CHAPITRE IV
CoDiBKill messire Tristan elPii-rreiKlTerlircnlleconilc de la conspiraL-iun.
,1 Ueeùrc TrisUa doocques qqi dculx peurs avoil , l'une que Jelan Tousiain ne peust eeire esventé de cest aft'uire pour double qu'il Ue s'en fuist ; l'aullre , et qui esloil lu plus grande , c'esloil que par terme ne heure celer cestui cas , le dict Tousiaia en peut oestre à ejfect son prupus par faulie d'ad- :ïertence au comie, si se \ouloit avancer, uns tost que tard , ei prévenir au meschief. £X vindrenl luy et Pierre d'un commun accord devers le comte , et lui dirent : ° Mouseigneur, nous avons à parler à vous de très grosse matière , el de la plus griefve qui oncques vous vint au devant , ne qui gaires vous {lourra avenir qui soU plus d'Importance à ifoslre corps el à la vie ; par quoi , avisez de Toslre grâce de nous donner lieu au quel, en -vostreprivé.nDUS vous puissions déclairer ce qui nous est en cuer , ei que devant toute riens terrienne devez donner escout, cl louer Dieu de l'advertence. " A ces mots le comte , qui tout begnin et familier e»toit en resfondre, mes auque presse ipuoil en lace de jetu- dire , leur dit : •• Je m'en vois reLraire; «yevez moy; et moy seul aveuçques vous dcuU vous donueray lieu ei escout privément •ans nul empescliement , si non tel et ti^l tans plus. >< Et à tant s'en part, et s'en va bouler •eul en une garde robbe , là où d'euk sicvy tant seulement, furent ensemble. Et comniQuça aiessire Tristan la raison; et dîst ainsi : •Mon très redoublé seigneur , eooyanl mes pnrolles vous prie que soyez ferme el victoriens en cuer; et en loani Dieu de sa grâce qu'uiljourd'buy vous u envoyé, ne vous vueil- Kez muer de la relacion horrible que nous '.itinus ferons louchant à vostlre personne. rUonsoigneur , il est vray que vostre mort est I pourgettée , et est vosire vie sur sa fin prochaine , ne fcust que Dieu le nous a souffert révéler pour vosire salut. Dont les facteurs de la conspiration et qui en ceey contendcnl , faigucnt estre vos loables serviteus tout privés, et veilknt. toutes fois, aJa« buy que de-
main , de vous donner la mort. Dont mer veille est du delay encore, Jehan TousU est cely, monseigneur , qui en vous conspira el qui tant par art diabolique que par art hit main vous quiert à mettre ^ mort. Tout et a que ce clèremcnt vous appt^re , et que n«jî tre rapport vous soit tant mienlx crèif^ véez-ci de quoy. Véez-ci la lettre de Jehao Tousiain , escripte et signée de sa propre main, qui de tout vous fera saige. » Et lui baillant les lettres, les visita ei lent, : tout esmu. Dont, tournant les yeulv vers i ciel, regraciason créateur de sa grilce faîcl en ty et monstréc en ccly heureux Jour; et 0 faisant remerchia le chevalier et le genUl homme de leur averlisscmenl. Mes eutx.
