‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 215 sur 494 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Comiueot le comte de Cliaroluis se rciidit comme

\aincu (1).

A 'ces parolles et samblables le comte presta escout, et comme se donnast révérence au parlant, le paroyt sans rompre. Dont , h cliief de pièce fit encore aucunes replicques dessus. Mes ne tint riens roide, pour cause que jà estoit amolly ung peu et réduit à pitié filiale envers père , jà-soit ce que des autres et de sa querelle contre eux le cuer lui fendoit d'cnnuy , disant : qn'il pryoît à Dieu , que Dieu l'en vonlsist venger, et tant faire que la vengeance n'en venist pas jusques à ly pour en avoir le péchié. Ainsi toutesvoies il se rendit vaincu ; et se disoit que si monseigneur son père vouloît estre prest de le recevoir en grâce , ly aussi seroit prest de soy disposer à ce, et de 80y mettre en tout devoir ; et promettroit et donroit sceureté telle qu'on vouldroit : que jamès. ne prendroit argu , question ni querelle à rencontre du dict seigneur son père ; te tiendroit près de ly en tel estât qu'il lui plairoit, et ne fust qu'à trois ou quatre chevaulx ; ne feroit riens que par son ordonnance ; et vivroit et morroit avec ly , comme bon et humble fils. Dont et aflin que cecy venist à fruict eteffect, prya au seneschal qu'il fin voulsist estre moyen , et léalment il accompliroit ce qu'il avoit dict. Si en fust moult joyeulx le dict seneschal ; et dict certainement que si feroit il, 'et qu'à ceste cause en partie , partie aussi pour aller remercier le duc des biens qu'il lui avoit faits au partir de Sainct-Pol , il yroit à Hesdin devers ty; et là feroit et praciiqueroît ceste matière au plus beau de son sens , quoique la chose il la jugeast bien grande , pour cause des Croys qui le romproient, ce faisoit doubte.

El à tant et sur ces entrefaicts la royne se party de Bruges ; et en la conduîcle des gens

(1) Ce titre manque dans le manuscrit d'Arras et n'ett fourni par la table des chapitres du manuscrit à» Parii.

du duc, et à ses despens par tous ses paya fust menée jusques en Barrois, là oà les gens du roy Régnier son père vindrent an devant. Et la receut de leurs mdins , les haoltement remerciant de par le dict roy. Et le seneschal pareillement partit de Bruges, et s'avoya devers Hesdin. Et le comte avec sa fomîlle qui estoit belle , monta à l'Esclnse en mer et s*en alla en Hollande où estoit sa C(»npaigne, là où incontment avec son arriver recenpt les nouvelles comment le duc son père lui avoit cassé et rompu toute sa pension, et privé de tous bénéfices accoustumés , comme se riens ne fénst au duc de sa personne ne de son estât , ne que d'ung estrange; là oii le noble eomte, posé que dur lui estoit de le porter, se monstra moult sage et vertueux et prince de haulte ftrçon , car prestement fit convenir devant ly tout ce qu^avoit de gens nobles et non nobles, prostrés et clercs, mesmes jusques aux enffansde la cuisine et toutes aultres offices; et eulx venus devant ly, commença à les arraisonner meismes ; et leur dist ainsy : « Enians qui estes icy induis , mes serviteurs en estats et offices, il a pieu à monseigneur tout nouvelement moy rompre mon ordonnance , et de m'avoir tollu et reprins ce de quoy vous et moy solions vivre , et de quoy je vous povois faire aulcun bien ;] llaquellQ chose me doibt estre assez matière d'esbayssement , et plus d'annuy de cuer pour sa dureté de cuer, que pour souffreté nulle que j'en puis porter en faim ni en mésaise. Mes il est mon père et mon engendreur, et peut faire de moy son plaisir sans mesprison ; et moy qui son enffant suis et le doibs honnourer , le veulx humblement porter et prendre en gré , sans y mettre ^murmure. Espoir que sa grâce se reploiera envers moy et le réduira à paternelle nature en pitié de son enflant, qui n'ay rien mal faict, Dieu losl si mauvaises gens ne le procurent , par quoy traicter me deust en cest endroict, ny en aigreur, ne estre si dur ; quoique belle m'est et plus Jgrand joye que ce soit sans coulpe qu'à cause. Or, mes en£fans, qui m'avez servi long temps et aviez en espoir, et non sans cause , de traire de vostre service rétribution , comme je m'y sens tenu ; maintenant vostre espoir vous ddibt ettre

