‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 21 sur 494 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

(Comment la mort <lii duc Jclian fut annoncée à Gand et dite sccrctenient à l'évcsqne de Tournav, Tlioisy, et au seigneur de Boubais.

. Ceste dolorcuse et très lamentable mort , fireifpieuse pour toute la crestienneté, souverainement pour le noble royaulme de France, qui depuis bien chièrementena comparé le délict, fut annoncée le plus husiiveineut que faille se povoit a (lUnd , oii résidoit ce très hault et très puissant prince , le Kis du mort , Philippe , conte pour lors de Charolois en réage environ de vin{;t ans ou ainsi ^ avec très noble et très vertueuse dnme Michicle de.Francc sa compain[îne, seur à icellui nïonseigneur le daulphin, qui avoit esté présent en ce meurtre, non pas que je Taccnse, fors du regard. Kt fut dicte premièrement ceste mort et révélée , à doîoreuse effusion de larmes , à réves(|uc de Tournav, Tlioisy , el aussi au sei|jncur de Roubais, pour lors premier chambellan dudit prince jouvenceau. Si fait bon à penser que, au record de sidoloreuses nouvelles et de si gros poix , les deux seigneurs dessus dicts dévoient merveilleusement altérer en leurs manières et avoir le ceur durement estraint de douleur, comme certes

séant et appertenant à gens assis en siège d'auctorité , ains tirant à toute nature féminine, rendirent pleurs et cris lamentables, détorsirent mains, desmesurèrent leurs voix, redoublèrent leurs soupirs par une infinité d' hélas , non pour la mort tant seuliement qtii ne peut estre fuyée , mais pour les horribles circonstances qui en sourdirent.

En autres livres icy devant a esté scène assez la très amère tribtdacion que Dieii a souflcrl régner en cestui très noble et très cresiien royaulme, à cause d'une division sourse entre deu\ les plus principaulx puissans membres d*iceluy, et commentées deux membres , par divine permission , ont este terminés piteusement Tung après Tanlre, dent inHnies désolacions et langueurs ont esté inférées à ceste très resplendissante dame Jadis emplumée de fleurs de lis, nommée Fnmce , et souverainement pour la derrenière mort , Dieu scet quelle ! Mais pour ce que les doléances de la première , jà longtemps passées , ont esté récitées et escripies antre part, comment et quelles elles furent, ne par qui aeen qoel lieu monstrées, si loyst bien, et est chose convenable aussi , pour faire droit à ehascno, venir aux complaintes et amères doleiHV qoc les amis du derrenier mort, souverainement son fils, a peu ou deu faire, insiroitet adverty du cas, quoy et comment , comme il est bien vraysemblable qne nature les devoit mener à . ung très merveilleux desconfort , encoîres plus pour les circonstances du cas que du cop. Car toujours fault perdre amis par mort ou tost ou tard ; mais les perdre piteusement et en manière si inhumaine, c'est ce qui attriste. Or loyst à savoir que le duc Jehan, versé à Montereau par la manièreassez sceue, seuliement laissa ung fils procréé de luy et de madame Anne de Bavière, fille au duc Auberl , conte de Ilaynnau , et lequel , pour les périls des guerres ei des dangiers où journellement se irouvoit entre ses ennemis, l'a voit laissic; et estably par demeure en sîi ville de Gand , avec sa très chière et très amée espouse , madame Michielle de France, fille au roy Charles le sixième , et seur à Charles pour lors daulphin de Viennois, présent de cesluy piteux fait derrenier qui moult

tmgj CHRONIQUE DU

faict à plaindre, combien que î<^orance, j'espoire, de la maulvaistié forgée Texcuse.Si fu cesttiy jenne prince Philippe , pour iors conte de Gfaarolois, et léal François de coraige, environ de vingt ou de vingt et deux ans , hapll et droit de vchure , joyeux d'esprit , et viste de corps , mais souvent assez fiévreux. Si avoiten son enlFantin éage esténourry avec le iloy, eh sa court, et avec mcsseigneurs les enffans da roy trestous , dont Charles , conte de Ponthieu , le derrenier et le plus jeusne , 'encoires estoit petit pour lors qu'il y résidoit. Si n'eurent gaires d'accointancc ensemble pour la différence de leurs éages ; mais trop bien virent Tung l'autre , espéciallement le conte de Charolois^ de bonne et vive congnoissance , le conte de Ponthieu , depuis daulphiu. Si avoitcestuy jeusne prince, conte de Gfaarolois, toute son affection résolue et fermée en la gloire et conservacion de la royale majesté frauchoise , à laquelle il estoit obiigié , par procbaineté de sang si bien que par mariage. Et combien que le duc son père y trouvast maintes traverses et difficultés par ses ennemis et non bien amis de la couronne , à vray jugier , comme il a bien paru , toutes voies , le fils say confiant en Dieu et en la haulte royale noblesse avec laquelle il sentoit son père plusieurs fois convenu en paix et en semblance d accord , ne se pot oncques deffier que de tels cœurs reconciliés et si prochains en sang venist jamais estre pourgetté mal , i^e que si dolorense fin deust estre tirée jamais de si vraye fiance. Si en feutdeceu las! et temprcment, comme vous orrez , son espoir cassé par contraire cvent , et sa fiance amèrement ramponnée et reprochice par clameurs. Car d'autant que moins se doubtoit du cas , d'autant plus luy cuisoit aigrement son deul , quand il en veit le meschief.

Luy doncques résident à Gand en toutes occupations joyeuses, comme Féa^je le requerroit , et avec noble conduite de plusieurs notables gens , nobles hommes et clers, ayans entre main le gouvernement des pays de son père en son absence, vindrent aucuns des eschappés dudict lieu de Montereau arriver hastivenient à Gand , et abbordans premièreinônt à maistrc Jehan de Thoisy , évesque de

DUC PHILIPPE

Tournay , et à messire Athis de Brùnen , no» table chevalier, son premier chambellan, annoncèrent à eulx deux secrètement la mort du duc Jehan , et toutes les manières du fait , affin d*avoir advis sur la manière du rapport au fils qui amèrement en seroit agravé de doleur. Et là certes , en plaintes et en plours et eu détorsions de mains , secrètement leur narrent le cas haull et bas , et en souspirs et clameurs. Longue espace demoururentd^eulx meismes desconseillés. Toutes voies , aprè& ung peu la première doleur escoulée, que nature de viellart, experte des cas de fortune, doit retourner en sa gravité et amodérer son deul par provision de sens , conclurent que nécessité estoit que oulx meismes se metssent en trempe et en semblant russis, aflin que quant vicndroit à Teure que faire en fau!droit relaciou à leur maistre , encoires ignorant de tout, que par aucnnes manières subtilles de langaige , sans venir de prime face .férir au point, luy peussenl rompre Taigreiir première de son amertume ; car sentoient sa nature estre entre singulière filialle amour encline vers son père. Si cramdoient bien aussi fort le péril d'ung lez de sa personne comme de Tautre , et se lamentoient du cas advenu. Saigcmcnt toutes voies avisèrent do Teure et de la manière plus expédient; et espièrent le temps que plus seroit en sa solitude avec ses plus prochains , seullement desquels ils désiroient plus Tassistence.

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