‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 166 sur 494 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Comment le comte de Charolois se party de Paris pour Uiirer à Saiiict-Claude et comment il fut festoyé en chemin.

Maintenant loyst il conter un{y peu du comte Charolois, qui de Paris s'en estoit parti de son père pour aller en voyage peilerin h Sainct-Claude. Sy est vray que, en approchant le pays, de beaucop degran^ seigneurs et de nobles gens du pays vindrent au- devant de ly, qui depuis oncques ne Tabandonnèrent tant qu'il y feust. Et lui fu faicte la plus haulie chierre par tout qui oncques fu faicte à prinche; car n'y avoit oncques esté, et estoit le seigneur advenir, par quoy.le de)3voient bien faire. Fut festoyé et conjoy en pluiseurs maisons de seigneurs , pareillement par les bonnes villes. Dont, sur tous aultres, le prinche d'Orenge en sa ville de Noseroy le rechupt et festoya si haultement que merveille seroit à dire , et lui donna de beaulx dons au partir. Fistson voyage à Sainct-Claude; et au rethour de celly,prist son chemin vers Bourbonnois , pour aller voir la duchesse de Bourbon sa tante et sa belle mère qui oncques ne Tavoit veu. Et là fut rechupt arrière à la plus grand joye et solemnité , qui oncques avoit esté veue où monstrée au pays, ne pour venue de roy ne aultrement. Car le duc de Bourbon , son frère et son cousin germain s'y employa de tout son povoir et sçavoir. Pareillement tirent les deuix duchesses , la vielle et la josne , qui touttes y toiu*nèrent leurs sens pour le faire bien, comme pour la plus cliière chose qu'a voient en terre après le duc son père. Finablement, à chief de temps et ainsi que longuement avoît vaucré par pays , le roy lui manda qu'en retournant au pays devers son père , il reppassast par devers ly. Si

alla le dict comte et prit congié de Bourbonnois; et dressant son chemin vers Tours , passa pur Bourges en Berry , là où ceulx de la ville le desdaignèrent à bienvingnier , et n'en tindrent compte , ne que du plus estrangier noble homme qui feust en la terre ; ne lui envoyèrent ne vins , ne présens ; ne lui donnèrent oncques une seulle salutation. Meismes ainsi qu'il alloit par la ville visitter la Saincte Chappelle , sembloit il pour lui faire despit , ne lui daîgnoient mettre main au chappeau. Si leur tenoit cecy de vieille hayne et d'envie qu'ils ont allencontre de la maison de Bourgoingne, pour cause du siège que le duc Jehan y mist , dont ils rechuprent perte et domage. Si ne fist ledict comte semblant touttesvoies que rien lui en feust ; mais les en fist bien pugnir. Car luy venu devers le roy, qui en avoit oy le vent sans que ledict comte s'en yeulsist plaindre , les manda venir devers ly, en leur demandant pour quoy ils n'avoient bienvingnié et honnoré son beaufrère le comte de Charolois , revéraroment , ainsi que ordonné l'avoit et commandé de faire à touttes les bonnes villes de son réaime. Sur quoy ne sçavoient que respondre au roy , que malvaise voulenté qui les tenoit de viel temps. Le roy, les espoventant de manaches, les fist venir payer merchy à genoulx au dict duc, etiui dire et offrir que toutte telle pugnition qu'il luy plairoit leur ordonner et chargier par admende , humblement la porteroient ; et lui prioient pour grâce et miséricorde de leur rudesse. Dont lé dvct comte , qui ne quéroit rien en eulx fors leur amour , et de cbascun, les recueilli benignement ; et leur dict qu'il estoit bien content d'eulx , et que nulle admende ne lui séoit à prendre des subgets du roy qui rien ne lui debvoient que de grâce. Touttesvoies le roy en chastia aulcuns des plus grans de la ville, pour eslre aux aultres exemple en cas semblable.

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