‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 224 sur 494 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Comment le roy vint h Ablieville et de k finance qu'il fit pour faire le second payement pour la rivière de Somme.

Or se|parti le roy de lu et s'en vint à Abbe-

ville , là où jamès n' avoit esté. Si y fut reccu

împnellenient et à toutes les cérémonies que

pooit i et lui là venu , se tint encore uiig

petit pour surattendre tousjours Targent du second paiement^ le quel s'amassoit, et fut tiré de diverses mains par estrange voie, coimne le premier, et de quoy peu de gens se loèrent, et entre les aultres le duc de Bretaigne qui n'y avoit que soixante mille escus d'interest, que le roy prist par puissance absolue , contre le gré du parlement qui s'y opposa; et la quelle sonune le roy Charles desfunct aultrefois Tavoitvolu lever; mes ne put, parce que son parlement ne s'y voult oncquês consentir. Mes cestui ci, de haulteur et de puissance l'emporta , soubs condicion toutesvoies de le rendre au ^bout du procès. Ceulx de Toumay en furent de prest à vingt mille escus d'or ; les quels le roy, depuis et tantost après, fit requérir pour avoir par don, soubs donner à entendre qu'il venroit visiter sa bonne ville temprement; et prioit qu'en faveur de ce, et que l'argent arrière y seroit despendu , on le luy voulsist quiter et donner. Si prindrcnt Tournisiens jour à respondre dessus ; et enfin lui accordèrent sa requeste , et devint prest don aggréé et ratifié , dont le roy fut bien aise. Tout l'argent doncques qu'à dur qu'envis, fut trouvé et apporté à AbbeviUe. Dont le roy voyant ce , et que le jour jà estoit passé bonne pièce qu'il devoit avoir esté à Hesdin, y alla de grand tire , là où à sept lieues entre deux.

Le duc saichant sa venue y alla au devant , noblement accompaignié de princes et de barons. S'cstoit deslogié de son propre logis pour y loger le roy , comme devoit. Avoit ordonné les logis de son chambrelan , et des aultres trestous ses prochains au propre cliastel de Hesdin , pour estre près de ly , et pareillement de tous les offices et officiers de son corps , en déboutant les propres siens. Et soy fiant en la prudence et sçavoir de ses maistres d'ostels touchant les despenses , leur avoit enjoinct de luy garder son honneur. Le duc doncques trouva le roy à moins d*uue lieue près de la ville , là où la bienveignancc et l'accollement des deux faisoit bel à voir ; et bel à oyr aussi les mots par lesquels ils s'entre honorèrent. Dont en parlant l'ung à l'aultre à peine jugeast-on qui plus feist liomieur à son compaignon , si non que le duc , ce qu'il ^cn fit , il le fit par sçavoir et devoir , et Taultre ,

ce qu'il en 111,11 le lit par amour cl iccongnoissaiice. Là se firent les Lîenveifjnances à tous lez ; et le i-uy et le <luc eliev;iucliéi'eui ensemble, devisani lousjours de divers propos jus()u'en la ville. Le roy estoit bioo mincemeat llsbilHé et en povre appanmt pour ung corps de roy ; meschanunent monté et à très povre 4Ïeute ; portoit un petit cornet de veneur ù son r*pl, qui lui pendoil par derrière. Dont comme H passa par les rues au lez dexlre du duc, devisant à ly,lessimplesj]rensquijamèsn'avoienl veu le roy s'émerveillèrent tous de son eslre , et demaudans l'ung à l'aulire ; " où est le roy ^ lequel est- ce P "quand ils véirent que ce fut il, furent tous confus de son povre monstrer; et dirent tout hault, que ly meisme le povoit oyr souvent : " Bénédicité ! et est-ce cela ung roy de France, le plus grand roy du monde f ce semble mieulx un vallet que ung chevalier. Tout ne vaut pas vingt francs, cheval et habillement de son corps. Encore est nostre duc , nostre prince, ung soleil d'homme et une image qui représente haulte personne. "

Le roy toutesvoiesnes'en'esmouvoitgaires; et ne luy challoil de nuls tels mots, car savoit bien que le pai-ement qu'il avoii à l'entour de luy estoit plus précieulx que nulle vesture;car portoit la coronne de millions d'or vaillant soubsung chappelelde six gros- Parquoy, si sa personne estoit mal représentant , comme il savoit bien qu'ainsi en estoit , son auitrc dècorement estoit de tel gloire , que nuls riens aultre n'y avoit approche. Sans doncques sonner trompettes passa le roy parmi, le long de la ville, et alla lo||;er au cliasteau , el le duc avecquesly, là oii tout estoit mis richement en puinct pour sa personne ; et les aultres princes et barons allèrent logier en leurs quartiers ordonnés par les foriers. Entre les quels y avoit le prince de Navarre , fils au comte de Fois , ung très bel jeune bacelier ; i) y avoit aussi l'aisné fils du duc d'Alençon , comte de Perche ; y avoit le marquis de Saluée, l'ung des fils du duc de Savoie, frère ;\ la leyne ; le seigneur de La Tour, celui qui B'appeloit comte de Bouloigne; Joachim Roault marissal de France, le seigneur de Montaban, ^ seigneurde Craou , le seigneur de Roie, le

ligueur de Malevrîer, et plusieurs aultres 'fit(Uid$ boi'ous pat' mulliluUe , coiumc » usial

de roy duit, sans pompe loutesvnios cl sans aulcun an-oy de bauban ; car ne tes pooit le roy souffrir ni veoir , parce que ly meismes n'y esloil riens enclins , cl n'avoil cuer de le faire.

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