CHAPITRE XXV
Comment nng cm advint en Avesnes bien dangereux , qui povoit estre matière de grand trouble aujMiys.
Pendant ce temps et que le roy estoit encoires nouvellement à Paris, advint ung cas au pays deHainnau^ bien dangereux, et lequel povoit estre matière de grands troubles. Doncques, pour le réciter, il vous doibt bien souvenir, car en ay parlé ychy devant, que le roy, au partir de Rains, avoit envoyé six cens lanches au pays de Liège, pour faire guerre au pays y et estoient jà venus avant sur les marches et frontières dudict Liège , logans et séjournans tout allenthour, à leur plus bel et meilleur , là où ils le sçavoient. Si advint que aulcuns de ceste compaignie se vindrent logier enthour Avesnes-le-Gomte, au pays de Haynnau. Et là séjournans par aulcuns jours, aulcuns d'eulx , par ung jour de mai*chié , trois ou quallre , vindrent en la ville pour eulx esbatlre et pour achetier à Tadvenlure aulcune chose à eulx nécessaire. Se vinrent et passèrent parmi le marchié portant coutteaux longs et bastons deflendus au pays. Et surréus des sergens du bailli , vindrent à eulx
les dicls sergens et leur dirent: «Messires, nous voyons bien que vous estes gens estranges , et gens de guerre d'ichy enthour logiés ; mais, ne vous desplaise , il est deffendu eu ceste ville et partout le pays de Uaynnau» que nul, de quelque estât qu'il soit^ doibf ou puist porter tels basions. Dont, pour ce que vous estes estrangiers et que ne sçavez puelt estre ceste ordonnance , nous venons devers vous, non pour vous callengier, mais pour vous pryer qu'en révérence de justice , voeulliez mettre ces basions jus courtoisemeAt , car aultrement vous n'y pohriez estre souiTerts. Mais , vos bastons mis jus, vous pqlrez aller par tout à voslre plaisir. » Lors à ces mots les compaignons, qui estoient josnes et de légier esprit , commenchèrent à respondre assez righoreusement ; et pensans que riens ne les povoit espoenter , pour ce que au roy estoient et de ses gens d'armes , si dirent : « Nous n'avons que faire de vos mandemens ne de vos ordonnances. Nous sommes au roy , et pour porter ce que nous voilons j et quant à nous, nous ne mènerons jà jus nos bastons. Querez vos gens ailleurs, ce ne sommesnous point.» — « Déa ! che dirent les sergens alors ^ seigneurs, nous voulons bien que vous soyez au roy et n'y contredisons point , mais le conunandement que monseigneur de Bourgongne a faict en ses pays , il le convient bien observer. — Qu'avons à faire , che dirent lors, de monseigneur de Bourgoingne ? nous ne acomptons, à ly ne à vous, deuxcastaignes. — Messircs , dirent les sergens j c'est mal courtoisement parlé de monseigneur de Bourgoingne , qui est si grand prinche, et tant est serviteur et bon envers le roy. Messires , on vous prie que doulchemenr et amoureusement voeullez mettre jus vos bastons, ou, sans nulle faulte, vous les metterez jus par main forte ; et ne serez jà souffert aller atout parmy la ville. » Et de faict, eulx persévérans en leur orgoel, furent desbastonnés par vertu de justice; et s'en esleva murmure et tumulte entre les gens. Quand donc ces compaigiîons se trouvèrent ainsi traiciiés et desbastonnés par righeur , et pai* leur proppre dcmérir , s'en allèrent fréant ballant vers leurcappitta'mc, es champs où ils estoient logiés ; et là venus luy allèrent faire une grande plainte de ceulx
Wfil] CUBÔNIQUÊ DES ÏMJCS DE BOinGOGXn. — I" PART. '4'Avesncs , et lui coiHèreiU le cas ù leur bel "jel Don à la vc-rili;. Pur (juoy le dici capilWioe «BDicu d'ire ei de rélouoie, fist monter à cheval aac nombre de gens fiers cl ku-dis ; el leo- 4*01 à la vengeance de ce cas , leur com- *^anda d'aller en Avesnes , ribon ribaiue , ajnot leurs daggues et espées, sans fle&dûr ide^aoi hommes, et aller devant justice deipaiider (mui- quoy et comment les scrgens et i^liillreg odicyers avoient eiupris sur les gens
1 roy, eB les vouUant suliiaellrc à leur loy ordonnance, ce que poiut ne debvoîeni.Dont
; se les dicls d'Avesnes vouloienl leaîr leur .xointe roidde , que UariUefflcnt après ils moofitraasenl à qui ils esloieat. El sur ces paroUes les compaignoDS partirent eu l>uu nombre , et vindrent en menant leurs chevauU en liostellerie; ets'en vindrenllouldroilàla maison de la vllte , là eu troav^rent bwMi , escUevins , er tous ceulxde la loy assemblés. Et en eflccl ■commenchèreot à lerer plBweurs haultes parolles et fiéres peu ù leur honneur, et moins «ncoires à l'iionneur du roy qui de cecy ne açavoil rien, El comme orgueil mesié avecflues liayr est cause d'injurieux parlers et de Imalvaises entreprinses,coste8 gens chy cuidaus
que les gens des pays du duc deussent estre .«oupples et mois, el espoeulés pour leur mal- >aisiié, ainsi que sont ceulx des pays où ils ' «oieniapris à vivre, povres geasserfs et crain- *4fs,commencltèreaia injuryer la loi, et user 'ie maulvaisctié, disaus-.que bon (pc el mal- ,gré eulx.euklresiousporleroienlel feroient
cliequ'ilsvouldrotenlietn'acoiuptoientauduc
de BomgDÎngne ne à ses ollicyers uog navet;
el que le roy esloil leur maisUe et n'avoient ii
obéyr qu'à ly. Sur quoy Cl jà-siiit il que par bel
longuement ceulx de la dit^e loy tirent res-
ponses froides el saiges , louttesvoies les
aullres, perse vi^raus en leur orgocl et malvais-
tié et Dunquéraos que le baltin, mirent looi
en tel trouble que pelle mesle commen-
cbèrent ii l'cnv l'ung sur l'auUre et à tuer et
navrer. Et ne vit-on oncques tel ell'ori ne
telle esclandre , en une bonne ville, faicie sur
justice de prindie. Si en devint lu meslée si
grande, ci lut justice lellemcui assisiée du
peuple qui tout y all'uioit, que des eslran-
gicrs en tut tué quaUi'c ou cinq , tous tan-
, lost iiiuri sur la pliûtui , clûacq ou ia pris^ ei
les aultres voyans l« ma»eliiel' tourner sur eulx, s'en fuirenl à fui-cede clievaulx devers lem' Gipilljioe , lei)uel cuidant avoir fanchy &on couraige , par vengeance accrut son dueil par cent double, et le malheur des uuUros set compaignons.