CHAPITRE XIV
Comment la royne vint devers le duc à Sainct-Pol.
A tant et tel cstrif fut la conclusion prinse entre la royne et le chevalier du duc de venir devers ly , qui jà esioit .party de Hesdin et venu à Nostre Dame de Bouloingne en pellerinage, aveucques sa sœur la ducesse de Bourbon. Si passe les privées devises que la royne eult avecques le dict chevalier , ensemble et les festoys qu'elle lui fit à son povoir, et reviens arrière au point là où il est retourné devers son maistre à Bouloingne; au quel il conta ce que trouve avoit en la royne angloise et le propos non remuable qu'elle avoit de venir vers ly. Laquelle chose quand le ducconceut son voloir,e4 qu'en luy n'estoit de ce luy rompre pour nulle voie, s'y aggréa assez et dicl : que puis qu'ensy estoil, il la verroit et recevroil benignement , comme au cas duisoit ; et en feroit son prouOit. Mes pour ce que le pays par où elle venoit, estoit
plein de dangiers pour elle ; et que desjàjl avoit entendu que les Anglois de Galaix tendoient sur elle, et tascboient à la prendre en venant devers ly , envoya battant férant devers elle, lui signifBer qu'en la première bonne ville où elle se trouveroit après ses nouvelles receues , elle se tenist là ; et luy, aussi tost que pourroît , en tonte diligence viendroit vers elle ; sans plus prendre de traveil. Si le feist ainsi la royne angloise ; et se tint par Tavertissement du duc , dedans Sainct- Pol , jusqnes à son venir, qui estoit le pénultiesme d*aoust. Et estoit venue là ceste noble princesse depuis Bruges, en un chariot commun couvert de toille, comme une povre dame qui va à Femblée. Avoit sans plus trois femmes avec elle , messire Pierre de Brezé , et aulcuns aultres en petit nombre sans bruit. Avoit parlé au comte de Gharolois à Bruges, le quel lui avoit preste cincq cens escus , des quels elle estoit venue jusque là. Estoit chose moult piteuse et desconfortable, de voir sa haulte royale magnificence de jadis estre venue à jcelle décadence et rabaissement. Avoit laissé son fils le prince de Galles en Bruges, partie par nécessité de non le povoir f urnir , partie pour non mettre le pays en adventure pour le poix de sa personne. Et non sachant que faire ne que dire jusques à ce qu'elle auroit parlé au duc , laissa toute sa famille à Bruges , se mist en femme de petit estre et en estât de chamberière pour venir en sa queste. Et tant fit que , venue à Bethune , là où elle estoit couchée , les Anglois pourgettèrent environ de deulx cens chevaulx, pensans de la prendre ains que de venir à Bouloingne ; mes elle vint saine et samlfve à Sainct-Pol , là où le duc vint devers elle , et lui manda de non en bougier ; comme en effect elle fit ; car lui meismes en rompit le passer oultre, et la vintveoir en grosse et honneste chière.