CHAPITRE LIV
Comment monieigneur de Brczé fut mené deTers le
roy en Paris.
Gestes gens icy, Garguesale et les aultres, s'esmervillèrcnt moult du mervillcux hardement de cest homme et de si {][rand asseurance , dont oncques n^avoient oy parler de pareille; et le réputant ung chevalier de grand los et souverain sur tous , prindrent compassion grande en son faict ; et se réputérent nés ù malle heure d'avoir telle commission , car ne doubloient riens que sa mort. Touttesvoies ils montèrent à cheval , donnant foy à ses parolles, Talèrent attendre à la porte que leur avoit nommé , en bon compétent nombre de gens desquels ils se fioient , pour le mener seuremont comme il leur ayoit mandé. Et ly soy abrégant de venir aussi devers eulx, monta à cheval desguîsé ; et sans que congncu fust de personne , s'en .vint rendre à lu porte où les aultres Tattcndoicnt, qui /passant parmy cuU, ne le congneurent et le souffrii^nt passer, atout une bouge desuubs ly« ostrangement jabillé , lors où ly meisme en |uissiuu leurdist: «\éez-moy îcy; sieuvex-moy; che suis-jc! gardeznmy et ine s:iuvox. ^ Lt»rs a)mmenchèrenl à plorer los aultnv^ , ot Tailesirer Tung deihà Taultre là pmu* avoir ses devises, sans faire semblant di' lo nuMier ne île le Iver; car véoient bien (|U il no faisoit bosoing el que meisme désinul esli^^ |M is. ,si furt^ui Jeurs devises plieuses d uug a^ô 01 dauliro; et ly firent les menuns aussi (;raud honneur ou manière de parler conuuo oai^pios eussent fiiict , ou plus bauU. vlv^ S.I Iv^rtuno pr\^pt^rôo ; lui Hrenl loutie amour oî .vurlv>isio ; lo roi^ufortoienl de parolles , 01 Wi ih"! ouK mo(suH>s fuboîeut semblant vl\ ii\HMK^ piùè on\ors Iv, Iv meismes fecoatoiioii 01 los rt^^roiK>ît lie lascbeiê , ittyaul qu il n'av^t^ p^MM de peur el qu il ne 1
feust point en leurs mains s* il eust volu , mais uymoit mieulx morir que estre fuy. Et leur dist : « Deà ! vous m'avez quis à Paris el faict quérir; mais il vous convenoit bnisler la ville toutte de fons en comble, premier que me trouver en ung mois enthier. Favetes bonne chière et me menez , en la merchi de Dieu et du roy. Ta y bon espoir et bonue querelle; et ayme mieulx morir léal preud'homme qu'estre fuy lasche et recrandy de cuer. » Et à telle parolles et aultres qui le glorif- Soient , le menèrent devers le roy, qui prestement le fist mettre au chasteau de Loches , très estroit. Dont en peu de jours aprè^ , le roy y envoya aulcuns députés pour Toyr parler et pour sçavoir en quoy il se vouloît deffendre. Si parla tellement et si à sa gloire , que nonobstant touttes haynes et indignations, et touttes les grandes manasses qui constoient sur sa personne, le roy le fist mettre au large et en bien gracieux lieu. Et voyoit-on bien puis que celle première fureur estoit dehors , jà-soit ce touttesvoies que^ous les gransL hommes de France, de peur qu'ils avoient de son mal , commenchèrent à murmurer sur le roy, et à dire en couvert que ciel et terre debveroient cryer contre lui, quand il se vengeroit par mort sur ung tel homme qui estoit ung des vaillans chevaliers des chrestiens et des plus à loer, et qui estoit ung pareméat et ung chief d^honneur en ce royaulme» qui tout reluisoit de ses haulx fais. Si ne se faisoit conventionr nulle de gens, où que ce fuist, qui ces parolles ne levassent ec semblables , et qui par dileclion et fovenr envers ly ne ly envoyassent larmes et soupirs de compassion mainte." Dont quel daeil aussi povoit démener celle povi e damme , la séaeschalle sa femme , ensemble aussi son fils et sa fille la vidamesse de Chartres P Certes il faict k>on à penser, car nulle gens plus desconfortés en la terre que ces trois, qui caidoient avoir perdu ce que possible n*estoît & tout le rëalme de le restorer, quand b nort y seroit mise. Mais tant bboura la noble damme , qui sage estoit et plaine de verto , que le roy lui promtst que jà n*auroil mal de nort ; mais aulire fois lui avoit faict pear, œ disoit, et nttiRteoani il lui en feroii aultretani. Et loackaat ses biens, ks q«els ii avoâ
appliquiés à ly, tous iceulx ainsi qu'ils estoient et {^soient, il les rendroità elle. Et les lui donna par amour et enThonneurdetouttes nobles dammes , entre les quelles il la tenoit pour haultement recommandée. Et à tant je coupe le compte de che chevalier, jusques cy après que j*en releveray le remannant , la où Tyssue du cas me donra fin de paroUes.