CHAPITRE XXXIX
Contment le roy d'Ami^n envoya ung choalirr de- J ver» le liuc pour avoir secoiirE i I'hukouIk de cfiiIk 1 de Beneloune.
Pour ce temps chy , et ji par avant que la I roy feusi venu à Hesdin , y avoïl un chevalier J cattelan devers le duc , que le roy Jehan ' d'Arragon'y avoit trasmis , pour avoir secoura de ly d'aulctm nombre de gens , par mer , à , rencontre de ceulx de Bersetomie, ses rebelles. Et faisoit ledict roy semondrc le duc de lui faire ce secours, ù cause de l'ordre du ,< Toison d'or qu'il avoil rcceue de luy depuis . deux ans , la quelle oblige tous les frères l'unff j envers ruiiltre de porter secoui-s et aydc en j leurs besoings, souverainement princes à] princes, qui, parstnguNcr prtîrogatîve sur I les aultres chevaliers frères, causent et mettent condicions en leurs alliances faites par 1 icelluyordre. Et par ainsi , comme le roy d'Ar- ] ragon avoit pris et rcceu celui ordre de la inaîn du seigneur de Creqny et de Toison-d'or qui le lui portèrent au partir de Sainl-Omcr, fait ] à présumer qu'en prenant icelluy, le pri-t par 1 condicion telle et telle; ci dont mainconanl', ' sur la fiance de ce, il envoia vers le duc qnnnd besoing lui estoit. Le duc récent bienaggr>-:>)>l6 la requcste dudict roy ; et fil faire honneur et bonne chièrc au chevalier tramis vers ly. Mes pour ce que la matère estoit dn pois , Cl qu'envis refusoît 5 lost, ce qu'à longue délibéracion voloil digérei- avant qaci I le faire, différa le respondre dessus; et tint I assez longuement le chevalier devers ly, josques le temps venroit qui liu donruit m:^- ] tère de respondre en povoir faire ou laisser. ( Car,comme il esloil tout sceu, il avoit envoyé son ambassade vers nostre saint père , dont jour après aultre il attcndoil novellos de leur Lcsongnier. Par quoi , si le cas s'y ofl'roit que lui conveuisi empieatlfe la croisée au
GEORGE CHASTELLAIN
ouuid (1) dudict nostre souverain pasteur, comoie il 8*y estait offert par sesgeos, ne po* roit entendre à livrer aukre part année contre les crestîens » veu que Tone en quoy il seroît constraint lui seroit assez à {jrand charge, et à ses pays et subgects. Et crois bien que le chevalier l'entendit assez bien , car on voyoit et oyoit tous les jours les apparences et les apparaulx qui s'en faisoicnt ; par quoy il porta bien le non tost respondre à sa demande fondée en juste cause. Avoit encore le duc une aultre cause de delay ; c*estoit que le roy devoit venir devers ly , sans quy ne voloit rien faire en ceste matère , sans avoir premier parlé à ly ; pour cause que nouvellement ly meisme estoit veneu des marches de Gatteloingne, mes ne sçavoit comment ne en quel tiltre , ou bien content ou mal dudict roy ou de ses subgects. Et par ainsy, licitement aussi, différa la chose jusqu*à son venir. Tiercement avoit à Saint- Orner les ambassadeurs de France et d'Apgleterre , communiquans avecques ses gens pour le bien de paix ou d'une longue trêve, affin de tant mieulx avoir aisance d'entendre au fait de la foy , et de quoy encore n'avoit aulcune conclusion du fait ne du rompu. Dont , pour ce que ceste matère^ touchoit à la générale chrestienté, à tous roy s et royauhnes, et qu'en procurant paix à ung lez il ne voloit estre nourrisseur de guerre à ung aultre, jusques à avcnr aentu se honneur le lui porroit souffrir ou non , prist doncques son delay sur ceste convention des deulx royaulmes, affin de prendre fondement sur son yssue. Et demorâ à Hesdin ledict chevalier longue espace ; dont la délivrance ne s'en fit jusques après le partement du roy.