à Genappes , avencqnes les meismes personnes à tel nombre et à tek gaiges. Si n'en sçauroye anltre chose conter maintenant , fors ce qin s'en poelt comprendre, et selon le cas auquel il povoit estre. Mais le duc de Bourgoingne en son hostel d* Artois , celtui y tint ung estât magnificque , maison ouverte à tons venans, festiemens joyeubc et vins sans refus; et dont la manière de faire et recepvoir gens par les maistrès d'hostd, trois chevaliers, et par les commis ad cela commis , donroit plustost envie à anlcnns que plaisir en mon conte. Si m'en passe à légîer, comme qui ne vouldroit grandir une si petitte chose, là où f ay tant de haultes et pesans matières à traictier, et qui plus requièrent déclaration que ne font cestes. Touttesvoies che nonobstant, se convientil dire qu'oncques de mémoire d'homme on ne vit maison de prince en France , ne ailleurs , plus richement mise en point ne sy parée de chambres et de riches thapisseries comme ceste d'Artois ; là où le peuple de Paris , de touite condition , dames et danioiselles, depuis le matin jusques au soir, vindrent et allèrent en telle multitude comme se che feust une procession ; non pour ung jour ne pour deux , mais incessamment jour sur

CHRONIQUE DES DUC& DE BOURGOGNE. ~ P- PART. m

jour , tant que le duc demoura à Paris. Entre lesquelles richesses y avoit deux choses qui publiquement se monstroient et dont on ne se ponrroit ravoir et saouler.

L'une si estoit la thapisserie de Gédéon , la plus riche de la terre pour ce temps et celle qui touttes les aultres du monde jusqnes à ce jour passe et surmonte , tant en richesses comme d'ouvrag[e , et si grande que à paine salle du monde nulle ne la peut com< prendre toutte pour y estre tendue.

Y avoit encoire une aultre chose ammirable à regarder et non oncques veue ne concheue pareille. C*esloît ung pavillon en manière de tente , que le duc avoit fait tendre en une court soubs le cler ciel , là où tout le monde povoit venir. Et estoit ycellui pavillon si riche et si somptueulx en estoffes et en ouvrages qui le faisoient resplendir, que j*ayme mieulx la beauté de ly et sa richesse non descripre que d*en faire mention. Car il sembleroit que tousjours me vôuldroye arrester plus volontiers sur les besongnes de ce duc que sur les auhres; mais sauve le gré d*ung chascun non féroye. Mais se entre cent hommes d'ung seul se font cent haultes et glorieuses besongnes , d'ung seul aussi il eschiet à faire ce dont appertient autant de haulx et gTorieux contes ; et me semble povreié à ce\\\\ qui disent :« Tel et tel escript en faveur d*ung tel , et le collaude et blasonne. » Mais soubs correction de ceulx qui ainsi parlent, ou ils sont mal informés des besongnes et les ont mal enquis , ou ils ignorent les conditions de rhystoriograffe , quelle elle est et dotbt estre envers les choses qui à lui se présententent. Dont, et pour contenter chascun et assagir de cecy , je fais demande : « N'est rhystoriograffe et doibt estre vray délateur des choses, taiseur, s'il lui plaist, des cas honteux, non nécessaires à estre révélés , et prononcheur de touttes haultes glorieuses besongnes en chascune personne pour lui donner renommée ? » Doncques , et comme il est possible que entre cent hommes en uog assemblement , ung par dessus tous resplende ei reluist,ung se monstre et magnifie par ses venus et opérations , ung seul faict choses singiilif'ivs et haultes , et obtient la fanic et lu voix , et raffcciion des cuers j ne doibt Thys-

toriographe ce mettre par ung ângulier compte , quant par jugement nniversel , il a esté escrié tel , et le cas meisme en soy a esté trouvé véritable? Kesponde ychy qui vouldra et dise que non , pour sçavoir se sa proppre raison bien examinée , ne le desjugera après, et Taccusera de son tort. Oyl voir! Et qui est le preud*homme greffyer^ quid'ung homme non clerc vouldra faire partir rais par son langaige , et qui de ce que oncques ne fut en effet par sa fiction menteresse vouldra former légende créable ? Moult certes se* roit parvers celui. Et pareillement , qui est qui en équité chemine , qui par envie ou par non challôir d^aulcun grand, vouldra celer et umbroyer ce qui voile par Tayr et par tous les élemeus magnifestement cler et plain de gloire ? Se escripvains labeurent pour relenquir au monde la mémoire des choses passées, et que les malvaises se peuvent taire par courtoisie , et les bonnes divulguier par mé-* rite. Quand doncques les grandes et les clères se voient en appert et se monstrent , et que les personnes sont à prisier dont elles pro« cèdent, certes, si le nombre en est grand, il en convient tant plus faire de distinction; et s'il n^'y a que ung seul sur qui tout tourne, sur ung seul aussi doncques convient -il faire sa pose et son arrest, non par faveur, non par flatterie ne par imprudence , mais par vérité droicturière qui constrainct le prend'homme d'avoir Toeil ad ce que vray est , et laquelle voelt estre maintenue entre Dieu et les hommes ; et non celer par crémeur, ne pour doubte , ne pour nul à qui puist tourner à dueil.souverainnement quand elle touche à loyalle deservie renommée. Dont, le prononcheur et qui la publie fait service à Dieu par magnifier ses créatures , èsquelles il a ouvré de ses vertus.

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