‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 14 sur 494 · ADVENUES EN NOSTRB TEMPS · texte numérisé non relu

ADVENUES EN NOSTRB TEMPS

Qai Teult ooyr noafeUes Estranges à conter?

Je sçay les uonpareiiles Qu^honime ne sçait chanter Et choses advenues Depuis long-temps en çè ; Je les ay retenues , El sçay comment il va.

Les unes sont piteuses Et pour gens esbahir , Et les autres doubtenses De meschef' advenir; .

Les tierces sont estranget Et passent sens humain ; Aucunes en louanges , Aultres paraultre main.

En France la très belle , Fleur de crestienté , Je veis une pucelle (i) Sourdre en anctorité; Qui fit lever le siège D^Orléans en ses mains, Puis le roi par prodiége Mena sacrer à Reims.

Saincte fût aorée Par les œuvi*es que fit ; Mais puis fut'reiicontrée Et prise sans prouffit , Arse À Rouen en cendres Au grand dur des François , Donnant depuis entendre Son revivre aultre fois. (2)

J'ai vu un petit moyne En Romme dominer

(1) Jeanne-d'Arc.

(2) L'opinion populaire était que Jeanne-^TArc était retsuscitée après avoir été brûlée. Les registres des comptes d'Orléans déclarent qu'elle est revenue dans cette ville huit ans après sa mort; et qu'on lui a même domié quelques secours. On vient de publier un gros livre en Angleterre, pour prouver qu'elle n'a pas été brûlée.

kivi

NOTICE

Et en très grand ensoigne Le pape gouverner :

Dont depuis Tadventure Fut d'estre escartelié.

A honte et à laidure Gomme traistre appelle.

J*ay ven ung ypocrite Far le monde prescher , Soy disant Carmélite ; Et foi , soy advancer De dire messe sainte Sans de prestrise adrea (1) ; Laquelle chose atteinte Fut condampné en feu.

Dcpnis Teis en Escosse Le roy David meurdrir (2) D^espée, et de talioce^) Et lui convint souffrir, Et prendre en pacience A sa noble moullier , La roïne qui en ce Frist peine à se venger.

J'ai un duc de Savoie (3) Yen pape devenir , Ce qui fut hors de voye Four À salut venir.

Si en vint dure playe En réglise de Dieu ,

(1) Ce cas fut souvent reproduit dans ce siècle J. DuClercq {Collect, de' Chroniques, liv. 4, c. 5) cite nn jeune prêtre trop dissolu tant en luxure comme au^ trcment^ qui, bien qu'excommunié, ne s'obstinait pas moins à dire la messe tous les jours. Et quand il disoit messe, il mettoit assez près de l'autel auprès lui, un bon espion de fer tranchant, qui estoit baston de guerre pour se défendre, si aucuns le fussent venus quérir y et avoit garni et bonleverqué sa maison comme en temps de guerre.

(2) Ce ne fut pas David Bruce II, qui régnait dans le quatorzième siècle , et dont on peut lire Thistoire dans J. Froissart, mais bien Jacques I" Stuart, qui périt assassiné. Jacques, poète anglais assez élégant, fort instruit dans les langues anciennes , et très-bon musicien, fut assassiné le 20 février 1437, à l'âge de 44 ans. La reine mit une grande viguenr à poursuivre ses assassins, le duc d'Athol et Eobert Graham, et quarante jours après le meurtre , ils avaient péri dans les l)lus violens supplices.

(8) Amédée VIII, ancien dac de Savoie, retiré à Bipaille, fut choisi en 1439 par des électeur! Domoiée par le concile de BAle, pour succéder à Eagènt IV, qu'onavait déposé. Il prit le nom de Félix T, otMdé^. mit , en 1449 , de la papauté en faveur 4t Sarsane , cardtotl de ik>iilogae, qei piil M colas V.

Mais il en récent paye A Ripaille ton lien.

J'ai vea à la grant Homme

Meurdrir nn cardinal

Par nn fanlz mauvais homme ,' '

Son barbier desloyal :

Gisant en lict paisible,

Quérant sa coyeté ,

Dont en tourment horrible

U fut eiécaté (1).

Tay puis ven sourdre en France /

Par grant dérision ,

La racine et la branche

De toute abusion ,

Chef de Vorgneil du monde

Et de lubricité (2) )

Femme où tel mal habonde

Bend povre utilité.

