CHAPITRE PREMIER
Comment Jehan Toustain engendra ennemisté contre le comte de Cbaroloit.
Après avoir mené maintes dores et ventileuses matières touchant g^uerres et machinations encontre ceste maison deBourgoingne, soubs le i*égnant en icelle , et par les quelles il sembloit que fortune envieuse de son hault monter pratiquast tousjours et produisist moyens pour la subvertir , comme se aultre bras plus fort que le sien Teust en conduicte, qui lui causoit Teuvye, ce que vray est; car non de fortune , comme il pourroit sembler, et successivement lui est accrue sa gloire, mes de divin aspirement luy a esté multiplié son eur, là où fortune ensieuvant sa loy s'est essayée tousjours au contraire. Or, comme les distinctes parties de cecy ont esté traictées clèrement en leurs lieux, par quoy moins besoing est de les résumer ici superflues, une maintenant, outrepasse des aultres , efirontable et hideuse en présentacion , se vient présenter à ma plume , choquant impétueusement contre ma main , et comme si le corps me eust rué à Tenvers par Tinhumanité de son encontre, et mesmes jusques à estre fourvoyé d'entendement, quand si estrange et énorme s'est présentée à ma face : c'est d'ung homme de basse condicion , que fortune desrisoirement avoit monté , et le quel , après estre enyvré de ses dons, dont n'estoit digne, Ta mené à fin si confuse que son nom n'est digne d'entrer en bouche. Car d'autant sont pires et impropér:4)les ses euvres sur aultres
délinquans , comme sa toute povre vile con« dicion estoit mal propre et toute indigne de son eslevement extrême quand nature ny grâce n'avoient riens mis en luy , si Don mongresse fortune une aveugle attraction, pour donner honte et confusion mesmes à ses eslevans. Et fut ung nommé Jehan Toustain, homme brutal et de gros entendement et affaire , natif de Bourgoingne, jeusne nourry en la chambre du duc soubs un nommé Tmbert Toustain son oncle , bon vray [preud*homme , non moins de petit lieu ; et le quel oncle Tavoit introduit à son povoir de ce que ftisoit besoing en la chambre; et Taultre competament se estoit introduit pour sieyire sa trasse , coAime qui se voyoit en la voie dressée pour lui et ouverte , parce que son oncle estoit viel et feble. Et le quel , venu à son terme , morut plain de bon los en Arras. Dont luy, qui estoit nepveu, et avoit le privé maintenement du corps , jà longuement obtenu soubs l'oncle, et par quoy mai»tre et valet s'estoient faicts Tung de Taultre ; et Jehan Toustain fiit bouté en l'olBce et enrichi de ce qui escheoir lui povoit du trespassé. Assez tost se maria à une damoysel de court, à une nommée Isabel, fille à ung Jehan Mace-Fain de Digon , qui estoit asseï riche de prest , et encore en grand attente d*ung sien oncle nommé Philippe Mace-Fain, marié à Digon , homme notable. Par le quel mariaige , avec l'auctorité qu'avoit emprës do duc, le cuer lui commença à engrossir oultre mesure. Et avec fierté mal conduicte et venue si à cop , estoit rude homme de corps et mal aggréable en parolles. De quoy touitesvoies le duc, voyant et congnoissant clèrement qu'ainsi en estoit, si en dispensoit-il, et le passoiten
GEORGE CHASTELlinî.
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îei si^rnsrc'g> ce J»:h3a T6us!uiD : el Df-si .pii offict DC b**Defite, si demaii'ier le &<tvoit . qui ne loy fut a (jré. Avoit ixiaUrre. &<juverjia de rirhes peuples et pays, comblé d'avoir, mciiîcres & manier phioes de meisrnes acqnesi.D>int luy^ qui avoit l'oeil atout, ^'t tout luy senibloit^possiblepourenffraindre H pour en faire s/jn preu, tant acquist d'avoir quo. le trop cent fois plus que ne luy duiviit , povoit estre â ung (;rand homme iices!»c, ju-sok ce que nul grand chose ne le p^ivoit assonflir. Si deTÎnt si (rrand cestui valkc et si élat de ce en la prochaineté dn dur s^^n maistre , le quel en ses viculx jours s'esseuloit fort en closture, et tenoît on a ly à danj^er, qu*à peine n*y avoit si (yrand de qui il tint compte , sinon les nepveux , et que per à per ne se comptast avec euk sans révérmce. Peu faisoit poor aaltriû sans prouffil ; et n'y avoit amitié ne noblesse qui ne fust mise derrière pour promis arfjent. N'avoit vertu une seule en lui, parquoy il soit mémorable , mes vices et rudesses et desco(jnoissance par deturpocion voyable. Kstoit injurieux oultre bord, friant en vin et man{;ier, fjros de conscience, îndocte et sans lettres, irrévérent aux bons, de nulle vertu tenant compte ; et si à aul- Clins porlojt amitié ou faveur, si n*avançoit-il que méchante» personnes de semblable qualité â ly et nuis aultres. Sa femme comme ly s*4.^toit moult enfyérte en sa fortune , et n astoit jolielle. Richesse si convoîtoit-elle , jà-sfiii qu'elle n'en finast et qu'elle ne le mist sur son corps, car elle avoit le pourquoi ; et avec ce , elle estoit tant au ([ré de la comtesse de Charoiois que par hveur et mise elle en faisoit sa toute mififnonne et tout son privé repos , et mettoit en elle souvent jiisques à estre semblable en robbes et en auUres paremens , comme deux seurs. La quelle chose n*estoit point bien au gré du comte son mary, posé que par assez longue espace il en dissrmuloit assez ; mes comme le tousjours et longuement continuer le lannoit, enfin aussi en décela son courraige , et monstrn ancquesprès, que mienlx Teust aimée loing de la comtesse
1 que prvs ne si féable. Car rnÛBieBoa anlcuiit^ notes sur elle, dont moîiis la prisoit: et Iv souverainement le conce aimoit honneur et netteté eo sa maison comme en sa propre personne. Si se perceapc ceste Isabel, femme de fortune , cooune son mary, qoe le coorie de Charoiois getoit hayne sur elle . et que de longue main avoit practiqaé de la mectre dehors et de rebouter arrière. Parquoi, elle arguée et pensant soy vengier par son mary, ou au moins trouver voye par la main du duc , que le reboutement n*auroit point d'eflect, s*en dolu à luy; est à entendre à son mary. Leqael voyant le comte persister tousjours en ung voloir contre ly et sa femme, conceupt une hayne couverte contre ly par Texcitacion du diable. Et portant cestuy repudiement à dur de sa femme , lequel estoit jà fuit par effect, ne Ini en garda moindre corage que de mort tost on tard , se avenir y povo:t ; avec encore one anhre cause qu'il y mestoit : c'estoit que , voyant Tindignacion que le comte avoit contre ly et son maisnage, et que le duc estoit dnrement malade alors et en péril de finer, doubtoit que , si ledict comte parvenoit à seignorie par le trespas de son père , luy et son raaisnaige seroient rués jns , et lui osteroit-on offices et le surplus de leur ouliraige. Parqnoi, regardant à tout, aymoit mieulx procurer mai prcparable que atendre celle aventure ; et s>sbandy de machiner sa mort. Etrepntoit moins, ce noble et vaillant prince , de le faire mourir, seul posteau de la maison, que tous ses enffans, les quels il avoit allyés à noble sang, demourasscnt en attente de perdre terres et seigneuries que leur avoit acquises , qui à tous lez achetoit et avoit moyen les acquerre.