‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 229 sur 494 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

Cânimeni le duc Bl remercier le rov Eiluard des ofTiei et amours envers tuf cl entcn tes pijs,

A ceste proposicîou faire furent évcsques et

(i) Sût, «Mille.

(3)Ripiilnllon,

[146Î] CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE,— II* PART. aS8

prêtas grand nombre, princes et seigneurs parens du duc , trois firères de Bourbon , le comte d*Estampes , messire Adolf de Cleves , le bastard de Bourgongne , le seigneur dé Croy et multitude d'aultres barons et grands seigneurs par tel tas qu à peine s'y tournast homme (1). Si fit le duc rcspondre en son nom , pour cause que point ne sçavoit angloiset que le latin ne luy estoit point prompt pour satisfaire. Si fit remercier le roy Eduard et le parlant pour ly. Et en tant qu'il touchoit ofires, amours et cordialités envers ly et envers ses pays , il lui en rendoit grûces. Mes çn tant qu'il touchoit exaltacion et loenge , feust do sa personne , feust de ses fais ou mérites , ou aulcun aultre cas advenu ou advenir, il avœt retiré ses oreilles de ce , et Tignoroit comme non Tavoir oy, comme qui de tout se réputoit indigne. Parqnoi, sans respondre dessus, ne rendre grâce de ce que ne voloit savoir, se désarma de la vanité à ly offerte pour Taffubler de folie. Mes disoit très bien et faisoit dire : que assez deviseroit et feroit communiquer avec eulx ; et tout ce que pourroit faire d'amour et d'onneur à leur roy, le roy Eduard , et à euh propre , il le feroit de tout bon cuer. Et non reputant à riens se oncques il fit aulcune choie pour ly , se le cas s'y offroit de plus avant, il leferoitàsonpooir. Mes ly meismes, ce fit dire, devmt remercier le dit roy, quand, à sa reqneste et instance , il lui avoit plu envoyer en son pays et en sa ville une si hauUe et si notable ambassade , à tels consts et frais , et à tele et si grand multitude , pour le bien toutesvoies universel, tant pour eulx que pour aullre. Dont, pour ce qu'il percevoh son bon et noble voloir estre enclin et disposé au commun bien , il , cent mille fois plus que devant , l'amoit et honnouroit, ce faisoit dire ; et s'en repntoit son perpétuel attenn. Et à tant convindrent tous pelle melle en devises et en bonnes chieres faire Tung à Taultre ; et furent portés [vin et espices. Les quels pris , Anglois prindrent congié , et furent ramenés de grand seigneurie jusques en leur logis.

(i) A peine on s'y pondait tourner.

CHAPITRÉ XLY.

Comment Anglois arrivés à He8<lin ne Tirent point le roy de prime face et des devises qu'il en eut aux siens.

Ces Anglois ne virent point le roy pour celle heure , ne n'allèrent point devers ly ; car n'y avoient nulle charge , fors tant seulement au duc. Dont , comme le duc sçavoit bien que séant estoit de les v mener , si ne le voloit-il faire toutesvoies sans mystère et sans préparer moyen entre le roy et eulx ; le quel il fit le lundi ensuivant , comme vous orez.

Tandis doncques que les Anglois cstoient devers le duc besongnant pour leur pretnier abord , le roy qui estoit dans sa chambre assez près fit ses devises aussi à Taultre lez de ceste ambassade , etpareillement de son propre estre aussi en personne , là où ses ennemis estoient en tel effort. Si commença à dn*e à' aulcuns de près ly et dist : « Bien y a à escrire ici sur beaux oncle , avecques ce que tant a de hauts et de clers tiltres de vieil temps , quand moy en sa seule fiance suis venu en son fort et en sa ville , là où les anciens ennemis de ma coronne sont et séjournent plus forts que moy. Beaux oncle m'est aujourd'hui tout moi^ royaulme. Ce m'est le tout effort et valoir de ma chevalerie, et le derrain dongeon de mon throme, en qui tout je me confie. Et appert bien , quand liiy seul m'est aujourd'hui autant de garant.que le tout de mon pouvoir. » Ces mos furent reoordés et semés en court. Meismes y avoit des gens du duc là où ils furent dicts, et les quels le me redirent. Le duc ne s'en muoit ne plus ne moins ; car si le roy se fioit en ly , il sentoit bien que sa fiance avoit assise en bonfons et qu'il le pooit bien faire, quand au plus povre du monde, meismes au plus grand ennemi qu'il eut oncques , n'cust Vola estre cause de déception soubs ombr^ de soy. Par plus folles raison doncques , moins le devroit voloir du plus grand roy de la terre , son seigneur souverain , son sang et sa nourrichon à qui il avoit mise coronne en lesic , et qui venu esloit en sa ville et en son fort pour le visiter. Certes , la fiance y povoit bien estre certaine et ségure , quand ccly sur quy la

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GEORGE CHASTELLAIN

fiance se fôndoit estoit le vray et le parfait dongeon de leaulté humaine , où oncques faux n'entra ; et avoit le parti contraire , est à sa voir les Anglois, en telle cremeur et révérence envers ly, 'que , comme forts que feussent , ne les doubtoit, ne deffier ne s'en vouloit. Et aussi, quoi que le roy en avoit dit, peult estre pour glorifier son bel oncle , si n'y avoit il ne cause ne apparence de nul doubte. Très bien disoient Anglois en publique : que touchant le roy Loys, ainsi le nommoient , feust là feust aultre part, il ne leur en clialloit; n avoient que besongnier à sa personne , si non tant seulement à la personne du duc, le quel ils honoroîent et doutoient; et pour ly seul estoient venus là; mes au roy Loys n'accontoient , ce dirent , fors comme adversaire doit à aultre ; et en ce ne faisoient à reprendre.

Vint doncques le jeudi troisième d'octobre, que le duc voloit festier ceste ambassade angloise.Et volentiers meismes eust tenu main à l'enfant pour enlre-estre au festin , pour l'onneurduroiEduard,quitant avoit affection enversly ,et tantavoitfaitonneur etgrand chière au seigneur de Lannoy et aultresses ambassadeurs vers ly tramis, que nul oncques tant. Mes considérant que le roy esloit là en sa ville , et le quel il congnoissoit assez souppeçonneux , différa son bon voloir pour mieux faire. Et pour avoir lieu plus ydoine pour faire grand chière , ordonna de les faire mener au parc , là ou avoit unes fontaines.les plus belles de jamès et toutes propres à festoy , et sur les quelles le disner estoit richement appointié par toute surhabondance , non pas dessoubs le cler chiel , au descouvert , mes dessoubs belles galeries et maisonnemens qui là sont, duisans à ce de tout vieil temps, réservé une maison la plus propre des aultres , que le duc avoit fait faire propre pour ly, qui se lournoit sur quatre rocs vers tous endroits du ciel où on voulsist ; et la quelle maintenant à ce disner estoii dcputéc pour les chiefs de l'ambassade , pour avoir table.

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