‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 18 sur 494 · CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE.— INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE.— INTRODUCTION

failloit-U tirer dehors du dangier, puis que T mer, que cestuy d avoir fait tuer, et celer ce* .

le dangier y estoit, ou par folle outrecuidance, nie$prisai|t la dignité et haultesse royalle, soy déterminer à la mort ; car seurement, bien certain estoit que mort s'en fut ensievye, oupSir sentence ou par fureur, et que Tune ou l'autre n*estoit escbappable.Mais le desconseiilié duc, constrainct lamentablement et pressé d'a- Toir souillié son âme, en nécessite de son grant dangier, délibéra légièrement de son honneur, cuidant plus paisiblement réparer iceluy que sa vye , ou peut estre ne le cuidoit blesser.

Toutes Yoyes , comme fortune aydoit à sa baudeur , et que Dieu , congnoissant la première rucbine non mouvoir de lui , pour lui donner temps et espace de repentance , le voult encoires espargnier, finablement après avou* aucune espace faint cestuy fait, sinon à monseigneur de Berry son oncle tousjours monstrant visaige toutes voyes , qui lui meut d'ung grant asseuré couraige , se tira dehors Paris et $'en alla en ses pays de Flandres , où pour lequel temps il descouvry le fait et Tavoua publicquement le plustost qu'il polt. Et nonobstant toutes couleurs, causes et occasions par lesquelles il se povoît ou dcvoit justiffier ou excuser, au moins en signe de contrition du cas commis qui durement le çliargeoit la conscience , mais ne povoit estre aultre , si se offroit-il, comme il devoit, à paix, à amende et à satisfaction honnourable et possible, partout et en tout là où il povoit penser qu'il est de faire. Et faisoit prononcier par ses orateurs devant les grans princes du royaulme, et meismes enréal parlement, toutes les causes et circonstances de la mort inférée , et comment très lamentablement avoit esté provocquié à ce faire , par ce que meismes le mort premièrement avoit voulu mettre la main, en luy.

• Dont une grant part des escoutans plaindoient fort le duc Jehan et le condoloycnt, et les autres à Tenconlre l'accusoient de vilain murtre ; et sans vouloir congnoistre causes ne circonstances qui Tavoient peu mouvoii* à ce , fuisoient par leui*s orateurs désordonnémeat mettre sur les espauUes du vivant fardeau de toute détestable reproche, plus certes voluntaire que raisonna])le ; (|ui oucques toutes

luy péchié, qui, comme l'en dit, plus a enversé que glaive d'homme. Dont lés secteurs de sa bende , avec aucuns de ses serviteurs, fai* soient les clameurs et les impétueuses pour* sieutes , et souverainement' la vesve du mort, seur au duc de Milan, de laquelle autre part et es aucuns livres est faite réçitacion ; si en laisse à ce qui en est escript \ mais no fut pas de germe semblable à si royal sang comme les deux.

Si fit chascun son povoir, l'ung de Justiffier et de colorer son délict, l'autre d^aggraver ûicessamment , voire par extrême desraison, sa partie. Et néantmoins tousjours traveilloit le tout desplaisant prince le duc Jehan devers ses amis, le duc de Berry , oncle à deux lez, et devers aucuns autres, de venir à aucune réparacion et confirmacion de paix , congneu et entendu qu'il estoit tel homme comme il estoit , si prochain du royal siège, puissant à tout es heures de povoir faire ung grant bien ou ung grant mal dedens le royaulme, et que le mort, par vengeance ny par guerre maintenir, ne se pouiroit restablir ne revivre ; et devoit autant avoir le ropl sang pour luy que contre luy; car d aussi près leur estoit. Lesquelles choses pendant et traynant par longs détours de temps , que plu* sieurs tribulacions, misères et pestilences y entrecheurent , tant par les Anglois que par les Armignacs et par les parties qui se levoient à Paris à ceste cause , en confuse douleur et occision de maintes créatures, desquelles choses je me déporte , car n'est de ma matière fors de venir à la paix de ceste première mon , et puis à très lionteuse machinacion de la seconde. Et combien que chose de si grant poix ne se povoit traicter ea briève espace de temps , quelque labeur que Ton y meist, toutes voies en fin, pour éviter double mal et plus grant meschief pour Tadvenir, par ordonnance du s;iint siège aposto- Ucque et par la procuration des nobles saiges et preud'hommes du royaulme, et pari iotérest de tous les haults princes d'icellui, le roy, propre frère du mort, comprins dedans, paix fut faite , accordée , jurée, rémission demandée , abolicion donnée, repentance

voies n*avoit fait ie pourquoy on le deust blas- [ démoAStrée devant Dieu et les hommes , char^.

GKORGE CHASTELLAm.