Puis ay teo par miitère Monter ung argentier (3), Le plus grand de la terre, Marchand et financier , Que depuis la fortune Yeis mourir en exil (4) , Après fraulde mainte une Faite auroi par cas viL

ray ven par excellence Ung jeune de vingt ans (5), Avoir toute science , Et les desgrés montans, Soy vantant sçavoir dire Ce qu'oncques fut escript

(1) La peine , contre ceux qui tuent un prêtre Home, est d'être assommé à coups de maillet, et è& télé ensuite. Celte peine a été infligée récemmenl un jeune homme , et comme il n'avait pat atteint seizième année , le pape Léon XII lui a accordé u dispense d'Age.

(2) U veut parler id d*Agnès Sorel et de Msièce, demoiselle de Villequier, toutes deux suceesûveHM maîtresses de Charles VIL La dernière accomp^;n partout Charles VII avee une aaile de MIee, ehoii par elle, pour ndeox connrver aa pnîaiano mm !*< prit du roi.

(3) Jacques Ccenr, argentier de Charlea VlY,aeigiM deMeimeKMSaloai deXaaey, êb aatMUMgiÉa, Champigndlei, de MéiiUea, etc.

(4) n rnourat, dit-on, dani IHe 4e Ghios. où il enterré dan Pégltae ésm Car4eUon. C^' -^

SUR SIRE GEORGE CHASTELLAIN

Par seule fois le lire, Comme ung jeune antécrist.

Par fortune senestre Veis à rœil Tiriment Le granC duc de Glocestie Meurdrir piteusement; £n vin plain une cure Failloit qu^estranglé fust (I).

Cuidant par celle estave Que la mort n'jr parusté

Ung GOles de Bretaigne Nepyeu au roi Gharlon, Yeis-je, par mode estnigna^ Estrangler en prison , Par Tadvea de son père (S)', Dont cité , devant Dieu « Uonmt de mort amère loot soubdain comme sieiL

D'Eqpaigne ung connestabie (3) . Hanltainement régnant , Grant maistre redoubtable De Sainct Jacques le grant , D'or riche oultre mesure Celiuy veis-je mourir De mort confuse et dure:

Ce flst son demerir.

Le trésor de Venise , Où si grant apporta , Veis-je embler par Temprifle D*ong Grec qui l'emporta ; Depuis im sien compère Fist accusation ; Dont domaige grant ère De pendre on tel larron.

Depuis en ung province Trouvay ung accuseur , Qui me disoit qu'ung prineê Coucha avec sa seur (4) ,

(I) Le dac de Glocestre fût asphyxié dans une cote de Tin de Malvoisie.

(?) Gilles de Bretagne fut mis à mort par Tordre de son père, le duc François, parce qu'il tenait le parti du roi Henri d'Angleterre.

(3) Don Alvarès de Luna, connétable de Castille, qui avait fait trembler TEspagiie, sous le roi Jean II, pendant trente ans, eut la tète tranchée snr l'échafaud, eu 1459.

(4) Le comte d'Armagnac. Il fut excommunié pour ce fait en 1455 par le pape Nicolas, (^oy. Mathieu de Coossy, chap. 3, djins cetfe collection, a Le comte d'Armap-nar , loin de céder k rexcommnnication , retoiirna, <îit Mnlïiieu dfe Couwy,a son dit péelié, tellement que depuis il eut encore uu enfaut de sa sœur

tM\

Soubs une fausse bulle , Cuidant dispense avoir , Dont honneur le reciilie, Et non a bon debvoir.

J'ay veu Millan'conqherre Par ung pauvre routier (1) Et plus los y acquerre , Qu'un roy vrai.bérilier; Se lui en est bien dehe La gloire de l'arrdy , Car sa vertn congfieiltt Vault couronne de roy. «

J'ay ven de trols'centahiea Vieille possessldh , Exposer d'Acquitainif Angloise nation , Et Bordeaux et Bayonne (2) Prise du roy françols.

Louange à la oonronne Qui fist si hftolt exploix.

J'ay veu la Normandie (8) Et la noble Ronen , Submise à la mestrie Du roy et de son ban , Monstrant là ses banièrei Sur les viels^ennemys , Lesquels par an&es flétet Vainqueurs il a temys.

germaine, qui estoit podr ce temps ternie tue des plus belles femmes du royaume de Franee, de l'âge de ving^ deux ans. Et pour couvrir sondit cas, il fit courir une voix en son pays qu'il avoit bulle du pape par laquelle il pouvoit espouser saditè sœdr; et snr eeste voix il commanda à un chapelain de son hoetel qn'il les espousast) lequel demanda à voir les lettres et bulle devant dictes, disant qu'antremeAt il ne le« esponseroit. De laquelle response icelni comte d'Armagnac fut mal content; et lui dit qu'il estoit assez croyable ^ et que s'il fesoit difficulté de les ësponser il le ftroït jeter en la rivière. Lequel, pour le doute qn*fl avoit de sa vie, et qu'autrement il n'en pourroit eschapper, espousa ledit comte et sa sœur, encore qde la dite steur ne s'y vouloit consentir. »

(1) François Sforze, fils du favori de Jeanne II, reine de Naples, qui avait éponsé une fille bâtarde de Philippe-Marie , duc de Milan , disputa la possession de cette principauté an due d'Orléans, et Pobtint.

