CHAPITRE LXVII
G)mroent le duc Phelippe se remîst sur pîeds et du regret qu'il avoit de la mort du ciiancelHcrBolin.
Par aultres pluiseurs fois jadis et paravant cestes avoit esté malade griefvement ce duc de Bourgoingne , et soubdainement surpris, mais oncques, fors à ceste beure, n'y avoit esté mise la paoïu* comme à présent, pour ce que luy meisme là y mist. Et à dur et te plus cnvis du monde se souffroit aydier des médeclûns; car ne vouloit prendre nulle riens convegnable à soy ; et y convenoit ouvrer de personnages et de pryèrcs , touttes estranges à conter. Et là où une fois à son fils , lui suppliant en genoulx, respondy : «Jeprengs ce que je puis, et ce que je ne puis je le laisse. •» Sy en furent les médecbins meismes tout perplox, carie véoienl do [;r;ind éage mis durement à lias et on aocidoni ^\} j;rauJ pôril , là où nul, fors Diou, no povoli ouvrer plus par niluKio ijuo pur nature. L\ni, ou'tre la peur
que avoient, pregooient pitié aussi de son martîre en quel il cuidoit passer oultre. Et fut pitense cbose à oyr les regrès que foisoit à Dieu de sa vie passée , des fauUes et vices de son corps et du souillement de soD àme que Dieu avoit créée lanl noble , et que maintenant lui convenoit rendre aveucque si peu de mérites. Si invocqua continuellement la saincte trinïlé par espargne , la glorieuse vierge Marie pour son advocate; et desprisani la cliarongne du corps pécheresse , requist pugnition d'icellui en terre bien dure, pour espoir de salut; et atlaiuct de contrition parfonde , plora habondament ; et à prime les aslatis prirent signe et espoir de garison , comme meismes tes naturiens le disent ainsi : que mallade riant meurt, et le plorant f;liarist. Fist touiiesvoyes ses ordonnances très aviséement , fut confés et repentans comme vray léal ciirestien, prist son créateur en dévotion etgrande révérence. Et en celli estât aveucque le souverain mire , s'aventurèrent les médechins d'y adjousler mains; et tellement y labourèrent que le ramenèrent hors de fièvre, hors du péril estroît ,* et en espoir et promesse , aveucque la miséricorde de Dieu, de ressouidre. Et là oit aulcunes fois le seigneur de Croy et aulcunes fois^Ies aulires ses prochains lui dîsoient » '. Ua , monseigneur ; faictes bonne chierre, donnez-vous bon coraige et bon espoir -, vous avez tant de millions d'hommes et de dévotes créatures qui prient pour vous, que impossible est à paines que Dieu ne vous ayde h leurs pryères. ■ Lors et sur quoy il respondyt : « Hellas ! et se mon allégement et la grAce que Dieu me Fâict, ne me venoit de eulx, dont me venroit-elle doncques?Se mon bon peuple m'ayme, c'est de son bien, non de mon mérir , car je l'ay durement traictié et mal gouverné, ce poyse moy; se je reviens à moy , j'en fcray mieulx. Toutesvoyes je proteste devant Dieu , qu'oncques ne le travillay qu'il ne m'ayt csié nécessité évidente , et, que je ne l'ay faict pour le meilleur. -
BOmCOGNE. —I" PAHT. 19JÎ CHAPITRE LXVIII.
Delamoit du chancelier Rolin et des|ordi»maiicea qu'il.Gsl.
Ung peu devant que te duc de Bonrgoiitgne devint ainsi^malade , morut aussi au mois de janvier mil quatre cent et soixante et un (1), messirc Nicolas Bolin , chevalier , le riche chancelier de Bourgoingne, qui tant avoit esté renommé sage qu'en Franche on ne sçavoit son pareil , ne qui oncqucs s'y fenst ftiîct si grand ne de si hault rè^nc ; car ailleurs en maint lieux et en baulles très difBcilles ma^ tières est apparu assez quelle chose c'estoit de ly. Or advint que le duc gisant malade en son lit avoit esté le vent ung peu de ceste mort ; et l'avoît faint aulcun temps comme se rien n'en sceut. Sy demanda à l'évesqne de Tournay,qui l'estoitvenu veoir, quelle chose il en esloit , s'il estoit vray ou non que son chancelier fuist mort. Et l'évesqne de Tournay respondy ; » Monseigneur , qui vous poelt mouvoir à chela demander ? Et voirement , il est bien mort , car il est viel et cassé , et ne puelt ghaires plus vivre. — Deà! ce dist le duc alors, je ne demande pas cela , je demande s'il est mort et trespassé. — Hà ! monseigneur , che dist l'évesque , il n'est point mort , mais il a pei-du ung lez, parquoy il vault que mort. — Vechy merveilles ! cbe dict le duc alors tout argué , dictes- moy à bon escient s'il est mort. « Alors l'évesque doublant son argu et voyant que sçavoir^le volloît, lui dist plainement: « Oy, vrayment , monseigneur, il est mort voirement. " Et alors le duc tblrant ses bras de desoubs la couverture, joingnit ses mains; et jeltant les yeulx au ciel , dist : » Or je prie à Dieu, mon créateur et le sien, qu'il lui voelle pardonner ses Taullcs. « Et le dit d'une si grande cliarité que tous ceuix d'cmprès ly y prindrcnl ung noble exemple.
