‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 226 sur 494 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Comnient k royne de France tnv^fft signifler la dètotioD qu^eUe rroit an tataU voyage <2).

Et tout en uugmeisme temps, audict Hesdin, la reine Marie, relainquiedu roy Charles septime, envoia ungj sien chevalier, nommé me»-

(1) La crobade au commandement de... , etc.

(t) L'intitulé de ce chapitre <fui mancfue daM te ma* mMeritd*Amani^t fdurnl fÊ» là table dta dw^Mrea eu BUttntcrit de Paria.

sire Gilbert, devers le doc ; et ce à causeqn'elle estoit avertie, comment iéelloi estoit tout délibéré et conclu d*emprendre le saint voyage de hcroisée en la prochaine saison avenir, dont monlt le recommandoit et en looit le saint propos. Et comme ayant &sr regret à son mary le roy mort , qui mal t'y estoit porté et en avoit mis en nonchaloir le divin amonestement k ly ftât par un saint homme , dont conune par jugement de Dieu il en morot en (fivin terme nommé, elle maintenant, pensant on an moins désirant d'en restaurer ung peu le dfifimt , en espoir d'anlcun allégement ponr ly p et Kmchant sa propre part, par singulier propre dévocion qn^elle y avoit meismes, envoya devers le duo lui siftnifier sa dévocion fervente, et lnyprier,oeinbtenque l'usage de femme ne portoit point telle entranise, qu'il lui pleust la recevoir avecques ly en sa compaignie en l'emprendre de ma voyage , non pas, ce fit dire, comme une royne de tel estât comme elle avoit esté , mes comme me povre meschine toute humble , dessouba la graee de Nostre Seigneur , quand il luy (datroit lui per* mettre le voyage ; car fit déclarer par son dict chevalier estre tonte adonnée et affectée à ce, et devant toute chose terrienne avoit ceci en cuereten convoite, se jusqu'à là povoit vivre. Si fit déclarer an duc le nombre des gens qu'elle foomiroit , et la aaanîère et coudicion comment elle entendoit d'y aller. Et requéroit, et meismes quasi menassoit le due de venir devers ly-penr ceste cause. Et en effect le chevalier meismes disoitqne tovt son désir estoit de venir devers ly ^ et qu'elle y viendroit, ce sçavoit Uen, mes que retourné feust devers elle. Touteafois aniirementen advint ; car il retourna devers elle, et la fit mouk joyeuse , mes elle n'acoonipltt|ias ce de quoy ^e eust eu si grand joye , e'eaioît d'nocomplir son désir; car ne demora gaires après , qu'elle cbeut en langueur et nnladie (i). Et non niant cely otroi de Dieu qu'elle peust

(i) Le mawMcrit ajoute ici ce qui mit : « Baot eUe «MMirut, en lieUe recongaoiaiaiioe et «a dore deayectioQ de ce monde , là où avoit souffert que dame de aon estât vesqnist tant en fortune envers \y esctiar&e longuement en biens mondains, comme en trtbalacions decoeret decor|M,ct deCoiit«s«o)èreset dotorentei svtmaree et plaies «a r«ttM detoa aisrjr i ioêk^êOm

