CHAPITRE XIII
CornnirnI le prL-siJi-iil de Bourgningnc tat m^oji an parlrnirnl pour le fnict du >iel, tic par le duc ) et de la ro; ne d'Angleterre qui descend! i l'Escluse, ^
Or convient faire un coule maintenant du président de Bourgoingne, à qui le roy en ceste meîsmes saison fît faire ung estrange i tour soubs exploit de justice. Si est vray que de ce président , nommé messire Gérard de Plaine , homme de notable destination et plain de vertu , le roy Charles s' estoil aulcunement dolu, comme avoir esté aigre et précis en gardant les droits et jui'isdiciion» de son maialie. contraires des siens. Parquoy ledict roy Charles, le voulant traire en cause, s'en dohil à son parlement, allin d'en avoir décision du droit et du ton. Mes lui surprins de mon, demoura la chose achoppée , jusqu'à maintenant que cesie meisme matière fut relevée, à cause de la nouveleté du sel que le roy Loys vouloit imposer en Bourgoingne , là o ceslui président arrière se monsira homme résisiant; et par sens et par venu se monsira homme vatereux pour la hauteur de son maistre. Si voull le duc qu'il alast en parlement; et quelle chose on lui vouldr<^jit imputer, fust de viel ou de nouvel , que li^ venu il aiiendist à son sens de respondre , comme pour maisire et serviteur , car en vouloit la fin. S y alla ledicl président , homme bien amodéré et douls parlier. Et venu en parlement, se présenta à oyr toute accus:ition, se aulcune on vouloit faire contre ly.El pour respondre sur tous les points , quatre ou cinq fois se présenta en la chambre, usant tousjours d'ungf mesme terme pour voir et oyr sou accuseur , ou pour avoir meismes audience de parler p:ir ottroy de la chambre; ce qu'oncques ne peut obtenir ne en l'un ne en l'autre ; meismes sembloit qu'on s'en IrufTasI. Dont le notable homme, tout esmerveillé du cas qui vuydoit hors de toute règle , ennuyé et argué eu ly meîsmes , prisi le congié à soy meismes, et partit de Paris à intencion de retourner en Bourgoingne.
Après ceste honteuse relraicle que firent les Escots devant Rel, el de quoy les Fran-
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GEORGE CHASTELLAIN
chois qui esioîent là maintenant en querelle du roy Henry et de la royne se trouvèrent confus, et que aveucques lascheté et fraulde des dicts Escots envers eulx , tout aultre terrien confort leur défailloit , si non par saulveté , et en aultre réanime et territoire par fuite , la royne , en espoîr de bien faire , et autant pïM^ nécessité contrainte comme , par délibéré avis , soy avisant comment fiUe esloit d'ung roy de Cécile, niepce d ung roy de France , et son mari nepveu , là où sang et naturelle amour ne lui pouiToient faillir au fort de lui donner sa vie, délibéra de passer la mer. Et sachant son mari le roy Henry estrc compétamment en lieu assez scur pour ung espace de temps, prist son fils Eduart , nommé prince de Galles ; et entrant en mer , soubs ravis et consentement du vaillant chevalier , messire Pierre de Brezé conduiseur de sa querelle , le mena aveucques elle , non à in- (encion principale seulement de venir descendre en France devçre ses parens qt amis , 9uas de venir descendre dclibérammqnt ep terres et pays du duc de Bourgoipgne , au premier poit et havre du plus recouvrable. Si ramena tranquilité de vent aqprès de VEs duse , atout le numbre de gens qu avoit avec elle , qui ^l'esloit point grand , sur la .fin de juillet, hik où venue au port , dopna ^miracion à tous , pour cause qu'à tout le mqnde estoit cogneu et sceu qu'elle avoit esté mortelc ennemie au duc du temps de sa prospériié, et la seule en Angleterre la plus contraire, et en faicl et en coraige. Si en tînt-on diverses murmures contre elle , en multitude de bouces, et sauvages interprétations pluiseurs «ur la nature de son infortune. Car y des- (cendoit povre et seule , de biens diseiieuse et toute désolée ; n'avoit ne credence , ne argent, ne meubles , ne joyaulx pour engaiger. ▲voit son fils ne son royal habit ne estât; et sa pci'sonne sans décoracion appartenant à i*oyne. Vestoit son seul corps d'une seule robbetle , dont n avoit point de change. Avoit sept femmes sans plus pour compagnie, et dont le purement estoit du meismes de leur maistresse , jadis une des pompeuses du monde , et maintenant la plus povre ; et finablement n'avoit aultre furnis- Bemeut, nede quoy avoir du pain à mangier,
sinon de la bourse de son chevalier, mefrsii'e Pierre de Brezé, et de son sens ; qui mcismes eçtoit en povrelé extresme, car avoit tout frayé et despendu en la suivant , et en maintenant la guerre contre les ennemis, jusques à en non avoir puissance de soy ne aultnii ayder, nonobstant que du sien , comme il m'a dict , y avoit bieii despendu cinquante mille escus.
