CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE.— INTRODUCTION
vous a créé. 0 qu'oDcques royalle maison vous
vous créatures sensibles? avez vous entendemens raisonnables? Peult il en vostre ceur cheoir une telle horreur que de vous tromper d'un très hault créateur du ciel et de la terr^, de mentir au vray fils de Dieu vostre rédempteur, de vostre juré et promis serment, de foire cely blasphème au glorieux sainctesperit , donner voluntairement vostre âme au déable soubs semblant deceveux soy donnant i Dieu. 0 inhumains gens! o gens abhominables! non gens, non déables, mais pires que malings infernaux esperits , qui foillez et mesusez en ce que , si le déable Tavoit foit , promis et juré , il ne pourroit , ue vouldroit , ne oseroit ne faillir ny mesuser-, et vous y fail lez ! Ha ! mauldictes gens! semence de Caym I et que pensez devenir après tels murtres et si exécrables traysons , et où Dieu.s'est prins soubs promesse de pardon , soubs asseurance de paix et apparence de vraye concorde ! vous vous mocquez de Dieu et de sa puissance, vitupérant sa haultesse et saincteté. 0 que grièvement en serez pugnis , iniques gens infomes et de malheurée naissance , conceus et engendrés de pères mauldits en terre , avilies en enfler, abhominés en justice, punissables par divine vengeance , non en corps , non en biens , non en terre , non ; non si heureux , mais à vostre très amère dernière confusion , extermmables , dampnables et senlenciables au jour du jugement au plus profond des enO'ers. Là sont vos demeures ; là sont vos appertenances , avec les infernaux citoiens meilleurs que vous , plus dignes que vous et plus véritables, quand seuUement du nom de Dieu oyr nommer, ils ployent genoux , enclinent le chief , baillent révérence et gloire à leur créateur ; et vous par lavoir prins , receu tout entier , tout glorieux , tout puissant en vostre indigne et abhominable sac , par desrision Tavez mescongneu, vitupéré et réputé vostre semblable ; dont le corps en soy ne pourroit porter la pugnicion , ny la terre la soustenir, ne fortune donner, ne entendement comprendre, condigne à vos démérites. Mais Tame , qui est immortelle et perpétuelle en son estre , c'est celle qui en portera la souffrance à jamais ; et non pas tant seuUement pour la mauvaistié du murtre , mais pour la dpsrision que vous avez faite de cely qui
donna couverture ! qu'oncques région françoise vous a donné tiltre qui a esté le ghron de toute léaulté crestienne , de toute hamaine fidélité, de toute vraye religion en Dieu ! Et vous , en noircissant sa haultesse et splendeur, en avez fait speioncque et forest de murtriers, caverne de trayson et une^profondite de mauvaise minière.
O malheurée et très infortunée France pour cely temps! dame toutes voies par avant spécieuse en beaulté, resplendissant en divine faveur, et sur toutes terriennes régions obtenant le triumphe de salut, povre dame esplourée , princesse maintenant changée d*habit, muée de couleur, déclinée d*estat , des meismes yeulx dont autres fois as contemplé la haulle gloire de ton thronne , regarde, te prye , la désolable infélicité de ton siège, que Dieu, ou pour ton propre chastoy, ou pour le péchié de ton peuple ou pour Torgueilde tes enflans, t*a fuit naistre aujourd'huy en ce souillement que il t'a commise en gouverne d'ung enflant en la garde du tuteur pervers , inu tille pour s<»y et d'awtruy gasteur Si te recorde, misérable dame , recorde cestui proverbe qui dit : « Malheurée la terre dont le roy est enflant ! »
O povre defiigurée royne ! en faisant tes lamentacions , en vuydant tes pleurs , tes cris , les amertumes, tes infinies doleurs, si tu veulx satisfaire à ton martire et à la raige de ton mal, crye doncques tousjours, sonne et profère ceste parolle sans autre : « Malheurée la terre , malheurée et mauldite, dont le roy est enflant! » Tu ne te pourras venger, ne désoler, ne furier en plus promps termes , en plus propres exclamucions. Car certes la vérité de cestui mot est seulle occasion de ton meschief , de ta ruyne et misère. Si en doibs parcourir la terre , faire retentir les cieulx, estonner bois, roches et montaignes par force de cris ! Certes , et seront tes doleurs et afflictions toutes assez congneues en cestuy cy, sans effusion d'autres larmes. Dont si Dieu te eust voulu cslre comme autresfois favorable en cestuy temps, de t'avoir recommandée à roy pru* dent et de bonnes meurs , les énormités , cas et exactions qui ont été commises emprès ton réal sceptre nVussent eu sourse ne efficace ;
GEORGE CHASTELLATN.
et ne se seroit ta haultesse opprobriëc dos ] avoient , car oublians vîgeur et toute vertu ,
mauvais, ne ton thronne onversé an bas par félons. Pleure ! povre attristée mère ; crye ton infortune ; lamente senltement que Dieu permette d'une fructueuse rachinc partir un^j inntille {)[ecton , uuq rameau sans fruit qui
' gaste , qui diflume , qui scandalise Tarbre ; et en ramenant tes yeul\ sur le temps passe», réclame, te prie, regrette tes devancière , tes
' {][lorieu\ pasteurs de jadis, ayeulx, bisayeulx, vertueux princes et louables. Par leurs liaultes valeurs et proesses , tu a esté couronnée de gloire et mise en thronne de splendeur, et souverainement te reposes sur ion derrenier condniseur Charles le Quint , lequel , contre condicion de son estre et de su propre natare , t'a produit le getton tout de semblable au tronc ; parquoy quand tu ne peus trouver le fruit on tu sonloies, tu lan{;uis, certes, quant tu ne devroyes.