Ires ei insimmens prias et desperhés à deux lez , seelli's par seaulx , conrermés par preuves, raliQiéH par vnluntaire renoncement à la fiiy Dieu (]ui fenfrandroit, et soy octroyant i\w I on ppusi crticiQitT sur luy comme sur les Infidèles, etpour plus consolider l'euvre, prendre le corps de Nosire Bêdemplenr par indivis et éf^allemenl le user en Hdelîié de paix et d'ouliliance dn toutes choses passées. Dequoy le très 6iib\f duc se cuiduit tenir aussi paré comme en la promesse de Jésus CHsi. Et de fait s'y fyoît par aucun temps, et ré(;nuit par le royaulme, k Paris et autre part . que t lUsjours les yeulx venimeux le regurdoient d'ung mauvais C0Grui{>e; et pour ce que aucuns l'impntoient à c)rar{;e d'avoir boulé les Anglais en ce royaulme, dont l'excuse n'est pus si difficile comme l'accusation voluntaire.

Luy, après ceste paix faicte, pour monstrer son bon couruige frunçois , et qu'il estoil bien prince pour les en dé(;eeier quand il vouldruit, comment qu'ils y tussent entrés ny â quelle occasion, certes, désirant le bien du royaulme sur tous Ifs vivans , machina el délibéra de les en débouter par puissance; et Teust faîct, si ne fut la fortune de sa proi-liaînc mort. Mais le povre royaulme non estant ^ncoire assez purgië de ses pécbiés ne au plus meur de sa malédiction, le déable ei les fautx hommes ciiidansveoi![ier leurj^ief (mais accrurent leur honte ) , conspirèrent . toutes promesses oub'iées, une nouvelle desloyalle mort, pire mille fois que la première, f^ttouiips cboses entre deux par moy mises derrière, et la mannière comment et par qui, finablement exécutèrent leur faulx et des!éal propos en la plus hydeuse forme et biirrible qui se peut dire ny penser. Et de faict le meurtrirent à Monicreau , comparu seu'ement à journée soubs fiance de. paix , devant le Ris de son souverain seigneur le roy , monseigneur le daupliin , jeusne enlTani pour lors, dont les •Uteurs seeouvroiem, ignorant {venlle Dieu), et ainsi le croy, dcleurmauvaistié. Dont si duloreuse , si amère . ne si infilme mort oncques n'advint en cresiienneté ne qui fut tant chier vendue ne itclietée , et bien à maie heure pour cpiilx qui Ij machinèrent quand, par complaire â li-urs mauvais appelis. eux mesmes se sont

France leur mère ont procuré le fardeau dont elle s'est noyée en pleurs. Si croyseurement, selon la qualité du cas , et considérée la volume eu quuy fiablement il alla aud<t lieu , devant ung tel prince dont il ne se povoit meflier, quoy que l'on luy en deyst (car ne pensoit, ne autre ne doit croire , que en un ceiir de tîls de roy enirust trahison), certes que vray soit glorieux martir. Il a tiné ses jours votre aussi avant en s:ilul comme les acteurs demeurent en perpétuel reproche. Et Dieu , pour le non perdre en l'autre monde . Ta souffert cheoir en cestuy par le meisme glaive dontilavoit féru . hiy souffrant donner pugnicion par les mauvais en bon estât. Laquelle chose se doit juger en Dieu plus aimable correction que esiroicle sentence,

0 seigneurs ! icy mirez ; donnez URf; petit d'arrest sur les esmerveil labiés divins jugemens ! Dieu mortifie et fait vivre. Il pugnit lost; il diffère longuemeut . il pert les corps; il sauve les Ames, et souvent pert les coi'ps et les âmes. Tousjours toutes voies euvre-i-il en équité et en di'oiture envers chascun, soit en justice , soit en miséricorde; et tellement que le battu en rigueur de justice ne se peut douloir de ceulx où il a fait miséricorde. Souvent ses battures semblent estre fureur ou malédictions qui toutes voies sont sintelles d'amour et apparémenl de salui. Mais la congnoissance en di-mcure cassée et occultée aux hommes qui ne peuvent pas altaindre à celluy seiret. Cestuy prince, icy entendez . que Dieu auircsfuis avoit souffert cheoir jouvenceau soubs l'espée des payens, toutes Voies en son service aujourd'huy l'a resouffert occire soubs détestable fureur humaine ! Il sembleroit . par terrii>n jugement . que si Dieu cesie derrenière fois l'a pwgny par droiture, que aussi bien la première le voult-il battre par couroux. Certes laquelle chose , sans trop vouloir profonder les divins secrets ,je ne puis concéder; et saulflagnlce de ceulx qui voiildroîent interpréter les choses en leur pire , je ne puis croire que Dieu, ne en cesIe derrenièi'e permission ny en la première desconfîture de ses champions, il ait ouvré ny p.ir cimroux ni par vengeance , p:ir évidenie provision de salut et de

p1ougi('-vnproR<Dde malédiction, et jt la poVre miséricorde qui ae li>yKi p;isà distinguer oy

