‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 214 sur 494 · CHAPITRE XXY'iI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY'iI

CoDimment le sénéchal réplîcqua saîgement au comte

de.Charolois.

« Monseigneur , ce dict lors le séneschal , VQStrc faict est tel et si grand , et sont de tel pois les personnes de vous deulx , qu'à grand peine je me ingère de parler de vos matères ; et souverainement parce que à moy il ne duyt point de tant ni'avancer, pour cause que je vous suys estrange , et non ydoine pour estre creu envers vous. Toutesfois , puisque tant me suis enliardi , et que vostre bonté a daigné prendre en gré mon parler, et y former responce dessus , encore me fieray-je de continuer oultre ce que j'en ay en cuer, par désir que j'ay que ceste maière vienne à bonne fin , et que monseigneur vostre père se contente de vous recouvrer sa grâce et son amour ; et obtenrez vostre querelle. Monseigneur, je considère bieo que

povez avoir des causes assez qui vous esmeuvent à rencontre d'aulcunes personnes privées , et les quelles ne vous sont point à gré. Et parce que (monseigneur vostre père , qui vouldroit à son povoir nourrir paix en sa maison , samble aulcunement les porter, vous prenez cela en vostre contraire et en argu ; le quel, comme je croy, le fait pour vostre bien , et pour maintenir sa maison vive. Et ne me peut sembler que lui , prince de tel vertu comme l'on scet , peust jamès ne voulsist porter homme , quelque qu'il fut , ' contre son enffimt, si non en tant que là où il pourroit venir au remède , et que esclandre n'advenist en sa maison , ne sur proxisme ne sur aultre , et mettroit paine à l'estaîndre pour le bien des parties. Or sont les Groys ses serviteurs de long anchien temps , et ont porté froit et chaut avec ly. Parquoy, soubslong service, ils sont parvenus à hauU rétribuer; dont l'onneur est à deux lez; en l'un endroit d'avoir servi maistre de hault affaire, et en l'aultre d'avoir esté gens de rétribucion dignes. Par quoy , si sont grans et haults montés , cela ne vous peult tourner à foulle ; ains leiu* doit donner une obligacion envers vous en temps le recongnoistre , comme j'espoire que si font eulx; ou s'ils y faillent, iLs en font moins que bien. Mes dure chose m*est à croire, si ce n'est que trop follement se descongnoissent , qu'à vous leur futur seigneur, le fils de cely du monde à qui ils sont seuls tenus , ils voulsissent ou osassent prendre pointe par estrif et orgueil. Quand cela seroit , le ciel et la terre devroient crier et murmurer contre eulx , et provoquer fortune et les dieulx de lassus à ruyne et subversion de leur estât. Car si b présompcion de Lucifer feust pugnie au chiel lassus, par main de divine équité, non moins se pugnist en terre l'ingratitude des descongneus hommes , par semblable équité divine. Monseigneur, j'ay aultrefois oy dire que ils se sont mis en tous devoirs envers vous , humblement vous suppliant que recouvrer puissent vostre grâce et pei*sévérer en icelle , là où vous , tout indigné encontre eulx, n'y avez voulu entendre, leur assignant causes pour lesquelles ne les réputiez dignes d'y estre receus. Et nonobstant x]ue pour ung ou deulx ou trois refus ne se déportèrent de vous pryer ,