avoir vescu jiisqu*à raccomplûsemeiil de son désir , trespassa de ce siècle en belle et grand recongnoissance de son créateur et en merveilleuse despection de ce siècle « là où certes elle avoit beaucoup souffert pour une telle dame , tant en povreté de fortune , escharsc vers ly en tous biens au temps jadis, tant en tribulacion des sauvages et amères aventures par ly veucs sur son mary , tant en affection et angoisse de cuer à ly inférées tel fois par le gouvernement de son mary en fait de vie dissolue avecques femmes; tellement que nulle en son temps fut pareille en tel cas, quand paciamment, pour paix détenir et pour avoir son estât tant plus seur et entier^ elle avoit souffert une putaine , povre ancelle de petite basse maison , estre , repairier et converser journellement avec elle, en estât et arroy de princesse ; avoir son quartier de maison en l^ostel du roy , ordonné et appointié mieulx que elle ; avoir compaignie de bruit de femmes et en plus grand nombre que le sien ; avoir et veoir toute Taffinité des seigneurs et des nobles , et du roy meismes , se faire devers ly ; avoir tous estas et services royadx devers elle « comme se meismes eust esté reyne; plus beaux paremens de lit, meilleure tapisserie, meilleur linge et couvertures, meilleure vaisselle, meilleures bagues et joyaulx, meilleure cuisine et meilleur tout; et venir souvent , et le convenir souffrir de la seoir à sa table, et en faire feste. Dont comme la chose estoit ou devoit estre intoUérable à elle pour cause de mésus , pour cela déclairé-je avoir eu beaucoup à souffrir en cestui endroit, sans plusieurs aultres, là où la vertu de pacience lui a donné cler tiltre. De ceste femme , nommée Agnès , et la quelle je vis et cogneus , fut le roy durement assotte ; y mit de grands et innombrables frès contre honneur; et se faisoit grandement blasmer du pied qu'il lui bailloit^ car en crestienté n'avoit princesse qui à hautement parée ne

lui convenoit la pacience , sans encore après fortune estre muée sur ly en bien et en glorieux règne , le plus fort de souffrir. Lui venu depuis devers sa niaistresse , qui moult fit grand jove, de son retour , ne demora gaires. » Mnis 11 est faciiede voir que c*est nne négligence du copiste qni en IranscriTant aura répété et confondu les phrases.

se eust tenu d'avoir este en tel estât. Dont toutesvoics cent mille murmures sourdoient contr'elle, et non moins contre le rov. Portoit queues un tiers plus longue qu'oncques princesse de ce royaulme , plus hanlt à tour qu'à demi, plus robbos, plus cousteuses. Et de tout ce qui à ribaudise et à dissolucion pooit traire en faict d*habiilement , de ceh fut ellQ produiseresse et muentrcsse. (i) Dcscouvroit les espaules et le seing devant , jusques aux tettins I (2) ; donnoit à toute baudeur loy et cours, feustà homme, feust à femme; n'es-< tudioit qu'en vanité jour et nuit, pour desvoier gens et pour faire et donner exemple auxpreudes femmes de perdicion d'onneur, de vergoigne et de bonnes meurs ; et tant e| si avant en avoit elle bonne main. Dont ce fui pitié que la pluspart de France et des marches adjacentes, tout le souverain sexe s'en trouva beaucoup ensouillé parensievir les meurs. Et fit pareillement la noblesse du royaulme, qui, toute quasi donnée à vanité par son exhort et par son exemple, se desvoia et transgressa les termes de sa vocacion en postposement de vertUf dont le roy, mary de ceste royne Marie, avoit estéc ause. Si laprist Dieu , comme j'ai conté ailleurs (3), hors de la main du roy perdu par elle ; mes ne prist pas le corage d'icelluy de vouloir persévérer toujours en cely mésus \ car elle morte, en venist sus une aultre , nommée la demoiselle de Villecquier, et qui avoit esté niepce à ladicte Agnès ; et puis encore après ceste là en venist sus une tierche qu'on appeloit Madame la Régente , preude femme toutesvoies, ce disoit-on, de son corps ; et puis pour la quatriesme mist sus une fille de pastissier, Laquelle fut appelée madame Des Chaperons, pour ce qu'entre (outes aultres femmes du monde c'esioit celle qui mieulx s'habilloit d*ung chaperon. Et par ainsi, comme j'ai dict que ceste noble royne Marje avoit beaucoup à souffrir en son temps , je vous ay déclaré aussi les matères et les causes en quoy ; et pour les quelles et semblables toutes femmes du monde , grandes et petites, desiroient le semblable.

(1) Qni cluinge.

(9) Il existe d'elle on portrait dn liMpi aiM moitié de la lorgi totlèrtOMm nta (ilJon*alpaslrottfé«||

GEORGE CHASTELLAIN

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