‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 217 sur 494 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Ceulx <iui C9toienl camniisde par le iluc sur le irniclÉ lies tlctin toya.

Les gens du duc qui ce (raiclt^ menèrent esloient, comme j'ay dict '- le selfjaeur de Croy, comme chJeF à deux lez , messire Jehan de Croy son frère , le seigneur de Lannoy, le seigneur de* Rabbodengues , messire Pierre de Miramont , le président de Bourgoingne , messire Pierre de Goux, et plusieurs aultresi les quels fin à fin que aulcunes dillicullés cbéoicnt gi'andes et pesantes , envoyèrent LaUanI devers le duc à Hesdlu pour en avoir son avis. Si y avoit, comme j'ai dit, longues traînées et diverses suspenses premier que faire conclusion ; pour cause que tant I-'ran- {ois comme Anglois se lenoient roides. Et n'eussent jamais traîctié lesdicts Anglois avec les François , si n'eust esté eu faveur dudict duc, le quel ils honnouroient comme le roy propre ; et l'avoient ainsi de commandement. Et^disoieni plainement lesdicts Anglois : que ce qu'ils faisoient et se sonlTroient approcier, ce faisoienl-ils en l'honneur et révérence du duc et non du roy Loys, car de cely n'a- Yoicnt que faire , car ne le craignoient ne aulirement , comme leur fier parler qu'ils ont d'ancienne costume est assez congneu. Toutesvoies assez se teaoîent à mal contens que le liuc personnellement ,ne comparut pas à la journée de tout le temps que lii esloient ^ els'en dblolent les ungs aux aultres disans, que s'ils n'eussent pensé que là deust estre venu mie seule fois au moins , n'y feussent jà entrés. Aussi ceste ambassade esioit une des notables et des mieulx l^burnies qui avoit esté, passé chlnquante ans. Enfin louiesvoies se rappaisèrent, parce que le duc leur fit remonstrer comment le roy Loys luy avoit mandé qu'il venroit â Headin vers ly ; parquoy il n'osa bouger , parce que le jour de son venir n'estoit point certain , et véritablement aussi, ce povoit dire . que n'eugt esté l'attente du roy, il y feust allé les visiter, Si s'en lindrtnt

5 contens. Tng soir le seigneur de Lannoy les festoya par une haulte facbon, et si grondement qu'oncques n'avoient veu , ce dirent, tel appareil. Si l'avoient fort en grâce les dicta Anglois, et le reputèrenl grand homme. Ausû il avoit esté en Angleterre devers leur roy , qui moult te prisa et honoura. Si firent tous les grands du royaulme, car moult cstoît ingénieux homme, et de plus nouvelle entrée qui avoit esté veu , sage et beau parlier, et riche puissamment de tous biens. Et eust bieu désiré le roy Eduard l'avoir achatté, comme j'oys dire , ou img semblable , ung très hault prix , quoiqu'à ce ne fusi jamais parvenu touchant sa personne.

CnAPITRE XXX!.

Cecy se faisoït tout comme au commence- | ment de septembre , et que le roy alors estoil à Paris. Et là entour, practiquaà tous lez argent, et bien eslrangement, pour le racbat^des terres sur Somme. Dont pluiseursse dolureot de sa manière , car passoit règle et costume, é<(uité et bon usaige, ce disoient les traveillés; et à quoy ne par fait , ne par prière , ne par excuse, ne par voie de pitié, nul ne povoît contredire ne tant faire, s'il estoit mis au billet aveucques les nommés, qu'il ne passast par là, les ungs par don, aultres par emprunt , aultres par amendes et restitutions , jusques en faire grand murmure ; et de quoy loutesfois riens, ou bien peu, chailloit aux concueilleurs ; car c'cstoil lors ung droit ■■ faire le faull - , ce sembloit, et en quoy volonté avoit plus cours que raison. Dont l'argument qui se feisoil dessus contre les murmui-ans, c' estoit que le roy alleguoit, et aultres de par ly, que mieulx valoit prendre de près Parisiens et aultres, ung peu contre règle, et oyp leurs murmures, que les terres engaigées qui loHchoient à la chose |)ublique du royanime demorassenl en la main du duc do Uourgoingne, en plaie trop plus griève que l'argent prins. Et voirement le monsira bien le roy; car oQCques bien n'eust ne repos depuis l'cnlaracHient (lu'il en avoii faict ' ' un duc

GEORGE CHASTELLAIN

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pour les ravoir , jusqucs à qu*il les reusl en sa maia et les eusl aflrancis et arrachiés des ongles de Bourgoingne, là où il les voyoil envis. Et encoire plus envis les eust souffert defflorer longuement, de peur qu'avoit que le duc d'aventure , qui estoit vieil et de dangereuse vie 9 ne morust premier que les ravoir rucbatées ; car son fils le comte de Cbarolois succédant, et qui estoit jeune et vert , et dur malement à ployer, les eust peu tenir à fer et à doux, et non tost les restituant à la première demande. Si se hasta le roypour ceste cause, tant qu'il peust. £t peut eslre trouva les moyens en ce temps cy du vivant du duc , les quels n'eut jamais eu ne peu trouver du régner du comte venu à succession. Car sentoit bien que temps couroil emprès Tung et emprès Tautre ; et par ainsi , du temps qu'il voyoit et sentoit luy estre propice , il s'en aidoit et se refaisoit tandis qu'il estoit heure. Or estoit l'argent du premier payement tout prest à Paris , est assçavoir deux cens mil vièsecoronnes d'or de soixante-douze au marc; lequel payement le duc avoitmué de grâce et remis, à singulière requestc du roy et de ses ambassadeurs, en deux cens mille es- CU8 courans. Si{ fit partir le roy cest argent de Paris, et conduire en forte main armée jusqucs à Eulx , et de là à Abbeville , .là où les gens du duc furent mandés pour le recepvoir ; les quels y allèrent. Et finablcment en forte main aussi le duc le fit venir à Hesdin et le mit en ses coffres. Et le roy pratiquant tousjours sur le surplus , se vint tenir à Pontoise avecques la royne , là où il fit beaucoup de nouvellotés en préjudiciant les nobles du royaulmc, princes et barons. Car par toutes villes et pays fit brûler et ardoir et consumer en feu tous les harnois du royaulme , pour tendre au gros et au menu , et fit deiïendre toutes forests à tous princes et seigneurs , et toutes manières de chasses à qui qu'elles fussent , si non soubs son congé et octroy. De quoy il acquist grand murmure contre luv, et assez de couvertes plaintes en diverses terres.

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