contens à tant , et pour encore le mieùl assagir de la mauvaistié machinée, vont lyi de leur sain loule lu confession de Jehan d Vy, qui avoit coinduit l'euvre, e cripte avuii de sa main; el la lui bailjèrei à lire ; et là il trouva et vît lout le deo de la matière , <;ui estoit pour faire i fondre du péchié , et pour faire crier veii« geance aux hommes et à Dieu de l'inhumanité du faux traicieux homme , dont la t digne charoigne puand en vilainie avoit a tant d'honneur et d'exallacJon en sa maiscHi. ■ Si ne soulpst point au comte , après avoir lo vu et conceu le cas, rcyracler sculer SCS advertissans ; mes avccques les molli leur rua son cuer , ce sen^bluii , entre let^nfl mains pour gaige de son recpngnoistr^ ,1 qui leur promist jamais ne les oublyer nal liabandonner tant que vîvroit après si hai|ttl service. Si se conseilla. le comte sur pîeda, I de ce que lui serviroit de faire sur cecy , ^A comment il en pourroil pour le miculx on- 1 vrer. Et fut là expédient, que venir feist de- fl vers ly hastivemeai ce qu'il povoit avoit I de chevaliers de l'ordre à court ù celle heure, 1 avecques aulcuns aultres sesplusprochains, J lesquels y furent mandés. Et venus, leua 1 fut mis en terme cegluy horrible cas, dout-l tous s'espovenièrent, El ensemble leur ruytl monstrée ta lettre de Tousluîn, que tantositl recongneurcnt ; si demanda le comte leu^l avis de ce qui leur semtloii bon d'en faire^ I qui ions conclurent ; qu'il aen debvoil aller, 1 devers le duc son père , el eulx lotis aveuc^ |
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VittC Ajocquâ^ d^rsmt le doc soo'père le fik, accompagoié d'aulcuiis cberaliers de Tordre; ceu a^Ma^oir I': seigneur de Croy et MA frère mes^ire J^rfiao . du comté de Boorgoingne; du seigneur de Crequî . du seîgneor d'Austi , du seigneur Adoff de Clèye% , et de messîre Symoo de Lalaiog. Et là venus en lieu à part avecq le duc , le comte qui aroit b maliêre du doloir en cuer , se mistâgeooulx et dict: " Monseigneur, tous n*avez que ung sf;ul fils voslre héritier qui C4t\y*}^ui%'j mais si vostre sens ne pounroit en mon aventure , vous estes prochain de fierdre voslre fils, et de non estre plus père. — O^mmeutdoncques '^ dit le duc , que vueillent dire ces mots ? — Monseigneur , ce dict le comte , les mou sont tels : je suis menacé de mort et sur le point d'y encheoir -, et en est la conclusion prinse et délibérée par final effect. Partant, je; qui n'ay refuge qu'avons d*ung tel cas, qui estes mon engendreur, Totis viens descouvrir la chose sotibs attente de vostre advis , quelle chose il m*en est de feire; car espoir m*est et non double que celle triste fortune à moy advenue ne vous deust estre cause de mélancolye , non jamais oublyable. » Et parla si posséement et de sens asseuré ce jcusne comte que les astans meismes et le père s'en donnèrent merveilles, la matière considérée. Et alors le duc, qui lors la gravité de son gendre vouloit collauder par prudence de vieillart, respondit doucement , et dict : « Charles , il a pieu à Dieu à moy vous leisser seul fils. Dont , s'il lui plaisoit arrière à moy oster cely peu , que y serviroit mon murmurer à rencontre , qui ne l'ay que de sa grâce.^? Quoy que le dueil ne me seroit moindre (|uc tel que de nature le P^ ne doit à son enfant. Mes si vostre mort ^goit en machinacion d'homme , et que je le • — savoir pour y prévenir, pensez, y metremède par toute condition conveet à T: du cas. Qui vous à in-
^ , ni dont vous procé-
CEOBCE CHA-TELLIÎX. {«èî]
ô^fZA cies BMneiîes ? Avez-vons anlcone cer-
Be' True attûcte de per-
LÛKte da cas