CHRONIQUE ïrÉ Mes T)E BOURGOGNI-.— TI' PART. AM

n'ont scpii jaincs plyer vosire corn,'[e pour à eux ne A leur grùce mercy entendre. Monseigneur, pardonnez inoy mon liarji parler; mais posé ores que vostrc cause jusques ii li'i eust esté bonne et saine, ù refuser mercy au pryani vous lu faicies maulTaise ; et peult-on de le{>;iFr, par ainsi faire, indigner UDg corage contre ung aultre , que cuer d'agnel devient gueule de loup ; parce qu'en refus de mercy, f[isi matière d'espoir au refusé de mettre tout en bransle; car n'est si fière chose que cuer de gcntilliomme mis sur le desiroict. Monseigneur , on souffre beaucop , et dissimule-on de chose , pour ung mieulx , et souverainement pour ung si grand bien que le vostre , lu où vous pcnelierie^. Si te bien ne meuh de vous en la part qui vous compèle, le mal pourra redonder en vous très {p-and , pour avoir persévéré en vostre faulio. Gar devez entendre que père indigné contre enfant est une périlleuse attente îi qui il touche, quand le père est de.hault cuer. Or où estil en la terre, qui cuer ait plus grand que ce duc, ne qni courrouchié feroit plustost ung coup bien fier pour courroucicr aullruy ? Et vous, qui savez que toute cette murmure devers vous deux ne se nourrist que en ce que vous tenez absent de sa personne, que vous fuyez le repaire de sa maison, et en quérez l'eslonge, où le dussiez hanter et visiter tous les jours , le conjouir et le solagier de paroUes, comme pères vieillars désirent; certes me semble , se vosiro plaisir portoit de vous joindre emprés ly, de mètre sur son sens toutes vos imaginacions et querelles , et vousdonnerljontemps,vous, de vousmesnies, par vostre vertu et maugré tous vos hayneux, viendriez au dessus de tout; vous donneriez frayeur à ceux où il y a note et fuulte ; vous les verriez fondre et démolir par eulx meismcs; et après avoir mis sur Dieu la veugunce de vos contrariims , vous gaîgneriez ting cuer de père à jamès de vous non scparable, et parmuin tiendriez en estât cestc "baullc et glorieuse maison que maintenant on Bjqoîert fi mener subtilement, soubs vostre 1 4ivision volontaire. Certes, monseigneur, 1 -plus vous dtfibt eeire tollcrable la meschan- ^^t<î d'ung homme sorcier , bestourné de Pticns cl dtmmain epicndeaieut , que de veoir i

ne soulfrir dcvanl vos ycuk par vosire irapacience. ceste vostre noble maison esire désemparée, destituée de gloire et de vigueur^ et ramenée en vos jours h dissipacion et da membrement , autant basse comme jamès | esté haulte soubs vostre engendreur. Et cer*4 les, â ce ne fauldriez si vous continuez en ceslfti erreur; car on y a l'agguel dessus plus d'e cent lieux , par enN7e ; lu où riens ne voOi pourra nuyre , se vous vous tenez bien e semble. O noble prince, ne soyez juge d vosire propre cas, par croire propre oppi«-l nion. Mosme pour avoir bonne querelle i' redoublée de bonté de vostre bon droil',1 vous vous devez donner tort , et vous offrj' vaincu devant cely qui ,' vamcu par vostre hn- 1 milité , se rendra vaincu meîsmes en vostrttl cause. Cest estrif ne pend qu'en humiliacion^f et en offrir devoir à qui plus y est teùli.J Comme doncqucs il ne siet point que pèrvl s'hnmilie envere sou fils; se le lils s'humiltej envers son père, il ne croît que sa louenge. Et J ne peult le fils avoir honte de son vaincrill ayant droit. Mes père estre vaincu de l'ei fant, c'est reproce meismes au vaincner, et de quoy il doibt avoir Iionle d'y avoir contendu. Laissez doncques toutes choses, prisonniers rescous et pendons rompues, Itaynes et conlencions ci et là , questions et querelles pour serviteurs et pour semblables débats; tout est néant et de nul poix , quand vousvouWrez radouber tout. M(~'s U convient que vous meismes y mettez la main , et que sans auliruï empeschcment, vous mesmes en facez le personnage , et que vous vous tyrez près de luy et vous soubmeltez de tout en sa bonté. Il est \osire père et vous son fils. Entre vous deux nature ne soufTriroit nul estrangc moyen. Il vous ayme, et par vous aymcr fort vous le faictes desvoyer en courroux. Aimez le aussi , et lui montrez par cffcct qu'ainsi est , qui miculx ne plus vivement ne lui pourrez monslrer que par s'attendre h lui du tout, PI de luy rendre l'obéissance. C'est le plus Glorieux et lionnoré homme de la terre. Se lui est dcuc révérence taul iilus, souverainement de vous, "

GEORGE CDASTELLAIN.

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