Si fut chose piteuse à veoir, certes , ceste hault^ princesse si desbarettée et mise des- SQubs ung si estroit dangier, morant de faim et de mesai^ « venir constrainte soy rendre en la .mercy de ceUuy du monde dont famé cpuroit , qe savoit], que plus debvoit estre animé contre elle et lui estre dur. Touttesvoies , espérant obtenir grâce envers ly par excnses , et que son noble et hault couraige , par nature de son estât, se pourroit commovoir en pitié envers elle , en sa basse fortune ne diffcroit et ne craignoit soy rendre en sa main , qui des accusations faictes contre elle par les enpemis se espéroit à parer devant ly, ou d'en attendre pugnicion à son ordonnance. Et alors , sur cestuy tiltre, enyop devers ly ung chevalier, noinmé Carbonnel de surnom , lui signiffier sa descente, et instamment pryer ayecques ^ce , que sh gniQier luy voulsist lieu et place of^ venir pourrait pour pairlpr àly, qui estoit la fin souveraine de ses désirs , et la cause de son flesc^ndre en ses p^^ys. Si est vray que jà long -temps par avant avoit obtenu du dict duc saulf-cpndMJt pour passer par ses pays, et avoit de longue main proposé son descendre en ses terres. Si n*y faillit peint , cqmffï^ il appert ; mes y vint humble et domptée , plaine de povreté , qui menasser soloit par son orgueil , le refuge maintenant de son salut. Le duc poiir celle heure estoit en Ipellerinage en Bouloingne. Et comme la ducesse de Bourbon sa seur estoit venue aveucques ly, par quoy logis y avoit estroit , et que ly meismes avoit accident de maladie, ne craindi point soy traveillier pour une telle princesse de venir vers ly. Et non faisant grand compte de la visiiacion ne de la veue d'elle , gracieusement assez se para envers le message , disant : que n'appartcnoit à faire ainsi , et que cq efl'ect ne le vouldroit
CHRONIQUE DES DtICS DE BOURGOGNE. - IP PART.
aoulTriv , pour riens nulle; ^iis pliilost jnoil ineismes envers ct\ç , i\e fui l';iccUlcDt de son DKil , mes presteniefll il y cuvoyeroil ung çt|cvulier pour lu bjenviegnkr , et pour faite les esuisucions envers elle selon le cas , avcucques aulires pluiseurs choses cxpédientes Cl poQven.il>les. El visaal ceste mesme cbarge meure ea main propie , y tiaosaùr uug niRSsire Philippe Pot, clicvulier de son ordre, tout digne à ce ; le quel uyant Uouvê i Bruges mes«ire Pierre de hcezé , s'en uUèi'eot ensemble à l'Esplu^e oii e&loit In royue. El la venu, le clicvaliei' du duc list honneur à la royoc eu son dehvoir , et lui dici cequ'il avoii çn diargc- C'estoil que le duc son maisirc se recommundoii à vUe pqr lUOuU en sa bonne grâcç, priant que ep mal ne \oulsist prendre que lui meismes n'çstoit venu devers elle pour hi visiter, car avoit des {>raods aSitires là où il esloit, et ;iu\ quels il lui convenuil enlendre, sans ei>lun{;euiciildu lieu, considéré que là eiuprès ly, et par l'ordoauance du roy, il avoit la conveocion des Fi-ancbois et Anglois , puwr pai\ ou tretVes i;énêr;ilps entre etilx. Par quoy pussible ne lui osiait de bon- OËUietit en esionger; uvencques ce aussi il ^toit jù sur ung pellei'inage k Noslic Uame de SouloU^jne. Dont il pryoit que son excuse lui pleut avoir pour aggréable. Mes ^ tout ce qu'il la pourrait servir ne honnou- -C^r, ue laire complaire eu ses pays, de bon «uer il s'y paroÛVoit et s'y vouidroil emplpyer. Et au regard de ce qu'elle lui avoU sîgnifiîé et requis, d'avoir lieu où elle peust devenir devers ly , il lui pria que ji ce il lui pleust déporter i car il y uvoil long chemin ei pénible entre deuU , et le lieu où il esloit «stoit prouchuin de Calais, par quoy y povoit cheoir dangierde là traire sa persomie, lanE ipOUr les Ang)<:iis qui eslotent venus à Sainct- Qmer en gi-and multitude , comme de ceulx meismes de Calaix. Et pourtant que avoil des fortunes plus que portables, devoit fuyr d'en attendie toutes tes dcirenières et finales, qui sont en dungier de corps.
Quand la royne eut oy parler le chevalier, le quel en la personne de son maislre remercia courtoisement de ses beauls mots et de l'aireclion y cuniemie , et sentit que le duc s'e\cusoit sur le souffrir venir devers