frustré et vos coers deceus en leur attendre sur moy par labeur et diligences. Car, jà-soit ce que vous ayez la personne encore en son bon vouloir , si failiez vous à cely qui ait les biens , dont les fruits dévoient redonder en VOUS; car sans homme, sans richesse, sans terre et sans fondement , despouillé tout nud, sans famille à quoy tant seulement la racine donne nourfechoo de vie, parquoy, qui n'ay que la vie, sans substance pour icelle sonstenir seule, mal pourroie à vous deuK ou trois cens soustenir les vostres , qui au desespoir suis de moy seul. Mes pour ce que j*ay amour et dilection envers vous , et que je désire qu*à vous appëre mon vray léal vouloir , et que fortune pour cecy ue me peut espoventer ne moy desjoîndre de vostre amour, vous qui avez des biens de vostre propre , de vos terres et rentes, et avez confidence en moy avec dilection, s'il vous plait , persévérez avec moy en ma fortune ; vous non asseurés de moy, ne m*esloiigerez povre ou rîcbe. En parolle do prince ot en léaultë qoe à Dieu doy et honneur, ma fortune muée en mieulx, je le vous retriburay si faaullement que vous en aurez joie et moy los , et des premiers deniers qui jamès me viendront , serez restitués et satisfais jusques ^u dernier denier de vos mises« Et vous les aultres qui estes povres et n*avez de quoy vous poussiez endurer avecques moy, si vous plec vous retirer en vostre endroit, diascun à son mieulx et prestement, quand vous orrez dire ma fortune estre changée , vous retournés vers moy, tout et en cely mesmes estât où vous estes présentement , dmcun sans y avoir changié ni mné, vous vous retrouverez en vos lieux sans que jamès je y boute nuls autres ; ot me serez les bien venus et les bien recueillis; et desserviray la pacienco que vous aurez portée en mon nom. »

Lors oy t Ton voix lever et larmes espandre et clameur ruer par commun accord : « Nous tous , monseigneur , finirons aveucques vous et mourrons. Tous nous demeurerons près et adjoins. Et povre vous servirons aussi ardamment comme tout riche. Nous meismes de nos mains et bbeurs vous nourrirons , si besoing vous foict , et ferons le pourchas de vostre nécessité en nostre soUcitude*

Malc lionte aient nos corps , dont les cuers seroient jamès si faillis que de vous laisser pied , et qu'ils ne doyent aias mangier terre comme ung ver, que d'abandonner vostre haultesse pour court ou long mésaisc , et de quoy Dieu et les hommes , et meismes vos propres ennemis nous diroient blasme. Monseigneur, vivez et souffrez (1). Donnez vous joye de cesle adversité ; car rien ne nous est dur de souffrir pour vous ; ains nous est joie de nous esprouver en nostre dur. Et là où les chevances ne pourront suffire à vous syeuvre en estât, nos corps persévéreront en leurs debvoirs, possible jusqu'au terme de recréandise; et jusques là nous aurez tous. » i

Le comte lors voyant Taffection de ses serviteurs et* comment amour les avoit menés à larmes de compassion envers ly, ly aussy envers eulx soy trouvant commeu en ferveur, fondy larmes de pitié aussi pour recompense de leur francise , disant : « Enfans , je vous mercye de vostre amour; et si Dieu me donne jamès vi>Te, et que j'aie en quoi le TOUS pouvoir rémunérer , le ciel m'oublie et le proviseur de lassus , si je n*en recongnoys l'œuvre. Or vivez doncques et souffrez ; et moy je souffreray premier que vous ayes faulte. »

Si furent faites chieres lors. Et venoîent divers seigneurs ungs et aultres, gentilshommes et notables personnes , eulx offrans & ly de corps , d'argent et de tout leur chevance , disans l'ung : « Tay mille » , l'aultre : « Dix mille pomr mettre pour vous et pour attendre tout vostre advenir; et ne faub(fa*ez du véstre tant qu'ils se partent, se Dieu ne vous fouit. » Et en effet tellement et se bien en fut ordonné, que de ceste heure en avant jamès un poulet n'en vint moins en cuisine , ne restriction ne s'en trouva faîcteen nuls estas d'ung de* nier vaillant. Et se comptoit la despense des escrous et la monte des gaiges et des pensions ordinaires , comme s'il enst eu finance à sou^ het. Et le comte n en fit moins semblant de bonne chière , et plus n'en fermoit sa main libérale de donner coutumière. Une chose avoit tant seulement réservé le duc, c'estoitque

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touçhier ne voloil à Testât de sa belle fille la comtesse , lequel il laissoil en son entier ; et ne Yoult pas qu'elle sentist Vindignacion jettéè sur son mary, qui en riens , las! n'avoit coulpe. Et à tant je laisse comte et comtesse en cestuy destroit , pour retourner à l'aultre matière, la quelle me ramènera arrière sur leur personne quand il sera temps.

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