‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 227 sur 494 · CHAPITRE XLL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLL

Gomment il fat révélé à mig sainct homme que Dica, par le roy comme son instrument, voloit débeller les Infidèles.

/ Geste royne Marie fit conter aa duc par son chevalier comment, passé aulcun {terme devant^ le roy son mary avoit esté adverti par un saint homme, comment Dieu, désirant le relievement de la crestienté foulée, quéroit à faire son instrument de ly contre les Infidèles , comme parle roy très chrestien. Dont, et afin que cela il tenist à vray. Dieu luy signifioit qu'il luy donroit grâce et victoire contre ses ennemis , et délivrance toute nette de son royaulme , dont , passé avoit trois cens ans, le trône n' avoit en son intégrité affrancie. De quoy, comme il a esté sceu et congneu par le monde , et par ce que moy et aultres en ont escrit, la vérité en ensievy tantost ; et ce que le sainct homme afferma et promist , advint. Et furent Normandie et Guienne reconquises sur les Ânglois, et les habitans anciens ennemis tous expuls et chassés , dissipés et occis à peu de perte des Francs , et quasi en l'estime du monde, qui riens ne sçavoit de ce mystère, par oeuvre miraculeuse. Si advint qu'après ceste glorieuse recouvrance , non opinée par avant avoir esté possible d'avenir à si legier, Franchois s'enorgueillirent, s*endormirent enhuiseuse et en*. vanités , se submirent en vices; et meismes le roy s'effémina et s'oublia en péchés, et donnajoyqnasy et exemple à chacun d'user de meismc. Là où Dieu arrière le vuellant révoquer de son desvoy, et luy ramentevoir la grâce qu'avoit receue de ly, luy renvoia arrière son saint message ; et le quel revenu devers ly, l'incrépa de son mésus , et du nonchaloir qu'il faisoit et monstroit du divin mand , disant : que luy meisme devoil bien entendre que telle gi'ace et gloire à luy donnée , comme d'avoir tout son royaulme recouvert sans dangier, n'avoit point esté faîcte à ly pour glorifier sa personne ne pour luy donner hault tiltrc , mes pour rendre service et oblaciou au donneur de sa grâce cnvoiée , qui aultrc chose ne quéroit, fors quil s'exposast

àconsternir ses eimemis les mescréans; qui

duit estoit'et tout abilité à guerroier le crcstien peuple. £t luy pria qu'il presist à cuer le divin mand , et que soy relevant de son endormement vicieux, il se hastast, et y pourvéist tempre et de heure ; ou si non, la main de Dieu le toucheroit ; son ire descendroit sur ly'; et mort roisterieuse et estrange le prendroit dedans certain terme, le quel le dict sainct homme luy mist. Et à tant s'en alla et laissa le roy; le quel, comme devant, entendant et veillant tousjours à ses privées questions et quereUes contre le duc de Bourgoingne, à cause de son fils, persévéra en son ancien ploy et manière de vivre. Dont, avant la fin de l'an, il cheut en estrange maladie de la bouce , et de là en souppechon de poison à ly préparée -, parquoy volontairement et tout de gré se laissa morir de faim.

Ce conte ici fit faire la royne par son chevalier au duc , et elle meisme le fist au seigneur de Haubourdin , bastard de Sainct-Pol , à Sainct- Jehan-d'Angely, ainsi qu'il retoumoit par là d'Espaigne et de devers le roy d'Aragon là où le duc son maistre Tavoit envoie pour l'appointement et accord entre le roy Loys et ly ; le quel seigneur de Haubourdin meisme, me fit ce conte. l

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