‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 220 sur 494 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Des terres et seigneuries qu^aToient en gouverne ceulx

de Croy.

Poiur venir doncques aux choses qtjû faisoient murmurer contre eulx et mettre soupcchon d'aucune couverte fin, c'estoit qu'avecque ce que moult avoient de biens de leur propre , par acquest et aullrement , si contendoient-ils , es lieux et pays qui leur estoient propres , d'avoir aussi les places frontières et fortes desdits lieux appertenans au prince par manière d'office, les unes par gaiges, comme d'avoir faict prest dessus, les aultres par don , et par manière de les avoir quis en leur auctorilé où nul ne povoit joindre comme en Haynault, là où ils avoient toutes les places frontières et fortes du pays pour eulx et en leur garde , réservé tant seulement les grosses villes , comme Mons et Valenciennes , Quesnoy , Maubeuge ; J mes au surplus tout estoit à eulx , fcust devers Flandres, fcust devers Brabant, feusl devers Liège ou Ardemie, fcust devers France ou ailleurs, tout gisoit en leur main, ou en personnes

commises de pnr cllos. £[povoU on imafjiner que ce faisoient en HaynauU plus qu'en aulires terres , pour ce que messire Jeban de Croy qui avoit esté batlly , gouverneur c( capitaine de HaynauU, estoit marié auilict p;iys , logié et amassé ; et avoit là le plus de sa ricbcsse qui estoit extrême, el par ainsi le plus de sa puissance unie et plus forte que là drspnrse, et ledit messire Jclian esloit iingchevalier qui se faisoit doubler et seifjnourir. Ledici sieur de Croy son frère einprès ly, et ly cmprès son frùre, choisirent à leur puissance et fortifiement, nonvoynns ailleurs pays plus propre pour eulx pour ce faire ; car ce pays-lù rcspondoit et respond à tous aultres de là entour , comme le milieu à la rondesse du cercle. Tenoieul devers Flandres , Alli et Cliièvre ; devers firabant et Liège, Reux , fioaumoni et Vins ; devers France , Landrecyes et Avesnes; devers Ardennes , Cbimay ; Condé , cmprès Valenciennes. Tcnoienl .^amur en leur main , Lucembourg en leur disposicion , Boulongne pareillement , sans la maison de Poreîcn et aultres maintes les quelles avoient par héritage. Avoîent eu longuement Hollande et Zellande en leurs mains soubs le seigneur de l.annoy, leur nepveu, qui en esloit gouverneur; [oui le pays de Brabant par diverses mains moyennes respondans à eulx; tout HaynauU ei Namurois ; là où seulement de Flandres et de Bourgongne se déportèrent ; de l'ung pour ce qu'il estoit trop loing de eulx ; de l'aulire , pour ce que la manière de soy y conduire y est trop dangereuse. Avoîent d'ollices |>our euix et pour les leurs ce qu'ils en dcsiroieni. Le seigneur de Croy, des le coronnement du roy estoit faict grand maisU'e d'Iiostel de France. Et depuis en ce nouvel temps cl , deptiis qu'on parla du racltal des terres de Somme, le roy lui donna le comté de Guines perpétuellement , à ly et ses hoirs , el en fil publier le don à Paris et ailleurs à sou de trompe. Estoit grand séaescbal de Normandie, et capitaine de Roan; estoit gouverneur de Champaigne, et de toutes les terres sur Somme ; et disoit-on qu'on ce povoî t bien avoir du roy vingt-quatre mille francs par ïo , saus ce qu avoit du duc et du sien.

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