‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 213 sur 494 · CHAPITRE XXYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYI

Comment le comte s*excusc au sénéchal detcts son père de savoir s'aquitter en toute raison et équité.

« Séncschal , ce dit le comte alors , bien m'est aggi'éable vostre dire ; el par vostre remonstrer j'ay bien espoir que voudriez mon bien. Et vous mercye de ce que j'y conçois. Mes là ou vous pensez qu'amotlr faille de mon coslé envers monseigneur, ne que froideur ou félonnie me fouriraient du chemin de nature par désobéissance , certes je ney oppose; et ne vouldroie estre en cely train pour un monde d'or, carj^enseroieàblasmer devant Dieu et les hommes. Mes les termto que long temps on m'a tenu en court , toubs le plaisir de monseigneur, aveucques maintes choses que j'y voy , non bien à souffrir, m'ont faici quérir eslonge d'icelle pour ma propre paix, quand moy estant là, aussi bien n'y suis fors que une ciffre donnant umbre et encombre; là où se d'aventure prouffit vient » ou aulcun grand bien , il chiet en la charge de deux ou trois , et de moy n'est cognoissance. Les trois mettent main et ongle en tout ; et sans que riens ne leur eschappe ne se peuvent de rien assonfir. Je leur suis de petit poix et comme de nul , et moy j'en porte la patience au mieulx que puis. Leur grandesse , qui ne vient point d'hoyrie, touttesvoies convient bien que Je porte, et que je fasse mon prou de ma fortune jusques au bout. Monseigneur est tout bon et trop bon pour eulx ; mes me double que sa bonté trop entière ne luy contourne en dommage en fin ,comme j'en vois les approcea et les exemples pluiseurs , là où on l'endort et cny vre en souppés en miel dont le déboire sera amer, et en luy pignant la teste et dodiminant de douce main , on lui coppe les clicvculx en for*célant , et. lui désempareon le chief . 0! et tout ce faict finablement pour complaire à aultrui et soi avancer , et pour me faire plus feble en hoirie quand ce viendroit à respondre contre aultrui orgueil. Certes, si monseigneur eust conseil tel au-

quérant , eust autant pesé et difflcriié ortn le hastivement rendre » comme il estima Taequest de grand prit à l'eure de son acquerra! An fort c'est Taetiuest de ses bras lur aultrai thain ; tà le peut bien reltituei* par fhmdae et en avoir en la gloire } noès mmtf I etalkqai l'ont là bouté , et paf qui eMSeil il pdise si peu ce qui (Bst da si grand conséquence. Or n'est point cecf seulement maiière de mon argu , teti qvè ce n'eat que cas nouvel , et que tant en à dé vieux que ce m' est ënnny de redoubler les uftgs sur les anitres , sur lesquels mansalgnaur penlt avoir couleur de > droit asM« en aaletthes ; en anlcnnes aussi en reste la plas clèm pwt mienne , saulvc l'amour patemalle. Mto ne vient monsdgneur si nvant à entendre mon droit comme il ftiit au parement d'anltml qnerelle qui est mal nette.

» Beau sire seneschal , qui est celny ati monde , voire de povre geatilhomàie en la maison de son père , qtil après avoir aiiltant attaint au vrsy son parent on subgect, avoir emprins en sa personne par aoTteeries , par sacrifices et invocaclons de l'ënnami « podr mort et auUres mauvaises Ans» ne fnst véliti en fliire ses doléances andict son père pofir en avoir justhse , et que là où ledict son père ne lui en feroit raison , ains le rebonteroit par dures parolles et tançons de ce mettre avant, qui n'en fist après son tout extrême povoir pour non en demorer en la botarde. Gecy, bien l'entendez » depuis Jehan Toustain mort, m'est retom^né nouvelle contraire. Et qui l'ay attaint et trouvé , et les personnes et 1^ dyablerieS tyrantes sur moy , ne puis avoir esté creu du vray faict , ne que on m'en reparast l'offense. En quoy touttesvoies paternelle amour se doibt entendre grever comme fils , quand le fils ne peut avoir mal par telle voye , que le père mesme n'en reçoipve l'injure. Dolu m'en suis à monseigneur; niés luy, par une pitié consanguine et par dcsir de couvrir l'esclandre de ses maisons et de ses parens , a prétendu à vouloir parer en leur détestable pccliié ceulx qui ont prétendu à moy desfuiro, et à lui ester moy comme héritier. Dont , parce que j'en ay demandé justice à ccllui qui est prince d'icelle , et qui

jourdhui rendant, comme il avoit jadis con- ( eit tel crime de leze-rtiagesté en sa propre

