CHAPITRE LXIX
Comment monit madame de RaTestaing , fille de dom FieUrc , Gis du roy de Portingil.
Ce furent doncques deux amorses jà de malvaise interprétation, ce sembloit, pour ce duc malade, comme de son chancelier mort à riieure proprement que mort meisme le venoît manascher, lequel chancelier avoit esté le chief de son sens et de sa conduitte , et de quoy riionneur, la félicité et la gloire que eus avoit au monde lui estoient ensieuvyes. Parquoy, comme à peiille occasion et cause gens en danjjier pregnent desconfori vers eulx , il povoil sembler que se le duc eust
sceu ceste mort, il s'en feust desconforté aussi de sa vie , et encoire I plus quand il auroit sceu ceste très horrible et très habominable mort de maistre Rolland , advenue et faicle en sa maison , joignant Thuys de sa chambre. Dont, si bon sensn^a au monde ne si constant, que, lui estant malade, et sentiroit tel cas advenir en son plus près, qui n'en deust muer et changier, et sans double thirer à tout empirement. Et pourtant curieusement on y entendy que ne de Tung ne de Taullre ne peult ouyr nouvelles , et en fit-on deffense à chascun toutte escorne. Mais prestement arrière ung aultre tiers cas vint de nouvel desconfort, et duquel, se quelque vent en feust venu jusques à ly, ce lui eust esté Toulrepasse esguillon de tous ; c'estoit de la dame de Ravestaing, une noble princesse, femme à messire Adolf de Glèves, laquelle après avoir langui longuement estoit trespassée de clie siècle , en ce mois , à Theure propprement que le duc gisoit au plus destroit de son péril, et que la tristeur estoit si grande en court et enthour de ly pour son mal , que de la mort , digne touttevoies , de plorer, n'estoit loysir d'en faire regret. Geste dame avoit moult charitablement en cuer le duc malade, etTaymoit comme sa soeur ou sa fille, pour sa bonté ; parquoy s'il en eust sceu la séparation de ce monde , lui meisme se fuist rendu aussi par doUeur à séparation semblable. Si convenoit,quoyque advenir peust, taire des deux aultres cas comme de cestui sur tous aultres par estroite deffense. Meisme son mary mes sire Âdolf , qui en moroit d'annuy, convenoit qu'il se faindesist et qu'il se déporfast d'en porter le dueil , pour mieulx faire. De cesle dame fille de \ feu] jadis dom Piettre , fils du roy de Portingal , se pevent dire tant de haultes loenges que le récitter en doibt et peult estre une gloire au féminin sexe et ung exemple recordable à tousjours à Testât de noblesse, laquelle a esté honnorée et grandie en ses vertus, quand telle princesse et fille de tel sang , mariée à prinche de si hault estât , nourrie et habitant en court où tous abus se font et troeuvent, et loulles vanités se maiiiliengncnt, elle, veslue de drap d'or et de royaulx atournemonsàluiduisans, et fai{;nant estrc la plus mondaine des aultres, hvrant
ascout à louttes paroUes perdues, comme maintes font , et monstrant de dehors de pareil usaiges aveucques les lascives et huiseuses, porioit journellement le haire sur sa chairnue, junoit en pain et en eau mainte journée par fiction couverte , et son mary sdbsent couchoit en la paille de son lict mainte nuyt^ par une condition emblée ; et comme le cuer avoit en abstenence couverte et en telle castoyede son corps, non moins Tavoit en dévotion contemplative et en charité aulmosnière, qui faignant vivre en terre comme toute terrienne , édifioit sa maison au chiel comme en affection angélicque. 0 noble damme! etquelle gloire te convient yichy , quand toy que j'ay cuidié l vivre aveucques le communément vivants, je troeve, ta vie estant faillie, de religion estroitte pardessus les espéciaulx bieneurés , ton monstrer serain , benoicte ta fiction famulatoire, quand, par non volloir te monstrer meilleure que tes semblables , tu , oulire ycelles , par fiction emblée , as obtenu aussi gloire non semblable; et là où tufferies à tes pareilles sont et ont esté vices et semblans de légièreté , à toy, glorieuse luttant chevaleresse , ont esté signal et bannières de ^riumphe et contendement à vertu. Aulcuns dient que , la nuit que ceste dame labouroit en son darrain, que jusques à rendre son esperit , se monstroient deux clartés au desente de sa chambre en forme d'estoille , et prestement , rendue l'âme , s'esvanuyrent. Laquelle chose, posé que point ne fuist avoée de chascun , peult tenir de vérité touttesvoies, en ce que aux ungs il est permis de veoir les divins mistères et aux aultres non. Et par ainsi , quoy qu'il soit de la contradiction ne la doubte quiygist, je afiirme néantmoins avoir ony la chose estre telle , selon la relation de aulcuns.