CHAPITRE XLII
Comment le*roy de Daiuiemarce envoya devers le duc ung sien escuier.
Et affin que je satisfache aux diversités des matères et de divers lieux, venant audict Hesdin , vray est que le roy de Danncmarce , de Norwègue et de Suewède, tout en ce meismes tenant, envoia devers le duc aussi ung sien escuyer, nommé Henry, pour et à cause d'aulcunes lettres à ly portées, par Charolois roy d'armes , faisans mention de trois chevaliers dont dessus a esté fait conte , qui dévoient tenir un pas d'armes es pays et seigneuries du dict duc , pour la querelle et instance d'une dame ; pour le quel pas entretenir en sa condicion devisée , et pour mieulx le faire furnir de chevaliers à l'appétit de la dame , ces trois chevaliers avoicut envolé à tous roys et royaulmes chresliens pour y là donner l'ad-
vcrlencc du cas , et poui* finablement en foire
mouvoir aulcuns chevaliers en leur acquiescence. Entre les quels roys , tous perquis et visités , cestûy roy de Norvègue souverainement y livra ascout. Et comme de trois grans et puîssans royaulmes se véistroy, et que tous roys et royaulmes chrestiens s*y voyoient semons, ly, comme portant trois coronnes, quéroit à satisfoire à ses trois royaulmes , et de non en laissier nul derrière qui ne furnist les requérans; pensant en ly meismes et conjecturant que ceste entreprise mouvoit d*aulcun grand et noble sourgeon et dont la fin tendoit à grand effect , comme de voloir emprendre voiage contre les Infidèles, et par ceste occasion venir tant mieulx en la congnoissance des rois de la terre chrestienne et de leur chevalerie. Dont le duc , feignant rignorer, souflroit à ces chevaliers cesluy emprendre et le faire denoncier par ses propres héraulx. L*imaginacion certes dudict roy estoit raisonnable et en noble corage puisée , jà-soit ce que réalement ne se prenoit point là, mes avoitesté prise en vaine gloire , pour soy monstrer et pour faire espardre son nom en divers royaulmes (selon la diversité des venans. Et en estoit chief et principal moteur, messire Anthoine bastard de Bourgoingne, beau chevalier et puissant, plein de biens et amie fortune ; le quel , par faulte que nulle part ne trouvoit occasion de soy emploier, quist ceste voie de faire, pensant par icelle surpasser tous aultres chevaliers de devant ly , par plus haultement et plus amplement emprendre que nul oncques ; là où messire Jacques de Lalaing (i) jusqu'à ce jour avoit et tenoit la gloire sur tous les devans passés. Doncques, comme j'ay dict que ce roy des Danois, avoit une singulière interprétacion en lyde ceste besoingne, et meilleure que le fondement n'en estoit , vueillant icelle attendre par vray sçavoir (et de ly meismes à qui il imputoit rafFaire appartenir et devoir sçavoir le secret , c'estoit le duc) , conclut à en voier devers ly . Et délibéré d'envoyer de ces trois royaulmes , de cliascun trois chevaliers en l'honneur dudict duc , de la dame et des
(1) La Chronique tic Jacques de Lalaing, écrite par George Chaslcllain , se trouve h sa place clans celle coliecliou (lu VunthC'çn. Voyez le volume qui précède. I de TÉléphani.
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trois chevaliers du pas , de fait envoya son message devers le duc, lui priant que, ouitre le declairement des lettres à loy apportées , lui voulsist encore descouvrir plus avant du secret de cestuy pas, de la nature^ et condicion de la dame et de sa querelle , et de la manière et condicion de la bataille qui se devoit faire pour elle , et en quel lieu , afin de tant plus convenablement y pourveoir en personne , et en tout ce qui y seroit requis , oflBrant soy et sa chevalerie e$tre tousjours prompte et preste à nobles femmes deffendre et porter, et, après la foy de Dieu , vouloir veillier en secourir les oppressées. Si receut le duc les lettres et Tescuyer qui les porta reveramment; et après avoir visité icelles , fit dire au message qu'on on y auroit avis dessus. Si fit-on , car demora depuis gaires moins de deux mois, poiu' aultres empeschemens qui y survindrent , tant de la part du roy qui y vint et des Anglois, comme des nouvelles de Rome qui annmicèrent au duc le voiage de Turquie qui pendoit sur ly , . et par le quel finablement toute ceste entreprise du bastard de Bourgoingne constraintement se rompit. Et ne faisoit besoing de riens plus avertir ne assagir ledict roy des Danois (1) de la matière sus touchée , pour cause que iceluy emprendre , à ly et aux aultres annoncié en forme de bien , ne pooit sortir à nul effect par quoy le plus avant déclarer y eust eu lieu. Mes furent formées lettres audict roy, expositoires des nouvelles survenues , regratiatoires aussi de son noble et H*béral vouloir, deprécatoires d'avoir aggréable Texcuse, et oblatoires de tout honneur, amour et recongnoissance^ Et après avoir assagi de bouche le message tramis de ceste matère et de ce que ly meismes avoit veuet oy, fut desfraié de tous despens , festié et honnooré des seigneurs, et meismes du bastard, et gracieusement envoie atout aulcuns dons dont il faisoit feste. Et ainsi partit et retourna vers son maistre , dont depuis je n'oys nou« velles, fors que je imagine qu'il se devoit tenir à bien content veu et considéré tout.