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à estre enquise des hommes. Les hommes soni ses créatures sm* lesquels et èsquels il a ficbié son oeul , son ref[ard et tout son soing. Si se faah attendre en luy de leur salut et de la disposition de leurs affaires, comme qui siet et congnoit où et quand il doit faire et laissier, par voye non reprenable. Quans rois ou empereurs a on veu cheoir et estre vaincus en protection du bien publicque , en Timpugnacion des InBdèles , en Faugmentation de la foy , en la deffence de sainte é{;lise , là où Dieu toutes voies par juste et divine équité doit avoir agréable ses serviteurs, ses champions, ses povres créatures qui s exposent voluntairement au péril de la mort à respandre leur sang et à offrir leurs âmes en Thonneur de son glorieux nom, de sa baultesse et de sa sainte foy; et toutes voies les souffre roartirer et occire, comme s il avoit ses yeulx de miséricorde retiré en arrière d*eulx et les oubliés et habandonnés ; qui est chose non abbominable de le croire , mais de le penser, que telle desléaulté, telle impiété, telle dureté de couraige peut jamais entrer ny estre consentue en nature divine. Qu'en est-il advenu plusieurs fois en la très glorieuse et victorieuse maison françoise, souveraine championne de la foy ? Les rois et les princes souvent Dieu a permis trébuchier, avec multitude du peuple , soubs la crudôlité des payons, comme en Koncevaix où les douze pairs morurent, Rouland et les autres; le roy Saint Loys, prince d*une austère vye , relyé en divine amour et continent en vertu , deux , trois fois desconfy, toutes voies en Surye tirannisé, martirisé, luy et sa chevalerie sainte baguée et noyée en leur propre sang , captive prise , et sa lignée en pleurs , en désolacions et en misères, comme si Dieu eust dormy ou les mescogneu : et puis n'a gaires , le jeusne, très valereux et corraigeux divin champion le roy de Poulaine, desconfy en bataille devant les Turcs , et meismes persécuté de mort avec le cardinal légat du saincl siège , escorcié tout vif en vitupère de nostre loy.

Si doncques tels et tels vrays serviteurs et champions de Dieu, coni^neus justes et preud'hommes , Dieu a souffert périllier et vaincre , notoirement en salut , pourquoy ne se doit-il entendre que aussi bien ces^uy prince le duc

Jehan , lorsqu'il estoit desconfit en Hongrie , Dieu le permist pour le salut de luy et des siens, comme i! a. fait des autres, là où en ouvre sembkible le salut est tout manifeste. Certes si doit ; et ne se doit imputer ne à couroux ne à fureur, ne à vengeance divine , mais à très merveillable jugement de Dieu « qui ne donne pas seullement sallut et victoire « mais en corporelle batture donne gloire à Fâme. Et sans nombre en sont les exemples que ron pourroit alléguer de plusieurs crestiens princes desconfis en ceste manière soubs Juste tiltre, soubs droiturière querelle et soubt divin service , là où en nostre jugement semble avoir malédiction. Toutes voies y a il entièrement gloire à la deité et mistérieux salut des vaincus ; et entendu qu'en la persécucion, tribulacion et batture des justes, des preud'hommes et des innocens, la royalle magesté de Dieu se gloriflBe. Et des pécbenrs estans en voye d'amendement et de conversion, tousjoursil ouvre , il traicte, il dispose an plus près de leur salut par mort , par prinse i par desconfiture ou par espargne, comme il cognoit le cas plus e&tre expédient et salutaire. Dont souvent la cruelle et hastive mort est plus heureuse et béate que ne seroit la grâce de longue vie , comme je disois cydevant : Dieu mortiffye et fait vivre cely qu'il veult, et quand il veult, sans avoir regard aux murmures des hommes, mais bien au sauvement denses créatures.

Ung Charles, conte de Flandres, prince très juste et très dévot , oyant m^sse en ré{;lise Sainct Donat à Bruges, et conf^ rans ses mains charitables aux povres , dont estoit coustumier , fut tué et meurtry inhumainement par conspiracion de ses propres serviteurs , qui ne se doubtoit de si hastive mort, ne que Dieu le deust permettre; ce qui estoit cas d admiracion au peuple, que si dévot prince et si pileux aulmosnier povoit venir à si doloreuse fin. Pareillement l'empereur Henry , prince très louable en vertu et en bonnes meurs , et dont la mémoire , pour cause de ses mérites , doit estre perpétuelle , recevant le corps de son rédempteur Jésus Crist, fut empoisonné par cely meismes , ung Jacopin qui le uccomunia et lui bouta le venin contenu en soa ongte > avec la sainte

GEO&GE CHASTELLIH

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