CHAPITRE XXXIX
Coromenl le seigneur de Créquy retoamii derera le duc retournant de devers le roy d'Aragon , auquel il aToit porté Tordre.
Je pourroye mener en compte pluiseurs vanités touchant parolles et affections de coraiges d'hommes et de femmes , qui de ce bancquet que ce duc fit, aveucques les jonstcs et pluiseurs aultres choses grandes, tindrent leurs comptes et festivités en Paris', comme d'ung monde venu tout nouvel en leiu* éage, et dont oncques n'avoient veu tel, comme il est tout! cler que femmes souverainement se délictent en haultes choses nouvelles et joyeuses , et meismes les hommes qui longuement ont vescu en estroicte fortune, quand teissollcnnités leursurviengnent, se resveillent. Mais poiu* ce qu'en recitter
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le duc eust peu trouver telle amorse , qui aa présent commenchoit à régner, il ne se feust point sitost tan net de ly ; mais desjà on lui avoit monstre tant de malvais exemples que Taflection lui debvoit estre petitte d*y faire loing séjour; pareillement à tous ceulx de sa maison; car n'y avoit nul à qui le cuer en deist bien et qui se loast ghaire du roy, sinon des vaines promesses et des paroUes vyddes sans nul effect , et par lesquelles grands et petits le jugèrent descongneu , et tout fainct homme et estrange le plus des aultres. Maismes le duc qui cuidoit estre celly du monde pour qui plus feroit , par mérite de service à ly faicte , s'en trouva le plus bastard et lé plus eslongié de cuer qui fuist en tout le sang; et tellement que à moy meisme il me dit et me certiffia , que de touttes les requestes qu'oncques!lui avoit faictes, à Rains et a Paris, oncques une seulle ne lui avoit accordée; et encoire lui avoit dit le roy qu'il estoil constrainct de la non denier. Parquoy le duc aussi lui respondy tout de meisme : «f Eh ! monseigneur, je vous merchie ; aussi par constraincte vous ne eussiez rien faict, et grand merchy. » Et par ainsi doncques en diverses manières et qualités, il acquist pluiseurs froidesses des coraiges envei^ ly et peu d'amour, beaucop de réprobations en son nouvel «yenir, et peu de meismes. Et de ses povres subjects, qui cuidoient avoir trouvé Dieu par les pieds quand Tavoient à nouvel roy et que deussent estre sôulaigiés des {grandes tailles et impositions que le roy son père avoit mis sur eulx , maintenant , quand virent qu'à la requeste du duc de Bourgoingne, en qui gisoit tout leur espoir, ne les volu mettre jus, commenchèrent à regretter arrière le roy mort et souhaidier sa vie , eulx réputans encoire plus eurcnx du mort que du vif; car avoit refusé, comme vous ay dict, au duc de Bourgoingne , à ramodyer les tailles et impositions qui avoient courues , et semblablement de pardonner à tons ses mesvolans , de traictier bien et avoir en sa grâce les serviteurs de son père , de laissier les prinches de son sang en leurs pcncions ce anchiens drois , semblabicment les haulx et grans barons du royaulme. Et puis touchant son privé faict , il avoit pris les Liégois en sa
telles et samblables choses vaincs de nul firuict , je pourrdye estre notté de faveur, comme voellant par trop grandir les choses de ce duc, je m'en tais et passe oultre ; et, le remanant , je le laisse en la récordation des ' parlans , en quoy les dammes parisiennes vauldront bien ung tesmoignage , voire celles de ce temps. Envers ce temps chy et ung peu devant que ces joustes se feissent , arriva à Paris le seigneur de Créquy devers le duc son maistre, retournant devers le roy d'Arragon, frère au roy Alphonse mort, auquel, à l'instance meismes et grand requeste dudict roy, il avoit porté , aveucques Thoison d'or, par la délibération du plein chappitre des frères , le collier de l'ordre de la thoison , et lequel ledict roy rechupt en grand honneur et* en grand embellissement de sa fortune , soy réputant |en.reux d'estre esleu frère d'une si baulte et noble conipaignie, la plus exquise do la terre. Dont ledict de Créquy, aveucques Thoison d'or, fist le record notablement h son maistre , aveucques mille recommendations dudict roy ^ ly, ensemble tous les grands offremens qui faire se povoient ne dire de grand prinche à aultre , lu où on désireroit alliance et amour. Dont sitost après quand Thoison d'or estoit retourné d'Arragon , prestement fut renvoyé en Gheldres , pour porter au josne duc de Gheidres , retourné nouvellement du Sainct-Sépulchre , le collier aussi de l'ordre , ensemble le manteau et les aultres estoffemens qui y appartiengnent. Et par ainsi furent employés les six coliers donnés en la feste tenue à Sainct- Omer, en là saison devant, par l'ordonnance du chapittre.