INTRODUCTION
Il a esté sceu par T univers monde comment, en Tan 1380, avec le nombre imparfait du règne du roy Charles YI , plusieurs grièves tribulacions régnèrent en France , à cause des doloreuses divisions et envies de deux princes, membres d*icellui, les plus puissans, monseigneur le duc d*Orléans frère audict seigneur roy d*ung lez , et monseigneur le duc Jehan de Bourgoingne , fils au bon duc Philippe de Tautre. Desquels Tun , pour ce qu il estoit frère du roy, et en éage et en sens, lui sembloit, pour manier et gouverner le fait dudict seigneur roy son frère , non bien maistre de son sens, disposer de tous les affaires à sa ghise et intention, comme de fait il fit. Et Tautre estoit fils du bon duc Philippe par qui main et haulte preud'hommie , tant comme il vesqui , le royaume de France avoit esté maintenu en toute iranquilitéei union comme par le pillier de tout son honneur. De quoy le fils, qui estoit prince de irès-haulte vertu; d*ung vray couraige et homme de (ait souverainement à craindre , voiant tous les jours la gloire et clarté de son père rayer et estincelerà l*environ de Iny, qui avoit esté si prend^homme, si aymé en France et si exhaulcé , et de qui le réanime avoit receu tant de bénefiices et tant de haultes administracions,et puis aussi, combien qu'il fut esilongié de la couronne d'ung point , si se sentoit-il trop plus puissant de terres , de seignonries et de toute puissance que nul autre après le roy, dont il estoit germain cousin et dont il ne querroil que ce que feu son père y avoit quis : c'estoit honneur, félicité, paix , amour, union, la gloire du royaulme H la conservacion du bien publicque , que son feu père lui procura en son vivant et de qui il désiroit sievyr les pas ^ luy çslapt ires-
passé. Si ne luy pleut ceste manière de pointe que Tautre print contre luy, et non pas sans cause, entendu que par la l^iilte de Taccident qui estoit auchief , il entendoit et congnoissoit beaucop de choses aler contre poil , qui n'estoient ny honnourables ny souffrables , et qui, ' en preud*hommie et en divine équité, plus estoient de remédier que de souffrir (qui euist peu) : et avec le mauvais gouvernement et vicieuses ouvres tournans directement en déclin de la royalle maison, qui luy despiaisotent, voyant soy estre Tung des bras principaux du royalme contre qui Tautre nourissuit murmure et envyes et conspiroit de Taffoiblir en sa force ; qui estoit chose bien désobble de deux mains, en ung corps constraint par nature de royal sang , de soy monstrer homme non esbahy, ne à débouter, par tant fut il grant et puissant , puis que son bon vouloir ne povoit venir à ses bonnes fins désirées , et que les voluptueux couraiges desvoyés de raison et estains en lumière de justice , vouloient avoir et de fait prenoient , pour furnir la convoitise de leur or(;ueil , le maniement du réaulme, jà estant à Tyssue de sa félicité et à Thuys de son meschief.
Certes , non voyant autre remède que de soy barrer contre les envyeulx ses mesveillans , par puissance , dont il estoit aise, de luy meismes cautement tousjours dissimuloit vigoureusement.
Toutesvoies et très redoubtement se contint en France très long temps , qui que le vouLsisc veoir ou non; et qui que preisspnt lesprouOis ellesfruils en autrui messon > lui, malgré tous ses envieux , y obtint haulte et lonjfue puisgante domination par propre puissance. VA donn^nt lousjours préférence dQ lieu à son dit
GEORGE CHASTELLAN.