(4)ClirisliernI"qin fonda runÎTersilé 4e en 147S par la permission du pape , qui même temps de son vœu ^ *
GEORiBE CnASTEtlAIN.
nlAPITUE XLIII.
fcofiimtnl An"1oîs, npré? (c iinilpriiriit ;i Siiirti-l-OiiiPr, lenn pour le fnit rifs trtvr-i, iJnrerrl h Hwlin.
Mainieiiamsifil-il h rpymir h la malt-iB laissée ; c'est (In l'oy vnn ^ HcsiUn par mi mercredi, (ionl le fendrcrli t*pvl^a , les An^lnis uni (ivornnt ipmi l«i pnrlpmpni li Sninci-Onicr pnilr le fait rtc9 tn'^vcs ih-Yoicfil venir à llowliii inis^. f.esfuickyvinitpeiitîetctitrèrenilpp^nuKi^me tic »ppH'iiil»rc par un ïpndrefll après disnop, en nombrp. cf disoii l'on , de trois cens ciievauh ; aux ((IipIs inrite la clietalleric de la cotirt , et meisin*'^ les principanlx dn conseil , prélas et aiiUrPs. nllereiit mi detiint par l'ordonnance du tlnc . pour lionneur faire au roy d'Angleterre qui là les nvoîl iramis 11 l'incîtacinn et propre refpiestc dn dur. Si le voloit le due rocou- (^noiAtre et leur faire honneur , comme il npper- Wnoit à tel roy. Et entrèrent ninsî pelle melleet rungovccriUilirp.devîsanssoUeaTec sorte, jus<[ues au IorÏb, là où descendus demorèrent.sMsIes fiire venir en court j'HSfju'nu lendemain après disner; ce fiU par ung samedi, ([uî fuisoit bel et der, au quel se mirent en voye pour venÎE- vers le duc qui les attendoit. Et en effect vindrent tous ([uant qu'ils nvoient de gens de pfésenincion.bieneii nombredeeent homme!, Jusqu'en la chambre du duc qui ung aprèi aiiltre toucha aux plus pnrans et les blenreiipin jusque» il venir derrainement aux plus pnrans cliiefs de l'ambassade, dont Y6vesquo messire Georges de Neufville esioit le premier, dociciir en théologie et chancelier d'Angleterre, le comte Percy, le tel et tel, ete, ; mentre Jehan Wnnloc et aultrea. I.es quels n|)rèBavoirfaillrHPrév(^rance, ledit f'-vesque, bel et mndeste piVdai, comment,-" à faii-f une Dracion di-vant te dtic, en latin, mouli (itéuanif!, pa^ laquelle il dticlairoit etdonnolt à congnoistre la cmise de leur aceèslà devers ly, l'ulTection rt fiivenr mesmes, lonneur et revei-ence que lui (Hiiloit et porloi- devoit, ce disoient, le rovEtluard leur Ki'ijîneur souverain , pareillement raggré;ible acceptation de sa requeste fondi^e en universel bien -, à la quelle leur dict roy avoit volu obtempérer ; looit ci magnî- Ituit son ftuîiii et collandable propos, sa dili-
gence et son long cûnlendre en eestuy cas; lui ramentevoit ses œuvres et mérites passées, hii Rlorifioit ses vertus ; et là où ses fais luy samWoient passer el avoir clarté sur ses cotn lemporams, les afllguroît amt plus elers du temps de jadis , oreMiens et juife , dont livre fait conte : impntoit grand gloire à Dieu de l'avoir fait naisire tel; faisoît amiraeion de son régner , grand poix de sa feliehé , longue ramentpvance de ses victoires; et comme aussi ségur (1) fenst et estiible par sens comme par armes, le reputoit on manière de parler invincible; lui signifioit tous estres humains estre affectés à ly, loingtaines mers et prochaines honourer sa famé (1); les région», doid>ter son nom , et le peuple crestien prochain des Infidèles avoir sur luy son attente. La quelle chose leur prince et roy. le roy Eduard . considérant , ce disoit, avecques ce que la desserte dece duc l'obligeoit perpétuellement envers ly, le roy Eduard maintenant les avoît envoies devers ly exhiber et faire offrir honneur et service et perpétuelle adjonciionde courage à sa félicité excel5,e , qneluy non seul , mes tous rois crestiens dévoient recongnoistre eslre la supresme et la souveraine sur euls tous, et plus clère et plus exaltable que de nulle coronne. Et là flna; à telle heure que le duc, posé que samblant monstrast de y livrer ascoui, de la vergoiugne louiesvoies qu'il prist de tant se oyr locr , la honte certes le fit devenir sourd et lui troubla le sens ; car en terre n'avoit homme de son estât qui plus fuiolt le vain los des hommes et qui moins y accontoit. Mes l'opportunité du cas, comme ici et maintesfois ailleurs, l'a constrainct à tenir pied quov , pour l'onneur des envoieurs , rob on aultres princes, auxquels ilneséoilpoint & rompre ne deffendre, se aulcunement ont en, cner de monstreretdire, qu'ilsne le disent ne declairent.