CHAPITRE XXXII
Comment le roy manda au- duc PhUippe ne Tenir au devant dé luy quand UjYÎendroit à Hesdin.
Ce premier payement fait, le roy manda aa seigneur de Croy, qui pour celle heure estoit à Sainct-Omer , en la convencion , comment qn*il feust , que vers la fin de septembre il venroh à HesdSn veoir son bel oncle; et luv sîgnifioit et mandoit que pour nul riens le duc ne se bongeast du dict Hesdin , ne ne s^arim chast de vemr au devant de ly loing ne près ; ou certainement , se cela voloit fmre , il ne le venroit jamais veoir, et recoUeroit en arrière de ly autant qu*il s*en estoit approchié. Le duc aussi en eust unes autres, toutes telles lettres. Le quel voyant le plaisfa- du roy eslre tel, ly aussi ne restiva à rencontre; et se tint cbaukl et aisé en sa maison. Et venist le roy quand ly plairoit, ce di$t<-il, trouveroit son hoste qui loi feroit honneur et service qu'il porroît ; et en effet avoit bien bon voloir de le recepvoir bien à son povoir. Tendant le quel temps , le duc en surattendant le roy fit bonne chière, avecques la ducesse de Boiu*bon sa seur. Et furent tous les soirs en banquet ensemble et en toostes bonnes chières faire, réservé d'ung point; c^estoit que le comte de Cbarolois n'estoit point là, et que le père et ly estoient en discorde à cause d'aulcuns. Dont la povre ducesse moroit d'annuy ; et le duc , posé qu'il n'en fit semblant par dehors , si en cuisoit-tl d'ajrr et de felleté en son couvert courage. Et proposa souvent, ce disent lesaulcuns, de foire du domage assez, par despit et corroux de ce que le dit son fils no voloit à nuls fins venir devers ly , comme se tout froit fut et cslongé d'amour filial , par contraire de paternelle amour qu'envers ly avoit, comme vray père. Si s'en despiloit à part 1 y et en rongeoit son cucr; ;et en telle mérancolie si s'aigrissoit tant fort qu'amour contourna en appétit de venger et de Tavieutir pour felleté. Et semblcroit, et en couroit voix assez lors , que durement luy plaingnolt sa haulte plentiveuse succession des pays qu'il avoit et dont il estoit en l'attente. Parquoy moins accomptoit et ac-
CimONIQÏÏE DES DUCS DE BOUîlGOGNE.— If PART.
compteroit de s'en defl':iire , et de les soullVir léfjicremeDt couler, dmnl :qu'eucorenc luy en porroil demeurer si peu que co ne fust irop , et plus qu'à son valoir. Laquelle chose quand je l'ai vivemenl pourgeiée, ce me semble une mcsme chose , el la propre pareille aventure qui avoilcslépar devant en la maison de France entre le roy Charles et son fils Loys ; lequel Loys , depuis l'eure que premier entra en la maison du duc, y amena cesie malédiction qui]am(^s ne s'y estoitmonstrce par avant; et de sa rumeur conla;;ieuse, qui par toutes terres le sievy, vint contaminer aussi cestui jeusne comte et le faire estrc de sa nature ; non pas que leurs natures foussent unes , mes avoient toutes pareilles leurs questions. Car au Yray dire , le comte avoit en ly plusieurs haulls dons de Dieu et trop plus que l'aultre: car estoit véritable et franc en ses mos , estoit dévot à Dieu et grand aumosnier, estoit continent et chaste en mariage, soupple aux cominandcmens de l'Église , non oncquos jureur, ni adonné à dame Volupté, estoit sobre, de bouche familière avecques les siens, joyeulx en repaire, et le plus libéral en donner qui se trouvast; ne injuria nully, ne eu ly n'avoit ne laD(,:on ne noise ; mes se rien y avoit de maulvais, c'estolt que moult demorast ferme en son oppinion , et mal l'en |iooiL l'on retraire ; et le lenoît-il de sa mère , la quelle nVstoitpoinlàvaîncre. Mèsaultrement toutes aultres condicions nobles de prince ne que cuers porroient souhaidier, certes tout y estoit ; et beaulté de corps et de personne, vail* lance et chevalerie non muindre du père , et croy ce vray, et vive amour envers ly et filiale cremeur. M^s par la haine que conceue avoit envers les aulcuns, dill'éroit l'amour filliale par indignacion envers les aultres ; el disoit-on que infailliblement, se le duc n'eust tenu cmprés ly et en si {ji-aud estai iceulx, et les eusl volu tenir en eslonge de ly, ly sans les grever anllremenl se feusl tenu emprès son père, l'eust honoré et servi, compleu et cremeu, ei inséparablement persévéré avec ly en cuer et en fait. Mes les aultres qui se sentoient indignés du fils mortellement , sans jami's y espérer retour , n'oKf?rent eilonger le père ne ne volurent , de peur de leur mésavenir. Ëtparaïnsytonsjour&rungd'eutx, ou
