CHAPITRE II
Cominent Jehan Tonslain se parlj de ooor paat allcî en Boiirguiiigne , où ii machina poison pour ledid
comte.
Comme doncques ceste machination se couvroit adoncq en cuer fainct, et que pour mectre 5 effect le maulvaîs propos , il besoingnoii quérir lieux et moyens^ par où on
tl462] CHRONIQUE DES DUCS DE BOUllGOGNE.— II- PART. 207
parvenîst à la Gn quise^ ce Jehan Toustain ici feignit avoir grand affaire en Bourgoingne dont il estoic: et obtenant de ce dict duc de y povoir aller et d^cntendre à ses affaires à soii ayse , print congié et s'en alla. Et y vacqua bien par l'espace de quatre ou cincq mois par manière non accoustumée, et tellement que aulcuns en murmuroicnt , disant : « Cest homme ici est subtil , et ne se montre point bon homme quant aux affaires de son maistre. Luy estant mal disposé, Tabandonne si longuement ! Gerlcs, il y va à mal engin ; il le tient pour mort ; il entend à ses besongnes par de là,^pour foire une levée. » Et usoit-on de tels termes sur luy ; et non sans cause , quand sa machination estoit encore pire cent fois que le commun cuider.
Or y avoit il en Bourgoingne ung gentilhomme nommé Jehan de Vy, bel escuyer et de grand cuer , mais povre ; et maintenoit une femme , ce disoil-on , d'envers Savoye , famée de vauderie et de maulvais arts plus que nulle de ce temps. De ccstuy escuyer doncqucs s'accointa Jehan Toustain ; et par longues forraines attrayances, avec cauteleux paroffremens , la gaigna tout à luy. Et sembloit à Taullre qu'oncques sî beau jour ne lui luisoit, comme de celle accointance, par le quel il pensoit tout estre refaict et à tousjours riche. Jehan Toustain doncijues ayant devant luy le cuer de cest homme , par longues subtiles menées enfin s'eslargit envers ly par demande , assavoir : que qui vouidroit ung homme faire morirceléement, s'il ne sauroit trouver voye et manière comment à ce on parviendroit ; car aliéguoit le pays de Lombardie estre là assez près, et aultres aulcuns lieux aussi, où gens de subtils arts repah*ent d'anchiennetc ; parquoy le cas lui sembloit plus abbrégéable, qui auroit trouve l'homme. Dont, pour donner cueràcesluy escuyer sur quy il lendoit , soubs umbre aussi de la putain, luidist que : qui lui sauroit avancer son désir, jamais ne Tabandonneroit, ni povreté n'auroit, ains l'esleveroil en gloire et en estât semblable à luy. Et usoit de tels termes et à telle mesure, comme le fond de son ccur parloit ,*; habondant d^inîquité oultrageuse. Comme doncques Jehan de Vy oyt ce , et soy sentaut povrc et non avancié, pensant acquérir
par cest homme honneurs aussi et advancement, rcsponditque : voirement, qui vouidroit bien salaii icr le compaignon trouvcroit bien qui lui avanceroit son dcsir ; mes il conviendroit savoir le nom de baptesme d'iccllui, ou aultrement sort ne aultre besoingne n'y auroient point d'cffect. Et alors Jehan Toustain , qui avoit semé les poix devant les coulions, en(ra*plus et plus eu matière; et Fmablement, après promesses prises de I y par serment, et aulcune somme d'argent donnée, et autre grant somme promise, luy nonuna le nom ; et luy dist que Cliorles avoit à nom ccly de qui il desiroit la mort; et partant il s'avançast en la besongne, car en desiroit avoir briefve fin. Ne sçay si Jean de Vy, à celle heure quand il oyt nommer le nom , fist plus avant enqueste sur la condicion de la personne ; mes tout notoire est qu'eufin il sceut tout, qui et quel estoit, et de quel poix. Tendant toutesvoics à la convoitise, libéral s'y accorda et promist d*y labourer de tout son engin. Dont partant avec la promesse, print chemin vers son amie , de la quelle, après lui avoir descouvert le cas, il tvra et obtint son demander; et obtenu , retourna prest devers Jehan Toustain, au lieu où la convencion estoit de leur assemblement. Et venu devers lui, lui conta son exploit, qui estoit en ensieuvaut son désir. De la quelle chose Jean Toustain bienviegnant fort icellui, fut grandement aise ; et refortifia les promesses faictes à l'escuyer par redoubkince nouvelle, et dont l'effect depuis ne se trouva que vent.
Or s'en va Jehan Toustain en la leisse de l'ennemi, tout joyeulx et frisant en l'ardeur de son désir pour le mectre à effect. Ains tost que tard , fainct d'avoir tout fuici en Bourgoingne ce pourquoy estoit vrnu.
Aussi avoit-il , à sa maie heure ! Si se mist à grands journées pour le retour ; et venu, à Bruxelles trouva honneurs et chièrcs accoustumées , et ailleurs, comme d'ung expers preud'homme. Mes non voyant l'heure de non besoiugnier encoires , se contint en son entreprendre jusques il verroit lieu et temps convenable au cas, pour non ouvrer à faulie.
Or estoit le comte meismes à Bruxelles en cely temps , et s'y tenoil tout arresté, pour cause que le duc son père n'esloit
GEORGE CHASTELLAIN
point bien en ferme santé ; et se tiroii Jehan Toustain souvent près du dict comte , sous fiiint semblant , comme qui de longue main tendoit venir à ses fins pour une privée confidence; car disoit-on lors :que desjà avoit approchié son cas , et si bien espié le point , que, par presumptîon oultrageuse, le comte estant comme seul de ses gens en une garde robe du duc , ledict Toustain lui donna i boire sans faire essay, disant par manière de farse : que aussi bien le fils se povoît fier de luy comme le père n'y avoit jamais mis doubte. Sur quoy, le comte non visant que en bien , print le vin en ryant, et beut. Mes ledict Toustain n'avoit appresté à celle heure son fort ; ains fist cecy pour une entrée d'assay pour aultre occasion semblable une aultre fo.s de ÙLire le pareil à bon escient. A quoy toutesYoiesDieu pourvéit, comme tous orrez.