personne ne devroit espar{][ner moy son cnffant , j*en ay souffert rebout emprès luy ; et a Taillu que j'en ay dissimulé la mauvaistié et que je la porte à soji plaisir, comme chose nulle. SI est le cas touttesYoies digne de pugniclon; et ne fust que pour le delict commis à rencontre de Dieu , par adhérence à Tennemi d'enfer. Laquelle chose plus put, et plus est abbotninable , comme elle est perpétrée de hault homme où vraye entière foy chrestienne doit avoir fons. Se doncques un prince de justice ne faict justice de ceux mcisme qui justice devroient maintenir, et Tesparçne' pour leur grandeur , que pourront dire les petites gens doncques? sinon que la justice des princes est forchue , aigre et pointue sur les ungs , et point sur les aultres. N'ay je dovers moy les bouts de cliyre baptisés dyaboliquement et plains d'abominables mystères contre moy et aultres , et de quoy ne moy ne homme ne se doibt taire pour vergoigne de nulluy, quand les acteurs, non ayant honte ne cremeur devant Dieu de si vilaine euvre , ne sont dignes qu'on les espargne en ce de quoy meismes n'ont en honte. Or vive le nom du roy Charles ! le quel , ne pour sang , ne pour compérage , ne pour service de propre corps , ne de parens , ne délaissa à faire roide justice sur ;le duc d'Alanchon, et de punir par publique sentence diffamatoire ce que empris avoit contre publicque salut en conspiracion. Certes , moult en fut l'eurre glorieuse pour luy et tant plus digne de recommandacion comme en luy povoit plus avoir de cause et de duits regards pour le conduire à pitié et de non faire ainsi. Mes Yueillant exemplier les petis , et «oy monstrer vray juge , se prîst aulx grands de sontronne, non visant au scandale. Se doncques cestuy cas icy infère rumeur entre monseigneur et moy, et de laquelle 'la cause est telle comme vous oez , n'est pas pourtant fondée nostre difficulté dernière qui est toute aultre ; car moy envoyé en son pays de Hollande , mon penultiesme voyage, pour y là requérir renouvellement d'aydes, lors cscript : '« Que en aveu de la requeste qu'il avoit faict jadis audict pays sur Jacqueline de Bavière, sa cousine germaine, comme prochain héritier, ils volissenl en son pluin

vivant jurer et confermer la succession dudict pays à son seul unicque fils ; et en faisant ce , ils , c'est assavoir les bonnes villes , subjects et nobles du pays , lui feroient sin/pilier plaisir; et en seroient toutes difficultés questions et desbats pour le temps' avenir vuydés. » De laquelle chose , moy venu en Hollande , et que en ensuivant l'ordonnance du père à moy donnée par bouce , et par lettres des quelles je fis record aux cstats du pays, reverammcnt et de grand cuer m'accordèrent ma pelicion. Et trouvay [en eulx , pour l'amour et honneiur qu'avoient à monseigneur , une merveilleuse faveur et inclinacion, anssy envei-s moy son fils, pour jamais non désirer aultre. Si est advenu que depuis , et moy estant par deçà la mer , les dits des estats et bonnes villes , pour mieux déterminer les devises de monseigneur en ce que leur avoit requis , ont signé et sellé leurs promesses à moy faites; et cuidans m*avoir foit ung singulier plaisir, m'ont envoyé leurs scellés et contrats sur ce faits , pour appreuve de la chose. De quoi monseigneur, ne sçay de euy conseil meu , quand l'a sceu , a faict une nouvelle interpretacion , comme si la procuracion de ces lettres feussent venues de moy, et que moy en vertu d'icelles , comme Ton^pourroit imaginer, je me vouldroie ou pourroye sourdre , en son piain vi« vaut, maistre et seigneur du dict pays, et en corne d'orgueil et de restivcté (1) contre ly et d'aultres mes contraires. Dont parce que le pourchas de ces lettres semble estre à imputer^à aucuns icy du dict pays, qu'ils s'y seroient employés en ma faveur , on en a donûé charge à maistre Antoing Michiel , se* crétaire ; et après le cas venu à congnoissance, monseigneur l'a envoyé prendre par ses archiers; des mains des quels, moy estant par deçà , et sachant sa prinse sans cause de délit en cestuy endroict , je l'ay fait rescourre. Dont monseigneur, toutes aultres matières de courroux arrière mises , s'est de nouveau courroucié sur moy plus que jamès^, et n'est riens qui me serve d'excuse ni de parement en cestuy cas, qui en puist faire ma paix , non obstant que par deux et trois fois ,

(4) Rés'utoiice, de rétif.

GEORGE CHASTELLAIN

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tant à Nostre Dame de Bouloiugne comme à Hesdin , j'ay envoyé mes explorateurs devers luy, nobles hommes et clercs; .et par les quels , pour le contenter desdictes lettres et pour le mettre hors de toute suspicion, je luy ay envoyé lesdictes lettres en renonchant à icelles , et pour en faire son plaisir ; et du surplus j*ay offert d'en faire telle amende comme à son noble ordonner semblera bon. Mes jamès mes dictes gens envoyés pour celle cause n'en ont peu traire que dures paroles et de petit espoir pour moy. Parquoy me tiens arrière de luy, en attendant son bon plaisir , et que son courroux pourra estre appaisé. On m'a longuement menacé qu'on me romperoit mon estât et ma pension ; et le dict de Croy, passé an , qu'ainsi en adviendroit. Pourquoy je n'en attends que Ternie aussi , et que l'on me fera du pis que l'on pourra. Toutesvoies si demourray-je le fils de monseigneur , et ly mon père ; et ne feray chose , pour ceste cause ne pour aultre , envers ly, pourquoy plus ou moins j'en face à blasmer. Mes espoir, quand il plaira» et m'aura esté dur en portant aultruy, il s'avisera de recongnoistre ma pacience que je porteray humblement en son honneur. »

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