CHAPITRE XLIX
Comment les François, après le partement des Anglois, tonte rhonneur etcremeur de par le duc à eulx mot»trées touigoors dépravèrent.
Gomme doncques Anglois estoient partis , e! que François avoiejit veu la magnificence du duc envers eulx en grands cousts et missions , et que ensuivant sa famé , mainte fois s'estoit monstre prince sans pareil en son temps ,^commenchièrent à mui^murer; et non obstant qu'à eulx meismes le duc leur fit toute l'amour et l'honneur du monde , si n'en povoient ils en couvert bien dire quand se trouvoient entre eulx. Et disoient que les libéralités et honneurs que le duc avoit monstre à ceste ambassade angloise , ce n'estoient que genres et beubans monstre devant eulx, causes pour se faire grandir et pour leur donner exemple et manière d'amiracion non ailleurs pareille. Et par ainsi eulx qui parloient d'ung malvais fonds, voloient tourner le noble courage du bon prince à leur interprétacion malvaise par envie ,^omme le temps d'alors portoit ainsi : que pour nul bienfait que le duc oncques sceust faire aux Franchois , ne homme des siens à homme des leurs , oncques amour ne pooit trouver foncière recongnoissance pareille au mérir , ne que la venimée racine d'envie anciennement conceute en leur cuer, se peust amortir ne estaindre, voire souverainement en eux qui hantoient court , et qui avoient les services et les estats du roy , sur les quels se fondoit leur orgueil en aultrui mes-pris , espécialement des gens et officiers du duc. Non pas que je die cecy par haine contre eulx , mais pour donner vraye vive déclaration du temps, quel il estoit lors. Et avoit duré quarante ans devant rooy^ entre ces deux natures de nacions, Franchois et Bourgoingnous , tous toutesvoies d'ung royaulme. Et non pas tant seulement entendsje Bourgoingnons , pour cause du pays de Bourgongne , mais j'entends Bourgoingnous pour tous les divers pays qu'il avoit portans sa querelle.
Ceste haine prist source premièrement en ung comte d'Ermignac, contre le duc Phe-
lippe le Hardy, fils maisné du roy Jehan. Et de là prist continuation en Loys duc d'Orléans sur le duc Jelian de Bourgoingne, qui tous deux en [prindrent mort. Et de là vindrent descendi*e jusque sur le royal thrône, avec toute la généralité de France contre ce duc Phelippe ; ici si forte et enracinée qu'à peine jamès ne sera estainte , si non par inconvénient à ung lez : C'est que la maison de fiourgongne se démolisse et décline et qu'elle tourne à égalité de pooir de fortune aveucques les aultres du royaulme ; par quoy ,*Ia matère d'envie alors en seroit dehors. Mes comme maintenant ceste maison de Bourgongne est crue et montée, en la main de ce duc , glorieuse et excelse sur toutes oncques du royaulme, et que meismes est parvenue soubs le divin envoi à gloire et à victoire après long estrif sur le throne royal , certes comme plus y a eu d'honneur et de gloire, comme plus de pooir et de haulte fortune , tant plus y est congréée l'envie à rencontre , tant plus la haine enra* cinée au parfont , et tant moins leurs cuers ont été réduisables , par bénéfice offert de vraye amistié , requise comme appert par ce que je vous en ay conté : que bien ne pooient dire de cely qui euixetauitrui recueilloit en bien et les honouroit et complaisoit à fin de bien.