cousin le duc d'Orléans , comme raison le vouloit, car frère esloitct fils du roy, au résidu garda son droit cl son appartenir plus fièrement que ung lyon.Et sans soy former partye à nul, fors par inconvénient, en cequeilsentoit tel lui rire au dehors qui en dedans lui nourrissoit venin , dont il se faisoit à préveoir et garder, veu que gi'os poix et oultragieux inconvénient en pouvoit avenir, comme il fit, et dont l*amer record n'en sera jamais eslainct. Me semble ycy assez convenable de venir prendre semence qui me devra mettre en
Mais toutes couleurs et occasions mises derrière ce qui estoit fait , il lui failloit adviser nécessairement comment il pourroit mieulx boire ce qu*il avoit brassé, car boire le Iny failloit. Or estoit il entré en ce dangier par inconvénient , et par aucun moyen luy sembloit-il qu*il en failloit sortir, au plus près et an moindre meschief pour sa seurté. Secrètement avoit esté sa mort conspirée premièrement par Orléans, et en couvert avoit ordonné la charge d*occire son conspireur. Aussi lui sembloit-il faisable de pouvoir faire légièrement ce de
commencement de matière dont je veul ou^-j^quoy il n\i voit jamais mis la main; et ainsi, aoy
vi'er-.cest du fils dont je sens le père plus que villainement occis.
La cause toutes voies procédoit d*une autre doloreuse mort. Et ainsi, pour cause de Tune naissant de Tautre, il semblejusie de les causer toutes deux par ungabrégié, et venir finablement à la très amère douleur que receut mon très redoubté seigneur monseigneur son iils innocent de leurs deux débats , quand la très villaine et très inhumaine mort de feu son noble seigneur et père lui fut annoncée.
Sui*(]U()y promptement je veu! prendre le commencement de mon livre , escripvautla vie et haultesse d'icellui , avec les merveilleuses et haultes euvrcs faites par luy en son temps dignes de récilacion éternelle.
Le duc Jehan doncques, par légière délibération de san{; esmeu , ayant consentu en la mort de son cousin et réallement fait faire (conmie les premiers niouvemens ne sont pas en la puissance de fliomme , et vient-on souvent , après ung cas commis , à cognoissance premièrement de son délict, et semble souvent une chose légière , |)ensée qui puis se ireuve d(^ très grant poix (|uant elle est faicte), tunlost se sentist avoir grièvement delinciué tant envers Dieu eomme en son propre sang et honneur.
El comme \ ray est que nul ne voit juste, que aucnnesfois il ne chiet ou se despasse, comme David encontre l!rye, qui par ses propres lettres TcMivoya à la mort pour jouyr de sa fenmie, (jni estuil euvre mal faite vi de grant rei>rorhe; si esloil il toutes voies singulièrement aymé de Dieu, (?l n'a pas perdu sou reng au sièî;e (les preux pour cause d'autres singulières venus; ainsi It; dut' Jehan, voianila grandeur de son tus , se repeiity et non pus sans cause.
meismes abusant par fol cuydier désavoa k fait , qui est toute la lésion de son boaneur. Mais nul homme , dit-on , n'est saige en loa propre fait, souverainement en mal; elvient-ea voulentiers à commettre une faulle seconde quand on a fait la première.
Ainsi estoit-il de ce noble prince en qui rx)uraige n'estoit cheu vilaine chose par la longue et attameuse presse dont l'autre le sprquist , voire mortelle , comme vous avex oy. constrainct maintenant malgréluy d'avoirsouillié ses mains au sang de son proiime, Tung^ des haulx hommes du monde, le fils dn roy. Et donc il sentoit bien que pugnicion grande devoit cheoirsur racteur;et ne seroientoyesny couleurs ny occasions , ne causes ne excuses quelsconques, pour la fureur des amis et adhérans du mort, cryant larmoyeuse vengance et promptement, et ne savoient sur qui.
Certes , non merveilles si cestui prince, perplex d'une si grant euvre , Tayaut fait faire sans conseil que de lui meismes et s*en cuidaat nestoier, itiilloit de prime face en sa droite perplexité à prendre la voye plus saine à son honneur, encoire lui estant a Paris, en foninine de justice , où estoit le siège réal , avironné de toute sa progéuie fort troublée de cestni cas, et toute déterminée h vindication, pour exemple perpétuel , par justice. Ains certes y peut avoir excusacion très pitoyable et plaintive, combien que mauvaise en fut Teuvrc.
Mais selon le eas advenu, qui veult prendre recours à sa propre feblesse , se tel cas Ini advenoit , la chose n'estoit si blâmable ne si d admirer, comme plusieurs en ont voulu faire fort graut chose. Car par aucune subtilité