le seigneur de Croy ou son ncpveu, se drent en l'auclorilô souveraine, tant comi ils poirent. Et tant s'y grandirent et fortiiïèt à tous lei , par mariages , par oflïces , par quests, pardons et lîmpêtracions du duc et d'ailleurs, qu'il sembloil lors, cl uini»i te conjecluroit-on , que se le Duc d'aventure feust allé de vie il trespas, ou que muucjon fctiU venue contre eulx par noises ou brouîllis de cour , ils en eussent peu ou volu mainleoir leur pan à rencontre du comte tils, soiibs 1;^ main cachés du roy . de qui s'esioionl forlifiâ) jà-soil ce que en couvert, pluiseurs nobles gwt liU chevaliers et aultres qui ce virent et etMm gneureni, dirent bien lors ; que c'esloil un fortiliement de petit espoir , et le quel en toutes ses manières de faire eust este plus ItunnLU'uMe pour eulx non fait que laiti car sembluit uU jugement de chacun, que aveuglés cbloient en leur fortune . et que de$congnoi'(som«at avoit en leurcas, quand, par puissance on auclorité empruntée, comme grande encoP^ qu'elle peusi esire et la quelle ne vient {loiat de patrimoine nu d'osloc principal, ils peon soient, ou présumer osoient, auoseroicntteuf' point jamés ne estrif à rencontre de leur 8«h gneur naiurel, soults qui père ils seroicntet auroieot esté faits cteslevés, l'ungdes grands princesde la terre. Parquoi,seleri>youaulire les voloil ou voiildroit porter pour le U^nips futur , guerres et malédktious soui^ruk'nt contre ly propre en son royaume , par vouloir fouler son sang pour gens estraiiges, et ung noble et hault fameux prince pour une petite maison do vassal, Ceptes et jà-soit ce que ung homme en son aveuglement peust proposer et présumer ung tel entivi prendre, et faire ung hault édiKce M nues, loulesl'ois n'est et ne me peult estre Tmlsemblablc, que nul , ne printe bien avisé, ne, vouldroït prendre ceste question en main de peur meisnie que l'exemple dmné è se propres stibjecls ne luy redondast enHn en paye du meïsme. Carse cuer de prince en nng sien pays liet orgueil et presumption contre ly, en ung son moindre siibject ou vassal colle mesme loy a un aultre prince en si royaume ou ducié , d'hayr et voloir déprimet') snnblablemem l'orgueil desonsubjcct, a»! " bien l'ung que l'aultre.
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GEORGE CHASTELLAIN
ff Ceci toutesfois n*ay-je point escript en déturpant la querelle des Groys, mes en repreuve et reboutement des aveugles qui en tel faire se^mésuseroient ; que j'espoir certes que le bon noble seigneur n*eust daignié ne volu ; car sembloit preud'homme , et tel je le maintenoie. Mes ay escrypt seulement les devises et les interprétasions qui s'en feisoient alors sur les apparences extériores; là où une seule chose et singulière ici est contée et notée, pour cause qu'elle consonne assez aux devises des gens de ce temps : c'est que messire Jehan de Croy, celuy qui s'appelle seigneur de Gimay, et qui le plus de son possès et povoir avoit en Haynault , iceluy vueilant , contre privilège et ordonnance de la ville de Valenciennes , boire vin sans malle-tolte en icelle ville , ne se voult tenir à content que les gens d'icelle ville luy accordassent , pour causej de son autorité et par cremeur, aulcune tasse de vin ou d'argent pour satisfaire aux assises ; mes les demanda et proféra de bouche meismes, et les fit demander, en plaine congrégacion du peuple , à boire en toute celle forme et manière et par un meismes et égal parti comme le prince. Laquelle chose fut interprétée en mainte bouche estrangement , et machiée et retournée en murmure contre luy. Et disoient lors les gens que c'estoit ung hault mot , et dont le taire luy eust esté plus bonncur que Tavoir là assis.