CHAPITRE XL
Comment le roy et le duc cliascnn charchoit ksùyretliirer pour leurs afTaires et des parolles que le roy tint du duc.
Or commenchoîl-on fort à parler du partemcnt de Paris ; et avoit le roy forment affection vers le pays de la Loire , et le duc vers son pays de Brabanl et de Haynnau ; aveucques ce aussi que les affaires de l'ung et de l'aultre se donnoient ainsi , nonobstant que se
GEORGE CIIASTELLAIN.
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garde , si bien contre' ly que contre aultre , comme avoit faict son père , qui estoit cas de {frand nolte; lui avoit volu faire rompre les trêves que il avoit avec les Ân{}Iois pour le boutter en gherre et en tribulations ; Tavoit qûis chastoyer par diverses aultres manières, comme son père Tavoit quis aultrefois ; et par lesquelles il et les siens , ils y mirent un{][ povre espoir; avoit oulirc ce interposé en orgoeul et en mal beaucop de baulx et grans fais du duc , fais pour celly temps en Paris , en rhonneur de ly ; touttesvoies avoit bon- 0nié sur te duc de Clèves , ung bel princbe entre mille , qu'il estoit plain d^orgfueil et de beubans. A son frère messire Âdolf de Clèves son compère , il défailli de promesse et de congnoissancbe. A tous aultres des marches du duc de Bourgoingne , grans et moindres, réservé seuiiement au comte de Charolois , au seigneur de Groy, au bastard de Bourgoingne et à Guillaume Bische , à iceulx il compleiît et leur favourisa à cautele ; et à tout le ramanant il tint bride roidde. Dont la pluspart de ceulx ne feirent gliaire grand pois de sa manière de faire; mais dirent bien que autant en àvoient-îls bien congneu et doublé en ly dès la première heure, quand vint au pays dévers le duc. Le duc de Clèves sçavoit très bien que le roy avoit hongnié sur ly et qu'il l'avoit reprouvé d'orgoel et de bobans , pensant qu'il ne veulsist battre le chien devant le lyon , et le meismes notter sur son oncle le duc. Dont il advint ainsi, que le duc de Clèves , qui estoit riche princbe et puissant et de riens subget à la couronne, et aveucques ce que il estoit bel chevalier, si estoit-il sire aussi de grand cuer et avoit ung sens à Tadvcnant pour bien conduire ce qui estoit à faire^ ung jour se trouva en une assemblée, là où uvoit aulcuns de la chambre du roy , et lesquels il véoit bien que c'estoient gens pour lui rap|H)rler ce qu'ils lui osoient dire ; et en oflect, par petittes entrées (|u il tist pour cheoir en languige , commoncha à dire ainsi : » Je ne svay i|ue poult mouvoir le roy de soy mes- 1er d'ung si povro chevalier que je suis, aultromeat que do son serviteur et parent qui le vuuldivye servir. L*on m'a dict qu'il m*a blasmé de mon orgueil et de mes pompes ,
ttNû» J9 toel bicu qu il sache que de mon pour aultre chose.
orgocl , tel qu'il est, et de tout mon avoir, je servirai monseigneur mon oncle et mon maistre envers tons et contre tous qui ores sont en vie. Et le prende pour orgoel qui vouidra , et s'en appaise qui poulra; car ainsi le feray. » Et cechy dict le duc, tout à cause et aflin que ceulx qui là estoient lui en feissent rapport ; et estoit bien aise d'avoir trouvé lieu là où il s'en peust desenfler pour faire payement de meismes. Si advint ainsi « que le duc de Clèves ayant recheu nouvelles de ses marches , qu» ung sien oncle puissant et moult anchien estoit allé de vie à irespas, et duquel il estoit héritier prochain , si voult partir de Paris. Et de faict prist congié à son oncle pour s'en venir devers le pays de Clèves, qui voulontiers s'y assentoit. Et pour soy mettre en debvoir vers le roy, voult prendre congié à ly aussi, premier que partir, comme raison lui enscignoit de faire. Si vint ung soir à Thostel du roy , en cspoirde povoir avoir approche à lui et lui dire adieu ; et fit signiflier au roy sa venue droict là et la cause de son accès , qui de loing temps après ne par mander, ne par buischier, ne peult trouver àme qui lui donnast espoir d'entrer en la chambre, jà-soit-il que pluiseurs de petit estât , gens de toutte sorte , il en veyst saillir et entrer. Et ly se pourmenoit tousjours en la salle par l'espasse d'une grande heure^ non bien à sa paix, mais esmeu en cuer. Dont enfin touttesvoies , quand ne se perchupt de nul abrègement fors de ly faire chauffer la chire , titiuva ung nommé le seigneur de Villers, gentil chevalier breton et moult gratieux homme , auquel il dist : «Monseigneur de Villers, j'ay chy esté et attendu plus d'une grande heure piétiant eu ceste salle; et ay faict dire au roy mon affaire et mon partement par pluiseurs entrans devers ly. Jen'ay oncquespeu avoir enti*ée devers ly. Je vous prie qu*il vous plaise me recommander humblement à la bonne grJice du roy , et lui dire que j'estoye venu icy pour prendre congié à 1 y. Je ne ly demande rien et n'av volu demander, fors tant seuiiement sa grâce et que je le serviray s*il lui plaist. A Dieu vous commande.» Et à tant se parly le duc de Clèves; et plus ne quisi le roy, ne pour congié prendre , ne
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de qui je tien{][s ma vie et ma couronne et tout le bien que j'ay. Il est sur son partemcnt{)our aller en son pays , et moy sur le mien pour aller en Touraine. Je votis prie et commande que voelliez faire procession généralle en laquelle vous pryiez et fâchiez pryer pour ly et pour moy et pour lé salut de ce royalmc , qui en grant part çist en sa main. C'est mbn père -et mon resort , et qui m'a sauvé tel que je suis. En touttes vos oroisons que poirez faire pour moy , je le vous recommandé comme moy par ung exprès; et voeulte qu'en toutte église et sermons le fiichiez pronon-^ chier ainsi ; car vous n^'en poirez tant faire que n'y soyez plus tenus^ à ma cause; et moy plus^que vous tous. »