Che chancelier icy requist à son trespas que trois jours et trois nnils entiers on to souffrist sur terre sans ensepvclir, en publicque veiic du monde. Si fut ainsi faict; et après l'esprit rendu , il fut rcvestu de che-
(4) 140! nouvcoii s')!-?.
GEORGE CHISTEILIIX.
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mise bbuKlie , de ridic poorponii , de dansies , de DooTean soliers , d'me robe de Telôor, Teipée cfaaiote aa costé et h dâgfaoe de I aaltre , les e^porons dorés aox pieds, le chaipperoo en gorge et le cfaappeao eo teite. alool ooe enveigoe d'or ao front dn chappeao. Ei en cesi estât le viodrent veoir toos ceoU qui Toiloient ; et disent aulcuns lors, que en cest estât fut mis en terre dedens sa tombe. Clie ^^-hancelier morot très aviséement et en bon sens et paru!le josqoes à bien près de l'expiration ; et avoit d'emprès iy son fils le cardinal d'Otbon , c|ai lui donna toutte ab~ solof ion de paine et de coulpe , telle que le pappe ; et l'assista de la foy Taillamment jnsques an derreuier artirrle du passage , là où le lai&sa en la main de Dieu son père, lequel en fîst s^jn plaisir et sa miséricorde; et ainsi en soit il et de nous tous! Et souverainement et pour sa dernière parolle , il recommanda à ses enffjns deui clioses : Tuue si estoit le scel de um maistre et prioche le duc de Bourgoingoe , lequel par tant et si loings ans avoit gardé et porté en grand gloire et crédence ; ift touioit que ycellui lui fuist renvoyé et reaitué par main si seure et si certaine que nul biasiue mt lui en d^fmorast apr^'s sa mort, lA^/ot (>our ce niieuk faire , il manda tout le fdAUnfe de la grande église d*Otliun à venir devant ly, et la li^ mettre devant euli le Ifeel dei»sus dit eu deux ou trois doubles i'MkUnit*^ , et sceller ycelles par dehors de ceuU du cliappitre, et prendre acte de ceuli et lettres te^tiHcatoires, comment il avoit reitilué en la main*du cardinal ; et (adonna de le renvoyer sain et «auf , et par si seure main et ni certaine (|u*il peut retourner et venir ù celly où il uppurtenoit, le duc de Bourgoingne. Lur|uelle chose fut faictc et si bien entretenue que lu gloire lui en est non oubliublc, et Tacquit deuement acomply et parfaict ; car fut renvoyé bien à chincquante clievaulx, et a main forte, de peur desaventurcs. L'autre requeste et la dernière sy fut: que les églises et fondations que avoit faictcs en l'honneur de Dieu , fussent entretenues en estât etù grande sollicitude. Et à tant fina parlant , en sa maison d*Authunne en Bourgoingne , l'an 1401 , le dixiesme jour de febvrier; aveucque Dieu puist-il vivre ! Mais à
doubler faict que le dnc y présagissenieia d'aller qirès; m grands hommes iF esdbiei
hostel oomme aîDears ; et parCésar ce par adtrès est^appam assez, par le record des bjsfoires. Ao» ^ en outin leaips dnr qae k dac gisoît en cest estai, s'af^parot^ane cniaairMc, droict SOT le froocq de sa cfaadve , bqaelle estoit tant clêre et tant ralaisaiite que c*estoit une beanlié; mais ae readoit nnlle qoeiie neçâ nelâ. forstaniseidIeflMBinngbrauldon cler, laquelle elle booloit ddiors trop pins que commun nsaige d'aallres estoîHes ; et estoit de couleur de VeaasqBand elle estenjson exaltation , mais trop pins grande que les deux. Se monstroit vers dix et onze heures de nnict et duroit deux heores sur terre. Dont au bout de quinze joors on de douze elle s'esvanuvt.
A Gand pareillement, et font en ce meisme temps, Sainct-Bertoul avoit faict son fiiict et son bruict dedens sa tombe, si très horriblement fort et par diverses longues fois , et si hors de toutte coustmne , que tout le inonde s*en espoventoit ; et en trambloit Téglise de Sainct - Pierre , comme de mouvement de terre. Si en furent faictes pocessions généralles, les plus grandes qui oncques se firent en Gand ; car ne sçavoit-^n que penser ne quelle interprétation en faire , car sambloît que la ville deust fondre , tant estoient ses coulps horribles à oyr.