‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 150 sur 494 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

La raison par quoy le rojr désiroit faire rompra Faliance de ce duc aux Anglois.

Poroient demander aulcuns maintenant, quelle chose povoit mouvoir le roy de Franche rompre ad ce duc de Bourgongne son voyage lequel il a voit tant en cœur, pour che que le dict duc, par la response qu'il avoit jà faicte , nottoit que c' estoit le seul point et la seullefin où le roy voulloit venir. Dont, pour respondre aux demandans , il fault entendre que ce roy ychy avoit pluiseurs regards. Et comme j'ay dict que devenu estoit tout nouvel homme envers le temps passct, etiout d'aultres meurs et semblans que ne s'estoit monstre envers son oncle le duc , lui estant daulpbin , pregnoit maintenant diverses ymaginations, et tout oublieux de ceulx qui bien lui avoient faict, ne faisoit que soubtillier en choses louchant son privé plaisir et advis, sans regarder à conséquence quelle que fust.

Et faict à ymaginer que son premier regard estoit que ce duc de Bour{>[ongnc , lequel il congnoissoit en puissance et en coraige , estoit fort durement appuyé des Anglois , et que , aveucques la puissance qu'il avoit de lui-meisme, il estoit aveucques les dis Anglois pour non craindre ne ployer devant nulluy; car avoit le nouvel roy Edouart pour lui, et toutte sa couronne; donily, comme roy de France, se tenoit à plus foible et à maindre en regnation telle qu'il la désiroit. Car comme humble et doulx il s'estoit faict et plain de dissimulation, au temps de sa fortune estroitte, maintenant, quand se trouva en possesse de la couronne , monstra ses longues couvertes meurs estre tout aultres ; et n'avoit riens veoir ne sçavoir emprès ly fort ne puissant ne haulteraent re^jnant , que ly seul meismes. El le duc, par la main de qui il estoit parvenu à la couronne , entretenu et servi par Tespasse de cinq ans , quand se trouva bras à deseure , contendoit-il à rompre et à dimiminuercouvertcment, s'il eust peu, comme il a monstre en deux choses : l'une par les Liégoîs pris en sa main envers tous et contre tpus , l'aultre par les trêves qu'il lui a volu faire rompre pour le boutter en gherre aveucques ceulx dont il estoit plus fort et plus à craindre. Et de faict, nonobstant que de la puissance de ce duc de Bourgongne et de su haulte regnation , le roy se feisl aydier longuement au temps de son adversité et quo alors ycelle il looit et magnifioit, meismes allencontre de son père proppre au besoing , quand ce vint maintenant à avoir couronne en teste, sa puissanche lui cuisoit et lui donnoit annuy; et à envis portoit et sentoit ce que aultresfois il avoit tenu pour son plus grand eur et refuge. Avoit aussi ung aultre regard, lequel se puelt traire d'aulcunes paroUes que debvoit avoir dict le roy, luy non estant eneoire sacré , louchant le voyage de ce duc , lequel il sçavoit bien que moult Tavoit en cuer. Et est vray, comme rapporté me fut , que devisant à aulcuns, il dist : » Or est bien eureux beaux oncle de ma bonne advenlure d'aujourd'hui, qui S'iy devenu roy; il a longuement désiré à aller alionconlre des Infidelles, se iorlunc luy eust volu joufîrir. 11 est jà viel et casset, et lui siet bien le repos mieulx

GEORGE CHASTELLAIN

qu'à moy. 11 demourra par dechà ; et le feray fjouverneur du royaulme ; et moy je m'en îray faire moy-meismesce qu'il a eu lodguement en propos. Et en effecl, lesparoUes furent dictes telles ; et furent ses intentions telles ; et aucques près feussent les faicts semblables à ses parolles d'alors, se desmeu n'en feust par ses conditions variables. Doncques,par cestes parolles recitlées il sembleroit : ou que le roy eust volu avoir Thonneur meismes de faire che voyage , comme il povoit et debvoit , ou qu'il eust eu deuil et envie que, aveucques la gloire que jà avoit acquise son oncle , la plus clère des regnans , ceste ychy encoire se feust adjoustée aveucques Taultre pour un doublement de loenge. Dont, pour non le souffrir parattaindre à si haull , s'avisoit de lui préparer cbe par quoy s'en feroit la rompture ; c'esioh de le boutter en guerre aveucques ceulx là où il avoit pris amitié, et par lesquels, quant à la guerre seroit venu , il seroit plus foible et moins roydde pour povoir tenir contre ly quand ce viendroit à l'estraindre.

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