coalpable , par qooy tous soyez saifoMlê es VDsav doloir? Le cas est gnsd. tiBi de oostre part voos et moy, qoede la part des coBspinuis, car ne peut qoe mesdaer B*ca sovde. — Monseignenr, ce'diâ le oonie aion. fai vnye attaime da cas et des persoiuKs, ta vivement qu'à tout le monde pourra apporoir riniqnité, et à voos , monseîgBeBr, devant tous anltres. Et est emprés voos Jehan Toostain que vous avez eslevé , cely qoi es ma mort labenre et qui est sooveraîn tcteor da cas et de ma perdîcion. Parqooy, mosseigneur, il ne loyst prendre nulle ponicioa sur vos gens. Mes à vous, monseigneur , je snpplie pour avis et poiu* en avoir expédîcios par vous qoi y sera séante. Tout et affin qœ mieaix voas appère du vray , véez-ci ces seigneors présens , tels et tels , qui ont vea et oy le démené de ceste oeuvre , et le record qui en est hki par nobles chevaliers et escuyers vos propres servitears , avec lettres propres de Jehan Toostain , de sa main escriptes et signées , toutes déclaratives de sa manvaistié. » Et alors , atout le mot , tira avant les lettres et les bailla an duc , qoi tout confins et esbahi se vit d'an tel cas , jusques à paine ne sçavoir respondre ; car abhominoit le cas , abbominoit la personne et abhominoit sa norritnre et privaulté donnée si prochaine à si mauvais homme. Non vueillant touttesvoies précisément encoire respondre au J principal , demanda qui estoient les rapporteurs de ceste oeuvre , et qui de ce Tavoient adverti. Il lui fut dit et respondu : que Tung estoit messire Tristan de Thoulongon , et l'aultre Pierre de Uacquembacq. Si en rongea le duc son frain et le prist à aigre ; non pas que courrouchié feust du descuevrement , mes que venus n'estoient devers luy, premiers que devers son fils , pour lui en donner Tadvertence première , car estoient à ly de son serment , ce disoil ; parquoi il devoit procéder au fils aussi , en acquitant leur devoir. El avoit le duc une raison ; c'estoit : que si Tavenlure fust venue à ly primitive , il eiist peut esire cstaint i'emprendre du mauvais vouloir, sans donner plaies ni esclandre
Hm-] CnRONIQUE DES Dl'CS DE en sa maison, donl dôs oncques l'avoil prôsci'véc. Et pourlam , voyant iccllc maintenant esire luidemenl entamée , et mal y povnir remi^dier sans meschief , se couitoucIiu ù l'eucontre des rapporteurs , et y gecia indignadon toute formée. Veuillanl louliesvoies sa- ^fairc à son lils, lui tlist : que punicioD voiremeut y séoil bien , et que certainement il lui en feroit riiison et justice ; môs pour ce ^ae nuyt estoil jâ, pour sa propre puix. lui ^ioit que difl'érer voulsist jusques au matin de mecire main au facteur, et que le jour yenu il en reodroit bon compte; et csioitltien content qu'il fut saisy au corps et mis en lieu Qcur, et que ly meismes, envers qui ruiïcose avoit esté pour{;etice, en fist au^isl la punicion de propre arbitre et ù l'advenant de la cause.
Si s'en tint le comte à coDtCDl et no voult l^us avantattedier (1) ton père , qui dict bien que moult estoit en ennuy pour cause du meschief. El demoura cestuy secret toute lu nnyt êntr'euk les présens, forment couvert, aveucqnes esbahissement tout exircsmc de la trayson du vilain homme. Si se retira le comte aTeucqueslesstens; elle duc pai'eillement se contint en sa solitude, tout entrepris de grief\e pensée. Or estoit il le plus toUerunt prince des vivnns , et en sçavoir dissimuler son ennuy n'avoit son pareil. Sçavoit et avoit clèrement congneu le mauvais homme estre abhominable envers père et tils; mes toutesvoies, pour lui donner encore espar{;ne jusques au jour lors où il auroil assez de l'eunuy et de honte, dilTéra de riens lui en dire. Et de faict, tant pour ung que pour aullre, en dissimula celle nuyt, voire en petit i-epos. Et te comte néanmoins , qui avoit l'oeil .tousjours sur l'homme, ordonna au seifjneur d'Aussi, ensemble et à niessire Philippe de Crevecœur d'y avoir l'oeil en nombre d'archiers de son rorps;et au malin, et parl'aggrémcntduduc, le menassent ù itippelmonde , au quel lieu lui eu rendissent bon compte sur leur propre vye; eilâ luy meismes yroit parler à luy, pour s^avoir plus avant de la besongne. ;,
(1) Donner cnniii à , de tadium.
bouhgogne.-ip vkky.