‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 234 sur 494 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

L'auteur s'excuse de parcialité en ses escrits, mes TeuU monstrer la vérité des choses.

Je Franchois doncques de naissance et exaltour de la nacion , poroie estre redargué ici , ce semblcroit , et prouvé contrediseur à moy meismes , parce que je semble délurper par mon descripre , ceulx dont je me vante estre avancheur de leur clarté, et que plus affecté à la loenge de la maison de Bourgoingne , je me forme contraire de celle de France parluy imputer note. 0 non plaise à Dieu, non plaise aux hommes entendre ! car les temps et les mœui^ des honûnes d'alors, tels comme je les ay couceus , je les ay notés et mis après les perpétuel record , par différence des aultres, se jDieti plait , cy après qui venroat meil-

leurs, et là où les cuers et les diverses nacions tous sous ung sceptre s'entr'ameront et seront unis ensemble , par contraire de ceulx de ce temps , que Dieu doint ainsi ! Et ne dis point, ne ne dis oncques, soit bien entendu, que cuers des Bourgoingnons soient meilleurs ne plus amis que Franchois , ne qu'en eulx n'ait de taches malvaises et feiles , et des haynes et des envies si bien quen aultres; mes une seule cliose ai-je maintenue et escripte tousjours : c'est que l'envie et haine prise des Franchois contre ce duc s'est congréée sur ly en faisant bien ; et en bien faire et en bien quérant oncques n'a peu estre recongneu. Vez-ci toute la partialité qui me puist estre imputée : c'est que j'ay redargué et increpé les ingras , et le bien fait et la netteté d'im liomme remonstré aguement aux descongneus <x)urages. Et ne laisse point à estre bon Franchois pourtant , ains cuide à France faire honneur par maintenir vérité estroite qui fontaine est et doit estre de la vérité du monde pour estre ailleurs dénoncée.

Venant doncques à la matère principale , c*est au délivrement des terres stir Somme , pourquoi le roy estoit venu devers le posses-r sant , le duc , et en quoy avoit des mystères beaucop , poiu* les ravoir et plus encore eust eu premier que y parvenir, s'il y eust eu union entre le père et le fils , là où le discort fit moïenner le rendre. Le duc toutesfois par son souffrir trop approcier du commenchement , s'y' estoit tant offert que n'en poit reculer; et par quelque moyen que ce feust, feust forgié de longue main ou en subit, feust pour le bien du duc ou pour son mal, il s'y estoit conclu et estoit mené jusque là qu'il les voloit rendre. Et nonobstant que depuis il se repentit du légier conseil et qu'en la freischeur de son maltalent il eust pris le premier payement pareillement se détermina-il à prendre le second, qui jà estoit à Abbeville. Et ne requist le roy aultre chose , fors qu'il envoiast quérir son argent au dict lieu, et puis après fist h restitution du gaigedont il quéroit le recouvre. Car jamès ne pensoit à y parvenir à temps , pour peur do doutes, ne jamès no s'en teuoit asseur, de peur des intervalles qui beaucop y poroient entrechcoir par rompture. Si envola k duc lu garde de ses coffres à Abbeville

GEORGE CHASTELLjUN.

pour recepvoir cest '^argent;' et y commist deux changeurs de Bruges, coognoîsseurs de momioie , pour le manier. La quelle chose faicte et l'argent receu jusqu'à la sonune de quatre cens vingt huit mille sept cents escus d*or du coing du roi nouveau , le duc bailla quittance au roy de la dicte somme , et s'en declaira estre et avoir esté content en toute perpétuité, et qu'au regard de Tobligacion en quoy les dictes terres avoient esté obligées et chargiées , par traité de paix et d'appoinctemens faicts jadis entre le feu le roy Charles et ly, il, de son plein droit et sain voloir, desligeoit et deschargeoit ; et les restituoit et remettoit en la possession du roy comme en main propriétaire ; et de la sonune en quoy et pourquoy estoient obligées et transportées en sa main, comme perpétuel gaige, il en quittoit et tenoit à quites et absous perpétuellement ie roy Loys , roy de France pour lors , et tous les aultres roys de France ses successeurs pour le temps avenir, sans jamès y reclamer droit ne aulcun recouvre. Et fut faicte ceste quittance et minutée par commun accort et devis des deux parties , jusques à chacun soy tenir et estrc content de la forme et du contenu. Et par ainsy le duc, de sa main en la main du roy luy fit la rendicion ; et l'accepta le roy à grand joye , présens multitude de barons d'ung côté et d'auitre , princes et grands seigneurs du sang à deux lez. Tant seulement une chose y estoit réservée pour le duc ; c'estoit que joyr debvoit jusques au jour de Noël de ce qui restoità rechevoir sur les dites terres , tant qu'elles duroient, pour cause des censés et ventes et débites que ses receveurs avoient pris devers eulx à ce terme. Si en fut le roy content, et i'aggréa voientiers. Mes vint le fort maintenant, à cause des oflices ; à quoy le duc avoit pourveu jà par Fespace de trente ans par sa nominacion ; car craignoient estre déboutés maintenant et mis deliors , parce que le ix>y y vouidroit commettre de nouveaux, conune en cflet fit aulcuns et aulcuns non. Mes peu ou point no s'en voloit m^îsler le duc pour fiuro priôre pour uiig ne pour auitre. Dont ceulv qui df^morèronl en esiat, ce fut parle ïnoyen du seijjneur do Croy . qui tout pooit

lors , et nul auUre rions que ly, au moins des

wvches de Picardie. Le {seigneur de Crie- 1 ôlficês en cesies terres, estoient tous desmis;

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vequeur perdit son bailliage d^ Amiens « lequel il avoit achatté du seignetur de Horeol huit mille escus. Et y fut mis en ce lieu gratis, et pour nient le seigneur de Lannoy,. gouverneur de Lille en Flandres , jà-soit ce que le duc en murmura ung peu contre le dict de Lannoy , et luy imputa que c'estoit Irop tost quis service royal pour laissier la sien; et que trop à aucune couverte fin il quéroit celle entrée. De quoy ledict de Lannoy assez confus, s'excusa au mieulx que pooit , disant : que ce ne estoit ne à son pourchas ne à sa requesie , et que le roy bii avoit ordonné et commis de ly meismes. Tootesfoift nonobstant ce , si ne voloit4l prendre, ce dist, le baiUiage contre son gré ; mes se donnoit m^veilles , pouquoy il y prenoit souqpechon ne desplatsîr de ly plus que d'ung auitre, quand aussi bien il fauldroit que ung auitre l'eust, lequd par aventure luy feroit pluiseurs travaux et rudesses en ses pays de Flandres et d'Artois , qui sont suppos du dict baiUiage. Et arguoit lors que mieulx debvoit plaire au duc que ly y fiist commis , que ung auitre non à ly, quand ly, de son ordre et de sa maison, ne voldroit jamès faire ne souffrir faire en ses pays chose par quoy il se deust plaindre. Et pour tant, comme sage et bien subtil chevalier, pour celle heure s'en rapporta de tout sur ly^ en prendre et non prendre.

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