(2) Les tronpes de Charles Vn adievèrent, en 1451, la conquête de la Guyenne sur les Anglais, par la prise de Bordeaux et de Bayonne. Il ne resta plus aux Anglais, en France, que Calais et le comté de Guyenne. Les Anglais possédaient cette province depuis Ëléonore d'Aquitaine.

(3) Ij« victoire de Forraigny snr les Anglais dédda, en 1440, la cuuquéie de la Normandie.^

xlviij

NOTICE

J'ai m ung IiauU cmprcndre Pour advenir grands luauix , De tuer et de prendre Beaucoup de cardinaulx, Et du pape aussi faire , Si Dieu n'y eust pourveu ; Estienne de Portai^e (d) A Homme en fut pendu.

J'ay ven Gand invaincae Subjuguer à mes yeulx , D'ung prince 80ul>s la nue Le plus victorieux (2) Et d'espée mortoire '

Vaincre ses habitans ; Dont cas de telle gloire Ne fut , passé mil ans.

J'ai veu , extrême chose , Chevalier sous trente ans (3) Combattre , en lice close , Vingt et deux nobles gens , Par tant de foys diverses , Comme il y a de noms , Sans fouUe et sans traverse ; Ce qu'oncques ne fisthoms.

La Cité Constantiue

Depuis veis envahir

De la gent Sarrazine ,

Qui la vindrent saisir (4),

Et la teste coppérent

Au vieillart empereur ,

Sans ce qu'ailleurs monstrèrent

Maint aiUtre grand horreur.

J'ai veu une Lucrèce En Romme dominer , De Naples non de Grèce ; Pour le pape honnorer , Aller au devant d'elle Cardinaulx et prélats ; Et sy n'estoit qu'ancelle Du roy pour son soûlas.

J'ay veu roy de Hongrie Faire préparement

(d) G. Chastellain parle de ce même Portaire et de la plupart des autres personnages mentionnés ici, dans le livre des nobles malheureux^ adressé à la reine Marguerite d'Angleterre , et dont j'ai parlé plus haut.

(2) Guerre des Gantois contre le duc de Bourgogne, en 1453.

(3) Jacques de La Laing. (^oy. la Chronique de Jacques de La Laing publiée dans cette collection, dan. le niï^me volume que Commines et Olivier de là Marciie.

(4) Prise de Constantinople par Mahomet II, en 1453. Constantin Paléologue y fut tué.

De liaulte druërie , Très glorieusement , Qui attendoit la chère , Du nuptial atour (4) ; Trouvé fut mort en bière Ne sçait on par quel tour.

Luy mort , prit la cooronne Le fils d'ang compaignon (2) , Vertueuse personne Et de très grant renom; Ainsi royal racine Prist là son dernier ploog , Et la basse orighie Monta en royal tronc.

J'ay veu raisné de France (3) , Fuitif de son aourgeon Venir prendre umbroyance Soubs le doc Bourguignon , Et le mettre en couronne Non goéres bien Tenu ; Dieu congnoist en son throsne S'il l'a bien reGongnen(4).

Tay veu peuple confondre , Et royauîme trembler , Chasteanx et villes fondre , Et cités abismer, Craventerles églises Fendans toutes parmy , Es Naploises pourprises (5) Se fist ce grand ay my.

J'ai veu descendre en France Angles encontre Angles , Parconstrainteet puissance.

Pour contendre au possès Pour Calés et pour Guines , Se fut tout cest esmeu ; Ce sont estranges signes Le cas bien entendu.

(1) Ladislas, roi de Hongrie et de Bohème, rnoomt, dit-on, de poison, à Prague, en 1459, à l'âge de 18 ans, au moment où il allait se marier avec une fiUe de Charles VII, roi de France.

(2) Mathieu Corvin, fils du célèbre Jean CorvinHonniade, fut nommé roi de Hongrie, par les états du, royaume, malgré les prétentions de l'empereur Frédéric IV.

(3) Louis XI, alors dauphin , se sauva, comme oa sait, auprès du duc de Bourgogne, et y resta jaaqa*à la mort de son père Charles VII, en 14dl.

