CHAPITRE XII
Comment le roy entra solempneUement en Rooan , et comment il parla au seigneur de Chimay estant Tenu vers lu y.
Or vint le jour douziesme d*aoust que le roy devoit entrer en Rouan ; et de fait y entra, bien solempnellement receu , comme à ymaginer fait d'une telle ville et de tel peuple. Et menant ses princes et barons avec luy, et tout son estât , y mena aussi messire Pierre de Brezé qui n'agaires en avoil esté gouverneur , et du quel , comme j'ai dit cy devant , le peuple aucques près fit aussi grand feste de le veoir sain et saulf, comme du roy ; car Tavoit envoyé le duc là devers luy sur les matières que le seigneur de Nantoulet , messire Pregent de Melun, avoit esté devers ly à Bruxelles. Parquoy, comme le roy n'estoit pas conclu encore de despescher ce chevalier, le seigneur de Croy, et que voloit aller visiter Normandie , tout du long fit demeurer Icdict de Croy à Cran jusqucs à son re-
tour , et ly s'en alla au mont Sainct-Micbel , faire là son pèlerinage. Au retour de là, qui fut assez brief , le roy vint à Bayeulx , et là délivra ledit de Cymay sur ce pour quoy estoit venu : c'estoit sur le fsàct du siège de Calais. Et dist on qu'assez gracieusement cuida contenter le chevalier, et le renvoyer en fainte. Mes luy, saige personnage et diligent en ce qu*il avoit de charge , lui dist doulcement: « Comment deà, sire? vous me dites une chose et vous me celez le plus fort. Voie court, et dict-on : que vous voulez foire descendre huit mille chevaux en Picardie et en Boulenois es pays du duc, pour aller rompre une dicque devant Calais, et donner vos gens loger sur les terres de monseigneur le duc. Cuydez-vous que monseigneur le souffre ne le souffrira pour morir? « Et le roy respondit : « Pourquoy ne le souffrira-il ? n'aurai je povoir de faire passer vivres et mes gens parmi mon royalme ? — Deà ! ce dist lors le chevalier. Vous avez du pouvoir assez , mes il siet à faire toutes choses par raison. Monseigneur ne son pays ne sont pas des condicions des aultres. Son peuple n'a pas apprins d'estre foulé , et luy> ne le pourroit porter aussi. Mes espère que vous en saurez bien faire , et ferez mieulx qu'on ne suppose. »
Atant cessa la rigueur; et ^ne sortit [à nul effect ce de quoy avoit esté bruyt. Et s'avisa le roy de sur-céder la chose et de ployer ses gens d'armes en aultre affaire ailleurs. Car en envoya une part au roy d'A^ ragon , dessoubs le seigneur d'Orval l'aisné , fils d'Alebrecht ,Çrun des vaillans capitaines de Franche, pour servir le dict roy contre les Catelans , ceulx de Berselonne et aultres ses subjects rebelles; là où depuis Franchois trouvèrent dur passage et grief affaire , et y perdirent moult de gens et de vaillans hommes ; et entre les aultres , après avoir prins Parpignan , ce seigneur d'Orval meismes y morut du flux de ventre , dont ce fut dommage , car en France n'avoit plus gaillard capitaine que ly , ne plus digne de mener grands gens.
Leroy, pendant que messire Jehan de Croy estoit encore devers ly, fil deux choses nouvelles. L'une si estoit. Il vit d'aventure en-
CHRONIQUI- DES DUCS DE BOtmCOGNE. — Il- PATIT.
irep en sa cliambre un geiiiil psctiicr gendarme qai aToii eo charge seize ou YÎngl lances soubs uDgiiutre capitaine: si fui [el le cas, qne ce! escuyer , qui net esloit el curieux de son abillier, esloit vestu d'ung pourpoint de veloux et bien empoînt mieulx que aulires. Si demanda à aulcuns d'emprès ly , à qui estoil cely, ne qui il esloit. El lui fut disl ; " Sire, il est ù votiSi et est un gentilhomme d'arme vaillant et de bonne sorte ; et a charge de gens soubs ly.— Amoy! cedict le roy! Par la Pastine-Dieu ! àmoyn'esi pas. Je ledésavoe, et h inoy ne sera jamès. Comment dcà ! il est veslu de soie ; il est plus joly que moy. " Disant ces mots il appela le mareschal de Franco, et lui dîst et commanda que, sur tant qu'il le doubloit, que cesluyille cassastde ses gaiges, cl te mist hors de son ordonnance, cur ne vouluit nuls lels pompeux auprès de ly. Et convint au maresclia! obéir; el ainsi le fit , mes à grand regrei.
r.'aulire chose nouvelle que fit encore le roy, ce fut, que à ung povre geniilhomme normand qui avoit chassé et prins un lièvre ou deux en sa propre terre , contraire de sa deiïense , il lui Gt copper une oreille. La Iquelle chose sembloit dure à beaucop de gens,etca9piloyablc, qui en eusiosé parler. Et de faîci beaucop de murmures s'en firent , et de cela et de plusieurs aultres es- Iran ges manières.
Les Anglois encore vers la fin d'aoust et eniranl septembre descendirent en Bretagne en l'isle de Dressenay ; composèrent les Iiabitans en huit cens queues de vin , et Krent moult de maulx ; et puis au partir, boutèrent tout en (on et en flamme. Et ce firent en revange de ce que les Bretons, du temps du roy Charles, avoient fait te pareil ei Angleterre soubs messire Pierre de Drezé comme a esté conli' en son lieu (1).
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