CHAPITRE XXIV
Comment le roj renouvctlo le pnHeinent et cnnslitUB ou oncle pour aToir«ivJ9 sur la réforiiMlioud'iceiliii.
Ad ce nouvel advènement du roy falloit-il Tcnouveller aussi le parlement. Et constitua le roy, son oncle le duc de Bonj'goiugne , pour avoir advis sur la réfurmation d'iccitui, comme qui du tout lui en buîlla la charge. El jà-soit ce que point ne la quésisl ne demandast, et que peu ossiils'asscurast en celle aucturilé, je croy bien que aulcuns il répuloil dignes d'y estre et leur donna voi\. Maïs depuis que jours muUiplioieni l'ung sur l'uul- Ire et que diverses g;ens par diverses enhorts font varycr les prinches et muer proppcs de bien , de vîngl-qualrc qu'il avoit promeus en curaige pour esli-e assis au bancq, oncques uiig seul n'en entra en siège. El se monstroît \'d ungcommenchement tout nouvel etestrange, au regard des choses passées. Le duc toutlesvoies en dissimula sagement et n'en fit samblant aultre que de prinche conbint.Le roy y mist gens à son plaisir, comme faire le povoit; et y eoDstilua premier président, maistre Pierre de Lyon. Et celly qui solloit estre le premier miiislre , nommeiYvedeScepeaux. il le niisi au second degré. Moult fisl de nouvelletésceroyiison premier venir; et tout de sa teste, sans advis de conseil. Et ne l'aisoit que soublillier jour et niiyt diverses pensées , lesquelles comme les avoit conchmies les vouloit maintenir à effect; destitua Inng et constitua l'aulire; et par espécial ceuU qiii
avtiient servi son pcre , au moins la plus part , à yceus estoil dur. Il prist indignation contre ceul\ de Sainct Denis et par courouch iliira hors des mains l'auctoriié de cbroniqiiirur; et mist en la main d'ung religieux de Clugny, lequel il manda venir devers ly, appulù mats-
trejehan(4) ung des seigneurs du-
parlement du vivant de l'aultre roy ! Lequel , pour ung proches devant lesdis seigneurs, lui qui estoit pour l'éveschie, avoit esté accusé d'avoir pris argent à louiles tes deus parties , en ((fand confusion de la courf- Pour cause d'ung tel mésus , on lui avoit dsfi^ fendu la chambre jusques il en scroil.pui^ gié. Cestui maîsU-e Jetian eu euchéy en proches devant les seigneurs du parlement, ses cotnpaignons ; et en esloient jà faiciet beaucop d'escriptures; lesquelles le roy, oyant parler du cas , fist touiies apporter en sa chambre sans quelconque en sceust rien.
Toutiesvoii's cestui maistre Jehan vint dever» le roy et à son command ; et Ssi les révérences; et le roy lors lui commeneba à demander :
- N'estes-vous pus ung tel' ? etl'uulire dicl^ ■■ Ouy, sire. — Et n'estes-vous pascbil, chedict ; le roy , qui avez ung tel proches pour teltOf, cause et telle ' — Et ouy, sire ! che dist l'auttre. — Et comment vous en pensez-vous cheoirPch» dict le i-oy ariére ; estes vous bien teeonfortj de ce qui en poelt ensicuvir ? — Par ma foy , diê dicl lors ycellui, je me reconfutte bien ea Dieu et en mon bon druil. — Et rappuiniement. n'en vouldriee vous point? ce dint le royV
— Sire , ce dict l'aultre , je ne vœul rien quài justice et semence. — Et qui vuus vouldroîc faire grâce, ce dict le roy, ne la prendriez— vous? — 5ire,dict l'aultre, je désire bienesiraf en voslre grâce sans laquelle je ne puis» vivre. Mais en cecby je ne vous requiers ponif grâce nulle. — Comment d»^'a! dist le roy lorag vecby voslre proches et vusire accusation eoi che s;icque que j'ay devers moy, et en refuser vous ma grâce, et que j'abolisse louti' — Sire^' rh(! dist l'aultre alors, je requiers tousjours vivre en voslre grice comme j'ay dict;titf
(1) LMiine itmule luaniiUTrii. Il l'agit iri de Morrillien , évoque d'Ortéant . noniffl cclier île rrnnte pnrLouia XI à «m «vénenicnt t l coiirniine l'ti re)ii|iln(.-etiieiil de CiiiltiiinM Jureni dtt Visais , <iiii fui rnppelè quRln a» »fti»,
GEORGE CHASTELLAIN
seroye mal aultrement. Mais au regard du proches de quoy me parlez , si ne demande grâce nulle , fors que justice. — Déa ! vecby forte chose ! ce dict le roy lors. Vous voulez justice et ne voulez point que je vous fâche grâce. — Sire, che dict lors, de grâce nem*est point mestier en ce cas , ne jour que je vive ne la vous demande. » Et le roy alors , véant sa constance et grand asseurementde parler , le regarda par manière d'admiration^ et contenant sa parolle ung peu au premier mot, lui dict : « Et je vous fay chancellier de France ; soyez preud'homme. » Sy furent esmervilUés tous estans et voyans , ly meisme plus que tous les aultres, qui touttesvoyes en remerchia humblement le roy aveucques soy disant indigne de Thonneur; et fist le roy alors esvanoyr et perdre tous les eseripls du proches , affin que jamais n'en fuist mémoire j et dévola le bruict par tout le royaulme , comme d'ung cas nouveau et estrange entre tous aultres.