(4) On peut lire dans la Chronique de ChastdUia Iw démêlés entre Charles-le-Téméraire et Louis XI.

(5) n y eut ttn grand tremblement de tem^ en Fumille, en 1456. Plosieurs villes en furent renTersto. {9^9^^

J. Dn Gtecq, Ut. «, ciiiip. M.)

SUR SIRE GEORGE CHASTELLAIN

xlir

Passant par Angleterre , Je veis en grand tourment Les seigneurs de la terre S^entretuer forment , Avec ung tel déluge , Qui eneors esbabissoit Qu'à peine y eut refuge Où mort n'apparois8oit(i).

Ung Doaveau roi créèrent (2) ,

Par despiteox Touloir ,

Le Tieil( en déboutèrent (3) ,

Et son légitime boir

Qui foitif alla prendre

D'Escosse le garant ,

De tons siècles le mendre

EtleplnstoUérant.

J*ai Tea en grand fortune llnedes fleurs de lys Tenir en prison brune £o très poTres délicts , Privé de seigneurie Et de royal bonneur , Dont la gloire périe Est en sa prime fleur (4).

De Cypre la couronne Ay-je Ten emprunter Au cbef de Babiloue , Pour le roi en jecter (5) ; BAtard est , et d'église Cellui qui le maintient , Et n'acompte à reprise Mi à mal qui en vient.

La royne veis descendre Dedans le marin cours Par ung ardant contendre Vers France pour secours (6) ;

(4) Querdles entre les maisons d*York et de Lan- CMtre, connues sous le nom de guerre de la Rose Blancbe et de la Rose Rouge.

(2) Ëdonard lY, créé roi par la victoire du comte deWarwick, enl461.

(3) Henri VI, après sa défaite, se réfugia en Ecosse, près de Jacques III encore enfant.

(4) Le duc d'Alençon, qui fut dégradé et privé de ses honneurs et de son rang par sentence du parlenent.

(5) Le Soudan d*£gypte chassa de Tîle de Chypre , en 1459, Louis de Savoie, mari de Charlotte de Lusignan, fille du roi Jean de Lusignan, et donna la couronne de cette fie à Jacques, bâtard du même Jean, qui épousa Catherine Cornaro, adoptée pour fille par le sénat vénili^.

(6) Charlotte de Lusignan viut demander du secours ai France.

Qui depuis fut pillée Et mise an sacqueman, Par pillars de gallée Du port Yenician.

J'ay veu de deux royalmes Deux roys contemporains Confesser en leurs Ames Haulx mots et souverains ; De tenir leur couronne Et leur propre vertu D'une seuUe personne, Le grand duc de Vertu.

J*ay un roi de Cecille Veu devenir berger (i) , Et sa femme g^tille De ce propre mestier , Portant la pannetière , La houlette et chappeau , Logeant sur la bruyère « Auprès de leur troppeau.

J'ai veu de Géorgie (3) , Et du hault Orient , De Perse et d'Arménie , Diverse estrange gent , Mesme d'ung infidelle Transmettre au roy Charlon , Pour lui donner querelle Contre le Turc félon.

Le hault duc de Bourgogne Fort bien le recoeillit , Dont l'œuvre assez tesmoigne Quel honneur il leur fist ; L'honneur fut si profonde tx de si haultain faict , Que jusqu'au bout du monde La mémoire s'en fait.

J'ay veu deux , trois conmiettes , Manifester au ciel ; Et d'estr anges planettes Plus amères que fiel , Dont les fins non congnues Sontd'esbahissement ; Et de leurs advenues N'est nul vray jugement.

J'ay veu , chose inhumaine Et cruelle en la foy!

Tuer à force pleine Gens d'église à desroi ;

(1) Le roi René.

(2) yoyz dans les Chroniques de Bourgogne, déjà mentionnées, le récit de cette ambassade, envoyée à Charles VU et à Philippe duc de Bourgogne.

NOTICE

La cité de Mayence En est foaniée en feu Et à si grefve onltrance Qa'oDcqaes tel mal ne fea.

0 ! hault duc plein de gloire , Et TOUS son noble fils , Geste brefVe mémoire De tant de divers dis Ay fait en vos louanges D*ungcueur non vermolnt.

Il plaise au roi des anges Qu'il TOUS tourne à salut.

J'ai veu dure vieillesse , Qui me vient tourmenter y Si fault que je délaisse L'escripre et le dicter En rime telle quelle , Puisque je vais mourant; Molinet mon séquelle Fera ledemourant.

Page 1